AUX AÇORES DEUX ANES BIEN CHARGÉS
Londres, pour plus de i,5oo,ooo francs par an. Nous avons le choix entre la " quinta » de M. le comte Correa et celle de M. do Canto, elles se valent à peu près. Nous entrons dans la première : l'œil est aussitôt ébloui par la vue de ce paradis terrestre, par ces gigantesques araucarias, ces palmiers, ces chênes, ces platanes, ces orangers, ces camélias, ces fleurs de toutes nuances aux parfums les plus exquis, des plantes merveilleuses de formes et de coloris entres lesquelles se joue l'eau d'une source allant
196 d'an VERS A LÉOPOLDVILLE.
alimenter un bassin peuplé de cyprins dorés. Oui, il doit faire bon vivre dans ce jardin enchanté des Armides !
A côté s'alignent les « estuffas r^ d'ananas. Les serres se succèdent nombreuses, les unes aux autres. L'ananas y pousse très vite, nourri par la grasse terre de bruyères que l'on va chercher continuellement dans la montagne ; sa croissance est activée encore par la chaleur sénégalienne qui règne constamment sous les toitures de verre. Des exploitations de ce genre exigent évidemment une première mise de fonds considérable, mais une fois que l'entreprise est en train, elle est, nous assure-t-on, d'un bon rapport.
Le climat est si bon, le ciel si bleu, la mer si belle que, si j'en avais le loisir, volontiers je me ferais planteur d'ananas aux Açores.
En retournant à bord, nous trouvons deux navires ancrés à peu de distance de Y Albertville. L'un, c'est le vaisseau-école hollandais le Nautilus — nous irons tantôt fraterniser avec nos frères bataves, car j'apprends que le colonel Thys a invité à dîner le commandant et ses officiers. L'autre, un voilier danois, a été trouvé désemparé dans l'Atlantique ; il a été ramené par un vapeur anglais. Le capitaine, les officiers, une partie des matelots — quatre seuls restent vivants, dont deux malades — ont été enlevés par le scorbut! C'est le vaisseau-fantôme !
A table, grande animation à cause de la présence des officiers hollandais. Toasts chaleureux à la Hollande, réponses cordiales à la Belgique !
Vendredi, 29 juillet.
A huit heures du madn nous sommes tous réunis sur la place de Ponta-Delgada, devant l'église Matriz — l'église mère — de Saint-Sébastien. Des voitures, attelées de mules fringantes ou de vigoureux petits chevaux, vont nous conduire au lac des « Sete Cidades «. Il nous est