CHAPITRE VIII
du clergé étranger. Il favorisa les Allemands (i) et maltraita le clergé slave : loin de soutenir Méthode, il écouta avec complaisance les accusations dont il était l'objet (2). Cependant, craignant de compromettre sa popularité près des Slaves s'il se prononçait contre Méthode, près des Allemands s'il se rangeait de son côté, Svatopluk résolut de s'entendre avec le Pape, et envoya à Rome un prêtre nommé Jean (3) pour lui exposer ses doutes et ses inquiétudes. Cela se passait au commencement de l'année 879. Le 14 juillet suivant, le Pape, ne se trouvant pas suffisamment informé et ne pouvant se résoudre à condamner Méthode sans l'entendre, lui écrivait la lettre suivante (4) :
JEAN, évêqiie, serviteur des serviteurs de Dieu, au révérend Issime Méthode, archevêque de l'Eglise de Pannoyiie.
« Vous devez instruire et mener au salut par les enseignements de votre prédication le peuple qui vous a été confié, comme au pasteur spirituel du Seigneur. Cependant nous apprenons que vous enseignez autre
(i) Vie de iMéth., \ii.
(2) La légende morave dit : « IN)sl(iuam — Svatopluk regnuni Moraviae gubernaiet sua feiitate, fastu inflatus arroganliae cum ministris Satana;, qui sibi pariter conspiiatione tanquarn canes rabidissinii erant connexi, doctrinam \ iri Dei vanarn fore asserebant, et eos qui unasecuni enoneos revocabant ad viam salutis et giatiai, laborabant cxterminare. » — Ginzel , Codex, p. 10.
(3) Voir plus loin.
(4) (jinzel, Cod., p. oi<.
chose que ce que l'Église romaine a appris du Prince des apôtres, et qu'elle prêche chaque jour^ et que vous induisez le peuple lui-même en erreur. C'est pourquoi nous vous ordonnons par ces lettres apostoliques de venir nous trouver sans délai, immédiatement, pour que nous entendions et apprenions de votre bouche si vous conformez votre conduite et votre prédication à la foi que vous avez de vive voix et par écrit promis à l'Église romaine de professer, et que nous connaissions véritablement votre doctrine. Nous apprenons, en outre, que vous chantez la messe en une langue barbare, à savoir en langue slave. Dans la lettre que nous vous avons déjà adressée par Paul, évêque d' Ancône, nous vous avons déjà défendu de célébrer en cette langue le saint office de la messe, vous prescrivant de le chanter en latin et en grec, ainsi que le fait l'ÉgUse de Dieu, étendue sur toute la terre et répandue chez toutes les nations. Toutefois il vous était permis de prêcher ou de faire des homélies au peuple (dans cette langue), attendu que le psalmiste invite toutes les nations à louer Dieu, et que l'Apôtre dit: Que toute langue confesse que Jésus est dans la gloire de Dieu le Père.
» Donné le 18 des calendes de juillet (juillet 879) de la 12^ indiction. »
En même temps le Pape écrivait une autre lettre à Svatopluk. Je traduis une partie de ce document. Les pièces officielles relatives à Fhistoire qui nous occupe sont trop rares pour que nous ayons le droit de les négliger :