‹ D'Homère à nos jours; histoire, écriture, prononciation du grec. --Chapitre 25 sur 65 · On dit aussi antérieures et postérieures · texte numérisé non relu

On dit aussi antérieures et postérieures

2, Cet n spécial, qu’on peut aussi nommer g nasal est noté dans ce volume par un ἢ surmonté d'un point : γι.

rencontrent en français dans ouate, mot, hier, bien, etc. Le digamma ou wau n’est autre chose que la semi-voyelle w.

5 3. — L'accent tonique.

Dans la plupart des langues, tout mot pris isolément renferme une syllabe qu'on prononce avec une intonation particulière, variable d’ailleurs suivant les pays : italien canta're, anglais intelligent, allemand wahrscheïnlich. En français cette intonation, ordinairement placée sur la finale, est peu marquée et il s'ensuit que souvent les élèves ne donnent pas à celle des langues étrangères toute l'attention qu'il convient. Mais en fait la syilabe accentuée est l'âme du mot: les étrangers dont nous parlons la langue sont beaucoup moins déroutés par une voyelle ou une consonne mal prononcées, que par un accent mal placé. On ne saurait trop insister sur ce point, capital dans l’étude des langues.

Nature de l'accent. — L'accent indo-européen consistait en une élévation musicale de la voix, et il en était de même en grec ançien. La preuve qu'il ne s'agissait ni d'un accent de longueur, ni d'un accent de force est donnée par le fait que cet accent n’a joué aucun rôle dans la transformation des mots, ni dans la versification. En effet, on ne trouve pas en-grec ancien de phénomène comparable à la chute des atones dans

lat. bonitälem, ital. bontà, fr. bonté: et dans les

vers, longues et brèves, temps forts et temps τ

faibles, sont répartis indépendamment de l'accent. Denys d’'Halicarnasse non seulement confirme

Fig. 26. — Temple d'Héra, à Olympie.

cette théorie, mais même indique que cette élévation de la voix ne dépassait pas une quinte.

« Le chant du langage parlé, déclare-t-1l, ἃ donc pour mesure un seul intervalle !, qui est approximativement celui qu'on nomme quinte. Il ne s'élève pas au-delà de trois tons et demi, pour l’aigu, et ne descend pas plus que de cet inter-

4. Un seul, parce que l’auteur oppose la monotonie de la parole à la variété du chant.

valle, pour le grave!. » L'assertion prête à discussion dans le détail, mais le principe mérite néanmoins d'en être retenu : l'accent musical était, dans le grec du 1° siècle avant notre ère, un élément assez important pour frapper Denys d'Halicarnasse.

Du grec ancien au grec moderne, un changement profond est survenu dans l'accent : la hauteur n'a pas disparu, mais elle s’est doublée d’un autre élément, la longueur. Dans un mot comme λόγος. « discours », le premier o est plus aigu et plus long que le second.

Remarque I. Accessoirement, l'accent du grec moderne rend plus ouvertes les vovelles ὁ et ὁ : dans λόγος, le premier o sonne comme celui de or. et le second comme celui de noce: dans ἔχε « aie », le premier 2 est semblable à lé de téte, le second à celui de péril.

Remarque II. Pour des raisons spéciales, dans le détail desquelles on ne saurait entrer ici, la finale accentuée d’un mot grec moderne (ποταμός par ex.) prend un accent de hauteur et donne, à l'oreille, l’impression de n'avoir aucun accent dé longueur. On mettra correctement l’accent dans les cas de ce genre en prononçant tout simplement à la francaise.

Cette longueur qu'ont prise les voyelles accentuées est, dans l’histoire de la prosodie grecque, d’une importance capitale. Elle a eu en effet pour

conséquence l'abrégement de toutes les voyelles atones longues. Dans la prononciation grecque

1. DEN. Haz., De compositione verborum, 11 : Διαλέχτου μὲν οὖν μέλος ἑνὶ μετρεῖται διαστήματι τῷ λεγομένῳ διὰ πέντε ὡς ἔγγιστα᾿ χαὶ οὔτε ἐπιτείνεται πέρα τῶν τριῶν τόνων χαὶ ἡμιτονίου ἐπὶ τὸ ὀξύ, οὔτ᾽ ἀνίεται τοῦ χωρίου τούτου πλέον ἐπὶ τὸ βαρύ:

moderne, sont longues toutes les voyelles accentuées, sont brèves toutes les voyelles atones. Ex. : τῶν λόγων, tôn lo'yün! « des discours ».

C'est, semble-t-1l, aux premiers siècles de notre ère qu'a été achevée, dans la Grèce proprement dite, cette superposition de l'accent de durée à l'accent musical. La preuve la plus nette en est fournie par la confusion, sur les inscriptions attiques, au 11° siècle après J.-C., de ἡ. de αι Οὐ de :. L’r représentait alors un e fermé (p. 130); αι et ες indiquaient un e plus ouvert (p. 120 et 143); mais leur durée, devenue pareille, rendait accessoire cette différence de timbre pour les graveurs peu lettrés*?.

Ce témoignage est corroboré par la versification. Au 11° siècle de notre ère, Babrius accentue régulièrement son vers sur l’avant-dernière syllabe. Au 1v°, Apollinaire de Laodicée se sert d’un mètre où l'accent joue un rôle prépondérant.

Remarque I. Les vers grecs modernes reposent sur le nombre des syllabes et la place de l'accent. Les toniques étant

4. En grec moderne, le circonflexe de l’article est purement graphique.

2. En revanche, la permutation de 9 et de w, attestée pour l'attique dès le n° siecle avant J.-C., n’est nullement probante. C’est un cas exceplionnel. Ces deux voyelles présentaient vraisemblablement alors (p. 435) une identité de timbre. Les graveurs ont done pu faire parfois abstraction de la longueur, qu'on n'indiquait pas non plus pour ας τ, y. Néron, à Ce que rapporte SUÉTONE (Néron, αὶ 33), disait de Claude après sa mort qu’il avait cesse de « morari inter homines », et il allongeail en même temps Ὁ bref de morari, ce qui faisait penser au grec μωρός « sot » et donnait à sa phrase le sens de « Ila cessé de faire des sottises en ce monde ». On en peut conclure qu'au τον siècle de notre ère les lettrés tout au moins ne coufondaient

pas encore la quantité de l’o et celle de l’w.

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