LA MANŒUVRE DE LA PRISE D EAU
la Chute ; la voie sur ce poni est en rampe et en courbe# le tablier du pont en acier présente donc, près des piles, un porte-à-faux très hardi, ce qui constitue en même temps une solution peu banale de la difficulté à vaincre. Le paysage est resié jusqu'ici morne et désolé ; des herbes jaunies, brûlées par places, des blocs de quartzites jetés çà et là; le relief est tourmenté : on dirait des vagues subitement immobilisées. Au col de l'Horizon le pays se découvre
largement ; au bout s'estompe, dans la buée du matin, une masse verdoyante : c'est la forêt de Kengé. A la vue de ce décor immense, où il y a de l'air et de la verdure, on pousse un cri de délivrance, on est sorti du chaos. Au kilomètre 40, notre locomotive refait sa provision d'eau; de nombreux châteaux d'eau s'élèvent le long de la voie ; ils sont alimentés soit directement par quelque torrent voisin descendant de la montagne, soit, quand le torrent fait défaut ou est à sec, par une pompe manoeuvrée à bras et aspirant l'eau d'un cours d'eau plus éloigné. Après Kengé vient le col aux Buffles, puis au col de la Tranchée, entre deux parois rocheuses presqu'à pic, nous traversons les lignes de faîte séparant quelques petits affluents et sous-affluents du Congo que la voie ferrée, à dessein, franchit près de leurs sources, la Kengé notamment. La voie passe ensuite au-dessus de la Duizi et longe la Lamballala en courant sous bois. C'est presque la grande forêt tropicale avec sa végétation exubérante, ses taillis ombreux, ses fourrés épais par-dessus lesquels se dressent hardiment les têtes touffues des palmiers et que dominent les énormes manguiers. Çà et là, un monstrueux baobab défeuillé — un des rares arbi-es do hi flore tropicale qui perdent leur verdure en hiver. Et, reliant tous ces géants de la forêt, des lianes, souples, flexibles, dessinent dans les airs les arabesques les plus gracieuses, jetant ainsi ides ponts d'une sveltesse et d'une hardiesse de féerie pour les besoins de la gent à quatre pattes qui a élu domicile sur ces sommets verdis.
La voie franchit ensuite la rivière Bembisi, nous entrons dans les schistes. Voici, à droite, le Monolithe, roche qui se dresse dans la brousse, pareille à un antique menhir. Tout près du Monolithe, un camp de travailleurs. Ils sont là, très curieux, dévisageant les voyageurs. On m'a
dit que ces ouvriers noirs témoignaient d'une grande joie quand ils retrouvaient, après une longue absence, un de leurs anciens chefs. M, Espanet qui a succédé comme directeur de la construction de la ligne à M. Charmanne, a été ainsi, au cours du voyage, l'objet de véritables ovations de la part de ses anciens ouvriers, ce qui honore