L'ECHO DU CABINET DE LECTURE PAROISSIAL
moyen, d'assurer aux Français seuls la pêche de la morue, et ainsi de mettre la France à la place de Angleterre. Il en fit la proposition au Roi qui l’agréa et lui accorda quelques vaisseaux pour l’exécution de cette entreprise.
Mais comme il était nécessaire de faire sans retard une irruption sur les terres de la Nouvelle-Angleterre, d'y prendre le fo:t de Pemaquid et de porter les secours demandés à la garnison et à la Colonie de l’Acadie» d’Iberville fut chargé de faire le tout, et, par ses instructions du 28 Mars
596, Sa Majesté lui marque ‘ qu’elle s’en remet à son expérience et à l’affection qu’elle sait qu’il a pour son service.” Les volontés du Roï furent exécutées exactement : l’Acadie fut secourue ; le fort de Pemaquid fut pris par tranchées et rasé jusqu'aux fondements ; les Sauvages qui y étaient retenus prisonniers aux fers furent mis en liberté. Le pitoyable état dans lequel ces Sauvages prisonniers furent trouvés ranhua la haine que leurs compatriotes avaient contre les Anglais, et augmenta leur reconnaissance et leur amitié pour les Français.
De là, le Sieur d’Iberville se rendit à Plaisance, et, pendant l'hiver, prit le fort de Saint-Jean et tous les Etablissements anglais. Il comptait sur les années suivantes pour achever son entreprise, mettre à profit tout le butin qu’il avait fait, et ôter aux Anglais toute espérance de remettre le pied dans cette Ile; mais les ordres qu" reçut au printemps, changèrent ses desseins et la face des affaires à Terreneuve. En effet, le Roi lui envoya quatre vaisseaux, commandés par le Sieur de Sérigny, son frère, avec ordre d’en prendre le commandement et de partir en diligence pour aller reprendre le fort Bourbon, dont les Anglais s'étaient emparé l’année précédente, après avoir fait reconduire en France la garnison et rendre ou payer les castors, pelleteries et tous les effets appartenant aux Français. Ces instructions étaient du 9 Mars 1697 et justifient la confiance que Sa Majesté avait dans le zèle et l’habileté du Sieur d’Iberville.
Aussitôt que celui-ci eut reçu ces ordres, il ne balança pas un instant à les suivre, laissant pour cela l'exécution de son traité pour T'erreneuve etne songeant nullement aux biens considérables qu’il allait perdre. Il donna ordre à ses lieutenants et officiers qui étaient le long de la côte, dans les habitations anglaises, de brûler tous les effets qui avaient été pris sur l’ennemi et qu’on ne pouvait transporter, effets qui valaient plus de deux cent mille écus, et qui, au moyen de la pêche, auraient valu plus du double, et de se rendre à Plaisance. Il prit les meilleurs de ses hommes, tant officiers que autres, et partit avec ses quatre vaisseaux. Après avoir été retenu dans les glaces pendant pendant plus de trente jours, dans le détroit d'Hudson, ayant trouvé une éclaircie à travers ces glaces, il en profita seul, ses autres vaisseaux n’ayant pu le suivre, pour devancer les vaisseaux anglais qu’il savait devoir aller secourir le fort Bourbon, et fit investir le fort. Arrivé à la côte qui porte une lieue par brasse, et apprenant que les vaisseaux an
en nat ag RSR more à
um
para ia =
glais n’y étaient pas, il mit à terre vingt-cinq de ses meilleurs hommes, en lieu éloigné, afin qu’ils pussent surprendre quelqu'un de ce fort. ,
Le lendemain matin, il vit trois navires qui venaient à toutes voiles, Le Sieur d’Iberville ne douta pas que ce fussent les siens qu'il avait laissés embarrassés dans les glaces. Il mit sous voile pour se rendre à la rade, au mouillage nommé le Trou, et les y attendre ; mais, voyant qu’ils ne répondaient pas aux signaux qu'il faisait, il reconnut que c'était les Anglais. et qu’il serait forcé de leur livrer le combat, sans pouvoir l’éviter. Il se prépara donc à l'attaque, et quoiqu'il se fut dégarni de vingtcinq de ses meilleurs hommes, qu’il eût plusieurs malades et que le navire le Pélican qui le portait ne fût que de quarante-six pièces montées ; quoique le plus fort des navires ennemis fût de cinquante-six, le second de trente-six, et le troisième de vingt-quatre pièces, il se saisit du vent et répondit aux cannonades des Anglais qui lui criaient “qu’ils savaient bien qu’il était d'Iberville, qu’ils le tenaient et qu'il fallait bien qu’il se rendit.” Ce combat dura près de trois heures. Voyant que son navire avait plusieurs coups à l’eau, qu’il était désemparé de quantité de manœuvres et qu’il n’était plus possible de résister longtemps au feu qu'ils faisaient, il prit une résolution : ce fut de pointer tous ses canons, qui étaient au vent, à couler à fond ; puis, ayant fait arriver et passer à l'arrière du gros vaisseau anglais, il l’élongea sous le vent vergue à vergue et lui envoya toute cette bordée. Son dessein eut tout le succès qu’il s'en était promis, car ce navire coula sur le champ ; étant alors arrivé sur le second, il le prit, et, aussitôt qu’il l'eût amariné, il donna la chasse au troisième qui gagnait le large à toute voile: Il l'aurait joint et pris ; mais, comme il était obligé d’avoir le côté où étaien, les coups de canon à l’eau sous le vent, et qu’il n’avait pu faire suffisammen aveugler, il fut contraint de l'abandonner, son propre navire s’emplisant d’eau.
Un succès si heureux et si glorieux n’eut pas toutefois le résultat que le Sieur d'Iberville pouvait en attendre. Etant, en effet, revenu vers les vaisseaux capturés, et, au moment où il faisait voile vers la rivière Bourbon» en tenant le large, à cause du gros vent qui commençait à souffler, il fut assailli par une tempête si violente pendant la nuit, que la prise périt corps et biens. Pour échapper au même désastre, il fut contraint de donner à l’estime dans la rivière Bourbon, ce en quoi il fut si heureux qu’il y entra de telle manière qu'il sauva ses hommes et qu’il fut en état de tirer du navire, à marée basse, dans la neige et les vases jusqu’à la ceinture, des vivres, des munitions et tout ce qui était nécessaire pour la conservation de son équipage, et même pour attaquer l'ennemi.
Cependant, le Sieur d'Iberville était dans une inquiétude extrême, ne sachant ce qu'étaient devenus ses trois navires qu'il avait laissés dans les glaces. La Providence l’en tira, en les faisant arriver heureusement. Il eur envoya un canot pour leur apprendre la victoire qu’il avait remporté