I. — Cytologie normale
A l’état normal comme au cours des lésions inflammatoires, nous avons pu suivre les cellules épidermiipies couche par couche. Chaque couche épidermique, en effet, est constituée par des cellules de même ordre, contemporaines, soumises, au même âge et dans le même temps, aux mêmes conditions et qui sont par suite semblablement conformées normalement ou modifiées pathologiquement.
Pour ce qui est des éléments des couches conjonctivovasculaires de la peau, un tel parallélisme entre les modifications cellulaires élémentaires et les changements régionaux topographiques ne saurait être suivi, car les éléments cellulaires que nous rencontrons, aussi bien dans le corps papillaire que dans le derme et ITiypoderme, appartiennent à de nombreuses variétés fonctionnellement et morphologiquement différentes et, dans chacune de ces trois couches, les mêmes variétés sont représentées. La cytologie ne marche donc pas ici de j)air avec la stratification topographique.
Force nous est donc d’étudier isolément dans ce chapitre les types cellulaires normaux et les modifications qu’ils sont susceptibles de présenter au cours des états inflammatoires.
Parmi les éléments qui se trouvent dans les assises conjonc-
tivo-vasculaires de la peau les uns sont reconnus par tous les auteurs comme des cellules conjonctives, ce sont les cellules conjonctives proprement dites, d autres dérivent des premières et ont acquis secondairement des caractères nouveaux de différenciation qui les éloignent plus ou moins du type primitif. Il n’en reste pas moins vrai que tous ces éléments sont de même nature et appartiennent « au groupe cellulaire conjonctif , groupe « autonome et composite, formé d’éléments de même espèce, « soumis aux flexions morphologiques les plus variées.
« Ces flexions morphologiques sont commandées par des « adaptations fonctionnelles différentes...
« L’élément conjonctif, tantôt fixé, tantôt mobile, est destiné « à parcourir une série de transformations réversibles dont le « cycle est peut être illimité, si nous admettons avec Grawitz, « que les cellules fixes les plus atrophiées sont des cellules dor- « mantes que les irritations les plus diverses peuvent tirer de « leur léthargie » (1). Les cellules conjonctives proprement dites comprennent donc un nombre assez considérable de types cellulaires car ces cellules se présentent à des états d évolution et de diflérenciation divers (2). Mais, ainsique l’a démontré Dominici, qu’il s’agisse d’une cellule indiflérenciée, telle que le lymphocyte, ou d’une cellule déjà particularisée par son adaptation à une fonction définie, telle qu’un fibroblaste, unecellule adipeuse ou une cellule endothéliale, l’élément considéré n’en reste pas moinsfondamentalement de même nature, dénaturé conjonctive. ],a preuve en est que le lymphocyte peut évoluer en fîbroblaste, en cellule adipeuse, en cellule endothéliale, de même que le fibroblaste, la celluleadipeuse ou la cellule endothéliale peut, par régression cellulaire et perte de ses caractères différentiels, redevenir un élément conjonctif indifférencié, plasmodial, qui, en se divisant, pourra donner naissance de nouveau à des cellules embryonnaires, identiques à certains lymphocytes.
f. Dominici. Polynucléaires et macrophages. Arch. méd. exp., 1902, p. 64 et 6“).
2. D’où les noms de polyeidocytes (Darier) et de polyblastes (Maximoff) .
Nous n’insistons pas davantage sur cette notion fondamentale : l’iinité de la cellule conjonctive parce qu’elle se trouve exposée dans tous ses détails et avec toutes ses preuves dans l’ouvrage du maître qui, le premier, l’a établie d’une manière irréfutable et en a exposé toute l’importance. Nous renvoyons donc à l’ouvrage de Dominici.
Cette permutation constante des types cellulaires d’un même gi’oupe les uns dans les autres est une doctrine diamétralement opposée à celle, encore classique, de la spécificité cellulaire. Nous ne craindrons pas cependant d’affirmer hautement que, si l’on n’est pas imbu de la notion fondamentale de l’unité des cellules du groupe conjonctif, il est impossible de comprendre la genèse et la signification des différentes modifications qu’impriment aux cellules les processus inflammatoires, soitau niveau de la peau, soit au niveau de tout autre organe.
Examinons maintenant les caractères cytologiques des différents éléments que I on rencontre à l’état normal dans les couches conjonctivovasculaires de la peau humaine. Parmi ceux-ci, les uns sont des éléments autochtones de la peau car ils y naissent, y évoluent et y meurent, les autres sont des éléments importés dans le territoire cutané et ils n’y accomplissent qu’une partie de leur cycle vital.
A. — Eléments autochtones.
Les éléments autochtones des couches conjonctivovasculaires de la peau normale sont tous de nature conjonctive. Les uns sont indifférenciés et constituent de véritables réserves conjonctives toujours prêtes à évoluer suivant le sens oii elles seront sollicitées ; les autres ont déjà élaboré des différenciations protoplasmiques en rapport avec le rôle fonctionnel auquel ils se sont adaptés.
Entre ces deux catégories de cellules existent tous les intermédiaires. Nous étudierons tout d’abord les cellules conjonctives iiidifl’érencices.
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pciiveril se présenter sous deux étals <liH'érents, suivant qu’elles sont au repos, h l’état de vie ralentie, ou au contraire, en activité, en voie de multiplication ou d’acquisition de caractères ditf'érenticls.
aj Stades de repos. — Parmi les cellules qui sont au repos il en est plusieurs types à distinguer, mais quel que soit le type cellidairc on reconnaU l’état quiescent de l’élément aux caractères de son [)rotoplasrne. (>elui-ci, en elfet, est alors presque uniquement constitué par de l’hyaloplasnie. C est-à-dire que c’est un protoplasme clair, transparent, qui ne prend guère les réactifs colorants car il n’a pas d’affinité basophile ou acidopliile bien marquée. Cependant il se teinte volontiers très légèrement par les bleus basi(jues. Aussi après coloration par l’éosine orange et le bleu de toluidine, ou bien il reste complètement incolore et transparent, ou bien il se teinte très légèrement de bleu pâle ou de gris bleuté pâle s'il a pris à la fois faiblement très peu d’éosine et un peu plus de bleu.
Les caractères des noyaux indiquent moins nettement l’état quiescent de la cellule, car leur charge on chronialine varie beaucoup suivant les types cellulaires, l’our tous ces types le noyau est arrondi ou ovalaire et il ne présente guère de tendance à se lober. La lobulation du noyau est en effet presque toujours un indice d’activité. Les cellules conjonctives indifférenciées (]ue l’on peut observer à ce stade de repos sont ;
1“ Los plasmodes indifférenciés de Dominici.
2" Les lymphocytes.
3° Les moyens mononucléaires.
4“ Les gl ands mononucléaires.
o" Les cellules fixes anastomotiques.
Pour exprimer les rapports des cellules conjonctives et des cellules dites lymphatiques Lacapère dans sa thèse (l), inspirée