‹ D'Anvers à Léopoldville par le chemin des écoliersChapitre 34 sur 71 · LE PONT DU KWILU · texte numérisé non relu

LE PONT DU KWILU

jaunâtres. Quand la saison des pluies viendra, ce sera un torrent dévastateur ; mais le pont peut défier tranquillement les colères de la rivière, elles ne prévaudront pas contre lui, sa hauteur au-dessus du lit du cours d'eau le met à l'abri des crues les plus fougueuses.

Il est deux heures de l'après-midi. La température reste toujours fraîche, le ciel obstinément demeure gris. Le paysage s'est modifié peu à peu, le schiste a cédé la place

g6 d'an VERS A LÉOPOLDVILLE.

au calcaire, la végétation paraît mieux marquée. A gauche, au loin, un épais cordon de verdure. Là doit être la rivière que la carte — dressée par la main experte d'A. J. Wauters — renseigne être la Lukunga. Dans le fond, du même côté, se dresse dans la plaine une niasse énorme, on dirait les murs d'une ville babylonnienne ou des falaises énormes : c'est le Bangu, le deuxième chaînon de la chaîne côtière — des Monts de cristal — qui nous sépare du bassin de l'ancienne mer intérieure africaine. Un moment d'arrêt à l'ancien Camp de l'éléphant. Ce pachyderme aux défenses si convoitées, l'animal dont, aux dires des Brillât-Savarin d'Afrique, la trompe et le pied sont si délectables, parcourait naguère, en bandes, ces pays aux hautes herbes. Il n'avait à craindre que les attaques des indigènes, attaques peu savantes ; mais le blanc est venu sur la dame de feu — la locomotive — l'éléphant a fui avec les indigènes, bêtes et gens se sont retirés à une certaine distance du chemin de fer. La bête a obéi à son instinct, le blanc lui apporte la mort ; le noir, lui, n'a pu se soustraire à sa défiance native, seulement la curiosité, ce sentiment si puissant chez les peuples primitifs, le ramène déjà. Il a compris que c'était son intérêt de s'établir près de la voie qui doit lui apporter tant de choses utiles. Le chemin de fer aura donc là une nombreuse clientèle à desservir, car du Kwilu à la Lufu le pays est bien peuplé, et la population aime les transactions, à en juger par les nombreux marchés qui existent dons la contrée. Nous arrivons à la ligne de faîte des deux versants Kwilu-Lufii, la route est tracée dans des bancs de calcaire compact, puis commence la descente sur Kimpessé par un tracé en zigzags et en boucles qui caresse le terrain dans ses inflexions avec une merveilleuse fidélité. Voici Kimpessé : nouvelles acclamations des noirs ! La station de Kimpessé,

très importante, est à gauche du village, lequel se trouve près de la rive gauche de la Lukunga. Cette proximité du chemin de fer et de la rivière donnera prochainement à Kimpessé une situation prépondérante au point de vue économique,

A partir de là, nous rentrons dans la plaine brune au sol argileux — le produit de la décomposition des schistes

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