‹ Cytopronostic de la lactationChapitre 4 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Peut-on savoir à l'avance si une femme sera bonne nourrice ?

Des solutions, trop nombreuses, ont été proposées qui toutes, de l'avis de la plupart des auteurs, ne constituent que de faibles signes de présomption et sont loin d'offrir un caractère de certitude suffisante.

Des règles irrégulières et peu abondantes sont considérées par Trousseau comme l'indice d’une sécrétion lactée défectueuse.

Des statistiques opérées par Bunce (1) semblent établir qu'une femme encore jeune, dont la dentition a déjà subi de nombreuses avaries, a des chances de ne pas devenir bonne nourrice.

Ce même auteur a invoqué l'influence de l'hérédité : une femme issue de familles où, depuis de nombreuses générations, l'allaitement de l'enfant par la mère a été abandonné, serait exposée à suivre, malgré sa bonne volonté, l'exemple de ses ascendants.

- (4) C: Vox Buncz : De l'impuissance croissante des femmes à allaiter leurs enfants. Causes de cette impuissance et moyens d'y remédier.

G. Lévy. 1

L'examen des seins ne peut servir de critérium à l'intensité et à la persistance de la future sécrétion: il n'existe pas de rapport constant entre le volume de l’organe et son pouvoir sécrétant.

Les moyens physiques (lacto-butyromètre, lactoscope, galactotimètre, butyroscope, lacto-densimètre, centrifugation, etc.) qui permettent d'apprécier la richesse du lait en certains éléments, ne donnent pas, malgré leur apparence de précision, de résultats sérieux en pratique. Monte s'appuyant sur la relation qui existe entre le poids spécifique du lait et sa quantité de graisse, a prétendu que l'enfant augmente de poids régulièrement si le poids spécifique du lait de la nourrice oscille entre 1030 et 1034.

La teneur en substances chimiques définies de divers laits de femme, suivant leur valeur nutritive, n'a jamais été établie ; les recherches ont seulement porté sur l’examen comparé du lait de diverses espèces animales.

Bref, jusqu à ce jour, vu l'insuffisance de tous ces moyens d'investigation, le seul criterium de la nourrice, fermement admis, était l’enfant ; on se trouvait donc dans l’impossibilité de résoudre le problème énoncé.

Il appartenait à la cytologie d'éclairer ce point resté obscur.

Déjà Doxxé (1) en 1837 eut l'idée d'examiner microscopiquement le colostrum et d'établir un pronostic

(4) Don: Du lait et en particulier de celui des nourrices, Paris, 1837.

1d., Cours de microscopie, Paris, 1844. 1d., Conseils aux mères, 7° édit. Paris, 1863.

RCE

d’après l'abondance de la sécrétion colostrale, et la présence, dans cette dernière, d'éléments dont il donna le premier une description. D'après cet auteur un colostrum très peu abondant, contenant un nombre infime de corps granuleux et de globules gras signifie : mauvaise nourrice. Un colostrum d'abondance moyenne, avec globules gras petits et corps granuleux mélangés de corps muqueux signifie: nourrice médiocre. Enfin un colostrum abondant, dépourvu de corps muqueux, ne renfermant que des corps granuleux et des globules gras réguliers et gros signifie : bonne nourrice. Il est regrettable que nous n'ayons pas de renseignements plus précis sur la nature exacte de ces corps muqueux qui, d'après M"° Lourié (1), seraient des leucocytes.

Depuis il n'était plus question de s'adresser au microscope pour obtenir des renseignements sur le bon ou mauvais cours probable de la sécrétion lactée. - En juin 1902, MM. E. Wrcz et V. Taévener (2), reprenant l'étude des éléments figurés du colostrum et du lait, furent les premiers à poursuivre des recherches dans le but d'établir un cytopronostic de la lactation.

M. le professeur E. Weizz nous a proposé de faire une étude complète de ce moyen de pronostic. Nous sommes heureux de lui témoigner toute notre reconnaissance pour cette marque de confiance et pour le

(4) M Lourié : Contrib. à l'étude des éléments figurés du colostrum et du lait, thèse de Paris, 1900-1901.

(2) E. Wu et V. Taévexer : Des éléments figurés du colostrum et du lait chez la femme, Arch. de méd. des enfants, n° 8, août 1903,

RAC EALS

grand honneur qu'il nous fait en acceptant la présidence de cette thèse.

Nous n'oublierons pas la bienveillance de M. le D' Tué£vexer qui nous initia à la technique opératoire et nous prodigua ses conseils éclairés. Qu'il recoive ici l'hommage de notre profonde gratitude.

Tous nos remerciements à M. le professeur agrégé Fasre pour l'accueil si cordial qu'il nous a réservé dans son service où nous avons pris la plupart de

nos observations.

Il nous a paru indispensable de diviser ce travail

en deux parties :

La première sera consacrée à l'étude des éléments figurés du colostrum et du lait dont la nature et la provenance ont été l’objet de nombreuses controverses.

Dans la deuxième partie, précédées d’un exposé technique, paraîtront nos observations personnelles et leurs résultats.

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