‹ D'Anvers à Léopoldville par le chemin des écoliersChapitre 53 sur 71 · LA MAISON DU GENERAL BERTRAND · texte numérisé non relu

LA MAISON DU GENERAL BERTRAND

de la mer et précédée d'un jardin assez étendu. C'est Longwood-New-House. Le gouvernement britannique l'avait fiait construire avec des matériaux venus d'Angleterre, seulement l'Empereur ne voulut jamais l'occuper. Peutêtre serait-il revenu de ses préventions, la mort ne lui en laissa pas le temps.

Un pèlerinage restait à faire, c'était la visite au tombeau ou du moins à l'endroit où le corps de Napoléon

reposa de 1821 à 1841. C'est au fond d'une vallée; la pierre tombale, disjointe en maints endroits, ne porte aucune inscription ; elle est entourée d'un simple grillage en fers de lance. Les saules, les cyprès au feuillage som-

A S'e-HÉLÈNE. LA VALLÉE DU TOMBEAU DE LfMPEEEUR.

bre jettent sur le monument une ombre épaisse. Le lieu prête à la réflexion, à la mélancolie, il est lugubre. Le silence qui régné dans cette vallée funèbre est à peine rompu par le clapotement discret de l'eau d'une fontaine, la fontaine de l'Empereur. Seul avec ses pensées, il venait souvent s'y désaltérer, et la vallée où ses cendres devaient

l8o d'aNVERS a LÉOI'OI.DVILLE.

être inhumées, il l'aimait beaucoup, il y trouvait le calme et la paix. Que de souvenirs accumulés dans ces quelques pieds carrés de terre !... Je rouvre mon Victor Hugo et je lis, cette fois, cette terrible ode « l'Expiation », d'un bout à l'autre. J'en retiens ces quatre vers :

Le nom grandit quand l'homme tombe.

Jamais rien de pareil n'avait lui.

Calme, il écoutait dans sa tombe La terre qui parlait de lui.

Nous reprenons le chemin [àe James-Town et de V Albertville. Le soir était tombé ; le soleil se couchait sur un lit d'or et de pourpre, incendiant les nuages qui s'entassaient au-dessus de l'horizon en masses aux profils fantastiques, pareils à de grands serpents de feu, à des animaux apocalyptiques aux formes monstrueuses. Le ciel, vu à travers les trouées de ces nuages de flammes, était d'opale, pour, un instant après, s'iriser de vert. L'île projetée sur cet écran gigantesque prenait l'allure d'un immense catafalque. L'aigle qui était venu s'abattre les ailes brisées sur ce roc sinistre, a dû, quand il expira, contempler face à face ce soleil agonisant dans un bain de feu et de sang. Son regard a fixé une dernière fois ce spectacle, digne d'une majesté impéi^iale qui descendait à jamais dans l'oubli de la tombe.

D ANVERS A LEOPOLD VILLE

Praya de Santo-Thiago. Vers les Açores.

Un décès à bord.

Samedi, 23 juillet.

Nous sommes partis de Sainte-Hélène le vendredi i5, au soir. De là pour arriver à Praya, le chef-lieu de Santo- Thiago, une des îles les plus méridionales du groupe capo-

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