CHAPITRE VII
dernier argument était sans réplique; car, en se fondant sur le titre qu'il tenait de Charlemagne, Fépiscopat germanique ne pouvait alléguer qu'une possession de soixante-quinze ans.
Sur ces entrefaites , Févêque de Salzbourg, Adalvin, mourut : sa mort dut rendre les négociations plus faciles. Son successeur, Théotmar, ne reçut sans doute le titre d'évêque qu'à la condition de renoncer aux prétentions d' Adalvin. Le silence des historiens sur Févêque de Passau nous permet de supposer qu'il se soumit aussi à la décision du Pape. Cette soumission du reste ne fut pas de longue durée.
Les Moraves n'eurent pas plus tôt reconquis leur indépendance qu'ils chassèrent les prêtres allemands revenus dans leur pays à la faveur des derniers troubles, et prièrent le Pape de leur renvoyer Méthode. Jean VIII dut menacer les Allemands de l'interdit pontifical , s'ils ne mettaient point en liberté le métropolitain de la Moravie : ils cédèrent et Méthode sortit enfin de prison [873?] (1) , mais pour aller engager de nouvelles luttes et soutenir de nouvelles épreuves.
Il se dirigea d'abord vers la Pannonie, où Kocel l'accueillit avec la même sympathie qu'autrefois , malgré les menaces de Louis (2). Malheureusement il ne tarda pas à mourir. Car en 874 nous voyons un comte allemand, Gozwin, occuper le pays où il régnait aux environs du lac Balaton , et Févêque de Salzbourg consacrer,
(1) Vie de MH/i.<,ài. x.
('2) Vie de Méih , x.
dans la ville de Petov , une église élevée par le comte Gozwin (1). Méthode avait donc dû quitter encore une fois cette province. Il ne faut pas oublier que la Pannonie avait été tributaire des Francs depuis que Charlemagne l'avait affranchie du joug des Avares. Kocel n'avait succédé à son père , le slave Privina , qu'avec l'agrément de Louis le Germanique. Il n'est donc pas étonnant qu'un Allemand, le comte Gozwin, lui ait été donné comme successeur. L'archevêque de Salzbourg avait profité des circonstances pour revendiquer ses droits. Méthode ne se souciait sans doute pas d'entamer une lutte nouvelle avec l'évoque de Salzbourg ; d'ailleurs il était attendu par les Moraves. Il partit donc pour la Moravie (2). Sur ces entrefaites , le Pape adressait une lettre à Carloman pour l'inviter à laisser Méthode remplir librement dans son évêché de Pannonie les fonctions qui lui avaient été confiées par le Saint-Siège (3).
A la même époque il adressait une autre lettre au duc de Slavonie Muntimir, pour lui rappeler qu'il ne devait reconnaître d'autre autorité spirituelle que celle de l'évêque de Pannonie (4).
Malheureusement Jean VIII n'avait pas en matière
(1) Auctuarium Garstensc, ap. Peitz^ ix, o6o. — Annales sancti Rudborti Salisburg.
(2) Anonym. , de Convers. Garant , ap Wallenbach, Beitiagv , p. 50 (d'après un manuscrit do la bibliothèque impériale de Vienne). — Ginzel, Cod., p. 00.
(3) Boczek, i, 30. — Erben, i, 16. — Ginzel, Cod., p. 57.
(4) Nous avons parlé plus haut de celte lettre.