AUX AÇORES. UN PIQUE-NIQUE EN FACE DU LAC DES " SETE CIDADRS
C'est le lac des Sete Cidades. La légende — cette poésie du merveilleux, qui pousse si bien, si fantastiquement dans fies pays où se produisent les grandes commotions de la nature — conte que sous les eaux du lac dorment à jamais les restes des villes fondées par sept évêques portugais qui auraient fui leur patrie au moment de l'invasion des Maures. La légende est jolie. La géologie — la froide géologie — veut que ce soit là tout simple- ;ment le cratère d'un grand volcan éteint où les eaux pluviales et les sources sont venues s'accumuler, cratère
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flanqué de quatre autres de dimensions moindres. La géologie est décevante car le double lac aux eaux, ici d'azur, là d'émeraude, nous paraît plus joli avec la légende qui lui donne un peu de cette fantaisie, de ce mystère qui plaît tant à l'imagination et apporte le charme de la poésie aux formes les plus disgracieuses de la nature.
Nous faisons le tour d'une partie du cratère pour mieux saisir le modelé et les détails du lac. 11 y a là des jeux de lumière, des nuances, des dégradations d'une délicatesse infinie. Ce n'est pas à décrire, il faudrait la palette d'un peintre, d'un Diaz, d'un Salvator Rosa.
Le déjeuner eut lieu sur l'herbe, à la bonne franquette. Des œufs, du poulet, du fromage, le tout arrosé d'un verre de vin de Bordeaux et d'un peu de Champagne : ce fut charmant. Nous nous retrouvâmes à Ponta-Delgada « gais et contents », les yeux remplis de l'admirable spectacle qu'il nous avait été donné de contempler.
Samedi, 30 juillet.
Hier au soir nous sommes allés au bord du Nautilus, où nous étions attendus par les officiers hollandais. Le navire avait arboré son grand pavois et le pont était très pittoresquement décoré de drapeaux de toutes les nations — parmi lesquels trônaient en place d'honneur les couleurs belges à côté du pavillon hollandais — de faisceaux d'armes, de nœuds de cordages très artistement disposés. Dans le fouillis de toutes ces draperies, de ces engins de guerre et de marine, en pleine lumière, le buste de la Reine Wilhelmine.
La réunion fut très cordiale ; on chanta, on but pas mal de verres de toutes espèces de boissons, on toasta avec frénésie, et il était fort tard quand la baleinière du navire
hollandais nous ramena à bord de V Albertville. On se sépara aux cris dix fois répétés des « hoezee ! r^ des Hollandais et des « hurrah ! » des nôtres.
Aujourd'hui matin nous sommes en face de Villafranca ; notre bateau s'est déplacé pour permettre aux passagers de faire l'excursion à la vallée des Fournaises. Dans cette faille, ouverte par les commotions volcaniques sur le ver-