‹ D'AubignéChapitre 17 sur 37 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MADAME DE LESDIGUIÈRES, seule.

Ravanne a-t-il bien compris? l'heure s'écoule, et je sèche d'impatience en l'attendant. Reviendra-t-il? oh! oui, son amour et son chagrin me répondent de sa docilité. Ah! madame de Maintenon, vous disposez en véritable despote des sentimens et de l'avenir de votre frère!.. Et vous, monsieur d'Aubigné, vous vous laissez marier!.. Doucement, s'il vous plaît.. J'ai deviné toutes vos ruses, adroite marquise... Malgré vos précautions, vous ne pouviez cacher volt e mariage aux regards curieux de la cour ; il faut des flambeaux dans la, chapelle, un prêtre ? des témoins ?

Eh bien! tout cela y sera... mais pour votre frère... Et, à l'abri de son mariage bien annoncé , bien ostensible, vous concluiez le vôtre bien secret, bien mystérieux!... Voilà pourquoi vous avez besoin du prélat italien , et vous l'envoyez chercher!... mais nous venons!., vous ne le tenez pas encore !.. Il me semble que j'entends marcher par ici. Oui, c'est notre jeune messager.

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SCEINE II.

Mme DE LESDIGUIÈRES , RAVANNE.

Mmc DE LESDIGUIÈRES. Arrivez donc ,

monsieur de Ravanne.

LE MAGASIN THEATRAL

ravanne. J'ai fait ce que vous avez désiré, madame, et me voici.

Mme de lesdiguières. Très-bien, trèsbien !. . Pour continuer votre voyage maintenant, vous attendrez que je vous en donne la permission.

rayaxne. Mais madame , puis-je au moins connaître vos desseins? Jusqu'à ce moment, je vous ai obéi en aveugle.

Mm<> de LESDiGL'iÈnES. Et vous ne pouviez mieux faire ; mais ne parlez pas si haut, on pourrait nous entendre.... Si le cardinal Méroni allait soupçonner le piège qui lui est tendu?

ravanne. Un piège tendu au cardinal?

et par qui ?

Mme DE LESDIGUIÈRES. Par moi.

ravanne. Est-ce possible?

Mme DE LESDIGUIERES. Au moment où je vous parle, il doit avoir reçu mon billet; j'espère qu'il se sera mis en route, et qu'avant une beure il sera là.

(Il indique le cabinet à sa droite.)

RAVAWE. Lui, madame?

Mme de LESDIGUIERES. Lui-même, monsieur !.. mais viendra-t-il au rendez-vous?

ravanxe. Ne pas venir à un rendezvous que vous offrez ?

Mme DE LESDIGUIERES. Mais un prélat?

Songez donc que c'est un prélat?

ravanne. Eh mon Dieu! un prélat est un homme.

Mme DE LESDIGUIERES. Et, par conséquent , peut se laisser tromper par une femme! J'espère qu'il tombera dans mes fdets, et que la conspiration réussira.

ravanne. Il y a donc une conspiration?

Mmc DE lesdiguières. Sans doute, pour empêcher le mariage d'Henriette avec M. d'Àubigné.

ravanne. Oh! je suis de celle-là...

Mais madame, daignerez-vous m'explique r?

Mmc DE lesdiguières. Qu'il vienne.'.., qu'il vienne !.. Tout est disposé pour qu'il ne sorte plus de cette pièce ; dès qu'il y sera entré, la porte extérieure se refermera sur lui, et, la unit passée, tout est sauvé!

r WANNE. Comment cela ?

Mme de lesdiguières. Il est temps de partir maintenant, et d'aller à Saint-Cyr chercher monseigneur le cardinal Méroni, de la part de Mn,e de Maintenon.

rwawe. Mais , d'après ce que vous ave/, bien voulu me due, il est très-probable que je ne le trouverai pas.

M"' de lesdigi ii.ius. J'y compte bien, et c'est le plus gYahâ bonheur qui puisse vous arriver.

ravanne. Décidément, je ne comprends pas.

Mme DE lesdiguières. Il n'est pas nécessaire que vous compreniez : obéissez , cela suffit.

ravanne. Je vais donc rejoindre mon piqueur et mon cheval.

mmc de lesdiguières. Ne galopez pas trop vite.

ravanne. Adieu, madame : plus je songe à ce que vous me prescrivez, plus je m'y perds, plus je m'égare.

(Il s'achemine vers la porte du second plan à droite de l'acteur.)

Mme DE LESDIGUIÈRES, l'arrêtant. Soit !

mais ne vous égarez pas jusqu'au point d'entrer dans l'appartement des filles d'honneur : ce n'est pas là votre chemin.

ravanxe. Ah ! c'est juste... pardonnez !

Mme de lesdiguières. Allez donc... et ne vous trompez pas. {Elle le conduit vers la porte qui mène à l'extérieur. Il sort.) Et maintenant, enfermons-nous.

( Elle tire un verrou au-dedans de cette porte.)

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