D'Inverness à Brighton Notes et sentiments sur les îles Britanniques
Votre honorable position, la dignité et la bienveillance de votre caractère , vos relations fréquentes
avec vies concitoyens , m uni invité à vous confier le patronage d'une ceuvre à laquelle votre nom donne ufie véritable signification.
Vous résumez noblement toutes les pensées sympathiques qui doivent unir, dans l'intérêt de la civilisation , les deux plus grands peuples du module .
Agréez, je vous prie, cet hommage mérité et l'expression de ma parfaite considération.
PU£NIfiRE PARTIE.
t Je n'ai point ta jn . î* nlion d'avoir connu des pciiplt») chez lesquels je u'ai iait que pas&er. Un nionicnl suttlt su peintre de paysage |ieur enyonner on arbre, prendre
une vur, dossiiior une ruine ; mais les anné«>s entières sont trop courtes pour «étudier les mœurs des homme* , et pour approfondir les sciences et les ans. •
DINVËMESS A BRIGUTON.
LES ILES BRIIANNIUUES.
fRÊAMBULE.
« Les Toysfet en pays étranger font durant la prrmière j«Min<isse une partie de l'éducation et daiu mAr uae ^riie de rexpérience. • (Baco?i).
Oa a déjà beaucoup écrit 6ur i'Ânglûtûrrd. La verve des écrivaiDS s^est exercée sur tous le» terne. Noos
îivons vu tour à tour humoristes et excentriques publier leurs opinions. Aussi ne preatlrions-nous pas la plume, si nous n'étions convaincu de cette vérité, qu'ii y aura toujours quelques noumutés à apporter, quelques appréciations récentes à écrire, sur un pays dont l'importance est si étendue. En tout temp3, nous lirons des kistoires de France, des mémoires, des études artie* tiques, littéraires, politiques sur notre patrie; de même on sera bien venu à causer des Ançflais, de leurs mœurs domestiques, commerciales, religieuses, de la nature de
leur sol, du climat des lies Britanniques et de son influenoe sur les habitans, des lois et des usages de cette nation, en apparence si petitOi et pourtant si forte et si répandue à la surface du globe, qu'elle semble Tétreindre de sa toule-pnissance. D'ailleurs, s*il existe des ouvrages fort judicieux sur celte nation, il faut convenir qu'ils sont tous rédigés dans un esprit différent et appropriés aux idées de Tépoque de leur rédaction. Les Français de Louis XIV justiluiiont Jacques II; sous le Régent, on s'accommodait de la philosophie anglaise pour faire servir son caractère libéral à toute tendance, même aux dérèglements des mœurs; sous Louis XY , il se fit un échange assez impartial, au point que les Anglais empruntèrent à nos modes extérieures, lorsqu'une notable partie de la France, le tiers^état particulièrement, tendait à les imiter dans leur vie intime. Sous ta Révolution, comme tout n'allait bien qu en vertu du culte de ia Raison, il n'était question que de la raison des Anglais, et si on les critiquait eur leurs inégalités sociales, on les louait fort do leurs libertés parlementaires. Sous l'Empire, l'opinion fut aussi variée que le furent les affaires du temps. En dehors de raverslon quMnspirèrent Pitt et Cobourg, il se produîMt quelques œuvres pensées avec modération e t écrites avec clarté et exactitude. A la rentrée des Bourbons, on mettait en évidence l'aristocratie anglaise, sa politique, et Ton s'évertuait en même temps à déguiser sa religion. Le jeu ne réussit pas , et l'Angleterre constitutionnelle et protestante reprit son ascendant dans l esprit public européen. Njûtre époque a l'avantage d'élre mdns exelu«sive et d'assigner à la philosophie et à la religion, à la liberté et à 1 autorité, la \^rilable part qui leur revient dans Tadministration des choses de ce monde. Aiyour* d*hui les publicatiQns.eoAcernant l'Angleterre sont în-
nombrablds, chaean le sait, sans compier les revues el les articles de journaux qui traflent sans cesse de ce
pays, de ses mœurs, de son industrie gif^antesque.
Notre but n'a jamais été d enseigoer beaucoup , mais de rappeler an peu nos concitoyens au sonyenir d'un grand peuple, avec lequel Hs ont tant de rapports, ne serait-ce que ceux du vuisinacre. Le voyage dont je publie la relation, n'est pas absolument nouveau ; il a été effectué dans la belle saison de 4 $46, et six années se sont écoulées depnis cette époque, le ne doute pns que certains changements ne se soieut opéréb dans un pays où le mouvement perpétuel semble être la raison normale de rexistence et de toute espèce d'organisation sociale* Dans les grandes yilles , je découvrirais aujourd'hui, si je revenais sur le sol britannique, des rues, des places, des maisons, des boutiques d'une création toute récente, je serais ftrappé de roriginalité de certaines modes, soit dans la nourriture, soit dans le vêtement; je serais obligé de me plier à des lois et a des usaçrcs qui marquent la rapidité de l'esprit réformateur d'un peuple progressif; je constaterai^desaug-^ mentations on des diminutions dans le prix de quelques services ou bien dans celui des denrées; mais aussi, m'accordera-t-on qu a des nuances près, Tesprit, le caractère, le sentiment moral et politique de TAngle* terre, pays de tradition , n'est pas asses modifié, pour qu'un écrivain contemporain trompe le lecteur en le ramenant en arrière et en donnant au récit une marge de quelques années.
Fidèle à mon babitude, je rapportai des notes que j'ai transcrites à mon retour sur Talbum. Ces premières notes n ont que le mérite d'une exactitude impartiale et elles ont l'inconvénient de présenter un cnt»cmble décousu dans la forme et insipide au fond ; elles man->
qucnt de liaison et composent un édifice sans i?rûce, sang harmonie, dépourvu da transitions, hérissé de noms propres ou de chiffires qui jurent entr'eux. Des notes seules, d'ailleurs, ne sufflisent plus pour intéresser surtout à propos d'un sujet tant exploré, tant reproduit, et Je ne crois pas qu'on puisse mieux fan e qu'on alliant à ia séelieresse obligée d'une ^te, l'étude sentie des mœurs et des caractères; de cette manière, le canevas reste le mùiiie et la broderie prend le tour et la grAce que l'auteur sait lui donner. Le travail que je présente en ce moment n'est donc, qu'une a<Vonction à un premier travail; c'est le complément d'une demi-besogne, une boconde soininc à joindre à uu total partiel et io tout ensemJ)le, ce tout compose mon opuscMie, précis destiné aux hommes jeunes surtout, qui ne craignent pas les fatigues d'un déplacement pour apprendre les éléments d une langue utile, la géographie, l'art et la politique d'une nation voisine de la France.
La pureté du ccror et du lanj^e de Fénéion est aujourd'hui méconnue, le secret du oc^oris de Château^ briand est perdu, les folies de Sterne effraient les partisans de l'ordre social, le discernement de M»« de Staël ne se retrouve plus, l'esprit et le jugement du baron de Stendalh sont au repos, l'humeur rapide de Dumas sommeille, Miss Martineau cherche, Marmier voyage et J. Ampère est do retour, serait-ce le moment pour les Êiibles, les pauvres d'esprit?
Le but avoué de ce précis n'est pas plus une question d'amour-propre qu'une affaire de spéculation; il doit tencre à dire plus et moins que les guides dont se servent les voyageurs : plus en ce sens que ce travail est critique, et semé de jugements et d'opinions qui ne rentrent pas dans le cadre méthodique , dans la simple narration démonstrative des guides; moins, parce qu'il ne m'a pas
été donné de pat'counr tous lo8 points des Trois-lioyaa* mes et que le lecteur doit se contenter de ce qu'il troaveet ne pas ambitionner tout ce qu'il cherche. Puisse ce dernier puiser dans l'enîieniblo du travail, et les détails qu'il demande et une opinion générale sur resprit public assez juste, assez bien définie pour le satisfaire et l'instruire. Je sais bien qu'en ce temps de recherche et d'investigations positives , on demande de longs détails statistiques, économiques, sur les forces de terre et de mer, sur rinflnence des religions d'état et des socles libres, sur la pj'oduclioii commerciale, industnelie et agricole, sur les modes de subsistances et les accroissements de population, ie n'ai presque rien écrit de toutes ces msjeures questions et je les ai abandonnées aux ouvrages spéeiaux. Je lu répète^ j'ai teflîi à rappeler la France au souvenir de l'Angleterre , à ro-* mercier celle-ci de son hospitalité et à instruire les personnes qui ont, sinon des connaissances déjà acqui» ses, du moins un godt, uni tendance prononcée vers les choses et les hommes des lies i^ritanniques. Quant aux raisons déterminantes de cette publicaUon , il n'en est pas de vraiment sérieuses. Mon œuvre est tonte de (àn-** taisie, c'est un pur caprice; elle serait, tout au plus, une lettre de reconnaissance adressée aux charmes que m'avaient inspirés les merveilles de la nature et le commerce des hommes dans les Trois-Royaumes , les relations amicales , hospitalières que j'ai contractées avec des Anglais tant en France qu'en Angleterre.
Je puis assurer que je n'ai jamais été prévenu contre aucun peupledu (Uoble. L'Europe m'est connue en presque totalité et je serais embarrasse de formuler un sentiment de h^iûô quelconque contre une nation où j'ai été admis en étranger. Mon enthousiasme de pérégrination ne me laisse entrevoir que le côté heureux d'un
peupte civilisé; je blâmerai vivemenl, je louerai encore plus fort) ma critique sera plus exaltée à l'endroit do
bien qu'à celui du mal. Kn ce sens, je tiens jiour judicieuse i opinion suivante d'un académicien français revenant naguères de Londres et tenant à peu près ce langage : « Les gens qui visitent pour la première fois un pays étranger n'y sont Irappés tout d'abord que do deux sortes de choses, ou des différences qui leur semblent à l'avantage de leur nation , ou de celles qu'ils croient à Tavantage de ce pays. Le voyageur qui donne raison au pays étranger contre le sien, môme quand le sien a tort, est d'une espèce rare, et générale* ment ce n'est pas en France qu'on le trouve.» Quel embarras n'ai-je pas éprouvé quand il m'a fallu répondre à cette question, lequel des pays traversés, m'avait le plus séduit. Mon embarra&a été tel quej ai adopté cette maxime avec passion, que tous les coins du Globle présentaient un intérêt égal malgré ses phases diverses, c'est-àdire que la somme de l'intérêt reste la même, bien qu'elle s'applique à une nature infiniment variée. Gomme bonmie, comme foible créature reconnaissant la toute-puissance de Dieu, ou soit comme simple naturaliste en tournée , je prise autant un désert africain qu un lac de la Suisse, bien que la vie s'écoule avec plus de suavité en Suisse , qu'au milieu des brûlants sables du Sahara. Mettant de côté ce qu'on est convenu de nommer le confortable , il est irrécusable que l'Univers est digne d'admiration dans toutes ses parties. J'attribuerai donc au mérite de la nouveauté, l'enthousiasme qui a toujours accompagné mes visites a i étranger. L'esprit, le plus noble attribut de l'homme, ressemble eu ce poinl à rostomac, ilrccherche la variété des objets et parait se complaire plus dans leurs modes que dans leurs vertus. Que si je m'attachais plus s]>écialement à mes instincts , io n'bésitc-
rais pas à marquer pour l'Angleterre une préférence justifiée, ce me semble, par une somme de qualités plus
grande que partout ailleurs, en admettant môme que plusieurs des avantages apparents de cette nation civilisée puissent passer un jour pour des plaies sociales.
Lorsque je visitai cette contrée, j'étais déjà préparé aux manières d'un touriste, j'avais employé Tannée précédente à l'exploration do îa Belgique, de la Hollande et de rAIlemagne du Rhin, j'avais pris un goût immodéré de l'étranger, et comme l'appétit s'accrott, dil-on, en lui donnant satisfkctîon Jè résolus une nouvelle campagne hors de France. Ma détermination pour l'Angleterre fut surtout motivée à cause des rapports fréquents^ que j'avais à Paris avec quelques familles anglaises pour lesquelles j'ai conservé une solide amitié. Je m'occupai donc sérieusement pendnnt une année consécutive dd mon expédition outre-Manche, je fis provision de cartes géograplH4pies,j'aimeiafinimMt les cartes, je me nourris de la lecture de quelques livres de littératnre, de politique , de caractères domestiques, je me perfectionnai dans la langue au point de la parler passablement , et enfia muni de mon Imgage spirituel et temporel , je pri» mon essor.