CHAPITRE VU
aurait demandé le baptême à Méthode ; trente de ses compagnons auraient été baptisés avec lui (1). On peut accepter ou rejeter ce récit, auquel les mœurs des siècles primitifs ne répugnent pas.
Où Borivoï fut-il baptisé ? Il est probable que ce fut dans les États de Svatopluk.
La Bohême, suivant certains historiens, depuis 845, dépendait, au spirituel, de l'évêché de Ratisbonne, et Méthode eût sans doute hésité à franchir les limites d'un diocèse qui n'était pas le sien.
Cependant on peut objecter que la Bohême, étant pour ainsi dire vassale de la Moravie, pouvait être regardée par Méthode comme faisant partie de son diocèse. Le christianisme y avait encore fait si peu de progrès que le baptême de Borivoï était une véritable prise de possession.
La tradition tchèque, où le patriotisme a peut-être plus de part que la critique, veut que Méthode se soit rendu en Bohême pour y baptiser le prince Borivoï ; elle lui attribue même un vieux cantique dont il reste encore aujourd'hui quelques vers , le Gaspodi iiomiluj (2). Le tchèque de ce morceau porte des traces évidentes de la langue cyrillique, et il ne paraît pas être
(1) Cosmas, Lég. mor., xiv. — Légende slave de sainte Ludmila, Cas. ces. mus., 1862. — Légende bohème, ap Vybor lit. Ceske.
(2) Sur le baptême de Borivoï consultez, au point de vue critique: \)ohvo\' s>k\.Kntische Versuche (Prague,1803;;— Budinger, Zîf?' Kritik (dtbœmischer Gesrhichte (Vienne, 1857): — Dùmmler, De conditions. Bohemiœ Carolis impcrantifAia (Lipsiofî, 18o4). — Voyez encore une dissertation critique de M. Zeleny dans Stultz, p. i61 .
postérieur au x" siècle (1). Rien du reste ne prouve qu'il ait été composé par Méthode lui-même.
Avec le prince Borivoï fut sans doute baptisée sa femme Ludmila, l'héroïne des anciennes légendes, que l'Église vénère encore aujourd'hui comme une sainte. La Bohême leur doit ses premiers monuments religieux. Ils élevèrent d'abord une égUse en l'honneur de saint Clément, au château royal de Levy-Hradek^ sur la rive gauche delà Veltava (Moldau), non loin de Prague. Ce nom de saint Clément, qui se rattache si intimement à l'histoire de Méthode, est une preuve nouvelle à l'appui de ses relations avec Borivoï. Dalemil signale aussi l'église de Sainte-Marie à Prague, dont on voit encore aujourd'hui quelques débris (2).
L'alphabet et la liturgie slaves durent pénétrer en Bohême avec le christianisme. Suivant une légende paléo-slave de saint Vaclav (Venceslas), cette princesse fit d'abord apprendre à son fils les lettres slaves [Knigam Slovenskym](3),puis elle l'envoya ensuite à Budec pour
(1) C'est Topinion de M. Sembera (Histoire de la langue bohème: De je reci, etc.).
(2) L'église de Litomysl en Bohême, également dédiée à saint Clément, passe pour avoir été consacrée par Cyrille et Méthode, ainsi que le prouvent des documents du xn^ siècle (Boczek, Cod. dipîom. mor., I, 32). — Sur sainte Ludmile, voyez les Bollandistes (octobre) et les Kritische Versuche de Dobrovsky.
(3) Cette légende, remarquable par de nombreux bohémismes, a été découverte par M. Vostokov; le manuscrit est du xv^ siècle. Elle a été publiée dans la Revue du muséum de Prague en 1830, et dans le Slavische Bibliothek de Miklosich, p. 270-279. — Voyez également Revue du muséum de Prague, année 1837. — On ne peut déterminer exactement l'époque du baptême de Borivoï. Palacky le place vers 874.