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CYTOLOGIE DES INFLAMMATIONS CUTANÉES Ha

dégénérescence érythrophile s’étend massivement à tout le corps . protoplasmique de la cellule malade. Celle-ci extrêmement volumineuse se transforme en un bloc arrondi qui ne présente plus de filaments d’union. Tout le protoplasme est atteint, mais au début il persiste encore à la surface de la masse dégénérée un peu de protoplasme basophile disposé en un mince réseau ou en un simple piqueté teinté de bleu foncé. Ultérieurement ces vestiges mêmes du protoplasme basophile disparaissent.

Le noyau est refoulé, déformé, aplati en calotte. 11 se condense, se rétracte, devient plus sombre, puis pycnotique et finit par disparaître à son tour. Il ne reste plus en définitive, de la cellule épidermique, qu’un bloc arrondi d une substance amorphe et acidophile.

Sans préjuger de la nature chimique de cette substance nous dirons simplement que dans le molluscum contagiosum la dégénérescence érythrophile est homogène, massive et totale.

3® Type. Zona, Varicelle (t). — Les lésions du zona et de la varicelle sont le type de ce que Unna appelle la dégénérescence hallonisanle. Voici d’après Rist (2) la description des lésions du zona : « Les cellules du corps muqueux conservent tout d’abord « leurs dimensions, mais elles perdent leur revêtement épi-

« lieux Puis les cellules deviennent opaques, perdent leur

« caractère et leurs réactions protoplasmiques pour prendre les « réactions colorantes de la fibrine (dégénérescence fibrineuse).

« Enfin un grand nombre d’entre elles se mettent à se gonfler « dans des proportions extraordinaires ; elles prennent alors « l’aspect d’énormes boules creuses, dont l’enveloppe dégénérée « et amincie retient un grand nombre de noyaux ; on peut en « rencontrer jusqu’à vingt ou trente dans une même cellule ;

« leur division ne se fait pas par mitose ».

La encore les cellules s hypertrophient, leur protoplasme devient lortement basophile puis dégénère et devient acidophile.

t . Nous sommes heureux de remercier ici notre ami le docteur Ferrand de la très grande obligeance avec laquelle il nous a communiqué ses belles préparations de varicelle.

2. Rist, Pratique dermatologique. Article Zona, tome IV, p. 912, Rubens Duval o

. La matière érythrophile se rassemble en sphérules ou occupe diflusémentle corps protoplasmique transformé en cellule géante.

11 s agit donc encore ici d’une dégénérescence érythrophile, mais elle est singularisée par l’état des noyaux. Ceux-ci ne se multiplient pas seulement en nombre considérable, ils présentent en outre des modifications structurales très particulières. La chromatine appauvrie, s’adosse à la membrane nucléaire et, la doublant, se confond avec elle. Celle-ci primitivement arrondie ou ovalaire, se fripe, se ride et présente en coupe optique un contour irrégulièrement sinueux. La chromatine est réduite à cette mince doublure de la membrane nucléaire flétrie. Tout le reste du noyau est occupé par un volumineux nucléole arrondi ou oblong, très pèle et faiblement teinté par les colorants acides. Cette hypertrophie du nucléole est aussi considérable que celle que l’on note dans les processus néoplasiques, mais au lieu de se teindre vigoureusement comme dans l’épithélioma il est au contraire pâle, peu colorable, presque flou.

Cette dégénérescence érythrophile est donc singularisée par les altérations nucléaires qui consistent essentiellement en : multiplication des noyaux, appauvrissement de la chromatine, irrégularité de la membrane nucléaire flétrie et surtout hypertrophie considérable des nucléoles transformés en une matière peu colorable.

Moins importantes, mais curieuses à connaître pour éviter les erreurs d’interprétation, sont les modifications des filaments d’union que l’on observe dans le zona (Planche I fig. 2) et aussi dans la varicelle. Là où les lésions sont au maximum les filaments d’union ont le plus souvent disparu, mais sur les bords des vésicules les filaments d’union sont au contraire, çà et là, irrégulici'cment et très considérablement épaissis. Les fibres d’Herxbeimer notamment apparaissent comme de gros filaments rectilignes ou spiralés, bizarrement conformés.

Les cellules multinuclées mises en liberté dans le contenu de la vésicule de zona présentent parfois encore un a[)parcil filamenteux. Celui-ci se dispose en un feutrage dans 1 écorce de l’élément.

P) Dégénérescence balloniscinlc de Unna. — Le zona en est un./ type et nous renvoyons au paragraphe précédent.

y) Dégénérescence réticulaire de Unna. Altération cavitaire de Leloir. Dégénérescence par hydropisie du nucléole. — Elles se rapportent à l’œdème de 1 épiderme et ont été décrits page 106.

6) Dégénérescence fibrinoide, fibrineuse, colloïde, mucoïde, albumineuse, etc. — Mal caractérisées. Se rattachent toutes à la dégénérescence érythrophile^ terme qui nous parait préférable car il ne préjuge pas de la nature chimique inconnue de ces dégénérescences et ne dispense pas d’une description morphologique des lésions.

g) Nécrose

Les dégénérescences épithéliales que nous venons de décrire aboutissent c\ la mort de là cellule, mais cette mort est plus ou moins lente, progressive. La nécrose cellulaire s’observe dans d’autres cas, lors d’une perturbation brusque, la mort de la cellule est immédiate. Dans ces cas la cellule n’a pas le temps de se déformer beaucoup ou bien les déformations portent ultérieurement sur le cadavre cellulaire.

Une cellule malpighienne nécrosée se distingue de la cellule épidermique qui a achevé son cycle vital normal en ce qu’elle ne s’est pas transformée en lamelle cornée anucléée. Le corps cellulaire est dépourvu de kératine, le noyau subsiste parfois ; mais l’un et l’autre sont alors profondément altérés.

Le protoplasme ne présente plus aucune affinité tinctoriale précise. Après coloration par l’éosine orange et le bleu de toluidine il se colore souvent intensément en rouge par l’éosine, son acidophilie étant considérablement accrue. On peut dire que c’est le degré maximum de la dégénérescence érythrophile, le protoplasme ne formant plus qu’un bloc d’une substance amorphe teinté uniformément de rouge vif. D’autres fois au contraire il se teinte en bleu foncé presque noir, aussi intensément que le noyau qui devient difficile à distinguer. Cela se voit surtout dans les cas où la cellule épidermique a subi des déformations

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mécaniques importantes, où elle est réduite à une lamelle ou à un petit bloc irrégulièrement comprimé et cette coloration est peut-être ducù la dillusion de la chromatine nucléaire dans le protoplasme. Plus souvent la coloration est indécise. Le protoplasme mortifié prend une teinte d’un gris violacé sale, mélange de bleu et de rouge. Les contours de la cellule sont fréquemment alors aussi imprécis que ses affinités tinctoriales et l’aspect flou de ce protoplasme mal limitée! mal coloré indique sa profonde altération.

Le noyau est le plus souvent en pycnose. C’est-à-dire que sa chromatine s’est condensée en un bloc compact où l’on ne distingue plus aucune structure. L’amas ainsi constitué, homogène et amorphe se teinte intensément par les bleus basiques en bleu presque noir. La pycnose du noyau est habituelle, mais on peut rencontrer éventuellement des noyaux morts ramifiés et irrégulièrement découpés, (karyorrhexis), ou désagrégés en petites boules chi’omatiques très vivement teintées, (caryolyse). Exceptionnellement le noyau paraît pâle estompé, la membrane nucléaire semble vide et est comme chiffonée. Ce sont des vestiges de noyau qui n’a plus de chromatine (1).

A ces caractères du noyau et du protoplasme on reconnaît une cellule épidermique nécrosée. Celle-ci n’est quelquefois pas altérée dans sa forme, d’autres fois elle porte l’empreinte du processus auquel est due la nécrose de la cellule. C’est ainsi qu’elle peut présenter les traces des compressions qui se sont exercées sur elle ou de l’hypertrophie réactionnelle qu’elle avait manifestée antérieurement à sa nécrose. Elle peut conserver encore les signes d’une imbibition œdémateuse avec vacuolisation périnucléaire ou les reliquats d’une dégénérescence. Nous ne décrirons pas tous ces types de nécrose cellulaire conséquences de la morlificalion du protoplasme et du noyau de cellules dont nous avons déjà étudié les types morbides réac-

1. Dans l’herpès « les cellules subissent la nécrose de coagulation, « perdent leurs noyaux, mais conservent leurs filaments d’union » (Darier, loc. cil., p. 95).

tioniiels OU dégénératifs. Cependant il est une forme de nécrose épidermique bien spéciale et à laquelle nouS; devons consacrer une courte description, c’est celle que l’on observe dans la pustule maligne. Dans cette affection il y a simultanément, au moins en certains points, nécrose des cellules épithéliales et œdème colossal de la couche papillaire. Les cellules malpighiennes dont toutes parties constituantes sont coagulées par le processus nécrobiotique ne se laissent pasimbiber par le liquide d’œdème, mais celui-ci fuse entre les cellules épidermiques, atteint par le plus court chemin la couche cornée qu’il tend à soulever, brisant sur son passage tous les filaments d'union transversaux qui s’opposent à son irruption, tandis que les filaments d’union longitudinaux qui ne subissent pas les mêmes pressions résistent. Les cellules épidermiques uniquement reliées entre elles dans le sens perpendiculaire à la surface cutanée se divisent ainsi en petites colonnettes qui s’étirent par suite du soulèvement de la couche cornée à laquelle elles restent adhérentes.

Toutes les cellules qui composent ces colonnettes sont extrêmement allongées et elles présentent tous les caractères des cellules nécrosées, car leur protoplasme se colore mal et leur noyau est pycnotique.

L’aspect de l’épiderme ainsi modifié est vraiment très caractéristique ; nous ne l’avons rencontré que dans la pustule maligne et nous l’avons observé sur des zônes plus ou moins étendues dans les trois cas de pustule maligne qu’il nous a été donné d’observer.

B. — COUCHES RENFEliMANT DE L'ÉLÈIDINE

Les couches de l’épiderme qui renferment de l’éléïdinc sont le stratum granulosum, le stratum intermedium et le stratum lucidum. La plus importante de ces couches est le stratum granulosum et c’est celle-là surtout que nous aurons en vue.

1° Cytologie normale. — Normalement, la couche granuleuse d’éléïdine est réduite à une ou deux assises cellulaires. Les cellules, qui la constituent, sont losangiques à grand axe parallèle à la surface de la peau, à petit axe perpendiculaire à celle-ci.

Leur protoplasme se différencie en un exoplasme pourvu de courts filaments unitifs, niés par certains auteurs et dont lîranca a vérifié l’existence, et un endoplasine pourvu de granulations d’éléïdine.

Ranvier distingue deux variétés d’éléïdine : l’éléïdine en grains et l’éléïdine dilluse.

L’éléïdine granuleuse caractérise le stratum granulosum, l’éléïdine diffuse s’observe dans le stratum intermedium et le stratum lucidum .

La kératohyaline de Waldeyer et des auteurs allemands n’est autre que l'éléïdine granuleuse de Ranvier ; l’éléïdine de Waldeyer correspond seulement à l’éléïdine diffuse de Ranvier.

, L’éléïdine se colore en rouge par le carmin, en violet par l’hématéïne et l’hématoxyline. Elle se comporte donc comme une substance basophile. Cependant on avait remarqué que, dans certaines conditions, l’éléïdine en grains, seule, se colorait par l’hématoxyline. De ce fait l’on pouvait déjà déduire que l’éléïdine granuleuse est plus basophile que l’éléïdine diffuse, en flaques.

Si au lieu d’étudier l’éléïdine après coloration par le carmin ou l’hématoxyline on emploie des techniques de coloration plus délicates (éosine orange, bleu de toluidine ou violet de méthyle 6B, avec ou sans mordançage préalable à l’alun de fer), on se rend mieux compte des affinités tinctoriales de cette substance.

On constate que les grains d'éléïdine les plus petits sont toujours basophiles et teintés de bleu ou de violet, quelle que soit la manière dont ait été faite la préparation. Les grosses flaques d’éléïdine diffuses se montrent au contraire acidophiles et colorées en rouge vif ou en rouge orangé (à moins que l’on ait fait une coloration trop longue au bleu ou que 1 on ait employé le colorant basique avant le colorant acide (par exemple dans la coloration de Unna : bleu polychrome suivi de tannin orange).

Ceci montre que l’éléïdine primitivement exclusivement basophile, tend à perdre sa basophilie primitive lorsqu’elle vieillit et s’accumule en gouttelettes plus grosses tandis que se développe une affinité acidophile qui s’accentue de plus en plus, au point

parfois de retenir du niélang’e tinctorial, éosine orange, le colorant le plus acide, c’est-i\.-dire l’orange G.

Cette évolution de l’éléïdine primitivement basophile, secondairement acidophile, n’est pas un phénomène aberrant mais un fait en conformité avec une loi générale, dont nous observerons de nombreux exemples. Rappelons simplement ici que 1 évolution de l’éléïdine est comparable à celle des granulations des leucocytes polynucléaires ordinaires du sang.

On sait en eÛet, que Dorainici admet que la granulation s de la nomenclature d’Ehrlich est primitivement basophile, puis devient neutrophile (ou plutôt amphophile) et arrive à être, en définitive presque uniquement acidophile. De même la granulation a ou éosinophile est précédée par un stade basophile très fugace.

2" Cytologie pathologique. — La cellule granuleuse est d’une part un élément trop difïérencié pour pouvoir entrer en régression cellulaire et s’adapter i\ un nouveau rôle fonctionnel, d’autre part elle est un élément âgé près de sa fin naturelle et les circonstances contraires à son évolution précipitent plutôt sa mort qu’elles ne déterminent sa dégénérescence ; aussi ses modifications sont peu nombreuses. D’ailleurs celles qu’elle présente sont la résultante de celles qu’a éprouvées la cellule malpighienne dont elle dérive.

Aussi tout se borne à l’appréciation de la qualité et de la quantité de l’éléïdine qu’elle renferme et aussi à l’examen de la couche constituée par l’ensemble des cellules granuleuses.

En cas d’hyperactivité fonctionnelle du protoplasme de la cellule granuleuse l’éléïdine est fabriquée en surabondance. Celle-ci se forme d’abord près du noyau puis apparaît dans tous le corps cellulaire. De sorte que l’on voit après éosine oi’ange bleu de toluidine les flaques d’éléïdine acidophiles teintées d’orange ou de rouge près du noyau et plus loin vers la périphérie les grains bleus de l’éléïdine basophile. Parfois toute la cellule est ainsi remplie d’éléïdine. Il faut distinguer cette exagération de la formation d’éléïdinc de l’augmentation de la couche granuleuse d’éléïdine. Eu effet une couche granuleuse comprenant un nom-

CYTOLOGIE DES INI’I.AMMATIONS CUTANÉES

bie noimal de rangées cellulaires peut être surabondamment pourvue d’éléïdine, il y a alors suractivité des cellules granuleuses sans augmentation d épaisseur de la couche granuleuse. Inv'ersement les cellules granuleuses formées en plus grande abondance ou évoluant moins vite vers la kératinisation peuvent former des couches superposées en nombre anormal sans que chaque cellule granuleuse, prise en particulier, contienne plus d éléïdine qu à 1 état normal. Dans ce cas il y a augmentation de la couche granuleuse sans hyperactivité de ses cellules. Habituellement les deux processus sont combinés et la surcharge cellulaire en éléïdine coïncide avec une augmentation d’épaisseur du stratum granulosum. Celui-ci peut comprendre alors jusqu’à huit et dix couches de cellules granuleuses, tellement chargées d’éléïdine que, dans les plus superficielles, celle-ci peut arriver à masquer plus ou moins le noyau.

L’éléïdine, formée en excès, tend habituellement à devenir hâtivement acidophile et ce n’est que dans les cellules granuleuses les plus jeunes que l’on découvre quelques fines granulations d’éléïdine basophile. Plus rarement au contraire, l’éléïdine n’arrive pas à complète élaboration et reste basophile.

En opposition avec l’hyperactivité fonctionnelle, on peut, dans d’autres cas, constater l’hypofonctionnement et la production d’une minime quantité d’éléïdine. Celle-ci reste souvent basophile alors même que ses grains confluent en flaques assez grosses, ce qui est d’ailleurs rare dans ces cas. Habituellement aussi le stratum granulosum est diminué d’épaisseur. Ce n’est qu’exceptionnellement que l’on note une augmentation d’épaisseur du stratum granulosum coïncidant avec une diminution de la teneur de ses cellules constituantes en éléïdine.

Poussé plus loin cet hypofonctionnement aboutit à l’absence d’élaboration d’éléïdine. La couche granuleuse fait alors complètement défaut et les cellules malpighiennes se kératinisent sans avoir jamais contenu d’éléïdine.

Dans le stratum granulosum, comme dans le corps muqueux de Malpighi on peut observer une évolution cornée anormale

de quelques cellules isolées qui se kércatinisent hâtivement. C’est là une dyskératose que nous avons suffisamment décrite page 102 et sur laquelle nous n’avons pas a revenir.

A l’état normal, le stratnni lucidum, n’est aisé à constater qu’en quelques régions de la peau.

A l’état pathologique il peut parfois acquérir une grande netteté et une notable augmentation d’épaisseur. Par la coloration par éosine orange bleu de toluidine il apparaît alors comme une bande compacte teintée d’orangé vif. Mais cela est si exceptionnel qu’il n’y a pas lieu d’insister. Dans la plupart des inflammations de la peau, au moins par les techniques courantes, on ne le met habituellement pas en évidence et son étude peut être négligée. 11 en est de môme du stratum iiitermedium.

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