I. Lacapère. Lk niacrujihafje. Thèse Paris, I1J
Rubens Duval
par Dominici, a employé le premier pour désigner les macropha ges le terme de cellule hjmphoconjonclive. Cette heureuse expression est due au Professeur Gaucher.
a) Plasmodes indifférenciés de Dominici. — Les plasmodes indiflérenciés, dont Dominici a le premier démontré la persistance à l’état normal au niveau de la peau, sont des lames protoplasmiques généralement très minces, peu colorahles (hyaloplasme), à. contours difficiles à délimiter à moins de techniques spéciales (1) et semées d’un nombre variable de noyaux.
Les noyaux au nombre de trois ou quatre souvent plus, sont des noyaux ovalaires qui participent de l’aplatissement général de l’élément. Ce sont des noyaux clairs, pauvres en chromatine et munis de un à deux très petits nucléoles. Leur chromatine délicate se dispose en un réseau très lâche formé de minces filaments.
Les plasmodes se trouvent disséminés çà et là dans les intervalles des faisceaux conjonctifs et moulent leur lame protoplasmique mince de manières variables suivant la conformation de l’espace qu’ils occupent.
Ces plasmodes conjonctifs sont analogues au grand plasmode initial qui, chez l’embryon, constitue le derme cutané. De même que le grand plasmode initial embryonnaire donne par les différenciations qui se forment dans sa masse toutes les parties constituantes du derme, de l’hypoderme et du corps papillaire, de même aux dépens des petits plasmodes du tégument adulte peuvent être formées de nouvelles eellules conjonctives plus ou moins hautement différenciées.
Les plasmodes du tissu conjonctif adulte [leuveut être des restes du grand plasmode primitif embryonnaire qui n ont pas subi encore d’évolution et constituent ainsi d’anciennes réserves conjonctives, mais ils peuvent être de formation récente et résulter soit de la fusion de petites cellules conjonctives indifférenciées soit de la régression plasmodialc de cellules différenciées
\. Fixation à l’iodocldorure de mercure, colorations énergiques et extrêmement précises.
qui, n’acconiplissant plus la fonction laquelle elles s étaient adaptées, font retour à l’état embryonnaire après avoir résorbé leurs produits de ditiérencialion protoplasmique (fibroblastes, cellules adipeuses, etc.).
b) Lymphocytes (1). — Très différents des plasmodes sont les lymphocytes, autre variété de cellules conjonctives indifférenciées (2). Les lymphocytes sont de très petites cellules dont les dimensions ne dépassent pas celles d’un globule rouge du sang. Ils sont formés d'un noyau arrondi et d’un protoplasme relativement très peu développé par rapport au noyau auquel il forme une mince bordure.
Ce protoplasme est de l’hyaloplasme transparent et peu colo-
1. Pour la commodité de notre exposition nous rangeons un peu arbitrairement les lymphocytes parmi les éléments autochtones de la peau. Notre manière de faire peut cependant se justilier. En effet, la majorité des lymphocytes que l’on y rencontre sont sans doute importés par la voie circulatoire (lymphocytes proprement dits provenant des organes lymphoïdes), mais à côté de ceux-ci il est d’autres cellules de type identique et qu’il est impossible de différencier des lymphocytes proprement dits, d’origine lymphogène, et qui sont d’origine locale. Ils procèdent en effet de divisions, effectuées au niveau de la peau, de cellules conjonctives de plus grande taille. Par lymphocytes, nous ne désignons donc pas nécessairement des éléments de souche lymphatique, mais les plus petites des cellules conjonctives, quelle que soit leur provenance et quel que puisse être leur sort ultérieur. Cette remarque s’applique évidemment aussi aux moyens et aux grands mononucléaires que nous étudierons ensuite.
2. Le lecteur qui n’est pas au courant des travaux de Dominici sera peut-être étonné de voir ranger les lymphocytes parmi les cellules conjonctives alors que de nombreux auteurs opposent les cellules lymphatiques et les cellules conjonctives. C’est ainsi, par exemple, que pour l’histogénèse du tubercule, certains auteurs admettent qu’il se forme aux dépens des cellules conjonctives, d’autres qu’il provient des cellules lymphatiques Nous avons montré dans un travail récent fait en collaboration avec notre maître M. Doniinici combien était erronée une pareille conception dualiste et nous avons affirmé ensemble, une lois de plus, l’identité de nature des cellules lymphatiques et des cellules conjonctives (Il . Dominici et H. Rubens Duval. Histogénèse du tubercule et réactions de la rate du cobaye tuberculeux. Arch. méd. exp. N“ 1 . 1906).
rable. Après éosine orange bien de toluidine, il prend une légère teinte gris bleuté. Le noyau est arrondi, riche on clironiatine. Celle-ci forme des masses épaisses laissant dans leurs intervalles de minimes espaces clairs occupés par le suc nucléaire.
Au moyen d’une modification de la coloration par l’éosiue orange et le bleu de méthylène, qui consiste à mordancer, au préalable, les coupes pour les colorants acides avec l’alun de fer, je suis arrivé à mettre en évidence au centre du noyau des lymphocytes un nucléole très petit qui se teinte en rouge vif tandis que la chromatine est nettement colorée en bleu.
Ces éléments, qui représentent les plus petites des cellules conjonctives indifférenciées, proviennent de la division de celles qui sont de dimensions supérieures et peuvent à leur tour se muer en l’un quelconque des autres types plus évolués.
Certains de ces lymphocytes au lieu de posséder un noyau dense, riche en chromatine ont un noyau clair et vésiculeux pauvre en chromatine. Le liseré protoplasmique de ces éléments est encore plus réduit que dans le cas précédent. Avec leur noyau clair et vésiculeux, leur minime bordure protoplasmique, ces éléments possèdent tous les caractères des cellules embryonnaires (Dorainici), ce sont les plus petites d’entre elles. Elles représentent par suite un stade encore moins évolué que celui des lymphocytes proprement dits.
c) Moyens mononucléaires. — Lorsque les lymphocytes grandissent sans acquérir encore de différenciation fonctionnelle ils se transforment en moyens mononucléaires. Ceux-ci présentent un protoplasme beaucoup plus développé faisant un large anneau autour du noyau. Ce protoplasme est constitué essentiellement par de l’hyaloplasme ; néanmoins il est fréquent d’observer au voisinage du noyau une zône où le protoplasme retient plus vivement les réactils colorants et qui est du spongioplasme
chromophile ou chromoplasme.
Le noyau agrandi demeure arrondi. L augmentation de taille dunoyau ne s’accompagne pas d’un accroissement parallèle delà chromatine dont la quantité reste sensiblement égale à ce qu’elle
était dans lo lymphocyte originel. Aussi le noyau élargi parait moins foncé.
Les moyens monoUucléaires de la peau ne proviennent pas e.vcl usivement des lymphocytes, ils peuvent aussi résulter de la fragmentation d’un plasmode en cellules filles ou de la desquamation d’un fîbroblaste qui a perdu ses caractères de diflérenciation.
Il ne faut donc pas voir seulement dans les mononucléaires des cellules d’importation sanguine — ce qui est vrai dans la majorité des cas — mais les considérer par leur caractère le plus général qui est d’être des cellules conjonctives libres indiflérenciées et à l’état de repos.
d) Grands mononucléaires. — Eu grandissant encore les moyens mononucléaires deviennent des grands mononucléaires, mais déjà ceux-ci présentent souvent des signes de différenciation en tant que macrophages.
Lorsqu’ils ne sont pas encore difîerenciés en tant que macrophages, c’est-à-dire lorsqu’il n’est pas encore apparu dans leur protoplasme de vacuoles contenant des sucs digestifs, ces éléments se présentent sous forme de larges lames protoplasmiques munies d’un grand noyau. La lame protoplasmique est arrondie ou irrégulièrement polygonale à angles mousses. Constituée en majorité par de l’hyaloplasme elle possède un peu de chromoplasme disposé en bordure autour du noyau ou au contraire à la périphérie de l’élément. Comme ce chromoplasme est l’elativement âgé, il manifeste souvent une affinité acidophile plus développée que l’affinité basophile et se teinte en violacé tirant plus ou moins sur le rouge après éosine bleu de toluidine.
Le noyau est large et étalé. La chromatine n’a toujours subi aucun renforcement, aussi le noyau paralt-il très pâle. Il est arrondi ou ovalaire, souvent incurvé en fer à cheval, quelquefois même divisé en deux lobes étalés réunis par un large pédicule.
Les lymphocytes, les moyens et les grands mononucléaires, ne doivent pas être considérés seulement comme des stades d’évolution des cellules lymphoconjonctives pouvant exercer
éventuelleineiil les fonctions cio macrophagie et de clasinatose. Il est pi'obablc c|ne même à cet état indifférencié ils jouent d’autres rbles. Doininici a observé au cours de la vaccine expérimentale cjue l’exode des mononucléaires dans le sang circulant (mononucléose) coïncidait avec l’accjuisition de l’immunité vaccinale. Depuis cotte importante remarejue il semble établi que l’acquisition de l'immunité au cours des infections les plus diverses est en rapport avec la mononucléose sanguine qui n’est elle- môme sans doute (Dominici) cjue l’extériorisation d’une réaction conjonctive plus générale. Or l’acquisition de l’immunité est due à l’élaboration et la circulation dans les plasmas de ferments solubles.
Les mononucléaires sans doute et peut-être toutes les cellules conjonctives élaborent donc des ferments solubles, alexines ou sensibilisatrices. Parmi ces ferments solubles l’un la macrocytasc a été retirée par Metchnikotf des mononucléaires.
e) Cellules conjonctives fixes anastomotiques. — Les cellules conjonctives fixes anastomotiques sont très voisines des grands mononucléaires. Elles en diffèrent surtout en ce qu’au lieu d'être libres et arrondies, elles sont fixées et irrégulièrement conformées par suite des anastomoses qu’elles échangent entre elles et avec les autres cellules fixes (fibroblastes).
Leur protoplasme est une mince lame hyaloplasmique irrégulièrement découpée et munie de larges prolongements qui s’unissent à ceux des cellules voisines. Leur noyau, ovalaire, est clair, pauvre en chromatine et muni de un à deux nucléoles nets.
Par l’ensemble de leur réseau anastomotique elles forment un véritable syncytium. Suivant le nombre et l’importance des anastomoses tous les intermédiaires existent d’une part entre ce syncytium et les plasmodes indivis, d’antre part entre ce syncytium et les cellules conjonctives libres. Nous avons vu que les moyens mononucléaires en devenant des grands mononucléaires tendaient à se différencier en macrophages. Les cellules conjonctives fixes anastomatiques tendent elles aussi è remplir éventuellement cette fonction. En outre, tons les intermédiaires existent entre ces cellules anastomotiques inditl’érenciées et celles qui.
ayant élaboré sur l’im des bords de leur lame protoplasmique des fibrilles conjonclives^ tendent à se transformer en fibroblastes.
Stades d’activité. -- Lorsque les cellules conjonctives passent du stade de repos qui est celui où nous les avons décrites à une période d’activité leurs caractères cellulaires changent.
Leur protoplasme s’hypertrophie et prend vivement les réactifs colorants. C’était un tiyaloplasine transparent et homogène, ce devient un spongioplasme chromophile réticulé ou vacuolaire. Ce protoplasme possède la double affinité tinctoriale acidophile et basophile. Plus l’élément est jeune et plus l'affinité basophile est développée. En même temps les noyaux s’hypertrophient et leur chromatine se renforce. Ils présentent enoutre une tendance plus ou moins manifeste ti se lober. De tous ces phénomènes il résulte que protoplasmes et noyaux se colorent plus énergiquement aux stades d’activité qu’aux stades de repos.
Ces stades d’activité des cellules indifférenciées préparent soit leur multiplication soit leur adaptation à des fonctions déterminées et sont en raison du travail qu’elles auront à fournir pour y parvenir, aussi, comme le dit fort bien Dominici « la coloration « du noyau, de môme que la coloration du protoplasme semblent « d’autant plus intenses que la potentialité évolutive et fonction- « nelle de l’élément est plus élevée «. (Dominici (l).
Les plasmodes deviennent alors plus apparents car leur protoplasme s’hypertrophie en meme temps que l’hyaloplasme se transforme en chromoplasme et prend nettement les colorants, surtout les colorants basiques. Les noyaux augmentent de nombre et de volume, leur chromatine se renforce. La multiplication des noyaux se fait soit par karyokinèse soit, etplus souvent peutêtre, par division directe ; la constatation de karyokinèses au sein des plasmodes est en effet assez rare.
11 est une autre forme d’activité des cellules conjonctives indifférenciées que l’on peut rapprocher des plasmodes et qui se
1. Dominici. Polynucléaires et macrophages. Archives de médecine expérimentale et d’ anatomie pathologique, 1902.
CYTOLOGIK DBS INFLAMMATIONS CUTANÉES
renconti-e aussi à l’état normal bien qu’elle soit surtout représentée au cours de certains états inflammatoires. Les cellules de ce type sont assez comparables aux mégacaryocytes de la moelle osseuse rouge. Ce sont de grandes lames protoplasmiques analogues il celles des plasmodes que nous venons de décrire, mais au lieu de renfermer plusieurs noyaux distincts, elles ne possèdent qu'un seul noyau volumineuxet bourgeonnant, multilobé et riche en chromatine. Leslobes de ce noyau peuventse séparer, s’individualiser et constituer autant de noyaux secondaires qui se disséminent dans le protoplasme ou restent groupés les uns auprès des autres : l’élément en question s’identifie alors complètement aux plasmodes proprement dits.
Les plasmodes basophiles ne demeurent pas longtemps en cet état qui est essentiellement transitoire. Ou bien ils reviennent à leur stade de repos, ou bien ils élaborent des ditférenciations protoplasmiques ou bien encore, ils se décomposent partiellement ou en totalité en cellules filles.
Les lymphocytes présentent un protoplasme nettement basophile mais surtout ils grandissent et deviennent des mononucléaires à protoplasme chromophile. Ceux-ci ne sont plus guère comparables aux mononucléaires du sang et de la lymphe mais ils s’identifient aux cellules conjonctives libres indifférenciées en activité vitale manifeste. De tels éléments que l’on voit bien dans les étalements de tissu conjonctif hypodermique présentent un protoplasme de configuration générale arrondie ou ovalaire mais dont le bord est frangé de petits prolongements analogues à de courts pseudopodes. Ces prolongements peuvent se détacher et un certain degré de clasmatose en résulte, mais celle-ci est rarement aussi prononcée que celle que manifestent les cellules appelées clasmatocytes par Ranvier, pour cette raison, et que nous étudierons plus loin.
Le protoplasme uniijuement chromoplasmique se teinte vivement par les réactifs colorants, à la fois par les colorants basiques et par les coloronts acides, souvent avec prépondérance pour les colorants acides. C’est un spongioplasme ii travées épais-
ses et à mailles de dimensions irrégulières dont les plus volumineuses se modèlent en vacuoles généralement petites.
Le noyau généralement ovalaire, allongé suivant le grand axe de l’élément , n’est pas toujours parfaitement régulier. Souvent il présente une ou deux incisures, il tend a se lober et à augmenter ainsi sa surface de contact avec le protoplasme. Sa cHromatine est renforcée et forme des grains plus nombreux et plus volumineux qui retiennent intensément les colorants nucléaires.
Ces cellules douées d'une activité vitale manifeste restent isolées ou se groupent de manières diverses. Elles se superposent en amas, s’étalent en larges nappes, ou se disposent bout à bout en de longues traînées. Elles s’envoient alors des anastomoses plus ou moins larges, fusionnent partiellement en syncytions ou totalement en plasmodes (1).
Mais ce sont là des états de transition. Dans les groupements cellulaires ainsi constitués des différenciations protoplasmiques ne tardent pas à apparaître, c’est ainsi qu’une file de cellules, disposées bout à bout se creuse d’une cavité qui se met en rapport avec un capillaire sanguin ou élabore des fibrilles collagènes Ou bien encore, après un stade d’activité, tous ces éléments rentrent dans le repos ; le chromoplasme se transforme à nouveau en hyaloplasme et les noyaux deviennent plus clairs. Il ne s’agit donc pas là de cellules d'un type particulier mais
1. Dominici « appelle p/a.smoi/eA-, par opposition à syncytiums, des « formations constituées par une niasse de protoplasme parsemée de « noyaux. Les plasmodes représentent des cellules agrégées en une « masse commune où disparaît toute différenciation morphologique en « cellules individualisées.
« Les syncytiums sont, eux aussi, des formations constituées par une <( masse de protoplasme parsemée de noyaux représentant la fusion de « plusieurs cellules en une formation commune. Mais ici la masse pro- « toplasmique commune est pour ainsi dire découpée en segments dont « chacun correspond aune cellule ».
Cette citation est extraite de l’ouvrage que notre maître fait actuellement imprimer. Nous lui exprimons tous nos remerciements pour 1 obligeance avec laquelle il a bien voulu nous communiquer les épreuves de cet ouvrage.
d’un étal csseulicllemcnt transitoire de cellules non différenciées.
Ce sont aussi ces caractères que prennent ces cellules lorsqu elles sont en voie de multiplication ; on peut alors constater des karyokinèses typiques.
2“ Cellules co.\.ionctives différenciées
1 armi les cellules coujoiictiv’cs dillérenciées (1) nous étudierons :
1“ Les clasmatocytes de Ranvier ; 2>> les mastzellen d’Elirlich ; 3" les cellules pigmentaires ; 1® les cellules vacuolaires de Renaut ; 5® les cellules endothéliales ; 6® les cellules adipeuses ; 7° les fibroblastes ; 8° les fibres musculaires lisses.
Nous pourrions joindre à cette liste les fibres musculaires striées. Ce que nous avons appris, auprès de Dominici.des adaptations fonctionnelles des diverses cellules de l’économie, nous conduit nécessairement à admettre comme fondée l’opinion de Durante au sujet de ces formations histologiques. Nous les en avons éliminées parce que les fibres musculaires striées ne se rencontrent que rarement dans la peau humaine et ne font pas partie intégrante de son plan de structure général.
t. Pour ne pas multiplier les sulnlivisions de ce chapitre, nous classons les clasmatocytes de Ranvier et les cellules vacuolaires de Renaut parmi les cellules conjonctives différenciées. Mais on peut les considérer aussi bien comme cellules différenciées que comme cellules indifférenciées. Elles sont différenciées en ce sens que les clasmatocytes de Ranvier sont plus particulièrement adajitées à la fonction de clasmatose, les cellules vacuolaires de Renaut à la fonction phagocytaire. Elles peuvent, d'autre part, être considérées comme indifférenciées, car malgré cette différenciation (qui d’ailleurs n'a rien de hautement particularisé puisque toutes les cellules conjonctives sont plus ou moins susceptibles de présenter des phénomènes de clasmatose ou de macrophagie) ces éléments ne représentent le plus souvent qu'un stade transitoire intermédiaire au.\ cellules que nous avons classées comme indifférenciées et au,x cellules différenciées proprement dites (lihroblastes, cellules adipeuses, libres musculaires lisses).
Cependant, clans la liste ainsi dressée on sera peut êtresupris de ne pas trouver les niacrophag'es de Metschnikoll. Ceux-ci, en effet, en raison de leur adaptation à une fonction précise, la phagocytose, devraient avoir accjuis des caractères différentiels propres. En réalité, l’aptitude à exercer la phagocytose est tellement inhérente à la nature des cellules conjonctives que toutes celles qui ne sont pas encore dillèrenciées et que nombre de celles qui le sont (cellules endothéliales, fibroblastes) peuvent englober des débris cellulaires sans cesser cl’ctrc reconnaissables en tant que plasmodes diffus, lymphocytes, moyens ou grands mononucléairé's, cellules fixes anastomotiques, cellules endothéliales ou fibroblastes (1)
Lorsque ces éléments entrent en activité phagocytaire leur protoplasme, généralement hypertrophié et devenu plus ou moins acidophile se creuse d’une ou plusieurs vacuoles. Dans celles-ci on peut reconnaître des débris cellulaires variés, hématies ou polynucléaires diversement altérés, mais à part ces modifications l’élément restecomparable à cequ’il était primitivement.
Il n’y a pas là exception à la loi des différentiations cellulaires par adaptions fonctionnelles. En effet celles-ci ne déterminent l’apparition de caractères nouveaux que lorsque l’élément n’était pas antérieurement susceptible d’accomplir cette fonction. C’est ainsi que pour élaborer de la graisse ou du collagène les cellules conjonctives doivent acquérir des caractères différentiels nouveaux car il s’agit d’une adaptation fonctionnelle secondaire.
Toute cellule conjonctive au contraire possède comme propriétéet fondamentale la faculté d’englober des corps étrangers. La phagocytose nécessite donc simplement la mise en activité de cette aptitude normale. Aussi ce ne sont que les cellules conjonctives les plus hautement évoluées telles que les fibres musculaires striées qui, par suite de leur extrême spécia-
t. Dominici a nettement établi ce fait dans son article intitulé Polynucléaires et IMacrophages. Archims de médecine expénmentale et d' anatomie patlwlofiiqne, n® \, janvier 1902.
lisation ont presque cessé d’être des cellules conjonctives, ce sont celles là seules (jui ont perdu leur faculté première d englober les corps étrangers Mais même chez les éléments qui ne peuvent exercer, ditlerenciés comme ils le sont, la fonction macrophagique, cette aptitude fonctionnelle demeure latente. En effet qu’au cours d’un état inflammatoire quelconque une fibre musculaire striée ne puisse plus accomplir sa fonction de motricité, aussitôt le peu de protoplasme indill'érencié que possédait encore cet élément récupère son activité phagocytaire et traitant en corps étrangers les produits de différenciation devenus inutiles (fibrilles musculaires) il les fragmente et les détruit (Ranvier). L'élément hautement différencié commence donc à faire acte de macrophagie à l’égard de ses propres produits d’élaboration protoplasmique ; puis régressant ainsi (Durante), il fait retour àl’état indifférencié primitif et peut alors occasionnellement exercer son aptitude macrophagique recouvrée à l’égard d’autres débris cellulaires.
Après avoir ainsi montré la généralité de l’aptitude phagocytaire des cellules conjonctives il est nécessaire de faire remarquer qu’à l’état normal les fonctions macrophagiques ne sont guère exercées que par certaines des grandes cellules conjonctives indifférenciées. De ces cellules les unes sont fixes, ce sont les grandes cellules fixes anastomafiques, les autres sont libres, ce sont les grands mononucléaires et les cellules vacuolaires de Renaut. Ces derniers surtout, en raison de leur mobilité qui leur permet d’aller capter les déliris cellulaires qui doivent être détruits, sont les éléments qui manifestent le plus fréquemment leur activité phagocytaire. A ce stade, c est même leur lonclion la plus habituelle, aussi, leur donne-t-on souvent le nom de macrophages alors même qu’ils ne conticnneut pas de débris cellulaires inclus dans leur protoplasme. Ce sont les macrophages de Metchnikolf.
En résumé la phagocytose est une propriété fondamentale commune à toutes les cellules conjonctives ; par le terme de macrophage on ne doit donc pas désigner un type cellulaire sjiécial mais entendre simplement un état fonctionnel.
Eu tête de la liste que nous avons donnée plus haut, nous avons placé le clasmatocyte de Ranvier. Cet élément dénommé d’après sa fonction, comme les macrophages le sont d’après leur rôle phagocytaire, mérite-t-il d’être conservé comme une variété cellulaire morphologiquement distincte ? Non seulement les clasmatocytes proprement dits mais encore les moyens et les grands mononucléaires et les masizellen du tissu conjonctif présentent à l’état normal des phénomènes de clasmatose. Au cours des inflammations les plasmazellen et les grands plasmodes indifférenciés peuvent parfois s’eflriter par suite d une clasmatose des plus actives. Le processus de clasmatose n’est donc pas spécial aux éléments appelés clasmatocytes, et même parmi ceux-ci on peut en trouver qui ne sont pas fragmentés.
Nous conserverons cependant ce terme de clasmatocyte parce que les éléments si remarquablement décrits par Ranvier constituent réellement un type cellulaire particulier et parce que ceux-ci, n’ayant pas reçu d’autre dénomination, nous ne voyons pas Tutilité de compliquer la nomenclature des cellules conjonctives en créant un nouveau terme. Par elasmatocyte nous désignerons donc la cellule qu’a individualisée Ranvier et lorsque nous rencontrerons la clasmatose chez d’autres cellules conjonctives, nous ferons suivre la désignation de la variété cellulaire de son état fonctionnel et nous dirons moyen mononucléaire, plasmazelle ou mastzelle en clasmatose.
Pourquoi alors n’en avons-nous pas fait autant pour les macrophages de Metchnikolf ? Parce que si le terme de macrophage qualifie très exactement la nature de la fonction qu’accomplit la cellule, il ne fournit aucune indication sur le type morphologique de l’élément lui-même et laisse dans l’incertitude la plus grande à ce sujet. En effet de la lecture des travaux de Metchnikoif, il ne ressort pas clairement si ses macrophages constituent une espèce cellulaire autonome, ou s’ils doivent être rattachés à, d’autres variétés cellulaires. En outre, de nombreux auteurs donnent ce nom indistinctement aux cellules fixes anastomotiques, aux grands mononucléaires de la lymphe et du sang et aux cellules vacuolaircs de Renaut. Grâce à ces termes déjà admis
aucune confusion n’est possible. Aussi, lorsque nous verrons une cellule conjonctive faire acte de phagocytose nous dirons : plasniode indillérencié, cellule lixe anastomotique, cellule endothéliale ou cellule libre vacuolaire en activité macrophagique et il n y aura plus de doute ni sur la variété cellulaire considérée, ni sur son état fonctionnel.
Ceci posé étudions le clasmatocyte de Kanvier.
a) Clasmatocyle de. Raiimer. — C’est une cellule conjonctive libre a corps protoplasmique très allongé et plus ou moins ramifié, à noyau arrondi ou ovalaire.
Le protoplasme est très irrégulièrement découpé. Il pousse capricieusement çà et là des prolongements pseudopodiques courts et trapus ou longs et grêles, parfois renflés en massue ou moniliformes, simples, bifurqués ou pourvus de bourgeons secondaires. Ces prolongements et ces bourgeons s’étirent, se détachent du corps cellulaire et se fragmentent en débris protoplasmiques qui essaiment tout autour de la cellule (clasmatose).
Le clasmatocyte est essentiellement une cellule migratrice en activité. 11 provient habituellement d’un lymphocyte (1) ou d’un moyen mononucléaire et est susceptible d’évoluer en l’une quelconque des cellules conjonctives fixes ou mobiles plus hautement dilférenciées ou de revenir à son état antérieur.
Il représente un stade de transition, aussi se présente-t-il toujours avec des caractères d’activité vitale : spoiigioplasme chromophile réticulé à grosses travées à la fois basophile et acidophile mais souvent avec prépondérance de l’affinité acide, noyau vivement teinté riche en chromatine.
Ce stade est caractérisé, outre ses signes d’activité cellulaire communs à toute cellule en évolution, par un état fonctionnel
1. Lorsque Hanvier dit qu’au cours des inllainniations t])ar exemple rintlammation expérimentale de la séreuse péritonéale du lapin au moyen du nitrate d'argent) les leucocytes se transforment en clasmatocytes et que l'in llammation terminée ils redeviennent à nouveau des leucocytes, il faut entendre par ces leucocytes les lymphocytes et les moyens mononucléaires seulement et non, bien entendu, les polynucléaires granuleux .
qui lui est, sinon exclusivement propre, du moins particulièrement habituel, la clasmatose,
La clasmatose c’est rellVitement du protoplasme d une cellule vivante, traduisant non sa dégénérescence ou sa mort, mais au contraire un mode de son activité. Un tel morcellement périphérique du corps cellulaire n’est pas un fait isolé, insolite et qui doive nous surprendre. On sait que certaines cellules glandulaires, les cellules mérocrines de Ranvier, perdent au cours de l’acte secrétoire, une partie de leur protoplasme, tandis que le reste du protoplasme, où se trouve le noyau suffit à régénérer l’élément glandulaire. Or les clasmatocytes sont de véritables glandes unicellaires migratrices, qui cheminant dans les tissus y répandent leur secrétion protoplasmique. Ranviera émis l’hypothèse que ces débris protoplasmiques sei’vent à la nutrition des cellules voisines. D’autre part, Dominici identifie la clasmatose de Ranvier il la formation des plaquettes du sang qui, d’après ses recherches proviennent, pour la plupart, du bourgeonnement protoplasmique des mononucléaires du sang et de la lymphe, notamment des grands et des moyens mononucléaires. Or nous savons que les plaquettes du sang, contiennent du fibrin-ferment et jouent un rôle des pins importants au cours de la coagulation. Les éléments cellulaires qui produisent les plaquettes, peuvent donc bien être assimilés à des cellules glandulaires, puisipi’ils élaborent du fibrin-ferment. Cornil, Dominici ont insisté sur l’importance des coagulations fibrineuses, comme stade préparatoire de l’édification des bourgeons charnus et des vaisseaux de néoformation ; tout ceci montre l’importance qu’acquièrent les clasmatocytes au cours des états inflammatoires. Us sont d’ailleurs toujours accrus de nombre dans ces conditions (Ranvier).
Les clasmatocytes renferment en outre dans leur protoplasme des grains de qu’on met jiarticulièrement bien eu évidence suivant la technique indiquée par Ranvier (violet de méthyle 5 R après fixation osmique. On peut remplacer avec avantage la fixation osmique par celle à l’iodochlorure de mercure). La présence de ces grains de ségrégation les rapprochent d’éléments que nous étudierons bientôt, les mastzellen d’Ehrlich.
Ces grains de ségrégation sur la nature desquels on n’est pas fixé^ correspondent sans doute à des ferments. Ils se présentent sous l’aspect de petites masses irrégulières de forme et de dimension, se colorant de manière métachromatique en violetrouge par le violet de méthyle. Ils sont généralement assez peu nombreux et disséminés ç;\ et là dans le protoplasme du clasmatocyte.
Mastzellen (V Ehrlich. — Les masizellen sont des cellules conjonctives caractérisées par le développement dans leur protoplasme, de granulations spéciales, lesgranulationsy de la nomenclature d’Ehrlich.
Ces granulations ont une affinité tinctoriale élective pour les colorants basiques, mais la basophilie qu’ils présentent est métachromatique (Dominici). C’est-à-dire qu’après la thionine ouïe bleu polychrome de Unna, au lieu de se colorer de bleu pur, elles se teignent en rouge violacé. U en est de même après le bleu detoluidine employé seul. Après raclion de l’éosine orange, le bleu de toluidine les tcinle plutôt en un violet foncé, tirant plus sur le bleu que sur le rouge ; toujours après l’action de l’éosine orange, le bleu de méthylène les colore de bleu pur, le violet de méthyle, de violet franc. La métachromasie caractéristique est donc obtenue surtout par l’action du bleu polychrome employé seul. Si, après avoir coloréau bleu polychrome pur, on décolore parle mélange appelé par Unna « Glycerinæther-mischung » sur le fond très peu coloré en bleu pâle de la préparation, les maszelleu ressortent très nettement, intensément colorées en rouge violacé.
Les granulations de la mastzelle du tissu conjonctif sont comparables à celles des polynucléaires à type de mastzelle qui circulent dans le sang. Mais tandis que la mastzelle du sang est relativement pauvre en granulations, celles-ci sont extrêmement nombreuses dans la mastzelle du tissu conjonctif, si nombreuses même, (pie parfois elles arrivent à masquer le noyau. Ces granulations sont régulièrement arrondies et toutes d égales dimensions. Elles semblent constituées par une substance liquide tenue en très fine suspension (üominici). Lorsque une cellule conjonc-
live indifférenciée, prend le type luastzelle, les granulations qui apparaissent d’abord dans son protoplasme, sont très fines et contrastent par leur ténuité, avec les granulations plus volumineuses, que présente une autre mastzelle voisine complètement évoluée j mais dans l’une comme dans 1 autre, les granulations de même âge sont de dimensions sensiblement égales ; après avoir acquis des dimensions déterminées elles ne grossissent plus et, toutes égales entre elles, elles demeurent pressées côte à côte, sans se fusionner.
Au début de la formation des granulations, le protoplasme est plus ou moins colorable. Elles se détachent alors en rouge violacé sur le fond bleuté du protoplasme, dont le contour est nettement visible. Plus tard, lorsque l’élément est complètement évolué, le protoplasme devient absolument transparent, ne prend plus les réactifs colorants, et sa forme n’est plus dessinée que par le pointillé des granulations qu’il renferme. Celles-ci sont d’ailleurs souvent plus nombreuses à la périphérie de l’élément qui se trouve ainsi d’autant mieux délimité.
Le noyau est arrondi ou ovalaire ; quelquefois allongé suivant le grand axe de l’élément. Sa chromatine est peu abondante, aussi se teinte-t-il faiblement, eu égard à l’intensité de la coloration que prennent les granulations. Lorsque celles-ci sont très nombreuses et que l’action du glycerinaelhermischung a été poussée jusqu’à la décoloration du noyau, celui-ci ne se reconnaît plus qu’à une tache claire, arrondie, située à peu près au centre de l’amas dos granulations, dont la vive coloration n’a rien perdu de son intensité. Ceci montre à quel degré est prononcée leur affinité pour les colorants basiques. C’est en raison de celte remarquable affinité qu’elles sont au moins faiblement acidorésistantes En effet, si, après coloration par la fuchsine phéniquée de Ziehl et décoloration par l’acide nitrique et l’alcool absolu, on fait une double coloration à l’éosine orange et au bleu de toluidine, les granulations restent souvent colorées en rouge. On pourrait les confondre, alors, avec les granulations éosinophiles, mais elles sont males et non réfringentes comme les granulations a. La forme du coips et du noyau de Téosinophilc dif-
Itubens Du val K)
fci c d flillGui's do celle de lo iiiustzelle, et il suffit d èti'c prévenu de la possibilité de l’eiTeur pour éviter de la commettre.
■ La mastzelle du tissu conjonctif se présente sous deux aspects différents, entre lesquels existent tous les intermédiaires.
Elle est assez régulièrement arrondie dans un premier type, très allongée et pourvue do [uolongements dans le second. Arrondie, la mastzelle est de la taille d’un moj'en mononucléaire, quelquefois un peu [)lus grande. Son noyau est toujours bien visible, son protoplasme l’est souvent, car les granulations ne sont généralement pas aussi abondantes que dans la variété allongée. Aussi voit-on dans ce type beaucoup de formes jeunes, où les granulations très fines ne font que d'apparaître en un point du protoplasme. La mastzelle arrondie est très souvent le stade initial de la mastzelle munie de prolongements mais non toujours car il est des mastzellen arrondies qui sont adultes et ne poussent jamais d’expansions protoplasmiques.
' La preuve de ce fait serait difficile à donner à l’état normal ; mais il est une affection cutanée, l’urticaire pigmentée, qui se montre histologiquement constituée, principalement par des mastzellen. Or celles-ci ne présentent point de prolongements ; elles appartiennent au type de la mastzelle arrondie. Comme elles sont extrêmement nonibreuses et étroitement serrées les unes contre les autres, elles se déforment par pression réciproque, et deviennent cubiques ou pinson moins polyédriques.
Les mastzellen allongées présentent les dimensions et la conformation générale des clasmatocytes de lianvicr avec lesquels elles ont été confondues par quelques auteurs. Ce sont de grandes cellules migratrices, dont le corps protoplasmique, fusiforme ou étoilé, envoie dans divers sens de longues expansions grêles ou irrégulièrement renflées, pai'fois ramifiées.
Ces expansions se délacbent assez fréipiemment du corps cellulaire, qui se fragmente ainsi par une sorte de clasmatose. Les granulations essaiment alors dans les tissus voisins par petits groupes et par trainées qui n’ont plus de connexions avec la cellule qui les a élaborées.
- La mastzelle allongée du tissu conjonctif ressemble au cia-
matocyte par sa forme rameuse, par ses expansions protoplasmiques et par sa clasmatose. Elle cncliflère parce que le corps protoplasmique du clasmatocyte est fortemcntchromopliile, celui delà masizelle, d’abord faiblement basophile, finit par être ti peu près incolorable. Les grains de ségrégation du clasmatocyte ont une affinité basophile métachromatiquc, de même que les granulations de la mastzelle mais ils sont peu nombreux disséminés çà et là, de taille et de conformation irrégulières. Enfin ils sont beaucoup plus difficiles à mettre en évidence et des fixations et des colorations très précises sont nécessaires pour les déceler ; tandis que les granulations sont visibles même avec des techniques médiocres. Ma Igré toutes ces diftérences une certaine parenté existe entre ces éléments. 11 est possible que des clasmatocytes puissent muer en mastzellen, mais les types cellulaires n’en doivent pas moins être distingués.
Que la mastzelle soit arrondie ou ramifiée c’est le plus souvent au voisinage des vaisseaux qu’on la rencontre. Cette disposition est surtout accentuée au cours des états pathologiques ainsi que nous le verrons plus loin.
La nature des fonctions qu’accomplissent les mastzellen nous est inconnue. Sont-ce des « cellules-engrais », comme le veulent, quelques auteurs ? Nous savons seulement qu’elles sont en rapport avec les inflammations chroniques et qu’on les rencontre surtout à la périphérie et souvent à grande distance des foyers inflammatoires.
c) Cellules pigmentaires. — Les cellules pigmentaires de la peau, encore appelées chromatoblastcs, chromatophores ou chromatocytes, sont très voisines comme aspect des mastzellen rameuses et des clamatocytes. Ce sont de semblables cellules conjonctives à noyau arrondi ou ovalaire et à corps protoplasmique étiré en de longs prolongements grêles. Ici encore, comme pour les mastzellen les prolongements sont le plus souventsimples ou munis de courts bourgeons latéraux. Quelquefois cependant ils affectent chez rhomme des dispositions analogues à celles que l’on constate fréquemment chez les vertébrés inférieurs et dans ces cas les prolongements démesurés peuvent être très
ramifiés. Leur protoplasme renferme des grains de pigment analogue au pigment mélanique que l’on trouve dans les cellules épithéliales de la couche basale de l’épiderme. Ce pigment mélanique qui ne donne pas les réactions du fer (coloration en bleu après action de l’acide chlorhydrique et du ferrocyanure de potassium ; coloration en noir aprèsl’action du sulfhydrate)d’ammoniaque n’est pas de coloration uniforme. Tandis que certains grains sont franchement noirs beaucoup sont jaunâtres brunâtres ou verdâtres. Les grains de pigment sont généralement assez petits mais non de dimiMisions égales ni régulières. Ils sont inégalement répartis dans les cellules qui en contiennent d’ailleurs des quantités fort variables. A côté de cellules qui se détachent nettement colorées en noir par une abondante quantité de pigment il en est d’autres qui ne montrent dans leur protoplasme que quelques grains disséminés.
La nature et l’origine du pigment mélanique ont donné lieu à de nombreuses controverses (Ij. D'après L. Carnot le pigment contenu dans ces cellules pourrait être autochtone, c’est-à-dire être élaboré par la cellule elle-même, il pourrait aussi être d’origine épidermique. Les cellules conjonctives pigmentaires ne seraient dans ce cas que des cellules migratrices servant à la résorption du pigment épidermique vers l’intérieur. De fait les cellules pigmentaires se rencontrent le plus souvent au voisinage de la couche basale de l’épiderme.
Les cellules pigmentaires que nous venons de décrire sont les seules que l’on rencontre dans la peau à l’état normal. Au cours des états inflammatoires de celle-ci on rencontre d’autres cellules qui renferment du pigment. Ces cellules sont en activité macrophagique ou ont fait fonction de macrophages et le pigment qu’elles contiennent n’est autre que le résidu des débris cellulaires qu’elles ont phagocytés. Nous en reparlerons quand nous étudierons la macrophagie au coursdes processus intlammatoires.
d) Cellules vacuolairesde Renaul. — Ces cellules sont d’un type tout à fait différent de celui des cellules précédentes. Plus spé-
f . P. Carnot. Recherches sur le mécanisme de la pigmentalion. Thèse de Doctorat ès sciences. Paris, 18Ü0.
cialement adaptées à la phagocytose elles présentent un protoplasme creusé de nombreuses vacuoles l’cnfermant des sucs digestifs. Toute cellule conjonctive faisant acte de macrophagie présente des vacuoles digestives ; nous désignerons par le terme de cellules vacuolaires celles que Renaut et Lacroix ont dégagé du groupe multiforme des cellules conjonctives.
Ce sont des cellules conjonctives libres arrondies des dimensions d’un moyen ou d’un grand mononucléaire, dont elles proviennent habituellement par vacuolisation de leur protoplasme. Leur noyau clair, pauvre en cbromatine, muni de un ou deux nucléoles est arrondi ou ovalaire ou découpé en quelques larges lobes. Le protoplasme est formé surtout de cbromoplasme car le stade vacuolaire des cellules conjonctives libres est un stade d’activité. Le cbromoplasme se dispose en un spongioplasme réticulé et à travées nettes prenant à la fois les colorants basiques et les colorants acides mais surtout acidophiles. Ce protoplasme est creusé de nombreuses vacuoles qui lui donnent un aspect de mousse de savon. Les vacuoles sont de dimensions très variables. La plupart sont très petites mais il en existe toujours une ou deux qui atteignent des dimensions voisines de celles du noyau. Toutes les transitions existent entre les fines cavités qui donnent au protoplasme ses caractères de spongioplasme et les vacuoles proprement dites nettement individualisées. Au cours des états inflammatoires, alors que ces cellules exercent activement leur fonction phagocytaire, nous verrons les vacuoles devenir énormes et dépasser de beaucoup le volume du reste de la cellule qui peut être refoulé en croissant à la périphérie d’une grande vacuole distendue par les débris cellulaires qu’elle a englobés.
e) Cellules endothéliales . — Les cellules endothéliales sont des cellules conjonctives différenciées en tant qu’organe de revêtement. .\u niveau de la peau, les cellules endothéliales tapissent la cavité des vaisseaux sanguins et lymphatiques et des grandes bourses séreuses des anatomistes reconnaissables il l’œil nu. Ce sont les cellules endothéliales proprement dites.
Pominici considère aussi comme telles « celles des cellules
« fixes, qui, situées à la siu-face des feuillets eonjonctifs, s’apla- « tissent et s’étalent eu laines protoplasmiques minces, fi noyaux « pâles .. Elles constituent un véritable endotliéliuin analogue à « celui des séreuses. Le tissu cellulaire lâche... n’est- il pas, en « effet, une vaste séreuse inultilociilaire ?... » (1).
Certains auteurs enfin ont assimilé aux cellules endothéliales les cellules qui revêtent los faisceaux conjonctifs ; ainsi que nous le verrons plus loin ces derniers ne recouvrent pas seulement les faisceaux de collagène, elles les secrétent aussi, ce sont des fibroblastes.
Les cellules endothéliales sont déterminées dans leur morphologie et leur structure par leurs adaptations fonctionnelles. En raison des frottements continuels qui s’exercent â leur niveau, elles s’aplatissent suivant leur surface de frottement qui devient complètement lisse et élabore une mince cuticule. Tout le corps cellulaire se conforme en une mince lamelle. Le noyau participe â l’aplatissement général du corps cellulaire et affecte la forme d’un ovoïde allongé suivant le grand diamètre de la plaque endothéliale et aplati suivant ses faces. Comme les noyaux de ta plupart des autres cellules conjonctives, il est clair, pauvre en chromatine et muni de un â deux nucléoles.
Le protoplasme de la cellule endothéliale est essentiellement de l’hyalopLasme. En clfet la cellule endothéliale remplit son rôle dans l’organisme d’une manière passive beaucoup plus que d’une manière active. Elle participe aux manifestations vitales des formations dont elle fait partie non par suite de l’exercice d’une activité fonctionnelle, mais simplement par la mise en jeu toute mécanique de scs propriétés physiques. C’est donc essentiellement une cellule au repos, une cellule dépourvue de chromoplasme.
Les cellules endothéliales (|ui constituent le revêtement intérieur des vaisseaux sanguinset lymphatiques se disposent en un véritable système, l’endothélium vasculaire. Elles proviennent d’un vaste plasmode qui s’est étiré en tubes et creusé d’une
1. Dominici. Epreuves du Traité d'Iiistoloyie actuellement sous presse.
lumière. Les noyaux se disposent dans ce plasmode primitif suivant les tours d’une spire idéale qui entoure l’axe du vaisseau. La paroi vasculaire peut rester à cet état plasmodial manifeste et le vaisseau est dit vaisseau à parois embryonnaires. Ceci fait partie de l’évolution normale des vaisseaux en formation, c’est donc surtout au cours des processus inflammatoires que l'on peut rencontrerde tels plasmodes au niveau de la peau chez l’homme adulte (1). Dans la peau normale le plasmode primitif s’est décomposé en apparence, en larges plaques centrées par un noyau et formant autant de cellules distinctes. Cette apparence résulte dos images obtenues par l’imprégnation des endothéliums au moyeu du nitrate d’argent. Par cette méthode en effet il se dessine sous forme de traits noirs des figures comparables à celles d'un dallage ou d’une mosaïque. On a cru quelque temps que les dalles répondaient aux cellules endothéliales et que les traits noirs correspondaient à la précipitation du sel argentique au niveau d’un ciment intercellullaire. On admet aujourd’hui que celte imprégnation est toute superficielle et n’intéresse que la cuticule, tandis que au-dessous de celle-ci les cellules endothéliales sont réellement fusionnées en plasmode (2). Quoi qu’il en soit les dalles dessinées parla nitratation sont allongées suivant la direction générale du vaisseau dont elles font partie. Les contours de ces dalles sont rectilignes au niveau des vaisseaux sanguins, particulièrement sinueux au contraire en ce qui concerne les vaisseaux lymphatiques. Au niveau de l’endothélium des bourses séreuses « les imprégnations au nitrate d’argent ne « déterminent que des dessins irréguliers, analogues à ceux « que l’on obtient, par le même procédé, sur les synoviales « articulaires» (Tourneux). Les cellules endothéliales, qui revêtent les lames conjonctives, ne donnent pas lieu au phénomène deTimprégnation argentique.
f) Celhdes adipeuses. — Elles souLcaractérisées par leur fonc-
1. En d’autres régions du corps : gloinérule de Malpighi du rein, vaisseaux des centres germinatifs des ganglions lymphatiques, la disposition embryonnaire des capillaires est au contraire un fait normal.