CHAPITRE PREMIER
Historique.
La première étude faite au sujet des corpuscules ou corps granuleux du colostrum apparaît en 1837 avec Doxré (1). Depuis, la nature de ces éléments a donné lieu à de multiples discussions. Si l’on cherche à démèêler dans les travaux parus jusqu'à ce jour les diverses opinons émises, on met en lumière deux théories principales, la théorie épithéliale et la théorie leucocytaire.
Tout d’abord Donxé décrit minutieusement les éléments du colostrum, et distingue, outre les globules de graisse, deux sortes de figures : des cellules muqueuses constituées par des parcelles excessivement fines, englobées dans une substance colloïde, et des corps granuleux, de 13 à 40 y de diamètre, se présentant sous des formes diverses, mais généralement sous l’aspect de cellules müriformes et sphériques, peu translucides, munies d’un noyau et d’une membrane d’enveloppe. Ces éléments contenaient
(4) Donné : Loc. cit,
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parfois de petites boules de lait. Aussi Simon (1) et Mano (2) identifiaient-ils ces corps à un assemblage de gouttelettes de lait.
Quant à la nature ou à la provenance de ces cellules, il n'en était pas question. En 1839, GuererBock et Mariz n'ajoutaient rien aux constatations de Doxxé, se contentant de confirmer ses recherches.
Reinnarpr (3), le premier, édifie une théorie à l'aide de coupes histologiques pratiquées sur la glande mammaire. Pour cet auteur, les corpuscules décrits par Doxxé proviennent de la desquamation des cellules de l’épithélium sécréteur. suivie de dégénérescence graisseuse. Ensuite BürEen (4), Nasse (5), Wie (6), ne Sinéry (7), Heivenain (8), Coex (9), surprennent l’épithélium des acini, quelques jours après l'accouchement, en train de se charger de parcelles de graisse.
(4) Simon : Ueber die corps granuleux von Donné, Arch. für anal. Phys. u. wiss. Med. von J. Müzcer, Jahrb. 1839, p. 10.
(2) Mano : Ueber die Koerperchen des Kolostrum, 1b1d., p. 250.
(3) Renxarpr : Ueber die Entschung der Koerncheñzellen, Virchow’s Arch., 1847, Bd I, p. 52-64.
(4) Van Büren : Die Entwickelung der Formbestandteile der Milch nederl, Lane, juillet 1849.
(5) Nasse : Ueber die microscopischen Bestandteile der Milch, Arch. [. anal. Plys. u. wiss. Med. von J. Müller, Jahrb. 1840, p. 251.
(6) Wizz : Ueber die Milchabsonderung, Akad.Festchr.,Erlangen,1850.
(7) Ds Sinéry : Recherches sur la mamelle des enfants nouveau-nés, Arch, de Phys. norm. et path., 1875, t. Il, p. 291-302.
(8) Heimenaan : Die Milchabsonderung : Hermann’s Handbuch d. Physiol., Leipzig, 1880, p. 374-406.
(9) Cosx : Beitraege zur normalen und pathologischen Histoiame der Milchdrüse. Ziegler's Beitraege z. path. Anal. u. Physiol., Bd Il, 1888, p. 83-100.
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Ducrerr (1), plus tard, conclut à la nature glandulaire des corpuscules du colostrum qui seraient des cellules ayant subi la transformation colloïde, opinion partagée par le professeur Rexaur (2).
Puis viennent divers travaux qui nous préparent à l’éclosion de la théorie leucocytaire.
BeiGez (3) réussit à colorer des noyaux dans les corpuscules du colostrum et signale des corps du volume des hématies. Winoxzer et Rauger, étudiant ces éléments, distinguent toutes les formes de passage entre un lymphocyte du sang et ces éléments (4). Pour Rauger (5), les corpuscules du colostrim représentent des globules émigrés des alvéoles glandulaires. STRICKER (6) « ayant observé que les globules du colostrum possèdent des mouvements amiboïdes, ne les considère pas comme un produit de dégénérescence de la glande, mais comme une partie vivante de celle-ci » (7). Pour Saërrricen (8), «les globules du colostrum sont des /ymphocytes ayant subi la dégé-
(4) Ducuerr: Étude pratique de la-sécrétion lactée, thèse de Montpellier, 1893.
(2) Renaur : Zraité pratique d’Histologie.
(3) Beicec : Ueber die mikroskopische Zuzammensetzung des Milch des Weibes, Virchow's Arch., 1868, Bd XLIT, p. 442-444.
(4) Cité par Lourté, loc. cit., p.71.
(5) Rauser : Ueber den Ursprung des Milch und die Ernaehrung der Frucht im allgemeinem, Leipzig, 1879, 48 pages.
(6) Srricker : Ueber kontractile Koerper in der Milch der Woechneïm, Stizungsber. d. Akad. d. wiss., Wien, Bd LIN, IT Abt., 1866, p. 184.
(7) Cité par Lourié, p. 6.
(8) SAëFFTIGEN : Zur feineren Anatomie der Milchdrüse waehrend der Lactations periode, Bull. Ac. imp. des sc. de Saint-Pétersbourg, 1881.
nérescence graisseuse (1) ». Enfin Bizzozero et VassALE (2) pratiquent des coupes de mamelle de cobayes après avoir eu soin de suspendre pendant quelques jours l’allaitement. Au cours de leursexamens microscopiques, ils ont reconnu à l'intérieur des acini, non seulement des masses granuleuses, des corps d’aspect colloïdal et des gouttelettes graisseuses, mais encore des cellules spéciales, de 20 à 30 y de diamètre, tranchant sur l’épithélium des culs-de-sac. Ces cellules à noyau ovale, munies de prolongements protoplasmiques, avaient la propriété dese contracter vers 38° à 40° et de se diviser par mitose. Pour ces auteurs il s'agit là d'éléments de résorption destinés à déblayer les culs-de-sac sécréteurs de leur charge graisseuse.
C’est à Czerny (3) que revient l'honneur d'avoir bâti de toutes pièces la théorie leucocytaire seulement ébauchée avant lui, théorie à laquelle se rattachent aujourd’hui le plus grand nombre des auteurs.
Czerwy étudie la sécrétion lactée dans trois conditions différentes :
(4) Cité par Lourié, p. 7.
(2) Bizzozero et Vassaue : Ueber die Erzengung und die physiologische Regeneration der Drüsenzellen bei den Saügtieren, Virchow’s Arch., 1887, Bd CX, p. 155-214.
(3) Gzerwy : a) Das Colostrum, Prager medicinische Wochenschr., 1890, n°° 32-33.
b) Ueber die Brustdrüsensekretion beim Neugeborenen and über des Verhæltniss der sogenannten Kolostrum-Kærperchen zur Milchsekre-
tion. Sep. Abdr. aus. d. Festschr. zu E. Henochs 70. Geburztag, 34 pages,
a) Chez les nouveau-nés, il décrit :
. 1° Les globules ordinaires du lait ;
2° Des leucocytes renfermant ou non des granulations graisseuses ; |
3° Des corpuscules particuliers dits € chapeautés » (Kappentragender) qui, après coloration, laissent voir un noyau ;
4° Des figures müriformes, nucléées, remplies de globules de lait;
5° Les corpuscules du colostrum types (1).
Les globules du lait mis à part, tous ces éléments sont animés de mouvements amiboïdes « qui ne leur manquent jamais ». Tout d’abord apparaissent les globules ordinaires du lait, puis successivement les autres éléments dans l’ordre décrit ci-dessus. Les corpuscules types deviennent d'autant plus nombreux que la sécrétion est plus près de se tarir.
b) Chez les femmes récemment accouchées, ces corpuscules disparaissent peu à peu avec les premières tétées.
c) Suspend-on l'allaitement, à une époque quelconque du nourrissage, on remarque alors que le lait revient à l’état colostral. En premier lieu, au bout de vingt-quatre heures de rétention lactée, surgissent en grand nombre les leucocytes. Au bout de trois jours, ces leucocytes se chargent de globules graisseux. Enfin, vers le cinquième jour, les leucocytes s’éclipsent, cédant leur place aux corpuscules granuleux types.
(4) Cité par Weizz et Taévener, loc. cit.
Que la femme recommence à allaiter, et les corpuscules diminuent rapidement de nombre, jusqu à disparition complète.
Ces corpuscules apparaissent également dans deux circonstances :
1° Si la sécrétion est trop abondante;
2° Si l'enfant, soit débilité congénitale, soit malformation des mamelons de la nourrice, exerce des succions trop faibles.
En faveur de la nature leucocytaire Fe éléments figurés du colostrum et du lait, Czerny fournit deux arguments tirés des expériences suivantes :
A.— A la suite d'une injection de 5 grammes de lait ou d'huile de foie de morue dans le sac lymphatique d'une grenouille, les leucocytes se chargent de particules graisseuses.
B. — Une injection d'encre de Chine dans les conduits galactophores d’une souris est suivie de la présence, dans les voies lymphatiques périmammaires, de corpuscules colostraux imprégnés de particules noires.
Tout comme les leucocytes, les corpuscules colostraux ont donc la propriété d’absorber des corps étrangers.
Dans le cas particulier de la sécrétion lactée, quel est leur rôle? Ils font irruption, par diapédèse, dans les acini glandulaires, afin de pallier l'encombrement aigu causé par une sécrétion dont l’activité plus ou moins prononcée se trouve mal compensée par une excrétion encore insuffisante; tels des agents de