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munément le clos , entourée en partie de vieux murs, sous lesquels on passe par uoe ou deux porte» oréaelëes. Ce mode d'architecture nous est inconnu en France et me semble particulier aux constructions aDglo-saxon*nés. Extérieurement, la basilique est imposante par sa masse , par sa grosse tour du centre et par ses tours occidentales, car elle est conforme au vieux rite enfesant face à l'Orient. Elle m'a paru présenter de Tanalogie avec Westinin-sler de Londres, pour son oidunnance du moins et i époque de sou origine. L'intérieur, à part la restauration dirigée après Tincendie de 4829 par Sir R. Smirke, date du moyen-<^âge et procède de la maturité de Tari ^uLhiquc, de son apoL>i;e pour le style , au moment où ii est a la fois le plus pur et le plus orné (1227- ^294).ljes vitraux, les monuments funèbres, le jubé excitent Tadmiration des connaisseurs , et prouvent encore aux simples passants que rAngletenc est Hère de ses antiquités et qu'elle honore la tradition en mainlenaat sains et saufs, les vieux débris de sa nationalité.
York rappelle assez bien notre ville d'Âvîgnon, par l'irrégularité de ses rues et son mur d'enceinte crénelé. Les villes du moyen-âge avaient généralement un mur d'enceinte crénelé, mais on prétend que les villes dontto nom finit en es^r , comme Chester, Glocester, Ghicfaes*ter, étaient spécialement entourées de murailles, et plusieurs d'entr'elles les conservent encore. La porte du Sud, Bootham gâte, je crois, est ornée de ^ulptures et de petites statuettes qui donnent une idée du boa vieux temps. C'est par là que l'on va au magnifiqtte champ de course, vaste prairie où je me plaidais quelquefois à voir manœuvrer un régiment de cavaliers rouges bien équipés et montés sur de Ans chevaux; ou bien, j'assistais aux exercices de l'arc (iMm), et un jour entr'autres à un meoling où se reudircut les archers des Trois-Royaumes.
En sorianl d'York, après une campagne bien cultivée,
après les a 5 pâturages du Durbam,oii les vaches malgré leur réputation fondée , m'ont paru ne pas différer beaocoap des races que j'ai remarquées dans les autres comtés , après la diarmanie station de Darlington od j'ai bu un verre de ginger-beer, saos le payer, faute de temps, à partir du temple grec érigé sur la droite de la rouie, pour perpétuer le souvenir d'un Waterloo quelconque, jusqu'à la fVontiùro d'Ecosse, c'est le pays des cyclopes et descyclopcs muets. A chaque pas, ce sont des puits de lumilie , ou bien des fourneaux qui brûlent la houille pour la convertir en coke.Ces fourneaux projettent au loin la lumière de leurs feux, et la nuit ils illuminent la campagne qui parati ravagée par rincendie« Bu haut de la terrasse du feubourg Gateshead on distingue sur l'antre rive de la Tyne dont on est séparé par un pont de pierre de neuf arches, la sombre et monumentale Newcastle, si justement surnommée la capitale du charbon. Si ce n'était l'humidité de l'atraosphèro et la fumée du (Carbon qui assombrissent Fair, au point que rhiver on n'y voit pas quelquefois en plein midi el que réclairage des rues dure nuit et jour , Newcastle serait un des séjours les plus beaux et les plus agréables. Comme chacun sait, le principal commerce de Newcastle est le charbon que l'on extrait des houillères des
environs, et le mouvement de ce port si riche et si animé est produit en grande partie par les vaisseaux charbonniers qui vont exporter sur différents point de TAngleterre et du continent , ces masses de charbon de qualité supérieure qui valent tant de millions. Notez que le gouvernement dont le génie politique est prévoyant , a ordonné que la houille ne pourrait être transportée que par mer à Londres et sur tout le littoral. De cette manière , la marine a une industrie de plus \ la marine
trouve un moyen de richesse et l'état aecroUle nombre de ses marins.
On aurait tort cependant de se figurer une ville sale , parce qu'elle est enfumée et noircie , ou bien délabrée, parce qu'elle est le centre d'une grande industrie qui exige une agglomération d'ouvriers. Loin de là , Newcastle, presque toutconstruitcn pierres, a la juste prétention d'avoir des rues et des hôtels qui défient en grandeur eeux de Londres et de Paris. GreyStreet^ par exemple, qui s'étend de la rivière jusqu'au haut de la ville , terminée par une colonne surmontée de la statue du noble comte Grey, est tout un chef-d'œuvre d'architecture urbaine. Son style varie selon les maisons et les palais qui la bordent ; mais cette variété charme les yeux. En général , la colonnade domine et la sévérité du genre favorise la perspective. Là , se trouvent les cercles ^ les hôtels, les palais publics , des boutiques luxuriantes , les^mptoirs et la demeure des nahahs du charbon. Que de réflexions m'a inspirées cette grandeur monumentale! Pourquoi l'Angleterre qui , ditHDn , a mauvais goût et néglige les beaux-arts , parce qu'elle ne les comprend pas, m'offlre-treile un spectacle si grandiose ? Est-ce la contact delà France? Est-cele rapprochement del'Italief
Mais non. Plusieurs journées de marclic séparent Newcastlede ces contrées où le goût est, dit-on, natif, inhérent. Seraitrce une colonie d'artistes , de nouveaux Bramante, Pisano, Palladio, qui aurait fondé la nouvelle ville? Mais non. Ce sont des négociants de charbon. Sont-ce des ouvriers étrangers soldés par l'or anglais pour apporter le beau et l'ornement là où les ouvriers ^ anglais n*auraient su appliquer que le simple et l'utile ? Non encore. Les noms de ces maçons académiciens sont d'essoDce britannique. Peut-être ces œuvres datent , comme celles del lialie, des siècles où l'art florissait
6t dominait lontos les préoccufiations de l'esprit hamaiof
Un siècle à peine s'est écoulé depuis la fondation do ces merveilles. Donc, il y a , chez les Anglais, un sentiment quelcon(iiie du goût, et cette application contemporaine de Part prouve à quel degré dminent s*élève leur
civilisation.
Après avoir convenablement dîné à un hôtel aristocratique de Grey-Street, nous procédons, comme d'habitude , à rinspection des monuments historiques de la cité. Le château n'est plus qu'une tour quadrangulaire au centre de la ville et devient plus que jamais indigne de Tappellation de New-Gasile , Ghftteau-Neuf ; il n'est pas plus neuf que nouveau, puisqu'il date de Guillaume et c'est avec une foi aveugle qu'il faut accepter la vraie prison où a été retenu Charles I«, quelques vieux meubles de ce monarque , ainsi que de Tinfortunée reine Mary. La physionomie du château indique seulement la proximité de TEcosse. Â la cathédrale Saint-Nicoia» qui rappelle encore Saint-Gilles d'Edimbourg, surtout par son clocher impérial , nous avons été assez heureux pour assister à une cérémonie municipale qui ne doit se renouveler qu'à de rares intervalles. A juger de la fôte par l'afflucncc du peuple, hommes , femmes et beaucoup d'enfants , par le zèle des policemen , qui écartaient les plus empressés et ne ménageaient pas les récalcitrants de leur bâton, enfin par le riche apparat des emblèmes et des costumes, il ne s'agissait pas d'une bagatelle, d'une simple parade. Je crus comprendre qu'on venait de consacrer religieusement un nouveau shérif. Quel que fui le motif de cette allégresse, nous vîmes sortir de la grand'porte de 1 église un personnage comme un grand juge (recorderj^ un maire et des aldermen, un shérif en robe écarlate , accompagnés de jeunes pages vêtus de justaucorps et coiffés de toques en velours bleu, dé-
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eoupés i la mode du XYI* siècle; puis venaient un parleépée , un massier aveo sa massa, oouveri d'une robe
arménienne et d'un grotesque bonnet fourré. Les cloches sonnaient à pleine volée , le tumulte était à son comble, et dès que ces autorités partirent dans leurs équipages somptueux , attelés de deux , quatre ou six cheyaux , selon leurs rangs et leurs qualités , l'ordre se fit. Je n'oublierai jamais, dans la patrie de Grey et de GoUingwood , cette féte locale et populaire qui me ramenait au
temps des Sluarts.
Les châteaux anciens et modernes de la noblesse seigneuriale, A nombreux et si riches, constituent une bonne part de rarchitecture monumentale des Trois- Royaumes. Se borner à les visiter tous avec soin , formerait d^à le sujet d'un voyage impcMrtant et fructueux, leur description écrite fournirait des renseignements
incoiiims oL dus études précieuses sur Tari et sur Thistoire du pays. Le temps ne m'a pas permis de réaliser un plan aussi ambitieux et je me suis borné à m*écarter quelquefois de lltiné'rafre classique , pour me rendre aux ch Meaux , témoignages non trompeurs derhisloire et de Tart anglo-saxon.
Âlnwick*Gastle fondé , dit-on , par les Romains ,
appartient aux ducs de Northumberiaad depuis 4430; cette demeure toute féodale se compose encore de trois enceintes et est flanquée de seize tours ornées de statues. Les appartements sont splendides et enrichis d*une galerie de tableaux. —
Bamborough, sur les bords de la mer, n'est plus qu'une forteresse ruinée , véritable nid d'aigles ou de hiboux, excellente position pour les archers, lansquenets et arquebusiers du vieux temps. —
Départ pour Garlisle , prononcez Garlall.
La société de notre waggon est fort amalgamée : un
noir charl>onaier, un pâtre aux souliers ferrés, une mère et sa fille ftgée d'environ seize ans, d*une rare beauté. Ainsi , nous allons rétant à la bonne Écosse. —
Terrain accidenté, vé^rétation des montagnes, ruisseaux pareils à des torrents, moins la sauvage rapidité de ceux des Highlands.Qttelqnescottages gratienx se distinguent snrlesAtl^^, les collines. Il semble qu'on dit adieu à l Angleterre et cependant on n'est pas en Écosse.
Mais , tiélas 1 nous perdons nos belles dames ; puis le charbonnier descend, et nous restons en face du pâtre incommode et grossier, qui Aime, crache, s'endort, ronfle, passe du dedans de la voiture au dehors , grimpe au sommet du waggon sous peine d'être pulvérisé, et rentre enfin chassé par la pluie. Cette gymnastique imprudente m'irrite et je me ffiiche. Pendant ce temps l'orage grandit, les tonnerres suivent les éclairs, et les ténèbres noub dérobent la vue des pittoresques sommets des Gheviots, la barrière naturelle gardienne de l'Écosse. Enfin , la vigie signale Garlisle, et le cataclisme expirant , l'omnibus nous conduit au somptueux hôtel du Bush, L'orage retrouva la nuit de nouvelles fureurs, s'étendit jusqu'à Edimbourg , commit d'horribles dégâts; aussi les journaux écossais dissertèrent plus d'une semaine sur le storm^ la tempête. Notre hôtel ne désemplissait pas, il était comble de voyageurs qui allaient en Écosse et de ceux qui en venaient, des touristes qui arrivaient du Lancashire par Kendal, de ceux enfin qui avaient fait la sentimentale tournée des lacs do Westmoreland. Ces lacs ont un grand crédit en Angleterre, peut-être par la vanité des lakistes qui se glorifient de n'avoir pas à passer la frontière pour jouir de la vue et du séjour de lacs aussi gracieux que ceux de la lointaine Écosse : il paraît d'ailleurs que leur majesté et leur gentillesse sont au niveau de leur renommée, et je me propose à mon premier voyage de traverser le Westmoreland.
Carlislc est une délicieuse ville qui participe en fait de propreté et de délicatesse , de la Hollande et de TÉ- C0886. Elle est généralement oonstraite en pierre de taille comme Newcastle sa voisine, circonstance due à la proximité des montagnes. Sa pierre de construction paraît avoir le grain le plus fin et se détache en teintes roses qui égayent singulièrement la vue sous ces latitudes septentrionales, brumeuses et dépourvues de lu** mière pcadaiil la plus grande partie do 1 année. Ici , plus de charbonniers , mais de bons propriétaires d'une mine paisible et sereine, confortablement logés.Les rues sont larges, droites, occupées par de modestes boutiques, bien pourvues et très-coquettes. Carlisle a un ancien château dans le genre de celui d'ïnverness, peu menaçant, un château qui n'a pas une triste ligure et dont la célébrité remonte à Texécution de Fei^us Hac-Ivor , le héros de Waverley. La reine Marie n'y aurait-elle pas séjourné ? L'infortunée a vu tant de prisons que la confusion des noms et des lieux me trouble la mémoire.
Enfin , nous appareillons pour rËcosse qu'il me tarde
de visiter. Là , peut-être, au séjour de la poétique et sentimentale nature, n'entendrai-je plus le marteau , la roue , les siffiements sinistres de la manufacture ; ainsi donc à demain, à six heures du matin avec le jour naissant, nous serons sur le Stage-coach et nous respirerons rair des montagnes. A demain la bonne Ëcosse. — Ainsi Y avec une dme tant soit peu élevée et un esprit facile aux impressions, on trouve dans la vie des jours heureux.
• Ntmo ■« impmiè Itoetsiu * (Devisa de rAcoue)
ABBOTSFOaO. ÊDIMBOURa, PERTH.
« Je passai une lipiire déHcîeusc sous les arbres du tMsquet et le lon^ des burds de la Tweed. Au moment départir, avec l'intention de renoofeleriM visite, je commis un larcin dont je dois m'avouer coupable. Une dernière rose de l'été décorait encore de sa corolle purpurine lo ft ijillage df^jft jauni d'un rosier ; je la cueillis en souriant du souvenir qui me vint du palaii d*Aior dans le lerdiD du magicien Ecossais. Je cachai ce trophée de mon eicuraion à Âbbotsford, entre lee feuillets d'un volume que J'avais avec moi et j'emportai auail qnaiqoee feuilles deabène. » < Am. Pioier |.
t Peu de temps apr^5 la grande porte de l'Abbaye Me Melrose) fut ouverte et la procession commença à se déployer lentement et dans le plus arand ordre. La eroix et la bannière, les vases et les calices, las cbâssea remplies de reliques ouvraient cette longue et seleD-» nelle procession de moines, en longues robes noires et en capuchons et couverts de scapufaires. Les parfums etrencens s'élevait nt vers le ciel. Au milieu de la procession venait l'abbé entouré des moiDee les plna respectables par l'Ige ou par l'expérience. H était revêtu de toutes les marques de sa dignité, et avait le front ausâi calme, aussi serein que s'il se fût agi d'une cérémonie ordinaire. Après lui s avançaient les novices, portant des aubes d'une blancheur énlouissante, et les frères lais, distingués par lews Imfbee ; car les pères la laissaient rarement pousser. Des femmes et des enfants au milieu desquels se trouvaient quelques hommes formaient l'arrière garde et les cris de douleiir qu'ils laissaient écliapper par intervalles se mêlaient anx prières des moines et à lenrs saints eanti* ques. Ce fut dans cet ordre que la procession entra snr la place du petit village de Kennaquhair. •
( WAunn Soett, le Mmuttire ).
Heureux ceux qui ont le goût et le loisir du voyage I
quelle existence pleine d'émotions! que de variété dans la viel que de choses vues! que de counaissauces acquises 1
On accusera sans doute le système nomado , (lavoir le défaut de faire oublier la mère-patrie. £n tout cas, je
ne comprendrais pas cette accusation; car, comment oublier la mère-patrie, elle, le seul objet que nous ne
pouvons oublier. Pourquoi la mére-patrie ne serait-elle pas suffisamment rétribuée par le privilège de recevoir notre premier et notre dernier soupir, d'être à la fois notre berceau et notre tombe? Ne peut-on pas imaginer 1 homme parvenu dans la famille à l'éducation la plus complète possible , consacrant dix années de la vie à récolter cbez tous les peuples lès notions les plus intéressantes, celles que l'esprit seul ne saurait inventer?
Le monde a besoin d'être vu de près, d'être touché au
doigt en queiriuo sorte.
Quelle ditlcrence entre le coup-d'œil de la mer, vue du rivage et celui de la mer vue du pont d'un navire , pendant une traversée de quelques mois I Quelle sensation profonde et nouvelle n'a-t-on pas en présence des plus hautes montagnes, lors môme qu'on s'est fa* miliarisé avec elles par la lecture des livres de géographie, de géologie, ou bien par le simple spectacle d'une décoration théâtrale !
Les choses transformées n'ont plus le mérite des choses vraies , naturelles, vivantes. La nature dans ses caprices revêt tant de formes, que les types empaillés du muséum paraissent hétérogènes. Le crocodile de nos cabinets est un animal d'une autre famille que celui du ^iL Un chinois de paravent n'a pas plus de rapport avec un chinois do Macao et de Péking qu'avec un chinois conflt à l'eau-de-vie.
Puis le jugement se forme à la vue de l'univers; il apprend à coordonner les faits moraux comme la nature coordonne les faits physiques et il s'élève par la tolérance. Celui qui a beaucoup vu excuse beaucoup. J'ai toujours pensé que si les hommes voyageaient, ils se corrige-
raient de bien des déiauts ou seraient iiivolontaireuieut portés à en atténuer un grand nombre. A combien dln** conséquences se livrent certains peuplesdans l'ignorance oii ils bont des mœurs et des affaires des autres? Combien de parisiens qui traitent la polygamie d'institution barbare, ont révé les quatre femmes du Coran ! Pourquoi les Américains, qui prétendent tout niveler, oDt-ils la manie de la valetaille cl employcnt-ils des domestiques noirs de préférence aux blancs î Ce sont pourtant les mêmes bommes qui s'intitulent philanthropes et parlent d'abolir ^esclavage; ainsi d'une foule d'incohérences à la surface du globe. — ^Ces incohérences, ces contrastes, ces instincts généraux ou privés, cette dissemblance d'individu à individu , c'est le monde.
Il ne reste donc plus qu'à comparer et les objets de comparaison ne font pas défàut, ils sont partout, chez les nations qui peuplent notre monde. Que les voyages scient donc considérés comme une affaire pleine d'attrait et d'utilité 1 C'est par l'attrait qu'ils inspirent , qu'ils sont engageants à entreprendre; c'est à cause de leur utilité, qu*ils méritent d'avoir été entrepris. Le désir que je manifeste ici ne sera pas» Je Tespère, trouvé déplacé. Puisse-t^il avoir une application sérieuse et immédiate !
On m'a souvent répondu que l'on trouverait bon de voyager si les exigences de la fortune et de la famille s'y prétait.Trè8-bien, mais je déplore au fond qu'il y ait des exigences telles que la liberté humaine soit enchatnée, qu'il ne nous soit pas permis de concilier la liberté et le besoin. Seulement en dehors de la catégorie des esclaves de la famiUe et des pauvres d'argent , que d'oisifs dévorent sottement leur patrimoine au lieu de se nourrir Pesprit et de se fortifier le co&ur par le spectacle de la nature , par celui de l'œuvre incessante et providentielle de l'humanité ! 23*
Mous, pauvres pèlci ius, avides des émoUons que nous conseillons à nos meilleurs amis, revenons à la fron* tière d'Écosse et laissons-nous porter à travers ce
pays qui saisit lo cœur et force la mémoire des plus oublieux.
Vers cinq heures du matin nous quittâmes Carlislc en stage-coach. Le stage^coacfa est à peu de choses près
ce que nous nommons une diligence , avec la seule différence que si le slage-coacli remplit le but de la diligence , il ne lui ressemble guère ou pas du tout. Le stage» coach a la forme d'une berline à quatre places et s'attèle à quatre chevaux ; il a inspiré la coupe de nos malles-postes.
L'orage dont nous avons précédemment parlé à rapproche de Garlisle semblait expirer avec les premières lueurs du jour. Il pleuvait légèrement , de cette fine phiic qui sert de dernier écoulement aux cataractes du ciel , et qui n'en a pas moins la puissance de mouiller , de pénétrer les vêtements du vovageur de Vautside, Par conséquent , nous habitons Vinside, — Enfin la pluie se pasbc cL le soleil se montre radieux. — Un temps de trot et la limite de l'Angleterre est franchie.
L'orage avait laissé partout des traces de son passage. Les routes étaient défoncées, les rivières hors de leur lit. I/Esk que nous traversons à son embouchure a rompu ses ponts ; les torrents roulent des cailloux énormes et les débris de leur fureur anarchique. Plusieurs fois nous sommes menacés de Timmersion et peu s'en faut que nous ne fassions une pleine eau, selon le terme familier des naj^eurs. — Cependant il n'en est rien.
Nous laissons à notre gauche, le fameux hameau de Gretna**Green, si connu dans la Grande-Bretagne des amants romantiques et si envié des amoureux du continent. On sait que Gretaa-Green jouit d un privilège à
nul autre pareil. Là, un forgeron, un simple redresseur de fer tordu, se charge, grâce à la force des usages qui
ont souvent la force des lois, de redresser les erreurs d une jeunesse inconsidérée et volage. Le forgeron en question, célèbre les mariages des amoureux à qui la famille a refusé sa sanction, et ses mariages sont bien et dûment valables. Sur son registre figurent des noms appartenant aux plus nol)les maisons et bien que les anglais réprouvent ces sortes d'union ou prétendent qu'elles ne sont plus à la mode , elles n*en continuent pas moins à avoir lieu. I! y a peu de jours que Miss Lister s'y présentait avec un neveu de lord John Russel. GreLna avait eu d'ailleurs une si bonne vogué, qu'il avait fait nattre un concurrent. Ët, tout ce qui a vogue, n'est-il pas exposé à la concurrence ? Aussi , à quelques lieues de la sur la droite , se trouve un village du nom do Cuidbtream (froid ruisseau) qui a eu son marieur. Lord Brougham, Tami des Français, a sanctionné son hymé> née à Coldstream.
Le chemin que i on [lareourt jusqu a Ilawick est des plus gracieux et des plus pittoresques. L'£sk longe la route, serpente sous mille formes, écume et gronde comme un torrent, fait plier les beaux arbres qui le bordent. Ledélmten Ecosse, de quelque côté qu'on yprocède,e8t vraiment plein de séduction. — Voici Netherby, la demeure seigneuriale de sir James Graham, Tex-collégue de feu rhonorable Sir Robert, ce grand ministre aussi éloquent que ^'énéreux. Pourquoi les chevaux vont-ils si vite, ils nous emportent comme des jaloux?
D^à Longtown. Ces bons habitants des basses terres^ de l'Ecosse (Lowlands) ont fait trêve avec le vilain chapeau anglais , ce meuble significatif et obligé de la civilisation moderne; ils portent le berrctplat presque semblable à celui des Basques, d un gros drap bleu , sur-
monté d'un petit flot rouge, entouré à la base d'un seré carrelé rouge et blanc. Plus tard, au pied des monts
Grampians , le bcrret plat s'effacera devant le bonnet -pointu, comme pour signifier la nature des hautes terres (Highlands) avec leurs montagnes et leurs aspérités qui menacent le ciel.
Nous voyageons avec un bon monsieur à mine française, et selon ma coutume , je profite de ce monsieur d'occasion pour lui poser des questions sur le pays que je traverse, pour avoir des renseignements sur la promenade que je prémédite à Abbotsford-Abbey , et sur le choix d'un hôtel convenable à Edimbourg. Mon monsieur parlait lentement et s'exprimait de cette façon simple et claire qui permet à un étranger de saisir tous les mots de la langue anglaise. Je m'applaudissais autant de la rencontre de cet homme poli et obligeant que de ma facilité à lui répondre et à parler couramment une langue qui n'était pas ordinairement la mienne. Les détails que j'obtins de mon inconnu me parurent si précieux, que je lui oflris tous mes services, non en Ecosse où je passais seulement pour ne plus y revenir peut-être, mais en France oh je me promettais de lui rendre accueil pour accueil. Son intenlion étant de traverser la France pour se rendre en ^Espagne l'hiver suivant , je lui remis une carte portant mon nom et Tadresse de ma famille et je n'ai pas appris qu'il ait profité de notre hospitalité.
Un peu avant la petite ville d'HawicÀ et jusqu'aux bords enchantés du Teviot, de PEttrick , de ITarrovr et
de ia Tweed, le paysage revêt un caractère particulier. La route est frayée à travers de basses collines (moors) dépourvues d'arbres , légèrement verdies par l'herbe qui m*oît sur ces terrains où l'humus est pauvre et le sol végétal sans profondeur. Des troupeaux de moutons
babitôQi seuls ces soliludes, qui ont pour le voyageur fugitif un charme d'originalité, et sont pour les pauvres indigènes de ce désert septentriouai une source de misère et de désespoir , surtout lorsque l'hiver avec ses rigueurs couvre le pays de neige et de ft^imats. Alors il faut garder le coin du foyer, si toutefois la fortune permet de réchauffer des membres engourdis et renoncer pour long-temps à toute communication avec la société des hommes. C'est à peine si le passage non interrompu de la malle-poste ( royai-mmlj permet aux plus voisins de la route, d'apercevoir quelques figures nouvelles et d'apprendre les événements du pays de la boadie des conducteurs de chevaux. Rarement le service des dépêches est interrompu; et comme la route est prudemment marquée par des jalons de trois à quatre mètres (yardf) de hauteur, fiointsaleur extrémité supérieure de rougo et de noir, c est hien souvent k travers de fortes murailles de glace et de neige, quelle qu'en soit la hauteur, que le coche se fraye un passage. Ces voyages si pénibles ont surtout lieu dans les comtés de la haute-Ecosse et je tiens ces détails qui semblent fabuleux de la bouche même du garde de la malle d'Inverness.
A notre passage à Hawick, la populaLion étaiL rassemblée sur la place, c'était en grande partie une population de cultivateurs oisifs aujourd'hui et naguèreis travailleurs, éloignes do leurs champs par le mauvais temps qui avait régné dans toute la contrée. Ce fut une bonne fortune d'observer des physionomies qui emprun* tentàla fois leur caractère à deux peuples différents, quoique réunis politiquement (annexed) et voisins de territoire.
Enfin, après une pause de quelques minutes et des
aliments pris à la h:He, on repartit pour Selkirk qui fut rapidement atteint au milieu de la journée.
A peine descendus à l'auberge de la ïoison , Fieece's Inn , nous convenons de T sh. prix d'une course en gig pour visiter Abbotsford, la demeure chérie de Sir Waller Scott et les environs.
En peu de temps, notre jeune automédon nous conduit de Seikirii à Âbbotsford.
La demeure du poétique baronnet est située du edté midi , à quelques pas de la route qui va de Selkirk à Melrose, et présente sa façade nord sur la vallée do la Tweed qui baigne, en quelque sorte, les pieds du châ«teau. Le style et Tordonnanoe du bfttimeni n'appartienneoL, à proprement parler, à aucune époque et ne sont pas d'une correction exemplaire. Cependant l'effet général est heureux et rappelle cette masse de coustructiens d'un gothique capricieux si fort à la mode dans la Grande-Bretagne. Les proportions ne sont pas pluscel* les d'une villa que celles d'un château. Au total, c'est une habitation qui emprunte son style essentieilement mixte au grand comme au petit genre, au beau, au joli , au gracieux et plus encore à la fantaisie. L'entrée du manoir de sir Walter est très-modeste , c'est celle d'un bosquet. Du bosquet, l'on passe dans une cour peu apacieuse et Ton est introduit dans les appartements par une dame âgée environ de quarante ans (de notre temps du moins), toujours en habit do demi, comme pour respecter la mémoire du dernier chantre de l'Écosse, et prouver que le temps, qui fàit tout oublier, ne saurait exercer son empire délétère sur la mémoire de Tauteur
de Old Mortatity^ de Quentin Durward, d'Ivanhoé^ etc. Le vestibule est riche en boiseries sculptées, ses rnurs sont tapissés d'armures et de drapeaux. A propos de drapeaux , je ne manquai- pas de réitérer, à la respectable gardienne de ces lieux , la question que M. le vicomte d'Ariincourt lui avait adressée, quelques années aupai^-
vant , question consignée dans son ouvrage intitulé Us
Trots-Royaumes, Voici : Le mur de gauche , en entrant, e&t consacré à la panoplie, principalement aux dépouilles opimes de Waterloo, dont les Écossais aiment le souvenir, probablement à cause des succès du régiment Scot»grey; et après les casques et les cuirasses de nos braves cavaliers est appendu un certain drapeau tricolore en soie, vierge de Tatteinte des balles, au centre duquel se
lisent ces mots : Le 105 th RegK etc. y etc. La dcsinenco th^ après lechiife 405, certifie naïvement que l'étendard est de fabrique anglaise et n'a jamais été surpris aux armées françaises. Maintenant, je ne sais comment accor-der le récit de M. le vicomte, qui prétend avoir fait la découverte de cette supercherie britannique avec les paroles de notre dame noire qui m'a assuré la connaissance qu'avait môsieur Scott (telle est la manicre dont elle le nomme en français), de cette erreur volontaire, et qu'il n'avait jamais été dupe d'une plaisanterie , à la vérité, fort mauvaise, qu'il fesait aux vainqueurs de l'Europe. — A droite , en entrant, se trouve sur une mauvaise table, le livre d'inscription des nombreux pèlerins à Tabbaye d'Âbbotsford , et, de plus, un chiffon de papier sur lequel le fils Scott a écrit à peu près ceci : Veuillez ne pas toucher aux objets et curiosités dans les appartements. Bu vestibule , on procède à gauche dans un étroit cabinet où sont rangés les cannes et les bfilons de vieillesse de M. Scott , puis d'antiques tusils auxquels on a assigné une origine souvent douteuse; ainsi la carabine de Rob-Roy ne diflbre pas trop de l'arme dont nos pères se servaient pour chasser les lièvres et les perdreaux.
Les murs sont toujours surchargés d'objets plus ou
moins digiies d intérêt. C'est là une mude d Angleterre, c'est encore une mode en Iticosse ; et, déjà, en France ,
BOUS commençons à ne pas mal en abuser. Robert Bruce,
Marie-StuarL, ruviennent souvent dans ces oripeaux du bon vieux, temps, tantôt le crâne de l'un {scull~bo7ie)^ tantôt la cassette d'aumône de l'autre (àlms cofferet). Des caricatures , de spirituels dessins à la plume, m'ont fort diverti, eutr'autres celui où la reine Élisabeth danse un menuet assez drolatique y ou bien cette partie de jraii- /aril0 qu'elle fit avec leduc deNevers, àrâge de soixante* neuf ans.
11 me semble que je vois le bon Walter Scott , beureux de son emplette et riant aux éclats devant les gambades de Queen Lisbet, Dans Tencognure d'un petit ora- ItQire, sont suspendus les souliers à guêtres ainsi qu'une caiine de M. Scott, et, au-dessous, dans une caisse vitrée, comme dans une chftsse, est renfermé le vêtement qu'il portait avant sa mort, consistant en un feutre blanc ik forme plate , un babit vert dragon et des pantalons gris et noirs, petits carreaux. Ici le cabinet de travail et la bibliothèque fournie de livres précieux. Quelle simplicité! Quelle austérité dans le mobilier! Puis, à terre, comme un accessoire, auprès du bureau oh furent composes tant de chefs-d'œuvre littéraires, une large peau sur laquelle reposait ordinairement iedermer chien de sir Walter, car sir Waltereut deux chiens qu'il aimait passionément. De ses meilleurs amis, et je comprends cette amitié, l'un mourut avant lui, la bonne Maida,et l'autre, objet de sa vive sollicitude à ses derniers moments, lui a peu survécu. Enfin, nous pénétrons dans la salle à manger ou se voient quelques tableaux et quelques gravures, puis dans le grand salon {hall ou drawing^rom) par une petite porte en cèdre non verni qui répand partout une odeur saine et agreste. Cette salle est surtout éclairée par le pavillon ou rotonde vitrée que Ton retrouve dans les halls anglais et écossais; de cette
rotonde on va aux jardins, situés au nord, sur les i>orii^ de la Tweed.
Quelques portraits ornent cette salie qui ne manque
pas de grandi'iir et surprend d aulant plus que les autres pièces du château sont d'une modestie toute bourgeoise ; au contre^ on distingue le jeune colonel Scott, le fils unique de sir WsJter, TfaériUer fragile d'un nom immortei , peint en costume de iiussard bleu et de toute taille. Ce grand et beau jeune homme, à la figure brune et décidée, tenait alors garnison dans les Indes- Orientales, à Madras, uù , selon la chronique, peut-être menteuse, il menait joyeuse vie et oubliait un peu ces charmantes leçons, ces ntlyes recommandations semées d'esprit et de raison , que nous avons tous lues dans le journal de sou illustre père. Malheureusement cette tige si frêle s'est brisée au contact de Tair des tropiques et Tlndia-news ainsi que toutes les gazettes de TEurupc , retentissaient naguère de la mort prématurée du iils du dernier des Écossais. M. Lockhart , le gendre de sir Walter , seraitril avgourd'hui l'héritier d'Abbotsford abboy ?
Deux autres portraits attirèrent mon attention.
Le premier, peint par Lawrence avec esprit et vérité, représente sir Walter en tenueordinaire, assis en pleine campagne, caressant son chien fidèle, un de ces hautscourants à longs poils dont la race est connue sous le nom de Greyhound, parce qu'ils revêtent une certaine teinte grise.
Quant à Timage reproduite deM»* Scotl, née Carpenlor ou Charpentier, elle ne rappelle pas la figure piquante et quelque peu virile de cette brune lyonnaise, au teint pâle et aux yeux noirs. Cette tôle coiffée d'un turban , surmonté du classique oiseau de Paradis, a été mai traitée par un peintre inconnu. Ui, se borne notre tournée
dans la demeure de sir Waiter Scott; Une nous fui pas accordé de parcourir le parterre et rappartemeatdes étages supérieurs. Il me souvient qu'en sortant d'Abbotsford, une
pauvre centenaire vint à nous, et , sur son aftlrmalion qu'elle avait connu Waiier->Scûtt, qu'elle avait béni maintes fois le nom d'un laird ou seigneur si charitable , nous nous empressâmes de la gratifier du denier du voyageur.
Notre intention ciant de reprendre le soir même à Sclkirk la malle qui porte les dépt^cUes a Edimbourg , nous profit&mes encore un peu de notre gig et dtf jour qu'il faisait pour aller prodiguer notre enthousiasme aux ruines de Tabbaye de Melrose et rendre hommage à Dryburg, lieu de sépulture de sir Walter Scott.
Melrose-Abbey , située au milieu du village de ce nom, ne peut ôtre goûtée que par ceux qui Tont vue. Il est de ces choses terrestres que la description la plus minutieuse, semée de di t;iils plaisants ou scientifiques ne saurait rendre exactemeat. Et Fenthousiasme, qui l inspire, si ce n'est la présence réelle de l'objet? La pieuse fondation du roi David séduit l'âme et Tenchante. Quel ravissement pour rhommc qui a unu Aiuu huniiète I Car il faut une belle âme pour aimer les productions de Tart chrétien. Toute l'histoire d'un peuple dans un temple en ruines , quel livre délicieux I Walter Scott , qui s'y entendait, en fait d'émotions sentimentales et religieuses, conseillait le pèlerînaGfc à Melrose-Abbey par le clair de la lune, l'astre aux rayons d argent. Moins heureux que lui , je rai admiré par un soleil éclatant , légèrement distrait par les sonsdela cornemuse d'un pauvre montagnard en haillons (piper) dont la voix et les gestes excitaient l'hilarité des enfants accourus do toutes parts.
Pour se rendre à Dryburg, il faut tourner les monts Eildon , trois pics isolés au milien d'une contrée encore peu moutagueuse ; mais , ô douleur! le pont suspendu
qui mène à la sombre retraite de sir Walter, avait été rompu par la violence des eaux. Les vagues se heurtaient
sous nos yeux contre les débris du pont. Cet orn.^cc dont nous avons déjà parlé, semblait nous avoir compris dans les désastres qu'il avait causés partout. Il ne nous fut permis que de saluer d*une rive à Tautre la dépouille d'un grand homme.
Pour compléter cette tournée , il faudrait pousser jusqu'aux abbayes de Jedburg et de Kelso.
Toute cette contrée arrosée par la Tweed , qui s'offire à l'étranger comme la porte de l'Écosse , m'a laissé un souvenir agréable de la naturede ce pays. On no peut traverser l'Écosse sans l'aimer ; a la seule condition qu'on aimera la nature libre, accidentée, ou tranquille comme une nuit sereine, ou agitée comme le vent qui tord les arbres de la foret et le torrent qui lutte et niui^it ^^ans cesse. La simple description est d'ailleurs impuissante à peindre les beautés de l'Écosse. Ce charmant pays que j'appellerai volontiers une solitude animée, doit être chanté. L'Écosse est Incontestablement la perle des pays de touristes; ils y trouvent de grandes et royales villes élevées au centre d'une contrée pleine de souvenirs historiques et offrant les vues les plus pittoresques, celles qui touchent le cœur et l'imagination.
Selkirk est une petite ville dont le mérite est d'avoir élevé une modeste statue à Waiter Scott , qui avait été trente-deux ans shériff du comté de ce nom , et c'est en cette qualité qu'il figure avec un habit et une robe do magistrat , lui connu du monde entier comme l'historien-poëte de l'Écosse. Au lieu de reliefs , le piédestal porte d'un côté cette inscription bizarre : Beparabit comua Phœhe ; et de l'autre : Wateh wheel , qui devait être la devise de cet homme, qui avait été trop souvent éprouvé de la fortune, pour ne pas s'appliquer à en sur-
veiller les desseins changeants. Sur le devant on a sculpté une lyre supportée par deux ailes. Un jeune papetierlibraire de l'endroit (êtationer 6ooX»eiier), avec lequel je m'entretins un instant , me décrivit la physionomie de M. Scott qu'il avait été assez heureux de connaître , et m'assura que sa nature était si parfaite que sa spirituelle bonhomie ne s'altérait pas plus chez le pauvre que chez le riche, et qu'on ne lui connaissait pas un ennemi. Heureux mortel , vertueux et illu.-lio !
A notre retour à Selkirk, nous avions besoin de repos et nous demandâmes à dîner. L'appétit est un despote de tous les pays ; mais pour le voyageur , le repos est un bienfait inconnu , rendu impossible par le plaisir si ^^rand qu'il éprouve de ne point s'y livrer. Ce séjour de quelques heures à Fleece's Inn fut gai, bruyant même et contrairement aux coutumes britanniques et aux habitudes peut-être un peu forcées que nous avions contractées depuis quelques mois , nous nous surprîmes à rire jusqu'aux éclats , ce qui , au dire de feu lord Chcsterâeld, est pour un gentleman plus qu'un péché véniel. Le dfner toi délicat et surtout bien servi.
Autre preuve que les proverbes se plaisent à mentir , car il est dit qu'on ne déjeune bieu qu'eu Écosse, que les Français, seuls savent dtner , et qu'on soupe merveilleusement en Angleterre , le dtner de Fleece's Inn fût excellent. Bien que je sois un admifatour sincère du roastbeef anglais » j'éprouvais une douce émotion en le voyant remplacer par des productions essentiellement écossaises, destruiteset du'gibier. Beancoupde gensbien élevés consentent à se nourrir uniformément de bœuf, de pommes de terre et de chester ; cependant ils ne reculent pas devant quelques assaisonnements , du poisson, delà volaille^ du gibier, des légumes et des fruits. Notre groom de service s'acquitta supérieurement de sa be-
sogne. nial^'i'é ses dix-huit ans. Il avait une tenue parfaiment distinguée, un tact exquis, veillait à tous nos désirs , ne parlant el ne riant jamais, ie ne l'ai vu rire qu'une seule fois el de bon cœur, lorsque je l'engageais à servir la soupe, et comme je prononçais mal le mot soup, il me ruiDil dans un plat un morceau dt; savon pour me laver les mains. On sait quQ soap signifie savon, et il y a plus d*analogie entre wup et soap qu'entre soupe et savon. L'hilarité fut générale. Le reste de la soirée ne fut qu'une série de divertissements. La pulka et le chant occupèrent nos loisirs. Je me mis au piano , comme par patriotisme, car je déteste cet instrument , et comme j'avais à cœur de représenter le savoir-faire des Français en société, je fredonnai deux ioiii;inces écossaises que j'avais apprises à Paris et mon succès ne fut pas équivoque, à cause du choix de la musique, qui parut une galanterie au gentlemen et aux ladîesici
présents.
Banks and Braes est une de ces romances ou ballades légendaires connues do tous les Ecossais, sans en excepter un seul. C'est un air favori, comme en Irlande Kathleen Mavourneen, de Th. Hoore, comme en Suisse le Ranz des vaches; c'est on quelque sorte un chant national, bien adapté à la nature de la bonne Ecosse , à la fois souriante et sauvage.Le rithme en est large et rempli d'une suave mélodie. Le langage un peu gaélique est le plus souvent accompagné par la corne mu se ou le chalumeau (bagpipe, pebrock]^ mais il supporterait aisément l'accompagnement de l'orgue et atteindrait à la hauteur des chants les plus nobles d'une musique religieuse. Un homme seul n'a pas composé ce cliant , la nature l a aidé. — Ainsi de toutes les mélodies qui émeuvent l'àme.
Comme il serait trop long de reproduire toutes les
paroles et la musique, je donne ici le premier conplel de
chacune de ces Laliadus. La poésie csl ceile de Tidylle, et ie sens de la première est piaialif :
« Ye banks aiid braes o'bonnie Dooii , Hovv can ye bloom sae fresh and fair; How can ye chant ye litle birds , And J sae weary, fu'o'care!
Thou'lt break my hearl lliou vvarblinj^ bird, That wantons throUhe Ûow'ring thorn; Thou mind'st me o'departed joys , Departcd never lu rclurn. »
Collines et coteaux du beau Doon,
Comment pouvez-vous fleurir si frais et si charmants !
CoauiieiU pouvez-vous chanter, petits oiseaux!
Quand moi je suis si abtmée, si soucieuse.
Tu briseras mon cœur , oiseau gazouillant,
Qui foh^trt^s à travers Taubcpine Ueurie j
Tu me rappelles des joies parties,
Parties pour ne jamais revenir.
Voici le début de la seconde , pastorale et frivole ; elle est un peu plus passionnée que la première , aussi sentimentale, et la mélodie également appropriée au sujet, n'a pas Tanipleur de la précédente; elle est plus à la portée des joueurs de cornemuse qu'à celle des dilettanti de Londres et d'Ëdimbourg :
a John Andersen , my jo, Jobn , When nature flrst began, To try her canny hand , John , lier mastor work was man , And you amang them a'John , Sae trig frae top to toe ; ^ She prov'd to be nae journey work, John Andersen, my jo.»
Joha Auderson , mes amours, Jobn,
Quand , dame nature voulut jadis Mettre la main à Touvrage , John , Son chef-d'œuvre fut l'homme; Et entr*autre elle vous ûi John , Si beau de pfted en eap
Qu elle montra que ce n'était pas son premier ouvrage» John Andersen, mon ami.
Gomme on le voit , l'idiome ne diffère pas trop de ran-
glaispur; mais ce qui est facile à saisir par la lecture, devient inintelligible à l'audition, àmoins d'être de pure race gaélique.
Enfin l'horloge de l'hôtel vint à frapper neuf heures ( o'clock ), et il fallut terminer danses et chansons , cesser les toasts et escalader Foutside du courrier qui nous emportait vers la capitale de l'Ecosse.
Galashielsest la première et la seule ville remarquable que l'on rencontre sur cette route ravinée, parée de forêts de sapins et de mélèzes, percée à travers une contrée trop montagneuse pour donner accès à nue population quelque peu Importante. Gomme il était nuit, je ne pus distinguer toute la physionomie de Galashiels, mais d'après le mouvement manufnct m ier qui subsistait encore un peu, et par le murmure do plusieurs cours d*eau qui meuvent des roues hydrauliques et agitent des métiers , j attribuai la base du commerce des habitants de cette gracieuse vallée au lavai^c des laines et à leur préparation pour des tissus. Mes prévisions étaient justes, Galashiels et deux ou trois villes d'Ecosse, Paisley entr'autres , près Glasgow , confectionnent ces shâles ou tartans, dont se servent usuellement les anglaises, et dont le bon goût do la disjiuMiion à carreaux écossais, le lustre des couleurs et la solidité d'un tissu confortable ont été si estimés en France , qu'ils y ont été introduits.
Notre coche allait aussi rapidement qu'il est possible à des chevaux de franchir l'espace. La nature fuyait en
quelque sorte à notre approche, et grûce à l'habileté du cocher et du conducteur, de Robert et de Ceorî]res, il n'y avait pas d'obstacle que Royail-Mail ne sût franchir. Si je n'eusse pas été aussi fatigué et sous l'empire du sommeil, j'eusse éprouvé de douces émotions de celte course folle par monts et par vaux; mais le sommeil est tyrannique au suprême degré et je m'empresse de prévenir les personnes qui voyagent ordinairement au sommet des voitures découvertes de se défier la nuit des séductions du sommeil. On peut à chaque instant être surpris et victime de la mort la plus prompte. Pour ma part, si ce n'avait été la trompette de Georges qui avertissait les charretiers si nombreux aux approches d'Edimbourg de se ranger sur le passage de la malle et la généreuse vigilance de Robert qui s'occupait autaat de son voyageur endormi que de ses quatre chevaux fougueux , je serais inévitablement mort à cette heure ou tout au moins privé de quelques lULiiibres. Il me semble que j entends encore au milieu de ces noires solitudes la voix courroucée de Robert qui crie Geôéges , le presse de sonner du cornet pour avertir les rouliers endorniib , el uialgré ces précautions il nous est arrivé de heurter une charrette ei de la faire pirouetter sur eUe-*méme, tant était rapide la vitesse de nos coursiers. Je n'exagère rien. Après minuit nous fesions notre entrée dans Edimbourg.
(( Qu'on est heureiiœ de trouver en voyaye^
Un bon soupé et surtout un bon lit I »
Je confirme par expérience la vérité de celte philosophique chanson, et je m'endors si bien dans ma chambre de l'hôtel du Régent, que je tolère bénévole-
ment le vacarme que font dans mon voisinage des discoureurs de meeting , importuns pères de famille qui s'irritaient probablement sur la question des ouvriers sans travail et des jeunes filles sans dot.
Le lendemain la bonne ville d'EdimlK>urg était invisible, un brouillard des plus intenses Pavait enveloppée de brumes blanches et tellement opaques , que le soleil qui s'était levé selon son habitude n'avait pas eu la force de nous faire parvenir ses rayons. Fatalement privés des avantages de la vue extérieure, nous résolûmes de visiter les quelques amis auxquels nous étions recom-*mandés; et cette journée perdue pour les émotions des sens, n en fut pas moins pleine de charmes, tant il y eut d'aménité, de politesse et de dévouement dans raccueil que nous reçûmes chez quelques familles de la société d'Edimbourg, de la vieille capitale des Écosscs, où les saines traditions de l'hospitalité sont encore conservées nobles et pures , malgré le caractère un peu égoïste de la civilisation moderne.
La discrétion ne me permettant pas de citer les noms de toutes les personnes , surtout de celles qui n'ont pas^ de position officielle et publique , je me borne à adres-* ser des reniercîmenls aux persoiincs qui ont mis à notre disposition tout ce qu elles avaient de moyens utiles et de ressources agréables.
Comme notre voyage n'avait pas un but précisément déterminé, qu'il s'appliquait à tout ce qui est digne de fixer l'attention, avec la mission pourtant spéciale que nous nous étions imposée d'étudier la marche progressive des sciences naluielles et particulièrement de la botanique , nous nous présentâmes chez le directeur du Jardin-Royal. Une lettre du docteur Daubeny, d'Oxford, nous servit d'introduction auprès du docteur Balfour qui s euipressa de nous inviter à déjeuner pour le jour
suivant, nous promettaDl toutes les facilités elles explications désirables sur une ville qu1l importe de bien connaître.
A rheure dite , nous frnppiuns à coups rccioublés le marteau d'une maison dans Great-King Street , car une ponctuelle exactitude et des coups redoublés à la porte sont aussi bien de Tbumeur des Écossais que de celle
des Anglais.
11 y eut tant d entrain et d'abandon, que je crus ne pas avoir quitté la France. Outre le docteur, qui est jeune encore et naturellement causeur en sa qualité de
doctus (les snvntits causent d'autant plus qu'ils appartiennent à des pays où la nature humaine est froide, réfléchie), nous étions en compagnie d'un ami du docteur, H. Br. et de H. Bab., directeur du Jardin de Cambridge. Celui-ci , tout fraîchement débarqué, venait de se promener en Islande, et soit par tempérament, soit par un refroidissement pris aux environs du mont Hécla,son flegme britannique ne se démentit jamais. Cependant nous étions tout yeux, tout oreilles ; puisqu'il faut toutavouer, nous aussi avions eu la témérité do tenter l'expédilion d'Islande et il n'avait été dérogé, a ce plan audacieux, qu*en raison de la belle saison dont le terme était proche, et des difficultés de rencontrer un navire en partance pourTilc du Geyser eUlos Sagas. Quant à M.Br., je le tins pour un aimable gentleman, au dedans et au dehors, ami du docteur, et sûrement bon ami , tant sa physionomie est ouverte et franche. M. Br. qui est bon patriote écossais, nous remit une foule de lettres pour les diverses stations de son pays , où nous avions l'intentiuu de séjourner, et, dans maints endroits, ses lettres nous rendirent de véritables services.
Enfin TAthènes du Nord avait revêtu une éclatante livrée , et dos que le soleil illumina cette grande ville si
pittoresque et si riche en monuments, nous pfiimes constater la réputation dont elle jouit, réputation si peu hasardée, qu'Edimbourg (Edmburgh)^ contrairement a une foule de merveilles du monde, dépasse l'attente de Ti^ magînation du voyageur. Si chaque jour ne voyait éclore de nouvelles descriptions de cette gracieuse cité, je me plairais à tout rapporter, même les plus minces détails^ et la description d'Edimbourg, historique, monumentale, politique et religieuse, composerait un volume considérable du plus haut intérêt. Telie n'est point ma mission , telles ne sont point mes forces. Une esquisse bien modeste peut seule tenir dans la limite de mon cadre et je nie bornerai à racconij)lissement de cette tâche.
D'abord la ville est divisée en deux parties, l'une haute, très-haute , et l'autre basse ou seulement plus basse que la première partie; ce sont, en quelque sorte, deux villes , l'ancienne {old, auld) et la nouvelle [newtown)y séparées par un ravin ou petite vallée qu'occupent aujourd'hui des jardins avec quelques habitations, nom-
lucb Princes et Princes Street Gardcns^ et que l'on traverse sur des ponts très-élevés, Norlh cl su ut h bridge , ou bien sur le grand tertre, Earthenmotmdj situé en face (les plus beaux quartiers. La vieille ville est au sud delà moderne, et l'ensemble incline légèrement vers l ouest, eu ne consultant que le mouvement actuel de la population. Diverses chaînes de montagnes, les Pentiand, les Ochil, les i.àtiiuiermour, furnient, au loiu, le pnysMge et conduisent jusqu'aux portes d Edimbourg , des accidents de terrain, assez prononcés pour constituer des collines qui relèvent la physionomie de la ville et lui apportent une varicié de plans dont les villes entièrement modernes sont dépourvues. Le château, l'éminence dite Cal^ tmhill et les Crags, ou roches escarpées, qu'on appelle, selon les endroits, Arthur's seal et Sulisbury's cragsj
Marie Stuart , avec le lit qui , dit-on, est le même qû'avait occupé celle reiue iufortunée. Les doutes d'authenticité doivent moins poursuivre l'étranger dans la Grande Bretagne que partout ailleurs ; il sait qa^il vit au milieu du peuple de la tradition et c'est une grande gloire pour ce pays d'avoir su progresser en conservant les nobles débris de sa nationalité. £n effet, le lit et quelques autres meubles datent delà seconde moitié du XVI» siècle. 11 y a aussi un portrait de la Reine et un de Rizzio , son favori , qui fut assassiné non loin de la chambre et du cabinet) et les dalles portent encore Tempreinte du sang versé, au dire des gardiens du Palais.
L'abbaye ruinée occupe la partie postérieure d'Uolyrood et présente encore des fragments de bonne arcbitecture» qui vus de nuit , si c'est possible, à la lueur des flambeaux, plongent Tàme dans de sombres rêveries, et conduisent à des réflexions philosophiques sur la fragilité des choses humaines, réflexions auxquelles il est quelquefois prudent de se livrer pour apprendre la vie et ne pointia quitter avec surprise. La poésie, cette chaste fille du cœur^ est le prisme obligéà travers lequel le voyageur explique le passé , alors que ses yeux ne lui servent plus à le contempler . Sans imagination , sans âme , ne voyagez pas, — il faudrait bien instruùré les jeunes gens qui courent le monde de cette vérité , que voyager est moins voir que sentir.
Malgré la régulière beaijté de la ville neuve, propreté et toutes les commodités de la vie dont on y jouît , je revenais souvent à ces vieux quartiers, à travers lesquels je m'abandonnais et me perdais volontairement, comme pour avoir l'occasipu de demander mon chemin et de causer avec le premier venu. Quelle fortune que les explications des bonnes gens à, l'étranger ! QuelquejEois dee erreurs, mais toujours de la jiaîveté.Ne consul-^
tez personne 8ur la date d'un monument pour peu que votre instruction soit passable , mais questionnez sur
les habitudes , les menus détails, les bagatelles de la rue. Une fois que vous avez dit : What i$ tkis building ? Bow do yoft name it ? Quel est cet édifice? Son nom? — Arrêtez-vous, laissez dire. Il so pourra bien, qu'on mette au douxiàme siècle, l'objet qui appartient au dix-septiè* me, mais que de traits piquants à recueillir sur sa destination, les personnes qui recoupent, le bien et le mal qu elles font. Le peuple sait toute la politique des villes^ les torts et les avantages de leur administration ; il in-^ dique avec précision les péripéties des scènes populaires, le fort et le faible des réformes que ses chefs tentent quelquefois pour lui dans i ignorance absolue de ses besoins. Ainsi fesais-je autour de Saint-Gilles^ à Gras-
sniarkct ou bien rii \,\ee iVHériot's hospilal ^ le roi des hôpitaux par la sublime majesté de son style noble et imposant. C'est justice à rendre aux maçons d'Edimbourg et de rÉcosse en général, qu'ils perfectionnent le travail tracé par leurs architectes dont le goût ne saurait être contesté en présence des constructions qui ornent sur tous les points cette capitale. Londres et r Angleterre présentent quehiucfois des fautes architecturales, des productions de mauvais goût, qu'on ne retrouve plus en Écosse, où le génie de l'homme formé à la vue d'une nature nlpcstre et grandiose , semble mieux approprié que celui des anglais, à la conception d'ouvrages à la fois distingués par le style et par la délicatesse de la main-d'œuvre. Les architectes et les maçons deTÉcosse ressemblent à ces chefs d'armées qui sont instinctivement obéis et voient leurs manœuvres parfaitement exé^ cutées par les soldats avant qu'ils aient terminé le comiiiaiidcnient. L'intelligence de l'ouvrier se retrouvo donc aussi bien dans Tœuvre que le geaie do celui qiu. l'a ordonnée.
La nouvelle ville d'Edimbourg brille principalement par la régularité, la propreté, une omemeDtatton toute
aristocratique et par tous les avantages domestiques et sociaux. Des rues larges, des places, des jardins, des monuments appartenant à tous les styles, soit grec, soit gothique, des colonnades, des ogives, des statues composent les dehors de la \iUc des Gordon, desSutherland, desErskine, des Scott , des Melville, des Buccieuch, lorsqu'au dedans se presse une société honnête, religieuse par conviction, polie, affable, hospitalière et généralement douée d'une instruction solide qui ne coniiaîl pas la morgue et le pédantisme. Ces avantages sociaux qui font d'Ëdimbourgsinon une exception dans la Grande-Bretagne, du moins une place de premier ordre , y attirent justement les personnes qui chérissent les beaux-arts, les sciences et les lettres, se complaisent dans une conversation morale et instructive , et renoncent volontiers aux spéculations du commerce et de Tindustnc pour troûter le calme de la vie d'étude, celle qui, pour le bonheur, élève les bommes au dessus des rois. Aussi compte-t-on plus en ville de maisons d'éducation que de comptoirs. EdimlK>urg instruit sur la théorie des choses, que Glasgow, sa voisine active et opuiôûtô sait mettre en bonne pratique. Ainsi , comme par une faveur providentielle, se maintient Téquilibre de llScosse, qui est unegloire pour ce pays, un trésorpour TAnglelerre , une leçon vivante pour les étrangers. Comment ne pas aimer TÉcosse avec tant d'avantage» et de séductions !
Nous parcourûmes la nouvelle ville avec autant de sollicitude que Tancienne , et ce ne fut pas avec un moindre intérêt. Nous avions deux aides à notre service, d'abord notre ami le docteur Balf. , puis un autre fort utile quoique moins aimable, le guide de Black en Ecosse,
ottvrage modèle , à la rédaetion duquel il a Mu autant
d*esprit et de jugement que de patience, pour décrire toute i'£cû&se pittoresque, descendre jusqu'aux moindres détails des notions de géographie, d'bistoire et de généa^ logic héraldiqiKî. En somme, en livre est tellement compacte et bïiôa composé qu'il peut servir à la lecture des persoiiuiea qui ne songent paa même à se déplacer. Outre Fimpression ijui est digne d'Ëdimbovrg , la ville de Vm^ primerie par excellence, il est remarquable par ses gravures et par-dessus tout par ses nombreuses cartes routières que je ne me lasse pas d'admirer.
C'est II Princes Street que viennent s'embrancher les principales artères du New-Town , et c'est dans Princes SIraet ou dans ses environs qae s'élèvent les monuments les plus modernes. Outre la Banque, la colonne élevée à lord Melviile, la statue de Burns par Flaxman, celles de Georges lY, de Piti, la statue équestre du comte é'Hopetoun, la place M<Nray, le Gircus royal, les vastes jardins de la rue de la Reine, le Refî^ister-OiTice , la poste et le théâtre, il faut admirer le monument tout gothique élevé à la mémoire de Walter-Seott, le temple de Vinstitution royale , le palais de l'école supérieure ( high «cÂooi) et les monuments qui recouvrent la colline de Calton ( Caliùn kill ). Cet ensemble est encore d'un effet saisissant et il est formellement impossible à la plume de rendre ce que le ipfénie de l'homme aidé de la nature a créé avec autant de goût que de dépenses. Je me per* meltrat seulement une légère critique à Tégard du ncH numentde Walter Scott,c'est qu'il ressemble un peu trop à quelque chose qui n existe pus dans les fastes do Tarchitecture, à la flèdie d'un etodier gothique , qui serait desoenâve de sa primitive hauteur pour se pteœr comme par miracle sur le sol, au niveau du pavé de !a rue. Par institution royale on comprend le musée, auquel
on a fait l'honneur d'un temple grec , sorte de Pœstum moderne très-orné , et surtout d'une précieuse galerie de tableaux de toutes les écoles. Il ne manquait en effet qfue des peintures pour compléter cette physionomie artistique d'une ville qui peut faire concurrence à certaines villes d'Italie, et vers laquelle devraient s'em«presser tous les touristes du couliuoul. Peut-être est-il vrai de dire que bien des gens vont en Italie par routine et pour chercher un soleil qui brille de plus de feux'que celui de TÉcosse.
Je me présente devant Royal-Institution , un jeudi , puisque ce jour-là l'entrée est facultative (free-day). Le temple, car c'est plus un temple qu'un palais, me paratt, quoique un peu bas , harmonieux dans sa forme et bien approprié à la sombre atmosphère du nord. Le porche, le fronton, s'annoncent bien; les sphinx qui reposent aux quatre angles font bonne contenance, le n'en dirai pas autant de la reine Victoria qui domine et couronne Tœuvre , non pas que la gracieuse reine ne vaille une statue, mais parce que le style adopté, à la (bis grec et égyptien , style rigoureux dans les formes , lourd et majestueux , rectiligne et calme comme une solitude de l'Orient , n'autorise pas un personnage mémo royal à
percher sur le faîte du temple, super fastigium templi. Minerve était-^lie sur la cime du Parthcnon ? Ne demeurait^Ue dedans que parce qu'elle était façonnée d'or et d'ivoire ? Assurément non. Mes amis d'Edîmbourpr agiront bien comme il leur plaira , maïs ils pourraient, ce me semble, donner à leur reine justement aimée la place de Minerve. Ce serait plus sage.
Entrons.— Dans rantichambre , il faut signaler deux grandes toiles de Will. £tty, peintre justement renommé. Cet artiste contemporain se disUngue par un brillant coloris; il imite Yéronèse dans les draperies et âe rapprox^be d^ tfiintfis d'R Delacroix.
Après avoir annoté le catalogue de la galerie, j'en ëonne ici un extrait, en conservant les numéros d'ordre et en indiquant brièvement les parties du tableau sur les- .
quelles Tattention peut se porter; ces parties sont
ordinairement indiquées en bonne part :
N» I. Van Dtck. La famille LomeiKni de Gènes. (Euvre capitale de ce maître. La principale ligure du tableau , qui comprend un groupe de personnages, est probablement le plus beureux exemple que Van Dyck ait jamais produit de la beauté masculine. Remarquez une bonne tête sur la gaucbe; celle de la dame serait le moins bien traitée.