‹ Cyrille et MéthodeChapitre 91 sur 142 · CHAPITRE VII. iW · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. iW

faire oublier à Jean VIII la question bien secondaire de la langue liturgique en Moravie (1).

La conduite de Méthode dans son diocèse était d'ailleurs exemplaire : il prêchait et priait, et chaque jour amenait de nouvelles conversions chez les Slaves, qui avaient jusque-là résisté au christianisme (2). La dignité d'évêque ajoutait à ses paroles une nouvelle autorité : ceux-là même qui autrefois avaient dédaigné l'humble missionnaire courbaient la tête devant le métropolitain que Rome leur avait envoyé. Le nombre de ses disciples augmentait ; quelques-uns d'entre eux ont laissé leur nom à la postérité, et nous les retrouverons, après la mort du maître, fidèles à ses enseignements et continuateurs dévoués de son œuvre. Tels sont le bulgare Clément, qui sans doute avait suivi les deux apôtres lors de leur premier voyage , le morave Gorazd (3), Angelar, Sava et Naum (4).

L'action et la renommée de Méthode s'étendaient chaque jour. Elles gagnaient aussi la Bohême, cette sœur de la Moravie, entrée depuis peu dans une alliance intime avec Svatopluk (5). Le christianisme y avait pénétré pour la première fois en 845 (6). A ce moment y régnait le prince Borivoï. Suivant une tradition con-

(1) iMansi, xvii, 243, 247,

(2) Vita Clem.f iv, v. — Fiég. mov , viii. — Vie de Méth , x.

(3) Vie de Méih., xvii.

(4) Légende de saint Clément, ap. Schaf. Pamatky, lvii. — Vie di Méth , L'ii. XVII. — Vie de saint Clément, ii, ix, xii, xv.

(5) Ann! Fuld , ad ann 871 , 872.

(6) Voyez, supra, cli. ii.

servée à la fois par la légende morave et par la chronique tchèque de Dalemil (i),\e prince bohémien était venu à la cour de Svatopluk ; celui-ci refusa d'admettre un païen à sa table et l'invita à s'asseoir par terre, comme les chiens. Borivoï, humiUé de cet affront,

{{) Ginzel, Codex, c. xiv, p. IS. —Chronique de Cosmas, script, rer. Botiem., p. 25-35 (Prague, 1783). — Chronika Dalemilova, éd Hanka. Le récit de Dalemil est curieux dans sa naïveté. Le voici :

« Svatopluk était en Moravie ; le prince bohème vint lui faire sa cour. Le roi Svatopluk lui fit un affront : il lui ordonna de s'asseoir par terre, disant : « Il faut que tu saches qu'il ne sied pas à un païen d'être l'égal d'un chrétien. Assieds-toi avec les chiens, c'est ton di'oit. Tu n'es pas un prince, mais une tête peu sage, toi qui ne fais pas attention à ton créateur et qui as pour dieu un hibou. » Le prince, entendant cela, s'enflamme, et, aussitôt après le repas , il demande le baptême à Svatopluk, prince de Moravie, et à Méthode, évêque de Velehrad. Cet archevêque était Rusin (Ruthène), et il disait la messe en slave. A Velehrad il convertit le premier Tchèque, Borivoï, prince de Bohême, en l'année de la naissance de Dieu huit cent quatrevingt-quatorze Quand Borivoï eut changé de foi, il renonça au monde pour la sainteté. Il fit de grandes aumônes et bâtit des maisons au Seigneur, bâtit le premier temple à Hradec et le consacra à saint Clément ; le second à sainte Marie, à Prague. »

Ce passage renferme des erreurs que le lecteur reconnaîtra aisément. On trouve un récit analogue dans la Conversio Carantanorum . Il s'agit d'un comte Ingo qui propageait avec ardeur le christianisme. Un jour, il invita ses serviteurs à un grand festin ; il mit les chrétiens à table et les servit dans des vases d'or; il laissa les païens dehoi's par terre et les fit manger dans la vaisselle la plus commune. Comme ils demandaient la raison de cette différence : « Vous n'êtes pas dignes, leur dit-il, vous dont les corps sont souillés, d'entrer en communication avec ceux que le baptême a régénérés : mangez dehors comme des chiens. » Et l'anonyme ajoute : « Hoc facto sancta fide instructi certatim concurrerurd baptizari ; et sic deinceps relïgio christiana succrevit » — Ginzel , Cod., p. 50.

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