INTRODUCTION
La tuberculose vésicale tant au point de vue añnatomo. pathologique que clinique a été étudiée et décrite par des urologues d’une autorité incontestée. Aussi n'avons nous pas l'intention de reprendre l’étude de cette vaste question déjà exposée dans les ouvrages classiques et dans de nombreuses monographies.
Nous voulons simplement limiter notre étude à une forme bien spéciale de cystite tuberculeuse.
Trois malades dont deux ont été opérées à l'Hôtel- Dieu par M. le docteur Tixier, ont attiré notre attention sur les lésions vésicales qu’elles présentaient. L'examen cystoscopique révélait en effet wwe cystite purement proliférante, dont la nature fut diagnostiquée tuberculeuse, par l'analyse bactériologique des urines et leur inoculation au cobaye.
C'est cette forme toute particulière et rare de tuberculose vésicale que nous avons prise pour sujet de notre thèse, pensant qu’elle pouvait présenter quelque intérêt
au clinicien tant au point de vue du diagnostic que du pronostic et du traitement. |
Sans trop insister, nous rappelerons quelques données pathogéniques de la cystite tuberculeuse, dans le premier chapitre de notre travail. Le second sera consacré à l'étude anatomo-pathologique des différentes formes de végétations vésicales tuberculeuses. La description de /a cystite proliférante fera l’objet du troisième chapitre. Dans le quatrième nous en exposerons le diagnostic, le pronostic et le traitement. Nous terminerons en publiant trois observations du professeur Pousson, rapportées par Oraison et nos trois observations originales dûes à l’obligeance de M. le docteur Gauthier comme, du reste, une grande partie de cette étude.
CHAPLIRESI
PATHOCGÉNIE.
« Ce n’est pas ordinairement par la vessie, comme « le croyait Dolbeau, que débute la tuberculose génito- « urinaire, mais par quelque autre partie de ce double « arbre anatomique (testicules, épididyme, vésicules « séminales, prostate, reins). »
Ces lignes de Pousson‘ résument bien l’idée actuelle que se font les urologues sur la pathogénie de la cystite tuberculeuse. Nous ne rappellerons qu’en passant les nombreuses discussions que cette question a soulevées.
Sans être aussi exclusifs que Dolbeau, Monod et avec lui Cruveiller, Guyon, Tapret affirment que la tuberculose de la vessie loin d’être rare, est très fréquente. Pour Lanceraux la cystite tuberculeuse est toujours d'origine ascendante. Par contre Conheim et après lui Cayla disent « que l'infection bacillaire suit toujours le courant de l'urine 5.
Pour Rochet* « l’existence des formes vraiment isolées de tuberculose vésicale est très hypothétique et les reins, par exemple, sont presque toujours pris en même temps ou auparavant. » -
1 Pousson, — Précis des maladies des voies urinaires, 2 Rochet. — Quelques données nouvelles de Clinique et de Thérapeutique urinaires.
Nous ne prétendons pas nier que le bacille de Koch ne puisse, par voie sanguine ou lymphatique, venir frapper directement le réservoir urinaire, du reste comme tout autre organe, mais nous pensons que la tuberculose primitive de la vessie est un fait exceptionnel.
Les statistiques de Saxtorph, portant sur une quantité considérable de cas, semblent confirmer cette manière de voir. Hallé et Motz, dont les travaux font autorité, sont plus affirmatifs encore : après leurs nombreuses et remarquables recherches anatomopathologiques faites sur les pièces du musée de Necker, ces auteurs s'arrêtent aux conclusions suivantes :
1° &« Dans la tuberculose de la vessie, les lésions « tuberculeuses concomitantes de l'apparéil uro- « génital sont constantes. »
2° & Les lésions vésicales sont souvent plus jeunes, « moins profondes, moins avancées dans leur évolution « que les lésions concomitantes. »
3° « Les lésions vésicales récentes ou anciennes « sont souvent localisées au voisinage des orifices « vésicaux : c'est sur ces points qu'on les rencontre le « plus fréquemment à leur maximum d'intensité et « de profondeur’. »
L'examen attentif des différents organes de l'appareil génito-urinaire, le cathétérisme des uretères joint à la cystoscopie viennent si souvent confirmer cette théorie, aujourd’hui généralement admise, que l’on peut dire avec MM. Hallé et Motz* « que la tuberculose de la
1 Hallé et Motz. Ann. gén. urinaires, pages 350 à 360, année 1004.
21LOP Mit:
« vessie n’est qu'une localisation d’organe dans la « tuberculose génito-urinaire, maladie d'appareil. »
Nous ajouterons, reprenant les idées de Conheim défendues en France par Cayla, que plus fréquemment qu'on ne le croit les lésions tuberculeuses de la vessie dépendent intimement de lésions rénales de même nature. Au moins dans la forme qui nous occupe, les trois cas que nous rapportons viennent appuyer cette manière de voir. Les bacilles descendant du rein vont ensemencer la région du méat uretéral correspondant, en y déterminant les altérations anatomiques que nous allons étudier.