‹ Cyrille et MéthodeChapitre 95 sur 142 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

d'enseigner autre chose que ce qu'enseignait l'Église romaine, d'induire ses ouailles en erreur, en un mot de prêcher une hérésie (1). Méthode , comme tous les évêques, avait fait une profession de foi écrite, et adhéré sans réserve à toutes les doctrines deTÉglise romaine ; il avait toujours professé pour le souverain Pontife une soumission exemplaire. Dix ans auparavant , Jean VIII avait pu connaître Méthode à Rome et se convaincre personnellement de son dévouement au Saint-Siège : aussi fut-il grandement étonné de cette accusation inattendue (2). Cette fois ce n'était plus seulement la langue liturgique qui prêtait matière aux récriminations des évêques allemands, c'était le dogme lui-même. On accusait Méthode de ne pas chanter le Credo conformément au texte reçu dans l'Église (3). Sur quel article du Cret^o portait l'altération? Aucun document ne nous le dit. Les critiques les plus compétents supposent (4) , et j'accepte volontiers cette hypothèse , qu'il s'agissait , dans la phrase « qui ex

{\) Jean VIII dit dans sa lettre à Méthode du 14 juin 879 : « Audivirnus quod, non eaquai sancla Ecclesia ex ipso aposlolorum principe didicit et quotidie pnedicat, tu docendo doceas, et ipsum populuni in erroremmittas. » (Ginzel, Cod., p. 58.)— Cf. Leltie à Svatoplnk, ib., p. 50.

(2) Fa/de miramM?'... dit-il^ dans sa letti'e à Svatopluk. C'est à ces accusations que fait sans doute allusion le chapitre xu de la légende pannonienne, chapitre obscur, mais d'où il ressort cependant que Méthode fut vivement attaqué par les Allemands auprès de Svatopluk.

(3) Cf. Lettre de Jean VIII à Svatopluk, juin 880 (Ginzel , Codex, p. 60).

(4) Far exemple MM Raczki et Ginzel, tous deux docteurs en théo-

jjatre fiUoque procedit , » de l'omission du filioque admis depuis peu de temps dans l'Église d'Allemagne (i). Les Allemands i-eprochaient en outre à Méthode de continuer à se servir de la langue slave dans la liturgie, malgré la défense du Pape.

Il semblait que Méthode dût succomber sous cette double accusation. Le succès de ses adversaires paraissait d'autant plus sûr qu'il avait perdu son protecteur Kocel et ne trouvait alors chez Svatopluk qu'une bienveillance fort douteuse. On se rappelle que ce prince n'avait dû le trône de Moravie qu'à une double trahison : Méthode, ami personnel et sujet dévoué de Rastiz, n'avait pu applaudir au crime de Svatopluk, et avait sans doute laissé éclater ses regrets et son indignation. Svatopluk était d'ailleurs un caractère médiocre. Son ambition lui tenait lieu de génie : mais les idées grandes et généreuses avaient peu d'accès dans son âme. Rastiz avait combattu pour l'idée de la race, pour l'indépendance de son pays et de son peuple ; Svatopluk combattit pour la domination. Mais la prudence des ambitieux est toujours, comme dit Bossuet, courte par quelque endroit (2).

Svatopluk ne comprenait pas, comme son prédécesseur, quel intérêt la Moravie avait à assurer l'indépendance de son Église et à repousser toute immixtion

logie. Deux passages delà lég. pann., ch. xii, delalég. bulg , ch. v, viennent à l'appui de leur hypothèse.

(1) Vide infra.

(2) La Vie de saint Clément , ch. v, dit de Svatopluk : SoevTocpx-aov

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