‹ D'Anvers à Léopoldville par le chemin des écoliersChapitre 30 sur 71 · A MATADI. CARAVANE AU REPOS · texte numérisé non relu

A MATADI. CARAVANE AU REPOS

trie du portage est habituellement lucrative pour le noir, elle est pénible toujours et fertile en incidents douloureux ; d'autre part, elle ne donne qu'une sécurité relative au point de vue des marchandises transportées, celles-ci étant exposées à une foule d'avaries. Le chemin de fer, le géant aux jarrets et aux poumons d'acier est venu remplacer le porteur noir, l'a affranchi d'une corvée sous laquelle le nègre succombait. En même temps il lui apporte le travail rémunérateur, le commerce et par celui-ci, le bien-être matériel à bon marché, le progrès.

Le chemin de fer des cataractes. De Matadi à Tumba. Les chefs nègres

Lundi, 4 juillet.

Le voyage en chemin de fer de Matadi au Pool avait été admirablement organisé par le directeur Goffin et ses

LA GAKE DE MATADI.

adjoints, les ingénieurs Paulissen, Cito, Adam et De Backer, que nous avions rencontrés à Matadi. Six trains, composés chacun d'une locomotive, d'un wagon plat servant de fourgon à bagages et deux voitures pour voyageurs, chacune à 12 places, furent mis en marche à vingt minutes d'intervalle. Ces voitures sont fort confortables,

d'anvers a léopolbville. 89

bien suspendues ; le voyageur est commodément assis dans un fauteuil tournant en osier, il a devant lui une petite table pliante : on peut donc lire, au besoin écrire et déjeuner à son aise. Les voitures, au surplus, sont largement aérées et pourvues des appareils hygiéniques les plus modernes. A l'extrémité de chaque voiture, il y a un office où se tiennent les boys noirs qui vont tantôt nous servir les victuailles préparées à notre intention dans des petites caisses d'un aspect des plus engageants.

D'après le programme, nous devions nous arrêter à Tumba, soit à peu près à mi-chemin du trajet Matadi- Léopoldville, long de 400 kilomètres. Partis à 6 heures 5o du matin, nous arrivâmes à Tumba vers 4 heures, ayant marché avec une vitesse moyenne de 25 kilomètres, ce qui est très satisfaisant, étant données les rampes qui atteignent parfois 45 millimètres par mètre et les nombreuses sinuosités du terrain qu'épouse la voie ferrée.

Le trajet fut plein d'intérêt, souvent même émouvant, non pas précisément par la diversité des paysages qu'il nous fut donné de contempler, mais surtout par la hardiesse et en même temps l'élégance des formules de la construction.

En quittant la gare de Matadi, taillée en corniche dans le roc, la voie longe à flanc de coteau le Congo. On voit dans un brouillard les premiers rapides et de l'autre côté Vivi avec le pic Léopold, une des premières stations fondées, comme l'on sait, par Stanley. Vivi, aujourd'hui, est entièrement abandonnée, l'emplacement en ayant été jugé défectueux. Une mission protestante y est demeurée.

Le disque rouge du soleil brusquement se montre à l'horizon, perçant la brume ; la température est plutôt fraîche, on supporte aisément la couverture de voyage.

go D ANVERS A LÉOPOLD VILLE.

La voie surplombe en ([uelque sorte le fleuve ; à droite se dresse le rocher granitique. C'est à coups de mines et de pioches que le constructeur a dû se créer un chemin dans ces masses cristallines et l'on ne comprend que trop bien, en voyant la façon dont il a fallu les entailler, en voyant les défenses qu'opposait une nature rebelle — ajoutons-y les obstacles qui s'opposèrent au recrutement du personnel noir, les installations forcément défectueuses, au début la rareté des vivres frais : il fallait tout créer, faire venir tout d'Europe — l'on ne comprend que trop bien qu'il ait fallu trois ans pour arriver au kilomètre 26. Tout alors semblait vouloir se liguer contre la Compagnie : la nature et les hommes. Mais l'œuvre était de celles qui devaient réussir, parce que l'homme qui la conduisait était la ténacité même, qu'il avait la foi qui sauve.

Nous entrons bientôt dans la gorge sauvage au fond de laquelle mugissent les eaux écumantes de la M'Pozo ; les flots de la rivière roulent en bonds désordonnés entre deux rives à pic, sur un lit de galets et de rochers écroulés. Nous avons à notre gauche un gouffre, à droite un mur de marbre. C'est une scène grandiose.

Plus loin se dresse le pic Cambier, haut de 36o mètres, ainsi appelé très justement du nom de celui qui a fait les études du tracé du chemin de fer, du major Cambier. Au-delà du kilomètre 10, nous abandonnons la vallée de la M'Pozo pour nous diriger vers l'est, à la conquête du Palaballa. Ce massif du Palaballa est tristement célèbre. Le sentier de fer a violé sa virginité séculaire. La montagne a dû courber sa cime sous le rail, mais au prix de quels eflbrts, de combien d'existences humaines la victoire a-t-elle été achetée ! La locomotive force maintenant de vapeur, entraînant vigoureusement à sa suite le fourgon et les deux voitures vers les nombreux lacets qui grimpent,

sur un espace de sept kilomètres, vers le Palaballa. Tout en déjeunant, nous voyons à un moment donné la voie se dessiner par trois fois, sur trois points différents ; puis, arrivé au sommet du massif, vers 525 mètres, le sentier de fer redescend par trois volutes en sens inverse pour monter de nouveau vers le col de l'Horizon. Au kilomètre 14, nous passons sur le pont jeté au-dessus du ravin de

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