CHAPITRE II
État actuel de la question.
MM. Wizz et V. 'TnÉévener ont pris vingt nourrices dont ils ontexaminé le colostrum ou le lait à diverses périodes de l’état puecrpéral ou de l’allaitement. Pour huit d’entre elles, des échantillons ont été prélevés et examinés quotidiennement durant une période de 7 à 14 jours après l'accouchement.
Ces expériences ont été faites dans trois conditions différentes.
I. — Dansle cas de sécrétion parfaite avec excrétion suffisante, ces auteurs ont signalé l'existence dans le lait de fragments protoplasmiques, véritables débris cellulaires, dépourvus de noyau, assez souvent imprégnés de particules graisseuses et colorés uniformément en rose par l’éosine. Très rarement peuvent se rencontrer des globules blancs ou des ébauches de figure sans signification spéciale.
G. Levy. 2
Le NT NT
II. — La sécrétion post-puerpérale offre bien plus d'intérêt. A cette période, le lait et le colostrum renferment de nombreuses cellules. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire leur description magistrale presque intégralement. Les points de suspension indiqueront les passages exceptés qui, tous, concernent des considérations relatives à la centrifugation. Nous nous réservons de traiter cette question dans notre troisième chapitre.
Les auteurs constatent dans le produit dela sécrétion colostrale, avant l'accouchement (1) ou durant les premiers jours qui le suivent, abstraction faite des globules libres formant la masse de la sécrétion, la présence des éléments suivants:
« a) Des lymphocytes dont la proportion peut ne pas atteindre 10 ou dépasser 50 p. 100. Identiques à ceux du sang, de volume égal ou notablement supérieur à celui des hématies, à noyau central entouré d'une bande protoplasmique qui prend fortement le bleu de méthylène, ces globules ne contiennent aucune particule de graisse.
b) De gros leucocytes mononucléaires dans les proportions d'un quart à deuxtiers du total, ayant de 8 à 20 y de diamètre, à noyau généralement un peu excentrique, modérément coloré, irrégulier ou
(1) Ayant eu l’occasion de faire l'examen de colostrum trente-cinq jours avant le travail, les résultats étant sensiblement les mêmes, les auteurs pensent que la cytologie d’un même colostrum reste stable jusqu’à l'accouchement.
réniforme, à protoplasma plutôt basophile, comme raréfié, d'aspect vésiculeux et lacunaire... Ils ont été figurés avec une grande exactitude par M. Marfan, dans la dernière édition de son traité. Coïncidant avec la présence des corps granuleux de Donxé, ils ont été identifiés avec ces corpuscules eux-mêmes. Mais, comme nous verrons, ils n'en constituent qu une partie. Quant à leur nature leucocytaire, elle ne nous paraît pas douteuse: entre eux et d’autres leucocytes mononucléaires plus petits, non graisseux, identiques à ceux du sang et d’ailleurs toujours peu nombreux, on trouve tous les degrés de transition.
c) Des leucocytes polynucléaires neutrophiles en minorité, quelquefois même très peu nombreux, les uns pareils à ceux du sang, les autres ayant capté comme les mononucléaires des particules graisseuses et pouvant, sauf la forme du noyau et la réaction de leur protoplasma, un peu plus clair que le protoplasma basophile des gros mononucléaires phagocytes, acquérir la même configuration et presque le même volume qu'eux. Ils ont été vus par M. Marfan et M Lourié, mais leur signification exacte a échappé à ces auteurs, parce que ceux-ci ont maintenu entre les leucocytes et les corpuscules du colostrum une certaine opposition, et parce quils ont hésité à admettre la transformation d'un globule blanc polynucléaire en cellule colostrale à noyau unique.
Or, les corps granuleux de Doxxé, ainsi qu'on peut le voir précisément sur les figures citées plus haut de M. Marrax, ne sont pas forcément à noyau unique.
Les plus gros corpuscules, volumineux éléments bourrés de grains jaunes de graisse au point que parfois leur noyau a disparu, sont sans doute, en général, des mononucléaires. Mais il existe aussi un grand nombre d'autres corps granuleux, de taille variable, qui ne sont autres que des leucocytes polynucléaires graisseux, ci-dessus décrits ; il est facile de s'en convaincre en examinant successivement un même colostrum à l'état frais, sans coloration, puis sur préparations séchées et colorées. Ce n'est d'ailleurs que par de très nombreuses comparaisons de ce genre qu'on peut être fixé sur l'identité des corps granuleux. De mème, des éléments plus petits que les précédents, contenant peu ou pas de granulations jaunes, et qu'on peut voir en plus ou moins grande quantité dans le colostrum frais, correspondent aux lymphocytes et aux polynucléaires nongraisseux de nos préparations colorées après fixation.
A part les boules de mucus admises par le professeur Renaut et qui ont échappé à nos colorations, tous les corpuscules du colostrum sont donc des leucocytes, les uns mononucléaires et les autres polynucléaires, ainsi que dans la circulation générale. Cette première conclusion de nos recherches s'accorde parfaitement avec les remarquables travaux de Czenny, Bizzozeno et OrroLenGutr, et Manran.
IL est parfois possible d'apercevoir directement le noyau polymorphe d'un corpuscule non coloré, mais nous n'avons pu parvenir à colorer à l’état frais et sans fixation ces éléments. Gorgés de graisse et devenus très fragiles, ils commencent à se désagréger
avantd'être pénétrés par lasolution méthylique même la plus étendue.
d) Mentionnons enfin quelques boules protoplasmiques identiques à celles du lait, déchets épithéliaux d'ailleurs peu nombreux dans le colostrum des premiers Jours.
Ainsi donc, dans le colostrum, avant l'accouchement ou durant le premier Jour qui suit, la formule leucocytaire est peu fixe, mais néanmoins la prédominance des éléments à noyau unique est Ja règle très générale. D'ailleurs la quantité absolue des corpuscules reste minime, car le culot provoqué par la centrifugation est très réduit. Assez brusquement le deuxième ou troisième jour, parfois dès les premières vingt-quatre heures, ce dernier augmente en même temps que se modifie la formule leucocytaire par une véritable invasion de polynucléaires ; ceux-ci atteignent généralement 70 et 50 p. 100, indiquant la montée de lait, et on peut dire d'autant plus nombreux que celle-ci est plus intense. Les leucocytes polynucléaires sont d'abord semblables à ceux du sang ou du pus; vingt-quatre heuresplus tard, un grand nombre d'entre eux, s'étant gorgés de graisse, ont pris la forme vésiculaire et hypertrophique qui, leur noyau polymorphe mis à part, les identifie avec les gros mononucléaires.
La poussée polynucléaire dure les trente-six ou quarante-huit heures de la montée laiteuse, puis diminue avec elle, en sorte que, dès le quatrième ou cinquième jour, le culot de centrifugation revenu en
voie de diminution, est de nouveau formé par une majorité d'éléments à noyau unique — lymphocytes et surtout gros mononucléaires — mêlés à un reste variable de polynucléaires. Sauf les lymphocytes, la plupart sont littéralement gonflés de graisse qui souvent pénètre jusqu’au noyau. Aussi n'est-il pas toujours facile, par suitedes morcellements nucléaires de déterminer l'espèce originelle de tel ou tel leucocyte : les protoplasmas sont réduits à de très fins réticulums donnant par l'éosine des figures presque transparentes ; nous avons dit combien peu l'on doit compter sur les granulations neutrophiles que les mononucléaires peuvent d’ailleurs présenter eux aussi (1). L'indice qui nous a paru le moins infidèle pour établir la distinction entre les deux espèces, c'est la réaction légèrement basophile du protoplasma des mononucléaires.
Enfin, avec une excrétion normale, vers le cinquième Jour, la sécrétion est définitivement et régulièrement établie, et l’on ne trouve plus dans le lait que ces sphérules protoplasmiques plus ou moins farcies de boules graisseuses qui représentent les déchets cellulaires de la sécrétion, et quelques rares leucocytes dont quelques-uns en voie de dégénération.
Si la femme observée ne nourrit pas, les éléments
(4) © Enruica pense que les éléments polynucléaires peuvent, dans cerlaines conditions, se segæ@enter et donner naissance à des globules blancs mononucléaires. C’est suivant un mécanisme semblable que naissent les leucocytes mononueléaires granulés qui existent parfois dans les exsudats pathologiques. » (Levanimi: Le leucocyte et ses granulations, p. 74, note 1.)
ETS
cellulaires persistent plus longtemps, c'est-à-dire Jusqu'à ce que le lait se tarisse. Les mononucléaires sont en majorité, pour la plupart, de gros mononucléaires graisseux ; beaucoup présentent des marques évidentes de dégénération.
On peut en tout temps trouver des éléments dégénérés, mais ils se montrent beaucoup plus nombreux quand, l’excrétion ne se faisant pas, ils ne sont pas éliminés au fur et à mesure de leur formation. Ils se distinguent par la situation excentrique du noyau rejeté en croissant ou en cercle presque complet à la périphérie (Xappentragender de Czerny), par la fonte de ce noyau ou par son expulsion totale, laissant des sphères protoplasmiques du volume d'un gros mononucléaire, uniformément teintes par l’éosine. Mais nous devons dire que ces altérations se sont montrées plus rarement dans nos préparations à mesure que, par une fixation plus parfaite et un étalement plus soigneux, celles-ci devenaient meilleures : 1] se pourrait donc qu'elles fussent en partie artificielles. Plus convaincantes nous ont paru comme signes de dégénération : l’infiltration du noyau par la graisse, son hyperchromasie accompagnée ou non de division (pycnose), enfin sa dissolution modifiant la teinte du protoplasma ambiant. Certains éléments rappellent la représentation linéaire d’un œil vu de face : noyau rond central très sombre avec protoplasma central absolument clair et régulièrement circulaire ; ce ne peuvent être que de petits mononucléaires jeunes ou des lymphocytes en régression. Dans aucun de nos cas, les formes en chromatolyse
ne se sont montrées nombreuses le lendemain de l'accouchement « occupant partois presque entièrement le champ du microscope (1) ».
Quant à la définition précise des corps granuleux M. Taévexer pense qu'ils comprennent toutes les espèces de phagocytes contenus dans le lait et ayant absorbé de la graisse. Plus celle-ci est abondante dans le leucocyte, et plus l'aspect granuleux de cet élément s'accentue. Les gros corps granuleux décrits par Donxxé comme présentant un aspect müriforme, de volume relativement considérable et de couleur jaune, répondent à des polynucléairestrès graisseux, et probablement en plus grande partie à de gros
mononucléaires complétement gorgés.
[II — Dans le troisième et dernier cas, lorsqu'il y a rétention lactée, soit par insuffisance du nombre des tétées, soit par la cessation complète de l’allaitement, les auteurs constatent une invasion de mononucléaires suivie, si la tension est élevée, de polynucléaires qui ne tardent pas à se charger de graisse.
Partageant l'opinion de Czerny, MM. E. Weizc et Taévexer font jouer aux corpuscules du colostrum un rôle de résorption, et concluent ainsi :
1° Tous les corpuscules du colostrum sont des leucocytes.
2° Dans le lait ou le colostrum centrifugés, une proportion élevée de polynucléaires doit signifier montée de lait intense ou sécrétion très active et fournir
(4) Lourié : Loc. cit.