ACTE 1, SCENE I
HORTENSE
Eh bien ! mes amies, depuis trois ans, dépuis le temps où nous nous racontions ainsi nos espérances et nos rêves, nous avons fait toutes trois dans la vie le seul pas que fasse une femme, nous nous sommes mariées !... Eli bien !... racontons-nous... Henriette, elle se lève, toutes trois prennent des sièges,
Henriette apporte ta petite table à ouvrage et s'assied
auprès.
Oh! la bonne idée !... Toi, Maria, qui es née en Andalousie, toi qui as vu l'Italie et l'Espagne...
HORTENSE
Toi qui es veuve... tu dois être la plus riche d'événemens, à toi de commencer.
MARIA
Oh! non... non, mes amies...
HORTENSE
Si tu refuses... c'est que tu asquelque chose à dire... des aventures bien tendres, bien romanesques...
HENRIETTE
Et moi qui n'ai jamais lu de romans!...
MARIA
Ah! si vous saviez où ma pauvre tête m'a conduite... je suis là bien heureuse, et trouvant la vie bien douce, et cependant, de moi-même, j'ai été bien près de la quitter...
Tu as voulu te tuer?
HORTENSE
Par amour!...
MARIA
Oui!...
Henriette, laissant tomber son tricot.
Jésus mon Dieu !
HORTENSE
Dis-nous bien vite...
MARIA
Quand je quittai le couvent, quand je vous quittai,
j'allais retrouver mon père en Espagne... au boni de trois semaines j'étais mariée, ai! !>out de (rois mois, j'étais veuve... jeune et riche, chacun m'entourait d'adorations auxquelles j'étais fort peu sensible... mais la seconde année de mon veuvage jerencontrai à Madrid... monsieur... plus tard peut-être je vous dirai son nom. Henriette, tricotant.
Eh bien!... Dom Alvarez!
BU Ri A.
Soit! appelons-le dom Alvarez. Il était jeune, brillant; il ressemblait à l'inconnu que nous rêvions! recherché, admiré de tous... je l'aimai !... mais en même temps que l'amour, une passion affreuse... dévorante, entra dans mon cœur!... c'était par pressentiment que je jouais toujours les rôles de Roxnne! je devins jalouse! jalouse presque jusqu'à la folie!... il était si beau qu'il me semblait que tout le monde devait l'aimer, et qu'il devait aimer tout le monde... chacune de ses paroles me paraissait une trahison, chaque femme une ennemie... vingt fois j'avais promis à lui et à moimême de me corriger d'un défautqui devait faire notre malheur à tous deux... je commençais à y réussir... mais, un soir, à Madrid, chez l'ambassadeur de France... à un bal masqué où il avait dansé plusieurs fois avec la même personne... le voyant s'approcher d'elle encore et lui parler tout bas en riant, ma tête se perdit, et au milieu de la fête j'insultai cette jeune dame, je lui arrachai son masque ! c'était sa sœur!... lui, orgueilleux comme un Castillan, rompit pour toujours avec moi !... vous dire mon désespoir... c'est impossible ! si j'avais eu une rivale, je l'aurais tuée, mais je ne pouvais accuser et punir que moi... je me jetai dans le Guadalquivir.
HORTENSE et HENRIETTE.
0 ciel !
MARIA
Le bonheur ou le malheur voulut qu'on me sauvât. Mon j>ère, chargé d'affaires à Paris, m'emmena avec