I. — Eléments autochtones de l’épiderme
A. — COUCHE GERillNATIVE ET CORPS MUQUEUX ÜE MALPIGHI
1“ Cytologie normale. — En coupe, l’ensemble de ces deux couches forme une bande présentant deux bords. L’un répondant au corps papillaire est sinueux et suit les contours des papilles. Malgré ses sinuosités il présente une disposition régulière, car, pour une région donnée, les cônes interpapillaires, régulièrement espacés, d’égales dimensions, pénètrent à la même profondeur entre les papilles. Si, idéalement, on réunit par une ligne, soit le sommet, soit la base des cônes intcrpapillaires, la ligne obtenue est une ligne droite.
L’autre bord répond au stratum granulosum. Il est presque
rectiligne, peine légèrement ondulé et les ondulations correspondent aux sinuosités de l’autre bord.
En certaines régions les papilles font défaut. La bande épidermique qui comprend la couche germinative et les assises des cellules polyédriques est limitée dans ce cas par deux bords rectilignes.
« L’épaisseur (i ) de l’épidorme varie suivant les régions de « l’organisme.
« Drosdorff a mesuré, après l’action de. l’acide osmique, « l’épaisseur de l’épiderme.
« 11 est arrivé aux résultats suivants : dans les régions où la « peau est mince l’épiderme mesure 50 à 100 o. en regard des « papilles, 60 ù 150 p au niveau des bourgeons interpapillaires.
« Là où le tégument est épais on voit l’épaisseur de l’épi- « derme montera 280 jjl (bout des doigts) et même à 600, 1.000, « 1.500, 1.560 [J. au niveau de la paume des mains et de la « plante des pieds » (Branca).
Après coloration de l’épiderne par l’éosine orange et le bleu de toluidine, on constate que la coloration n’est pas la même partout. La teinte bleue est plus marquée au niveau de la couche germinative, la teinte rouge est plus accentuée au voisinage du stratum granulosum. La teinte bleue s’efface donc progressivement et disparait môme souvent complètement depuis la couche basale jusqu’aux dernières assises du corps muqueux de Malpighi (2).
Les différences de coloration que présentent les cellules épidermiques sont en rapport avec leur évolution. Dominici, étudiant l’évolution soit des cellules conjonctives proprement dites soit des hématies, a posé une loi générale qui trouve ici son application. Il a constaté que les protoplasmes jeunes et encore
1. Branca. Article Peau. 1 railè d'analomie humaine de Poirier et Charpy, p. 769.
2. ttenaut avait déjà observé que les cellules de la couche génératrice « fixent plus énergiquement le carmin du picrocarminatcou l’hématoxyline que celles qui leur sont superposées ». Hislologic pratique, tome II, fascicule I, P . 213.
CVTOr.OGIE DES INFLAMMATIONS CUTANÉES
peu différeaciées se teiguent d’une manière intense par les bleus liasicjues. Cette basophilie primitive disparaît peu a peu au fur et à mesure (jue l’élément vieillit, tandis qu’au contraire il devient de plus en plus acidopbile.
Il en est de môme pour les cellules épidermiques. Jeunes au niveau de la couclie germinative où elles ont pris naissance elles ont une affinité basophile marquée Puis elles vieillissent, leur affinité basophile diminue tandis que leur acido[)hilie augmente et lorsqu’elles sont prèles à se charger d’éléïdine, elles sont, le plus souvent, devenues franchement acidophiles. Mais les cellules épidermiques n’évoluent pas isolément. Toutes les cellules d’une même assise sont contemporaines et les strates superposées SC succèdent chronologiquement. Aussi toute la couche du corps muqueux participe de l’évolution individuelle des cellules qui le constitue et apparaît basophile et teintée de bleu Ih où les cellules sont jeunes — couche germinative — et acidophile et teintée de rouge, Ifi où les cellules sont Agées — au voisinage du stratum granulosum.
Les cellules qui constituent ces assises présentent A considérer un protoplasme et un noyau. En outre elles élaborent des produits de différenciations, les filaments d’union de Uanvier.
Le protoplasme, de forme irrégulièrement polyédrique, comprend deux portions distinctes. L’une est unezône très étroite entourant le noyau. Elle reste claire et trausparente après l’action des réactifs colorants, elle semble constituée par un hyaloplasme assez fluide. On la décrit souvent comme un vide et elle a reçu le nom d’espace périnucléaire. C’est là tout près du noyau que se trouvent côte à côte les deux centrosomes de la cellule épidermique. L'autre beaucoup plus considérable, formant la presque totalité du corps protoplasmique, résistante, prend vivement les réactifs colorants. C’est un chromoplasme homogène sauf au niveau de son écorce où il présente une structure fibrillaire due à la présence des filaments d’union.
Nous avonsindiqué précédemment(structure de la peau) ipiele corps cellulaire est à grand axe vertical dans les couches profondes, à grand axe horizontal dans les couches superficielles.
Au niveau de la couche basale, l’extrémité en rapport avec le corps papillaire est conformée tantôt en une extrémité mousse, tantôt en un pied découpé en dents engrénées dans le feutrage que forment les fibres élastiques et collagènes sous-jacentes.
Le noyau est arrondi ou ovalaire, régulier. Sa chromatine assez abondante au niveau de la couche germinative devient plus pauvre dans les cellules plus âgées. Il possède toujours un ou deux nucléoles nets. A côté dos cellules ansi, constituées et qui sont les plus nombreuses, il en est d’autre dont le noyau est déformé. L’espace périnucléaire est agrandi, parait hydropique et le noyau comprimé par l’excès de liquide est refoulé contre une des parois de sa loge. Il affecte alors l’aspect d’une calotte. Il ne s’agit pas là d’une altération artificielle ainsi que nous avons pu nous en convaincre en employant des techniques variées. Elle représente sans doute le degré le plus léger de l’œdème intracellulaire. Mais bien que cette modification soit très probablement pathologique, nous devons la signaler ici, car on peut la rencontrer sur des fragments de peau parfaitement normale à tous autres égards. Elle peut être due soit à la simple désinfection du champ opératoire à l’alcool et à l’éther, soit à l’anesthésie au chlorure d'éthyle, soit à tout autre irritation fugace et légère et elle se rencontre assez souvent à l’examen de fragments de peau saine recueillie dans les meilleures conditions. Elle n’a donc aucune valeur séméiologique et il ne faut la connaître que pour éviter de lui attacher la moindre importance, si toutefois elle existe seule, à l’exclusion de toute autre lésion et si elle n’intéresse que quelques cellules épidermiques isolées. Voici du reste quelle est à son égard l’opinion de Darier: « On connaît depuis assez longtemps une lésion des cellules « malpighiennes consistant en vincvésiculaiion du noyau etrésul- « tant, à ce que l’on croyait, d’une hydropisie du nucléole. Elle « s’observe d’une façon assez banale sur les coupes de toute peau « soumise à une irritation légère... Elle n’est pas une lésion artic( ficielle et se voit mieux que partout ailleurs sur les fragments « frais fixés aussitôt par l’acide osinique. Mais Hanvier ayant « récemment repris l’étude du sujet put se convaincre que la
« petite vésicule qui se développe dans le noyau, le dilate et (( le déforme en croissant de plus en plus mince eu le repous- « saut contre le protoplasme, n’a rien a faire avec le nucléole et « parait provenir de l’espace périnucléaire ; cette altération « vésiculeuse du noyau serait due à de l’oedème intracellulaire « puisqu’on peut la produire en soumettant de la peau de gre- « nouille à une pression hydraulique de dedans en dehors (Rance vier, Leçons inédiles du collège de France 1893-1899). » De tout ceci retenons donc : 1° que la vésiculation du noyau par hydropisie du nucléole, encore invoquée par certains auteurs n’existe pas; 2° que la lésion décrite sous ce nom correspond en réalité à un très léger degré d’œdème intracellulaire ; 3“ que, bien que ce soit une altération pathologique, elle ne saurait à elle seule, en raison des causes minimes qui peuvent la provoquer^ faire considérer comme anormal, un épiderme où on la rencontre çà et là parmi des cellules épidermiques normales à tous les autres égards.
Eu règle générale chaque cellule ne possède qu’un seul noyau. 11 peut arriver cependant à l’état normal que l’on rencontre deux noyaux dans la même cellule, mais cela est toujours exceptionnel. Nous avons donné plus haut, page 57, une explication de ce phénomène. Les karyokinèses ne se rencontrentà l’état normal que dans la couche germinative et elles y sont peu nombreuses. Comme l’a bien vu Branca elles peuvent être orientées en différents sens. Ces karyoknèses sont bipolaires et de type normal.
Les cellules du corps muqueux sont unies entre elles par un appareil filamenteux constitué par les fibrilles épidermiques. On les met fort bien en évidence- avec le triacide d’Ehrlicb, avec la coloration à l’éosine et au bleu de méthylène après mordançage à l’alun de fer, avec la coloration hémateine-éosinevert lumière. Avec ces divers procédés il est facile d’observer les caractères de l’appareil filamenteux tel que nous l’avons décrit au chapitre » structure delà peau ». Nous n’y reviendrons pas, mais nous désirons appeler l’attention sur certaines fibres à sinuosités marquées que l’on rencontre assez souvent dans
CYTOLOGIE DES INKLAMMATIONS CUTANÉES
l’épidennc et qui ont reçu le nom de fibres spirales d’ilcrxheimer. . .
Dans les traités classiques français ces fibres sont passées sous silence ou signalées incidemment. Elles sont en cliét de faible développement et de peu d’importance à l’état normal, mais il nous semble utile d’attirer l’attention sur ces formations parce qu’elles peuvent acquérir des proportions considérables au cours de certains états pathologiques. Leur méconnaissance donnerait lieu dans ces cas à des erreurs d’interprétation.
'Voici la note que Branca (1) consacre à ces fibres: « Herxbei- « mer, en 1889, a vu sur des coupes de peau, traitées par la « méthode de Gram modifiée par W’eigcrt, des fibres disposées (I en spirale, pénétrer dans les couches profondes de l’épiderme. « Ces fibres, Kromayer (1890) les interprète comme les prolon- « gements protoplasmiques des cellules basilaires.
« Eddowesa repris l’étude de ces formations. Ces spirales, de « taille très variable, se retrouvent, parfois, jusque dans la cou- « ehe cornée. Elles se continuent souvent avec les coagula fibri- « neux du derme ; comme ces coagula, elles sont digérées par « les sucs digestifs. Pour ces raisons, et pour d’autres encore « qui sont longuement développées dans le mémoire d’Eddowes, « on doit penser que les fibres épidermiques d’IIerxheimer « représentent simplement de la fibrine, coagulée dans les espa- « ces intercellulaires ».
D’autre part Ledermann (2) considère que les fibres spirales d’IIerxheimer sont des dilférenciations protoplasmiques des cellules épidermiques et ajoute que cela est reconnu maintenant par la majorité des auteurs.
Avant d’avoir eu connaissance des recherches de llerxheimer et des discussions qu’elles ont suscité nous avions observé