DÉFAIT
« Les Voyages sont utiles pour frotter et limer uoire cervelle contre celle dee tuiree • { VomieiiB ).
Parmi les circoDstances qui ont le plus favorisé cette excursion, il me faut mentionner les avantages sans
nombre que procure la société d'un ami. Marius liarn. . est un ancien camarade de collège avec lequel je n'ai cessé de continuer les rapports les plus bienveillants , et j'ai d'autant plus gagné à sa fréquentation, que j'ai trouvé en lui et les joies du cœur et les trésors de la science. B. fut, de bonne heure, ce qu'on appelle un bon écolier, laborieux , intelligent, d'une opiniâtre assiduité au tra-» vail, et il ne tarda pas à récolter le fruit qu'il avait semé. Passionné pour Tétude, il mit une ardeur extrême dans tout ce qu'il entreprit. D'abord il prouva une mémoire et un jugement très-rares, en excellant dans les travaux historiques ; puis, son esprit devint observateur et il reporta toute sa prédilection sur la nature : il s'adonna à la physiffue, a la géologie et se décida fermement, comme par vocation, pour la botanique. On cite peu d'bommes aussi jeunes par Tàge ayant autant de connaissances sur cette branche des sciences naturelles, et les brillants 'mémoires qu'il a publiés sur i embryogénie et autres
parties essentielles de la botanique tàmoigoent du mé* rite que je lui accerde. Le compagnonage de B. fui
d une valeur inestimable, en eo seii^ qu ii i'ul la cause de viiiiieî» eiiipressoéâ à iouâ les jardins des îles Britanniques, ainsi qu'à leurs directeurs. Le crédit dont jouit rétude botanique dans le pays outre-Manche est pro-> portiouné aux agréments que valent de boaiies relaUuns avec les savaAts.
Comme l'on voii« nous étions deux jeunes hommes, pourvus des conditions essentielles au voyage. La santé et Tenthousiasme ne nous fesaient point défaut ; la fortune nous permettait toutes les.dépenses qui n'excèdent pas Tagréaible et l'utile. Chacun de nous avait procédé au travail préparatoire qui peut initier le voyageur aux mœurs et aux caractères généraux du pays qu'il se pro-» posedeparoouriret une qualité commune nous unissait, Tinstinot de robservation. On natt voyageuv comme on naît puuLc. Jo gage que leu TopiTor, de si aimable mémoire, n'eût point contredit la maxime et qu li m'eût accordé ceci encore : que le voyageur iqteUigenti un peu sentimental , passionné pour la réalisation de ses projets investigateurs, doit posséder, au suprême degré, une seconde vue qui gît plus dans la jugement que dans les deux yeux. Cette faculté mentale que jepréconisa) cette sorte de vertu qpe j'appellerais volontiers la com^ ■parabilité, si le mot était admis par l'Académie, est fort rare dans le genre humain, et re.spèce française n'en e$t pas suffisamment pourvue. Les Français^ dit*on, ne quittent pas volontiers leur pays, parce qu'ils sont la gent médiocre par excellence et qu'il faut à l'homme qui émigredegrandes richesses ou bien absence complète de fortune. Tout ceci me semble une exonération. La moyenne propriété suffirait encore aux Français, si leur éducation tendait à leur inspirer le goût des nouveautés ,
des recherches. Le touriste intelligent doit tenir pour assurées les connaissances suivantes : histoire, beauxarts, sciences naturelles, morales et poliLiqucs. « Voyager, dit Alexandre Dumas , c est vivre dans toute la plénitude du mot; c'est oublier le passé et Tavenir pour le présent; c'est respirer à pleine poitrine, jouir de tout, s'emparer de la création comme d'une chose qui est sienne; c'est chercher dans la terre des mines d or que nul n'a fouillées^ dans Tair des merveilles que personne n'a vues; c'est passer après la foule et ramasser sous rherbo les perles et les diamants qu elle a pris , ignorante et insoucieuse qu'elle est pour des flocons de neige ou des gouttes de rosée 1 » Voyager, selon moi , c'est cultiver la plus innocente des passions, c'est poursuivre la plus variée de toutes les récréations de l'esprit, et eûl-on parcouru tous les points du globe qu'on n'atteindrait jamais la fin, le terme de sa oourse , parce que le monde n'est immuable que par le volume , et qu'il se modifie sans cesse et peut offrir, à l'œil ravi, un spectacle éternellement nouveau. Si l'on admet la justesse de la comparaison de la vie avec le voyage, on no peut contester la comparaison réciproque.
Un matin donc , au début de l'été, nous laissions Ta bonne France , pleins de cette ardeur juvénile qui aide l'imagination et semble montrer les objets à travers le prisme le plus séduisant. Le premier convoi nous mena en quatre heures de Paris à Rouen. Quatre heures pour aller à Rouen I c'est désespérant; tout se fait lentement ici, tout va si vite chez nos voisins d'outre-Mancho. A Rouen il pleuvait légèrement ; je n'ai jamais vu Rouen qu'à travers une brume nuageuse, et je me figure alors qu'il doit y pleuvoir les trois cent soixante-cinq jours de l'année, lime souvient d'un certain monsieur â moustaches, à pantalons gris, petits carreaux, à guêtre»
Doires, portant ses allumettes chimiques dans une botte de fer blanc , nouveau procédé , achetant aux stations
tous les journaux qu'Oïl nous présentait, y couipiisl7/^t«tration. Ce monsieur me semblait aliégoriquementie type parlait du voyageur en rall-way, parce qu'il y a des types de voyageur en malle-poste , en chaise, en diligence, à pied et à cheval. C'était un vrai normand, un de ces normands de Houen qui ont une face française et l'autre anglaise, gens habitués à Fhumide, amoureux des petites commodités inventées par leurs voisins, ces vieux ennemis du nioyen-ûge à la barbe rouge et à la voix sèche et criarde. Mon monsieur connaissait Londres et sa conversation m'intéressait beaucoup ; il me vantait les parapluies à trois francs, sur l'existence desquels je doutais avec raison , car je n'en vis oncques nulle part. De Rouen à DieiHpe, le trajet se fit sur Timpériale de la voiture qui fesait ce service avant l'ouvm*-
turc de la voie de fer; nous prîmes sur rimpcrialo ou banquette un avant-goût de ïoutside anglais. JSous contemplions à notre aise les charmants villages, les massifs d'arbres touffiis et gigantesques, de la Normandie, puis, en approchant do l'Océan, les plateaux si riches ' en céréales; enfin nous descendions sur notre droite^ dans un bas-lond , dans un trou et là c'était Dieppe. Cette ville jouit en France et surtout à Paris d'une certaine coiisidérotion dont j'ai cherché le motif, et le secret de cette énigme ne m'a point été révélé. Ses rues sont généralement sales comme celles de toutes nos petites villes ; son port présente assez de sûreté aux navires, mais je ne puis le souffrir, j'abhorre trop les bassins de l'Océan qui, pendant une bonne portion de la journée, abandonnent aux regards les carènes de leurs bâtiments inclinés et semblent appeler l'eau à grands cri$ pour rétablir 1 équilibre. Je ne comprends que
les ports établis à Tembouchure des fleuves , camme
Bordeaux, Londres, Rotterdam ou bien les ports formés par des anses naturelles sur des mers où la marée est insensible, comme TouioD, Gènes, Venise. Le port de Dieppe m'affligeait d'autant plus que je le comparai par prévision à ses voisins d 'outre-Manche, si animés par le commerce, regorgeant de marchandises. J'eus plus tard l'occasion de vérifier la justesse de mes pressentiments, et la marine marchande française m'apparut sous des couleurs d'autant plus sombres que Tan* glaise me semblait prospère , bien protégée, remplie de vitalité. — L'établissement de bains à Dieppe date de la Restauration , et comme il a été fréquenté par quelques princesses de ce temps-là , il est devenu le rende vous de l'élite du parti bourbonnien. 0 politique, ô esprit de parti, où vas-tu te baigner !
Le lendemain de notre arrivée ici était un dimanche, et coimme les steamers anglais ne partent pas le jour du Seigneur, il nous vint Tidée d'une excursion à la viile d'Eu et au Tréport.
Les Dieppois n'ont qu'une promenade hors la ville nommée le Cours Bourbon. C'est une vraie promenade pastorale, un canal d un côté et de Vautre un pré vert où paissent des vaches. Sur ce canal, Tété, un batelier vous conduit moyennant une faible redevance Jusques à Arques. Nous renonçâmes k cette partie, ne pouvant disposer d*un long temps, en proie aux regrets do n'avoir pas visité le champ de bataille où se couvrirent de gloire le bon roi Henri et son panache blanc. Les choses de ce monde sont si bizarres que la lecture d'un journal du pays, la Vigie ^ charmait nos moments de repos et nous délassait beaucoup, à cause de l'hilarité qu excitait le sort de deux infortunés candidats à la députation. En ce lemps*lft les élections devaient avoir lieu ; aussi, tout
eo ckeminuit pour la viUe d'£«, Aes honoraàiies Aireni mis bien souvent sur le tepis. La route qui conduit
à l'i ville (i lùi ( car on dit l;i ville d'Eu ot non pas Eu tout coui'l, pour éviter probablement ccrluin quifiroquo, auquel un anâen député, intime de Louis- Philippe, avait donné une vogue de salon, dans une chanson sur le maire do cette petite ville ) , la route traverse le magniiique plateau de ia haute Normandie , presque entièreaeit livré à ia oultore des eéréaies^ La ville d'Eu est séduisante, oeqneite; rhôtel du Cygne est bien tenu ; nous y déjeunûmes délicatement en compagnie de deux artistes de belle mine. Nos Vcronèses étaient employés à la déooratlon du château que le roi et ia duchesse d'Orléans aflèctionnajent particulière-» ment. La restauration a été ordonnée avec goût et le cliAieau d'Eu est dans son genre, une des plus gracieuses habitations de la France. L.es nouvelles salles sont les unes .dédié» aux fastes militaires de rEmpurOf les autres à l'entrevue de la reine Victoria, paraphrase bourfrcoisc du camp dn Drap d'or. Les salles du premier étage sont comblées de portrait^i de la maison d'Orléans; très-peu sont des psintuies remarqualiles. i'ai distingué quelques petits flamands d'un joli genre, suspects eependant par 1 authenticité. Le duc de Kent, grand ami du feu roi, eu habit rouge et en culoUe jaune, est peint de toute taille et à la mode anglaise; Au ret de chaus^ sée , à gauche, on est frappé à la vue d'une toile oë le roi est représenté, eiiLourc de ses fds posant dans l'admii*ation du père, ce qui ne hlesse que la modestie; un peu plus loin, le gardien nous donne le spectacle de la Ihmeuse princesse indonse Begunir-Sumro qui famé sa pipe, et tout à côté se trouve le portrait de 1 lioi ribh; princesse do Tyrol. Celle-ci est une vraie Ghauvc-6ûun&, quand le comte de Paris n'était pas sage, sa honne de-
vaîl le punir on lui montrant la princesse de Tyrol. Le jardin esl délicieux. Le parc et la longue pièce d'eau soDi dignes da château. Le roi avait eu Tlieureuse idée de faire creuser un canal du Ghftlaau au Tréport, de sorte que les navires remonieul ce canal et ornent singulièreu^eui le paysage. Ou va au Tréport dans de petits omnibus ) modèles de légèreté et d'élégance. Le Tréport est tristo comme tout ce qui existe 'sur cette côte crayeuse où les falaises sont trcs-élevées et du blanc le plus pur, composées d'une couche de craie et d'une autre couche de silex arrondis en forme de cailloux. Aspect monotone et lamentable qui plonge rhomme d'imagination dans les plus sombres rêveries, entre l'admiration et la terreur! La vue de TOcéan majestueux et terrible m'avait ainsi absorbé, lorsque les cloches de la cathédrale du Tréport, lancées à pleine volée, me rappelèrent a d'autres sentiments et m'engagèrent à accomplir le pèlerinage de la colline sacrée , sur laquelle est bâtie la petite église gothique que je trouvai asses simple , peu remarquable, si non par les clefs de la voûte de la nef centrale. I^e bon peuple sortait de l'office et c'était un coup d'œil ravissant, que ce monde de pécheurs endimanchés, se répandant par groupes et gagnant les petits sentiers qui mènent à leurs demeures.
Le soir du môme jour, nous revenions à Dieppe et le lundi, à trois heui^ès du matin, nous prenions place sur le Menai et nous nous dirigions vers les côtes d'Albion par un temps calme, un peubrumeux , légèrement teinté de gris, que Bonington, le peintre spécial des Marines de la Manche, a quelquefois si heureusement imité.
Notre paquebot ressemblait à tous les bateaux qui font le service des traversées, propre, bien emménagé, sans luxe, divisé en deux compartiments , premières et sccuades places. Cette division explique do suite le ca-
ractère des Anglais el signifie riebe et pauvre, arlsiocraie et pevple , capitaliste et travailleur. Cette division
eu first et second cabin ou caUn et steerage n'est pas usitée en France, et je coauaîs tel paquebot de la Méditerranée où les voyagèurs sont répartis en quatreeatégones, avec des prix diflërents et des cooditionedifléfentes de eonfor» table, le loul expliqué subtilement, gravé en grosses lettres sur le pont du bateau. Ou serait très^embarrassé de donner la {ûréférenoe à an système sur rautre, chaque peuple ayant agi d'après ses instincts et ses propres Ijosoins. PoLirtanL en méprenant pour juge du litige, j'opterais pour le mode plus simple des Anglais, par la raison que la multiptieité des eompartîmeats n'éeonofnise point la place si restreinte à bord des navires, et que ThoDH me médiocre en foi tune, aimera mieux le sacrifice de quelques deniers pour manger et dormir convenablement, que le sacrifice de son estomac et de son som^» meil. Tout ceci s'applique naturellement aux navires des traversées de quelques heures; quant à ceux qui servent aux voyages de long cours, au service des Indes-Orientales ou des Indes-Occidentales, je ne suis pas juge compétent ; j'ai toutefois entendu répéter à des IxjurLreois anglais que ces voyages étaient très-coûteux et que la division intérieure de ces bateaux était fautive en ce sens que les premik^ places étaient royalement décorées, disposées avec un luxe ruinenx, et que les secondes n étaient pas acceptables, ce qui signifie bien ici que la bourgeoisie anglaise presque toujours plus riche que la nôtre, souffre encore de cette distûiotien un peu brutale en deux sections des passagers à bord. Je n'approuve donc le système anglais que pour une navigation de quelques heures. Ainsi, de Dieppe à Brighton, sa durée est de six à sept heures envii^ et se paie une livre sterling, a paund eoeh^ e'estrà-dire,
viogl-cinq irancs de notre monauie, à iaqueile somme il faut gosier le sheUin^if usage , que chaque passager est tenu de donner comme gratification au garçon ou poiu'voyuur {steward). Celui-ci vous rend peu on point de services et cela s'explique évidcmmeatpar une traversée de jour avec une boime mer* La traversée estelie pénible et de nuit, le pourvoyetir vous offlrira une lasse de thé ou do calé, et son fils ou son agent , son boy ou boot's^ cirera vos bottes le matin, attendu qu'il qu'il est du meilleur ton de ronfler quelques heurea dans une couchette, et de n'apparattre sur le pont en tenue décente, qu'au niomenL uu l'on approche des côtes. Le français seul qui craint la mer comme ie premier venu et qui a la boohommle de ne pas dissimuler son mal, errera sur le pont comme wie dme en peine, se livrera à des considéra Lions à perte de vue, embarrassera la manœuvre, et finira par s attirer les malédictions des gentlemen dormeurs en battant la mesure avec sa canne sur le pont.
Je ne crois pas les anglais plus malins , plus habiles que les français; mais je leur rendrai cette justice qu'étant plus observateurs et sagement réservés , ils se copient mutuellement, et touten se bornant à se reproduire les uns les autres dans leurs allures génériques , nationales, ils perfectionnent sans éducation préliminaire, ce que nous serions obligés d'apprendre dans les livres de civilité et desavoir vivre, moyen infaillible pour être Ignorant ou peu naturel dans rapplication de ses connaissances
ie fne me souviens pas exactement du personnel de noirç bateau, et il me semble qu'il n'avait rien de bien saisissant pour un observateur pointifleux. Blard , le
peintre des prros rires, le piquant auteur de lii tt :iv«M*séc du liavre à Uonllcui*, n'en eût pas tiré le moindre parti.
Aufiâi, laebarflerai^jôà citor unarUsanfirançaisetsafeoime qui avaieAl craint la mn et fiiUda vilaifiesgrlnaces à
ce propos; le mari étaitcelui qui avait battu la mesure avec tant iUi véhémence que les passagers de Tentrepont l'avâieat voué à tous tes diaUaa «4 aYaient juré sur Dieu, ce qui est pis encore et atteste de la part d'oi anglais le pias profond ressentiment. Je me souviens des pénibles réflexions que m'avait inspirées ce coupl(! infortuné, émigrant de Paris, la grand'ville , où il s'était ruiné, pour tenter la fortune à Londres, dans la seconde fiabylone du monde moderne: il ne manquait qu'un enfant à ce tableau pour le compléter et le charger de couleurs soflubres. La progéniture est tellemeal une charge de la nlfièrei qu'elle semble en être un des emblèmes les plus émouvants et les plus pathétiques. La meAdiaote typique B*a-t-eUe pas toujours l'enfaiiL pendu au sein? Je fu.s aussi frappé à la vue d'un jeune lils d'Aibioa qui rentrait dans Ba patrie, dans ses foyers, Aome , mot expressif dont on nesaurait posséder le sens vraisansavoirde la lanipie anglaise, une coniiaisbaiicc l'dairtM.', <jh iiu)logique, historique et morale. Ce jeune homme était remarquablement beau , en tout pareil à l'ApoUon et mâeux k Vkûtà^ Bofts, excepté d'une taille inférieure à l'antique, d'une taille au-dessus do la moyenne civilisée. Je l'admifais long-temps et je réliéchissais que la Grande-Bretagne devait en bonne mère s'enorgueillir de ses enfants, slls avaient tous une teUe somme de qualités physiques, lorsqu'il me vint ù l'idée que tous les anglais de ma connaissance n'étaient point moulés sur l'antique et lorsque le «tetoardm'apparutpour mendier son obole avec ses cbeveuxrouges, son nez éoourté, ses yeuxcavesei gris. Talleétaitensubstancela tournure du personnel duiftffwit\ ccjour là :je ne m'arrêtai pasà considérer quehiucs autres passagers, aux façons vulgaires et prosaïques, et je me
tais sur le compte du capitaine , individu sans orlgina-» Uté, je ne lai notai pas un signe particulier. Un moment avant d'aborder, peut-être une heure ,
peut-être deux heures, nous reconnûmes les côLob, les dunes du comté de Kent. La pointe de Beactiy Head , s'offrit la première à nos avides regards, puis ce fut le tour de Newhaven et enfin Timmense Pter de Brighton. Pter, vieille expression normand-bretonne corrompue du français i^iem, signilie communément quai d'embarquement, jetée, et dans certains cas brise-iàme. Cet ou* vrageîmportant suria mer^formédeboiset defercombiné élaiL devenu une nécessité pour protéger la navigation devant Topulente ville de Brighton qui n'a pas le moindre abri, parce qu'elle est assez élevée au-<lessus de l'Océan et lui ftiit façade sans rade et sans port naturel. La jetée garantit surtout les steamers, les bâtiments à voiles débarquant dans le voisinage à Newhaven ou à Shoreham. Nous touchons au port.
Alorsle capitainesuriepont, s'adressantaumécaniden,
prononce le classique Ease her « Arrétez-la » , ce qui prouve que la langue anglaise pour avoir moins de bizarreries que la nôtre n'en est pas totalement exempte, puisqu'elle veut le genre féminin pour le mot vaisseau, navire. Je renvoie surtout cet avis, à un certain anglais qui me taquinait un jour à Paris, sur la sottise de nos académiciens qui avaient dédaigné le genre neutre, citant pourexemple decette prétendue sottise, les inconséquences de genre auxquelles ils s'étalent exposés,en en fesant varier la nature dans un espnco aussi court que le bras : line pouvaitsupporter les changements do genre de l'article dans la main, le bras, un ongle, une épaule. Au XYI"* siècle, nous disions encore la nef, la navire; les Anglais si conservateurs des traditions, auraient-ils maintenu le gem*6 léminin au môme mot, par imitation de notre vieux langage ? je ne sais et il importe peu.