‹ D'Homère à nos jours; histoire, écriture, prononciation du grec. --Chapitre 49 sur 65 · JOURS · texte numérisé non relu

JOURS

Fig. 36. — Moine crétois.

cord sur la valeur de telle ou telle lettre à telle ou telle époque, car une réunion de gens compétents fixerait sans peine les données de la science à cet égard. Mais on pourra dire, avec quelque raison : « Les auteurs de nos programmes vont d'Homère à Plutarque et la prononciation hellénique s’est notablement transformée durant cette longue période. En outre on doit tenir compte des textes dialectaux; ionien, dorien, attique, avaient, pour une même époque, des prononciations spéciales. Ou bien il faudra se livrer à une étude phonétique minutieuse, peu à sa place dans l’enseignement secondaire et d’une utilité contestable, même pour des candidats à la licence ou à l'agrégation; ou bien on se bornera à une approximation, qui enlèvera à la tentative beaucoup de son intérêt. Et d’ailleurs, quelque soin qu’on y apporte, les résultats obtenus ne seront jamais tels qu'ils fassent

J'en conviens. Cependant il ne s’ensuit pas que nous devions persister dans notre méthode actuelle, pour une seule raison d'habitude, alors qu’elle offre des inconvénients indéniables, aussi bien pratiques que scientifiques.

Pourquoi donner à le le son d'un ὁ. long fermé, quand il est de toute évidence que c'était

| tressaillir d’aise les mânes d’un Thucydide. Peu …

importe que l’on prononce ou non comme les Anciens, pourvu que l’on comprenne leurs écrits. »

ide ou"

un o long ouvert? Notre prononciation française des mots zone, arome, avec ὁ long fermé, n'est vraiment pas suflisante pour que nous voilions aux élèves un fait qui ἃ son importance dans l’histoire de la langue grecque. Quelle utilité y a-t-il à dire dzéta, au lieu de zzéta, ou simplement de zéta? Avec la première de ces prononciations, les phénomènes ’Abñyazs-2s — ᾿ΑθήναΐΞ, συν- ζητῶ -+ συζητῶ restent incompréhensibles. Et combien d'étudiants, par la faute de notre prononciation f — +, se demandent quel mystère grammatical fait que l’/ compte en grec parmi les aspirées! La seule raison qu’on en puisse donner est qu'en 1538 Érasme n’était pas fixé sur ce point. C’est en elfet une erreur d'Érasme qui se perpétue ainsi chez nous à travers les âges.

L'abandon de la deuxième des solutions envisagées plus haut nous mène donc logiquement à la quatrième, car on m'accordera sans doute que nous n'avons aucun motif de garder plus longtemps certaines prononciations uniquement issues de pur empirisme, ou de conceptions erronées, et qui, même au point de vue pratique, peuvent être avantageusement remplacées par d’autres plus exactes. La liste n'en est pas longue :

e — 6 long fermé (fr. chantée, avec é lonp, et non é7;

ω οΟ long ouvert (fr. corps), et non o fermé;

αι — dé, ou tout au moins αἵ, et non AY ;

180 LA PRONONCIATION où — 06, ou tout au moins où, et non οὐ:

Li ui, etnon uy(= uiy comme dans fuyard) ; av — aou, Sinon σύ, et non au comme dans

haut; # ἫΝ so — éou, sinon ὁώ, et non eu comme dans

DeU ; ἢ δ nv — éou, sinon δύ, et non ὁ-τ:

Y— f: suivi d’une aspiration (4), et non ἢ simple ;

9 — p suivi d'une aspiration (ph), et non /;

0 — £ suivi d'une aspiration ({L), et non t

5 re Le>

{ — z, comme en français.

Quant à l’accent tonique, c’est, comme il a été dit page 109, une faute impardonnable que de ne pas le faire sentir.

Assurément, une prononciation grecque, reposant sur ces bases et appliquée à tous les auteurs anciens, n’est qu'un compromis (on ne peut pas échapper à cette critique ; nous l’encourons, même en français, quand nous lisons par exemple un texte du xvi° siècle); mais il est incontestable qu’elle ἃ un caractère plus scientifique que celle dont nous nous servons couramment. Elle ne heurte pas, comme celle-ci, des données phonétiques élémentaires.

LVL "te

Nous avons envisagé jusqu'ici les sons 1solément. Groupés, ils peuvent s'influencer et se combiner, suivant des principes généraux. Nous nous bornerons ici aux phénomènes les plus importants, en insérant dans les remarques quelques considérations de grammaire historique, qui ne peuvent intéresser que des étudiants déjà avancés. On examinera successivement l'assimilation, la dissimilation, la contraction et la crase.

& 1er, — Assimilation.

Un mot comme le français absent cache sous son orthographe historique quatre sons : une voyelle a, une consonne notée ὦ, un s, et la voyelle nasale an, son simple pour lequel notre alphabet n'a pas de signe spécial. Le ὦ, pris isolément, est une sonore (p. 100). L’s étant une sourde (#bid.), il faudrait, si l’on voulait prononcer exactement le groupe bs, faire vibrer les cordes vocales pour ὦ et non pour 5. Qu'on essaie, et on se rendra compte que nos organes sont inaptes à cet exercice compliqué; nous n'y parvenons qu’en

émettant un son vocalique entre le ὦ et l’s, c’està-dire en séparant ces deux consonnes. Si nous les unissons réellement, le ὦ devient sourd, sous l'influence de la sourde 5. Il suffira d’un minime accroissement de la pression labiale, pour que le b se change en p. L’assourdissement du à sous l'influence > l's est un phénomène d’assimilation.

Dans le mot second, le ὁ (— λὴ s’est depuis longtemps changé en 2, parce qu'il se trouvait

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