‹ Cytologie des inflammations cutanéesChapitre 23 sur 46 · G. — COUCHE CORNÉE · texte numérisé non relu

G. — COUCHE CORNÉE

1° Cytologie normale. — A l’état normal, les cellules de la couche cornée sont de simples lamelles, ou plutôt (Ranvier) de petits sacs très aplatis, dont la paroi est constituée par une enveloppe de kératine et dont le contenu est une graisse spéciale dont nous avons déjà donné les caractères au chapitre concernant la structure normale de la peau. Nous y avons dit également que, sauf par les techniques spéciales, employées par Retterer, on ne met pas en évidence dans ces lamelles- cornées de vestige nucléaire. Ceci est un caractère important à retenir car la principale des altérations de la couche cornée, la parakératose, est caractérisée, comme nous le verrons plus loin, par la persistance du noyau, facile à mettre en évidence par toutes les techniques courantes.

La couche cornée se divise en deux assises, l’une où les cellules, étroitement tassées les unes contre les autres, forment une assise compacte — stratum corneum proprement dit ; l’autre, où elles s’exfolient et se désagrègent — st7'atiim disjtinctum. L’épaisseur de la couche cornée est des plus variables sui- " vant les régions, c’est un fait qu’il ne faut pas perdre de vue dans l’appréciation d’une hyper ou d’une hypokératose. Après

CYTOLOGIE DES INKLAMM\T10NS CUTANÉES

coloration par Téosine orange et le bleu de toluicline, les cellules cornées se teignent habituellement par les colorants acides, éosine ou orange, surtout par l’éosine. Il arrive cependant que les réactions tinctoriales se trouvent modifiées au niveau du stratum disjunctum et que celui-ci retienne surtout le colorant basique et se colore en bleu.

Est-ce là une coloration élective ou le tait d’une imprégnation purement mécanique par un excès de bleu ? Nous pencherions plutôt vers cette dernière hypothèse, car après l’action du bleu polychrome pur, employé seul, le stratum corneum se teinte de bleu verdâtre ou même nettement de vert, ce qui confirme que la substance cornée est bien acidophile.

2" Cytologie pathologique. — Au cours des inflammations les lamelles cornées présentent tantôt des caractères normaux, tantôt des caractères qui s’éloignent plus ou moins du type normal et qui doivent être tenus pour pathologiques.

Les lamelles cornées normales sont des éléments morts et ne sont plus susceptibles d’aucune modification réactionnelle ou dégénérative. Les cellules cornées pathologiques ne sauraient donc résulter d’une transformation d’éléments inertes. Elles ne sont pas l’indice d’un processus en évolution, mais le reliquat d’une dystrophie antérieure. Elles sont la conséquence et le stigmate de troubles de nutrition et d’évolution éprouvés par les cellules épidermiques, parvenues maintenant au stratum corneum, alors que, jeunes encore, elles étaient situées dans le corps muqueux de Malpighi.

a) Hyperkéralose. — Sous ce nom on désigne l’augmentation d’épaisseur de la couche cornée dont les éléments ont subi une kératinisation normale.

11 nous semble qu’il y a lieu de distinguer une hyperkéralose élémentaire, une hyperkéralose régionale.

a) Sous la désignation à' hyperkéralose élémentaire nous désignons l’augmentation anormale de la teneur en kératine des lamelles ou des cellules cornées considérées isolément. En coupe, l’hyperkératose des lamelles cornées anucléées est difficile à apprécier lorsque toutes les lamelles sont semblables

entre elles, parce que 1 on manque d objet de comparaison et parce que, étroitement tassées les unes contre les autres, leurs limites ne sont pas nettes. Par la dissociation on constate plus aisément l’épaisseur de la coque de kératine.

L’iiyperkératose des cellules nucléees est au contraire manifeste car elles ressortent nettement sur les autres cellules cornées ou non dont elles se distinguent par leur membrane épaissie à double contour. 11 en est notamment ainsi dans la plupart des dyskératoses.

]Ü) Par le terme à' hypei'kératose l'égionale nous entendons l’épaississement de la couche cornée considérée dans son ensemble. Elle résulte de I hyperproduction des lamelles cornées et de l’augmentation de leur cohérence entre elles. Elle est souvent associée ii l’hyperkératose élémentaire mais elle ne l’implique pas nécessairement.

L’hyperkératose ainsi définie devrait désigner toute augmentation pathologique d’épaisseur de la couche cornée, l’habitude a fait réserver cette expression au seul cas où la couche cornée augmentée d’épaisseur^est formée de lamelles d’aspect normal, non nucléées.

L’hyperkératose comporte un excès de kératine. Celle-ci est ordinairement considérée comme normale dans sa constitution chimique. 11 n’en est pas toujours ainsi. Unna (1) a parfois noté que des lamelles cornées hyperkératosiques résistaient moins aux réactifs et à la digestion artificielle que des lamelles cornées normales.

b) Hypokéralose. — L’hypokératose doit également être dissociée en hypokératose élémentaire et en hypokératose régionale.

Hypokératoae élémentaire . — Elle s’oppose à l’hyperkératose élémentaire. Les lamelles cornées sont essentiellement formées d’un contenu gras qu’entoure une très mince enveloppe de kératine.

t. Unna. Ueberclas Wesen dernormalenund palhologischen Verhornung, II” Congrès international de dermatologie. Londres, 1890.

L’hyperkératose et l’hypokératose élémentaires peuvent alterner, clans une couche cornée le plus souvent augmentée d’épaisseur. Les amas de lamelles liyperkératosiques sont compacts, ceux formés parles lamelles hypok.ératosic|ues paraissent comme spongieux. L’aspect cjue donne à la couche cornée considéréee dans son ensemble une pareille alternance de parties compactes et de parties spongieuses est conuu sous le nom de dégénérescence médullaire.

!^) Hypokéralose régionale. — C’est la diminution de la cornée qui peut aller jusqu’à sa disparition. Elle peut tenir à deux causes différentes : soit à ce c[u’au fur et à mesure de sa production la couche cornée est enlevée et cela se voit notamment au cours d’affections extrêmement purigineuses (mycosis fongoïde), soit à ce qu’il ne se produit pas de kératinisation des cellules épidermiques.

11 en est ainsi au bord des plaies en voie d’épidermisation active. Toutes les cellules épidermiques sont employées à la rénovation épithéliale. Elles s’étendent en surface plus qu'elles ne se disposent en assises superposées. Toute leur activité est dirigée dans le sens de la reproduction cellulaire. L’évolution complète de la cellule et sa kératinisation viendra plus tard, lorsque le revêtement épithélial aura été reconstitué. De telles plaies présentent, sur des étendues parfois assez considérables, un revêtement épidermique l’éduit à deux ou trois assises cellulaires en pleine vitalité et presque sans indice de kératinisation.

c) Parakéralose. — C'est la plus importante et peut-être la plus fréquente des modificationsdu stratum corneum. On dit qu’il y a parakératose lorsque les lamelles cornées ont conservé un noyau nettement reconnaissable et facile à mettre en évidence par les techniques habituelles. On suppose que dans ces cas la composition chimique de la kératine est modifiée et anormale.

Darier (1) admet trois types de parakératose.

La distinction est plutôt d’ordre clinique que cytologiipie, nous n’y insisterons donc pas ici.

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