‹ D'Anvers à Léopoldville par le chemin des écoliersChapitre 23 sur 71 · UNE RUE DE MATADI · texte numérisé non relu

UNE RUE DE MATADI

fatigues de la tâche accomplie, avaient dû. refaire le chemin de malheur pour arriver aux eaiix du fleuve. Mais le sentier de fer est venu, et là où il n'y avait rien s'est dressée, comme dans une féerie, toute une agglomération où l'on devine les germes d'une prospérité sans limites. Matadi deviendra l'entrepôt de l'Afrique centrale ! Là, en effet, comme à Boma, une œuvre belle, un grand effort se sont accomplis. Le chemin de fer du Congo a posé à Matadi, il y a huit ans, le premier tronçon de son

rail, et peu à peu on y a élevé des hangars, des ateliers, des remises à locomotives; les compagnies commerciales, l'initiative privée sont venues y construire des établissements, des factoreries, des magasins; des routes ont été tracées ; le zèle admirable de nos prêtres a fait surgir du rocher une adorable petite chapelle ; une bibliothèque où viennent se nourrir tous ceux qui ont soif de vie intellectuelle a été organisée par leurs soins, et non loin de Matadi, à Kinkanda, les blancs qui sont au service de la Compagnie du chemin de fer reçoivent, dans un établissement modèle, les soins que réclame leur santé des mains de ces admirables femmes qu'on appelle les Sœurs de la Charité. Quel travail gigantesque accompli en huit ans ! Et je ne parle pas du pier de 75 mètres tout en métal, qui a été jeté de la rive, ni du second pier qui est en construction à 25o m. en amont et que l'on réunira au premier de façon à former un quai d'accostage, ni, enfin, de tant d'autres travaux que je devrais énumérer, mais .qui sont d'un caractère trop technique pour que leur indication trouve place ici. L'impression que nous donna ce tableau imposant — la ville s'était illuminée comme par enchantement et l'ossature en était vigoureusement soulignée en traits de feu — fut profonde. Spontanément, toutes les mains se tendirent vers l'homme qui avait conçu et mené à bonne fin l'œuvre forte que nous avions sous les yeux, vers le lieutenant-colonel Thys.

Le soir, Matadi fut en liesse. Les noirs employés du chemin de fer, les Accras, Elminas, Sénégalais et Lagos, qui avaient reçu une forte gratification à l'occasion de l'inauguration du chemin de fer, témoignèrent bruyamment leur reconnaissance pour ce royal matahiche en venant sur

le pier, devant le bateau, exécuter leurs danses caractéristiques— une bamboula énorme, aux sons des tams-tams et des tambours de guerre. Les feux de bengale éclairaient de leurs lueurs rouges, jaunes, vertes, ces faces grimaçantes aux cheveux crépus où, dans un rire d'une naïveté enfantine, s'épanouissaient des dents d'une blancheur idéale — des dents d'anciens anthropophages, disait le baron de

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