TECHNIQUE
Nos recherches ont porté, non seulement sur des biopsies d affections dermatologiques proprement dites, mais aussi sur des pièces opératoires (tuberculoses^ phlegmons, gangrènes, traumatismes, pustule maligne, etc.).
Biopsie
« Le choix de la pièce est, comme le dit Darier (1), un point « délicat, qui exige de l’expérience dermatologique et une notion « aussi claire que possilde de ce que l’on veut chercher, de lui « dépend essentiellement le succès de l’étude histologique que « l'on pratiquera.
« On ne saurait donner de direction générale à cet égard ; « cependant, il convient ordinairement, s’il s’agit d’éléments « éruptifs de préférer les plus récents parmi les plus typiques ; « s’il s’agit d’un ulcère, de prendre le bord en même temps « qu’une petite étendue du fond ». Nous ajouterons qu’il est parfois utile que la biopsie comprenne une portion des téguments sains entourant la lésion si cela est possible.
On dit volontiers qu’il suffit d'une pièce du volume d’un grain de chènevis ou d’un grain de blé pour faire le diagnostic. .Vudry(2)
1. \)d.v'iQT, Pratique dermalologùjue. Article biopsie, I, 472.
2. Audry. Note sur la pratique des biopsies. Société de Dermatologie, 11 avril 1896.
conseille avec raison de faire des excisions profondes atteignant l'hypoderrne. En effet une biopsie trop superficielle peut induire en erreur. En voici un exemple : une biopsie, de 2 millim. d'épaisseur environ, prélevé par un de mes collègues sur une ulcération rebelle, curetté autrefois puis soignée depuis des semaines sans résultat appréciable par des pansements humides, montrait à l’examen microscopique uniquement un tissu de bourgeons charnus œdémateux. Le diagnostic histologique de lésion intlammatoire banale était le seul que permit de porter l’examen de cette biopsie. Il cadrait mal avec la chronicité désespérante de l’affection. Je pratiquai alors une deuxième biopsie, plus profonde. Celle-ci décela l’existence de nodules tuberculeux typiques, au-dessous de l’épaisse couche de bourgeons charnus qu’intéressait seule le premier fragment excisé (1).
Pour la pratique de la biopsie, deux cas peuvent se présenter : la lésion enlever est superficielle et située au moins partiellement dans le derme et les plans sus-dermiques, ou bien elle est profonde et siège principalement dans l’hypoderrne.
Le premier cas est le plus fréquent. La désinfection de la région est obtenue d’une manière très suffisante en la frictionnant avec du colon hydrophile stérilisé imbibé d’éther.
L’anesthésie n’est pas indispensable car la douleur est légère. On peut cependant la supprimer, presque complètement, par l’anesthésie locale au chlorure d’éthyle et il y a tout intérêt à utiliser les propriétés insensibilisatrices de ce corps. On a reproché au chlorure d’éthyle deux inconvénients ; 1“ par suite de la congélation, l’élément choisi pour la biopsie pèlit et ne se voit plus bien ; 2° les tissus durcis opposent une grande résistance aux instruments et l’on risque de faire une biopsie trop minime ou trop grosse (2).
1. Milian (Actinomycose de plante du pied. De la biopsie dans l’actinomycose, Société française de dermatologie et de sgjdiiligraphie, 5 janvier tilOn) a signalé un fait analogue et il en conclut : « Il faut donc.detoutc nécessité, dans de pareilles déterminations, faire des biopsies profondes allant jusqu’à, et y compris, l'Iiypoderme, si l’on veut avoir autre chose que des lésions banales d’inflammation superficielle ».
2. IvanolT a examiné la peau du chien prélevée par biopsie sans ânes-
Ces inconvénients existent en eüet pendant tout le temps que le tégument congelé est blanc de neige et durci ; aussi ne faut-il pas pratiquer la biopsie à ce moment. 11 faut attendre que la neige formée ayant fondu, l’élcment reparaisse et que le tégument ait repris sa souplesse antérieure. A ce moment les tissus, stupéfiés, sont encore anesthésies et, a la condition d’opérer rapidement la biopsie peut être prélevée sans provoquer de douleur.
Les injections de cocaïne sont, par contre, à rejeter « en « raison de l’oedème local qu elles produisent, de l’hémorragie « interstitielle que provoque l’aiguille et de l’altération causée « dans les tissus par leur contact avec un liquide aqueux.
« En fait, on peut presque toujours se passer de l’anesthésie « locale pour une opération si infiniment brève ; on se souviendra « que le meilleur analgésique c’est le tranchant irréprochable « des instruments » (1).
Les instruments sont un biotome, une petite pince et des ciseaux courbes. Si la biopsie doit être un peu profonde on doit y joindre une aiguille à sutures. Les instruments sont stérilises au préalable. Un procédé de stérilisation commode et suffisant en pratique, est de les placer pendant un quart d’heure dans un vase contenant du chloroforme. Pendant ce temps on peut préparer le réactif fixateur dont on se servira ou prendre quelques mots d’observation clinique.
Le biotome est une sorte de couteau à lame très mince et très étroite. On en fait de droits et de courbes. Nous nous servons presque exclusivement du biotome courbe, parce que sans faire une plaie plus étendue en surface il permet un prélèvement beaucoup plus considérable en profondeur. Le Inotome courbe est cl simple ou à double tranchant, ce dernier est souvent fort commode.
thésie préalable ou après anesthésie au chlorure d’éthyle. La seule modification observée a été une légère congestion vasculaire. Ivanoff, Coniribulion à C élude histologique des sgphilides de lapeau. Thèse, St Pétershourg, 1900.