‹ D'Inverness à Brighton Notes et sentiments sur les îles BritanniquesChapitre 9 sur 15 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

r Lê bonrgMit, m Anglelcm, Mt t'cxprenionta pitu

piquante du caractère anglais et de ses id^es àf « ivili- •atioo. Il représente en même temps la classe la plus natUmuleû» ton payx, par «on indmtrle, son application, •on sérieux, «a gravité, sa moralité exemplaire, son amour de l'ordre et de la ♦rnnquillité imperturbable. Ces qualités, dira-t-on, suiit plus ou nioios l'aiMinage d«a bons eitoyens de tous les pays ; mais elles le sont surtout et à un degré érainent en Angleterre. Le noble, le grand seigneur dans sa ricbes&e et sa magnificence, Mt lo roi de la Orande-Brefagne, la gloire de son paya; le bourgeois, c'est le gentillioinme de l'Angleterre, qui ê&u* la représenter au pinacle des grandeurs de l'aristocratie, la distingua véritablement comme naïkm. •

PROVINCES kumu.

« Plus df* (It vploppempnl dans les puissances pr-Aductrices du travail, c'esMi-dire plu» d'adrosM, d'aUivité et d'intelligence dan< la manière dont partout aujourd'hui on l'applique et pn le difigt» «*eit^tk VéWti

di' la division du travail

DauH chaque société, comme dans tous tes lieux qui raveieinent, les salaire» et les bénéfices snivent un taux

ordinaire ou moyen dans tous los emplois du travail et des fonds : rp (aine lui-même à soir tour suit naturellement pour rci^lv là nature de cliuque emploi, d'une VêH ; et de Tautre, la situation générale de la sooTété. .

L'ouvrif^r rï'unr forturu' ai«(^e jouit de tout le produit de son travail, et rouvri<-r iiidt^pendant est supérieur à l'ouvrier qui &c loue. Les ouvriers du la dernière classe doivent an moins gagner le double de leur subsistance personnelle ; los nioiiis ai'îôs daivenl tirer de leur travail de <|UOî nourrir et élever au nvnn< qmtro enTants.»

OXFORD ET GAMBRIDOE.

• Les gens en us d'Oxford, soutiennent qu'Alfred le Grand assistait lui-même aux leçons, qu'il faisait asseoir h sa droite ceux qui se distinguaient dans leurs étodes et à sa gauclM oeux qui n'en profitaient points»

Celui qui a rintenlion do parcourir le Nord et les terres d'Écosse, a deux moyens convenables de sortir de LoBdres, ou par l'Est, ou par l'Ouest, et , en suivant cet itinéraire, il doit fatalement traverser Tone ou Tautre

de ces deux villes, Cambridi^'c ou Uxiord.

Comme notre tournée n'avait pas lieu en vertu d'une mission offieîelle, que nous n*étions délégués par aucune

buciclé scientifique, pour inspecter les ports de mer pliais*

iài que les manufactures, les villes d'Université plutôt

que les contres agricoles , nous ne manqufmiLS pus de payer notre tribut à deux des plus fameuses Universités du moyen ftge , à ces villes de Cambridge et d'Oxford , dans lesquelles les étrangers ne se rendent pas assez , pour emporter un souvenir bien précis des babiludca du la vieille Angleterre.

C'est au terminus de Shorediich ( terminus signifie, usuellement, principale station, le terme de la course), que Ton va pi tiidre le raihvay pour Cambridge. Une fois parti, je remarque que la vitesse est moindre que sur le railway de Brighton. Le terrain y légèrement ondulé que Ton parcourt, offre d'excellents pâturages pour les bestiaux et surtout pour les chevaux dont la race s'améliore insensiblement en suivant cette contrée vers le Nord, jusqu'aux frontières d'Écosse; aussi en arrivant à la station de Cambridge, ai-je déjà aperçu de superbes chevaux fins , attelés à l'omnibus qui mène au centre de la ville. Ln stntion on est fort éloignée, probablement parce que cette ligne de fer sera un jour continuée sur la gauche, vers le Lincoln et sur la droite, vers le Norfolk. Maintenant sont-ce les pâturages des comtés do l Est , qui ont engendré celte belle race indigène recherchée comme modèle de reproduction, et devenue comme un type d'une physionomie tout originale ? Je ne le pense pas ; car, si la délicatesse de la coupe et du poil était proportionnée à la finesse de la dépaissance, les chevaux des basses-terres do l'Ecosse seraient plus lins encore que ceux du Norfolkshire, du Lincoinshire et du Yorkshire. De plus, leschevaux arabes seraient infi» niment plus grossiers que ceux du Royaume-Uni, et il n>st rien de tout cela. C'est donc ailleurs, à une autre cause qu'il faut demander le secret do cette race qui joint, avec tant de variétés, les grâces de l'élégance aux

— iU —

avantages du service. Le cheval de coarse, pour I*

chasse ou pour les rapides allures du turf, le carrossier couime le combattant, le plus petit poney comme le plus énorme charretier de ia Cité, se distinguent par des qualités de premier ordre. Je suis convaincu que la latitude du sol, la finesse des ray-grass, l'abondance des prairies artificielles {good crops), influent beaucoup sur les chevaux, et que les combinaisons atmosphériques , soit qu'elles procèdent des vents ou des nuages, soit qu'elles viennent des uns et des autres réunis , massés au-dessus des lies-Britanniques , apportent les plus heureuses modifications à la race chevaline. La preuve exacte que les soins de l liomme et le goût pour les chevaux ne sont pas le seul correctif, c'est que ia plupart des races de bestiaux sont également bien modifiées dès qu'elles apparaissent sur le sol britannique. Or , j'ai toujours pensé que si les chevaux des comtés do l'Est sont préférables à tous les autres, c'est qu'ils sont favorisés plus spécialement par les courants atmosphériques qui vien*nent de la mer du Nord. La particularité signalée de ces courants serait une sorte de finesse alliée à la force uervo*musculaire. Et nous pouvons noter, en passant, que les habitants delà Grande-Rrelagne possèdent celte particularité au suprême degré , du moins au point de vue de leur animalité.

Réflexions faites , nous arrivons aux portes de Cambridge : (Bridge et Cam)^ c'est-à-dire pont sur le Cam , petite rivière qui traverse la ville.

L'Angleterre a trois catégories de villes, qu'il importe de visiter pour Tapprccier justement. Outre la Métropole, qui comprend tous les caractères des autres, ii faut voir : 4 • les villes manufacturières, qui sont les plus laides, bâ* lies avec de la brique, enfumées par la houille, uniquement peuplées d'ouvriers et de patrons , voués au tra-

yail comme des mécaniques esclaves de la vapeur qui leur imprime toute force, ains!, Birmingham , Mauches- (er^Leeds, Woiverhampton, etc.; 2« les villes maritimes, plus gaies, plus enjouées , animées, tantôt par le mouvement commercial, tantôt par l'appareil militaire , oU le marchajid doaoe la maia à l'ariatoorate, oii le dock est sauvegardé par l'arsenal, où le charme de la mer iu^ vite aux plaisirs des bains, telles Liverpool, Bristol, Portsmouth , Brighton ; on pourrait y comprendre les villes de baioâ intérieures, comme CheUenham , Bath ^ dont Tordonnance architecturale semble la plus exacte expression du faste britannique ; 3» les villes savantes, ornées de collèges, de chapelles gothiques, peuplées de docteurs qui parcourent les rues en robes noires et en bonnets carrés, telles Oxford et Cambridge.

Voilà pour Penaemble du pays.

Cambridge est une ville bâtie sans régularité et dont l'importance tient uniquement à sa célèbre Université, qui comprend dix-sept colliéj^s situés dans différentes parties de la ville*

Ils ont tous été fondés depuis le temps d'Edouard I", et sont enti'ctenus au moyen de dotations.

Chaque collège est m corps constitué, régi par ^s propres statuts, contrôlés cependant par les lois supérieures de l'Université, établie par la reine ÉlisabelU. Le chef de chaque collège a le titre de master (maître), excepté le provost (prév6t) du collège du Roi et Àe président de celui de la Reine. Le chancelier est ie chef de l'Université, mais le vice-chancelier, élu annuellement, le 4 novembre, par les chefs de collèges, on est le chef réel. Les prociurs (procureurs), et les prit^octors surveillent la discipline et la conduite de ceux m statu pikfillari, et sont choisis parmi les mattres^^arts qui oi^t deux ans de stage.

Les collèges sont autant de moniuiieiitb d une architeclure mâiéede goti^ique et de renaissance, et doaaeal 41a ville ujie pbydiooomie à la fois artistique et monacale, qui la rend très-originale. Nous visitons ces collégeSj grandis et petits ; [)Our Turdinaire. I on enti r dans une cour, au milieu de laquelle un yrecn ou tapis vert de gasoft repose la vue, et sur le derrière du corps de bâtiment sont les jardins. Kîng s Golledge m'a paru le plus vaste, le plus orné et le plus gracieux; pourl;int quelques personnes lui préfèrent Trinity-CoUedge. Uuel a^ct à la fois megestueux et coquet olfre la seconde cour de King's-Golledge, avec la perspective de son parc, le pont jeté sur le Gam et FensemMe disposé pour un effet IhéAtral ! îiC tableau atteint une certaine suavité que nous ne pouvons obtenir sous notre climat de France. L'art monumental, comme le système des jardins, es4 ici en parfaite barmonie avec la nature légèrement bru-, meuse de la ^ii ande-Bretacrne, et l'on s'y étonne tout eu admirant combiea les maisons d'éducation , les collèges, sont des édifices séduisants et pleins d'attraits ; ea France, nos pensionnats sentent un peu la vulgarité et le pédantisme, tandis que noscolle.^esou iyeées ne sont que de vieilles prisons restaurées, des casernes ou des couvents. Si nous avons fait des progrès sous le rapport de la propreté, nous n*avons pas amélioré depuis notre fameuse révolution égalitaire, ce qui tient aux besoins absolus de la vie. Nos collèges n'auront des fosses inodores qu'un demi-siècle après ceux de l'Angleterre, et bienheureux les jeunes élèves qui, pendant la saison d'été, ne deviendront pas la proie des punaises, comme c'était de mon temps, dans la seconde vdle de France.

Iking's-Coliedge réunit plus qu'il n'est bumainoment possible de désirer pour la jeunesse ; la salle à manger est élevée de trente pieds, ses boiseries sont richement

sculptées, et partout règne une extrême propreté et un parfum du la plus pure distinction. La chapelle qui en est le pendant de 1 autre côté de la cour, date de U46, de eetie époque où domine le style fleuri; sa voûte est d*un gothique très-orné, tout dentelé (carved stone), genre cl onieinml appai leiiaut au style anglo-saxon , Ircquciiimcnt reproduit en Angleterre , imité de la chapelle d'Henri VII , à Westminster ; les orgues sont entièrement dorées et les stalles sont découpées dans le style renaissance et toujours arraoiriées. Au fond du chœur (choir), se voit une Descente de Croix, prétendue copie de Raphaël , par Daniel de Yolterre ( Ricciarelli ). — Mon doute à cet égard. L'aspect du tableau est peu brillant , roussâtre ; une tête sur la droite est bonne à signaler.

La cour de Trinity est spacieuse, mais carrée 'et fermée de tous côtés par des édifices , aussi manque-t-eiie d'horizon. Âu milieu de la cour s'élève une fontaine gothique comme une source de Sapîence. La bibliothèque dans le second cai rù, est un beau bâtiment soutenu par des piliers et bâti par Wren;ce qui la rend intéressante, c'est sa collection de livres , de manuscrits et de bustes des savants, tant anciens que modernes. Aux littérateurs et aux paléographes je recommande certains manuscrits deMiUon, et à tous ceux qui font des recherches sur les origines de la peinture , un fragment assez volumineux des oeuvres du moine Théophile, sur lequel roule la controverse modenic a propos des premiers procédés de la peinture à 1 huile, et de la date de son invention.

Admis un instant dans l'appartement du révérend di* recteur, J'eus lieu de m'apercevoîr que les docteurs de Cambridge soignent le corps et l'esprit avec une égale sollicitude.

Je visitaiencoreleSénat^magnifiquemonumenld'oiHii'e corinthien, figurant un temple grec, puis je pris quelque

repos, je bus une ûole de g%nger'4>eer ( bière ou mieux limonade au gingembre) , et par le premier convoi descendant , train down , je rentrai à Londres , où mon séjour devait ôLrc de courte durée. Il était temps de faire l'ascension de la Grande-Bretagne , d'en atteindre le p(yie nord, le mois d*août était proche.

Nous sortîmes de Londres, par le Great-Western , ce rapide railway dont notre Brunei, l'auteur du Tunnel de la Tamise, a dirigé les travaux avec sou intelligence accoutumée. Pour joindre les avantages de la vitesse à la sécurité qu'elle nécessite, l'ingénieur a conçu des rails avec rebords inférieurs qui s'enchâssent exactement dans les roues également munies de deux rebords en saillie, de sorte qu'un derayement ou déraillement est presque impossible. Ce système luxueux et prudent à la fois, permet une vitesse consiiiiirablc; aussi les négociants do Bristol qui se transportent à Londres par un convoi à grande vitesse (express ^ratn^, y sont-ils lancés en très-peu de temps, la vitesse étant d'environ 48 lieues à l'heure et pouvant atteindre jusqu'à 25 lieues sans danger. A la station toute royale de Slougb, nous fesions balte, et après un quart d'beure de promenade à pied, nous étions à Windsor. Un peu avant le pont sur la Tamise, qui mène à la petite villedeWindsor, se trouve le collège d Eton, fondé en 1440, par Henri VI, dont on voit la statue de bronze dans la cour. L'institut contient cinq cents jeunes gens de familles aristocratiques qui y sont en pension et soixante et dix élèves entretenus par les fonds de l'établissement; la chapelle est d'un aspect imposant et la bibliothèque des mieux composées de l'Angleterre. Gomme c'était l'beure de la récréation, les jeunes élèves se montraient dans l'avant cour, paraissaient fort gais et s'amusaient beaucoup au cricket local , qui consiste k se renvoyer la balle au moyen

d'une raquelte. Au sortir d'Eton , nous procédâmes à rascensioii de Windsor-Gastle, située sur le dos d'une

éminenc(; et dominant au loin le pays le plus gracieux^ le plus ombragé , le plus verdoyanl qui soit dans la nature.

Un permis du chambellan foràer of ehtmherlain ) est

nécessaire pour entrer clans le château de Windsor, et malheur à ceux qui manqueraient à cette formalité , ils éprouveraient un impitoyable refus et n'auraient pas môme la ressource de corrompre le garde moyennant une poignée de shellings.

Il est ineontestabie que le château de Windsor est une des plus belles demeures princières qui existent. Ce qui le distingue, à mon avis, c'est qu'il est Timage fidèle des traditions, des habitudes et des mœurs britanniques. Sa position élevée, son ensemble détours, de créneaux, de donjons, de cloîtres, de chapelles gothiques, lui donne la physionomie la plus féodale entre tous les dé-^ bris de la féodalité.

Les Français se prennent quelquefois à lui compîirer leurs châteaux royaux et ils ne trouvant rien de compa* Table en France; c'est que chaque pays donne ses types et qu'il n'est pas permis de rapprocher des originalités. Kotre Versailles est bien l'expression du pouvoir royal absolu, exclusif , alliant le faste et la grandeur à un certain pédantisme apprêté et soupçonneux. Versailles est situé tans une contrée basse , sans portée , sans échappée de vue, sans horizon , et pourtant nous admi- . rons, à juste titre, cette vaste cour d'entrée, cette série d'appartements innombrables et immenses oii l'or , le marbre et les peintures éblouissent les yeux; puisées bassins somptueux où l'homme semble avoir pris à tâche de translormer la nature ; ces jardins et ces allées où domine la ligne droite , et cet ensemble nous plaîi, soit

— ai7 —

qu'il iuppoUe use époqae de grandeur, soit qu'il f

ait réellement du beau dans ce que nous voyons. Mais Versailles n'en est pas muiiis incomparai)le à Windsor, et les qualités de l'ua n*oût rien do commuo avec celles de l'autre.

Nous fîmes rasceusion de la forteresse de Guillaumeto-^nquécaut , du cùié du nord. Arrivé au cloître , linacBiviSY eomme ramit iliit on écolier, mon nom sur le chapiteau d'une colonne située dans l'angle qui visa{?e la grosse tour, et reprenant haleine, j'arrivai à la terrasse, d*où Von a des points ée vue délicieux. Là bas, serpente la Tamise sous mille pHs gracieux, et des arbres tuuUus semblent se baigner en foule sur ses bords. Parmi les appartements oii le public est admis , on remarque la salle des gardes la reine, décorée d'un grand nombre d'armes de tonte espèce. La chaaibie d'audience, le salon de la reine et la salle de bal , ornés de tapisseries et de peintures , sont d'un style élégant et r^be. Outre l'attrait que présentent par eux-mêmes le long vestibule et le salon vert, il faut encore admirer les nombreuses peintures et spécialement les portraits aris* tocratiques dus è Van Dyck et les dtx-buit portraits |.»olitiqnes de Lawrence , parmi lesquels il Tant mentionner ceux de Pie Yll, du cardinal Gonzaivi, de Bliicker, de Ifetlemicb , comme supérieurs. La chapelle de Saint Geui i^es ou Té^^lise collégiale qui se trouve au milieu de la seconde cour du château, est un beau monument de style gothique, d'un goût pur et élégant. Fondée par Edouard II! , en 4377, elle a été embellie successivement par Edouard IV et ïlcnri VIL L'intérieur de la chapelle est d'une architecture gothique très-distinguée et la voûte y est remarquable selon l'usage. Des deux côtés du chœur sont disposées des stalles pour le roi, la reine et les chevaliers de la Jarretière, avec la bannière de

ieurâ armes. T.es caveaux reuierment les cendres de Henri Vlll , de safemmeleanne Seymourel UeCharlesI**. Les tombeaux d*Henri VI et d'Edoaard IV, aînai qae les moiiiunents d'un grnini iKnnbrc do perbuaiia^^us illustres orncat Tintérieur de réglise.

Nous quittons Windsor-Castle, par la rampe occidentale qui mène au centre de la ville. Là , noua prenons quelque repos dans un café où l'on nous sert des glaces et (les gâteaux, à très-bon compte. J'achète un ananas (bramelûij , de moyenne grosseur, pour un aheiling , et je ne m'explique ce tM>n marché que par les nombreuses relations de la marine anglaise avec les pays des tropiques tt de l'équateur.

La ville de Windsor est propre, distinguée et fort bien babilée. Elle n'a pas ce ton boudeur et avare de nos villes françaises ott la monarchie possède des ehftteaux. Ses environs, et surtout les abords du pont sur la Tamise sontd'unegaîté toute champétre.Ûn ne voit en cet endroit que beaux enfants blonds, heureux de l'air pur qu'ils respirent, ou bien des hommes qui montent et descendent la rivière dans des batelets, d'une forme si svelte qu'elle inspire peu de confiance aux étrangers amateurs du canot. Ces canots (boats) ont environ six mètres xie long sur un demi-mètre de large; un rameur seul occupe toute la place , mais plusieurs rameurs peuvent s'échelonner les uns devant les autres, et l'on conçoit, avec un tel système, quelle rapidité peut acquérir cette légère embarcation. Aussi, y a-t-il à Londres et dans ses environs, des courses de petits bateaux comme il y a des courses de chevaux. Seulement, les bateaux qui servent aux courses n'ont pas de rebords et sont ainsi réduits à leur plus simple expression; ilssont encore plus simples que les pirogues des sauvages , leur vitesse est infinie.

Entr autres particularités. Windsor a une école pour

las eofante pauvres , dite ragged schoal , école dégue* nlUée, école en haillons. Les enfants des exploitants de

la voie publique sont recueillis dans ces écoles où ils reçoivent les éléments de la morale chrétienne , puis de la lecture, de récriture, de tout ce qui concerne la pre-* mière éducation. La maison de Windsor a été fondée par un ancien ramoneur, qui avait su profiler des sages leçons de ses maîtres, et qui , après s'ôtre enrichi, a voulu témoigner ses sympathies pour les malheureux abandonnés, ses anciens égaux. Il préside luinnéme auv leçons, véritable leçon vivante. C'est au philanthrope Havves que I on doit cesétablissomeiits dont le patronage à la mode est aujourd hui dignenu ut conlmué par lord Ashley , fils atné du comte de Sbaftesbury, si remar<> quable par son zèle pour les classes ouvrières. Lord Ahsley est une nature évangélique, sympathique à toute souffrance résignée , pure et candide au milieu des corruptions politiques , - l'idéal de la vertu aristocratique. L'évéque de Norwich et d'autres bienfaiteurs de Thuma* nité coopèrent à cette œuvre. A Edimbourg , qui est la ville du moude oii l'on étudie le plus les raiijioi ls de la morale avec la politique , on vient de créer une école industrielle unie , sorte de complément des écoles en haillons , en ce sens que les enfants y apprennentdes métiers qu'ilsexerceront au sortirde l'école. Toutes ces institutions ont rendu d'éminents services à la moralisation des indigents , et sont devenus des perfectionnements apportés aux écoles du Dimanche,

Sunâay school , atlachees à chaque paroisse.

A la station de Siough , nous i^'preuons nos bagages entreposés provisoirement dans la maison du garde, et nous nous dirigeons sur Oxford. Nous passons rapide--

ment devant Reading, petite ville bâtie de pierres de taille et de bn^ues rouges^ son château gothique res-

taoré à la moderae, s'élève au milieu de ses turfs et de

ses Qreens\ aux environs, des jeunes gens s'amusent au cricket , qui doit être un jeu propre au pays, comme le volant à Paris. £n somme , la physionomie de Reading est des plus heureuses, et les petites villes ont, dans la r.rande-liretagne, cet avantage sur celles de France, qu'elles y sont plus nombreuses et mieux habitées « plus ' propres, plus gaies, plus vivantes.

Toute aggloméi*alion de 2000 âmes compte le plus sou- • vent 4 ou 5 hôtelleries.

 Wallittgford , changement de train. On laisse celui de Bristol, pour prendre plaee dans le train d'embranchement sur Oxford. Ces niuLations aux embr;iiichcmeiUs (jwnctiom) présentent des inconvénients sans nombre pour l'étranger qui ignore ces détails de localités.

On n'est guère plus prévenu en Angleterre qu'en

Amérique.

£nfin, nous touchons à Oxford; d'élégants omnibus nous conduisent au centre de la ville, et, sans être consultés, nous somriics déposés à la porte d'un hôtel de troisième classe, d'une véritable hôtellerie d'ancien régime où nous aurons des études de mœurs toutes particiiliercs a enregistrer.

L hôtelier de Roebuck^ de Thôtel du Chevreuil, porte l'habit carrément taillé du fermier anglais , le chapeau plat, la culotte courte, les bas à côtes, et je crois même la boucle au soulier. Son allure est quelque peu celle d'un tory et d'un derhyste. Comme nous demandons à dtner, notre mattre Jacques nous désigne du bout de sa canne, toutes sortes de viandes et de volailles appendues à la voûte de la porte d'entrée de l'auberge. Que veulent ces gentlemen,desoies,d68 canards, des lapins, des poulets?S*écrie-t-î!,d'un air de triomphe, comme un landlorâ bien achalandé , et li paraît contrarié dQ ce que nouâ m

— au —

spécifions pas la qualité de ranimai destiné au festia.

Selon iui. iioub devions nous conformer aux. vieilles traditions et m pas arrêter bêtement im repas, à tant par . téta. Après tout , nous dînâmes conyenablement , nous pasbîiiaes la nuit dans des lits de bambou, confortablement garnis de rideaux et de draperies , et ie lendemain nous étions frais et dispos pour visiter l'Université d'Oxford et ses docteurs en us. Notre première visite fut consacrée au docteur Daubeny, directeur du jardin botanique. Cet honorable savant nous reçut plus en confrères qu'en étrangers : il nous montra tous les essais agricoles auxquels il se livre avec un rare esprit de suite, sur tout ce qui concerne les grains , cette base de l'alimentation humaine. Le docteur est un véritable master^com, roattre-ès-céréales , et il n'est pas d'expérience à laquelle il n'ait demandé un secret de production pro*^ gressive.

Le jardin botanique ressemble à tons ses congénères du Nord , il souffre trop du froid l'hiver pour faire bonne contenance l'été. Cependant , dans un coin, abrité par une serre vitrée, grandit un araucaria exeeUa^ de Tfle Norfolk, qui a au moins duux iiictres d cicvalion et qui, à cette heure, en a peut-être huit ou dix. Le docleur eut la bonté de nous faire parcourir sa maison que j'ai trouvée simple et parfaitement tenue, comme il convient à celle d'un homme qui consacre ses heures au travail ; sa bibliothèque renferme un livre précieux, un album des poissons, décrits et coloriés par F. Bauer, œuvnj bien remarquable.

11 n'est personne au monde qui n'ait entendu parier maintes fois d'Oxford et de son Université , et il est peu de gens qui se doutent des parlicularilés de cette importante Université anglaise, de la m^gesté monumentale de cette ville, et qui fassent un effort pour l'aller voir.

Un vrai français débarque à Londres, se risque jusqu'à Uverpool, rentre chez lui par le chemin d'oU il est venu, et il raconte partout que les villes anglaises sont des

amas de briques enfumées , dont les rues ne sont peuplées que par des marins toujours ivres, ou par des ir* landais afl^més. Je dirai sans cesse que TAngleterre, pour être exactemciiL jugée, a besoin d'uncoiUrôk' presque général , et qu'il faut l'embrasser tout entière pour la bien saisir.

Si l'Anglais offire une certaine monotonie de manière d'être , l'Angleterre présente une variété indicible d'aspects, de points de vue, de formes extérieures/soit dans les œovres de la nature , soit dans celles des hommes. Ces aspects, dont le nom corrélatif est prospects^ sont ordinairement le fait des contrastes, et, pour le voyageur, le sujet de douces méditations.

Venez -vous do Londres, la populeuse cité oii chacun presse le pas pour vaquer à ses affaires, oii la plupart des conversations roulent sur des matières de commerce, d'industrie , de spéculation : où des quartiers entiers, avec des populations énormes, semblent nés d'hier, tant ils sont précis et réguliers dans leur alignement ; oh Tarchitecture , qui donne le caractère monumental , est le plus souYcnl oubliée pour céder la place à la simple maçonnerie, où l'art est en un mot immole au profit? £h bienl entrez dans Oxford, par Uigh Street, cette rue féerique , si large que l'air de la campagne y circule dans toute sa pureté oxygénique , si longue que vous desespérez d'en atteindre l'extrémité, bordée, à droite et à gauche de palais byzantins et gothiques , parsemée de rares j^roineneurs, graves cl solennois comine des docteurs, mesurant leurs pas académiques, vôtus d'une fa~ çon tout étrange, portant la barrette quadrangulaire et la robe noire, et s harmonisant bien,par leurs allures et

leurs costumes traditionnels, avec la physionomie sombre et vieillie de lous ces collèges, témoins de plusieurs siècles.

C'est à douter si Ton réside encore au foyer britannique; tout reproduit autour de vous la mâle figure du siècle de la Renaissance, et, par une belle journée d'été , Oxford vous porte aux illusions, vous croyez être à Pise ou à Padoue, au temps de Galilée.

Oxford compte plus tle vingt collèges, petits et grands, des chapelles et des établissements publics qui concourent, par leur élégance monumentale , à l'effet général.

Ghrist-Gliurcb, dont la fondation date du cardinal Wolsey, serait le premier, par son importance universitaire et par l'élégance de sa construction. On voit , dans sa bibliothèque, une bonne statue de Locke, par Roubiilac.

Magdalen-coUedge occupe un délicieux emplacement

à l'une des extrémités orientales de la ville , sur les bords de la rivière, où sont des jardins et des promenades ombragées. Sa chapelle est surmontée d'un clodier que l'on aperçoit de tous côtés ; au fond du chœur, Ton admire un tableau consciencieux, un Christ portant sa croix, que Ton attribue au Guide et que je suppose plutôt être d'un élève de Moralès. Le collège est en tout point bien tenu , et cette tenue irréprochable est de toute rigueur, puisqu'il a le privilège de donner asile aux rois et aux princes, quand ils voyagent.

Âll-Souis's-coiledge est célèbre par la bibliothèque de 40,000 volumes que lui a légués le colonel Godrington« Sa chapelle est ornée d'un bon tableau de Mengs , noH me tatt'jeie. qui est la perfection dans le style mou; la tête de la femme est remplie d'expression, le dessin est correct et la couleur chaste. La voOite, peinte par ThoD-

nhiU , a moins de Valeur, elle laisse Irop percer le hire

anglais, qui est iiKilhcupeusemenl inférieur aux manières étrangères quand il s'applique spccialemenl aux décorations morales, en un mol, à la grande composition. Dans un cabinet latéral et dans les salles voisines , on nous montre une tôte ébauchée, par Mengs , un antique trépied grec, un vieux plan de Londres , fort précieux; puis un buste, très-finement travaillé, du fondateur Chi- <;heley, archevêque de Canterhupy, par Roubillac- eiitin une bonne statue de l'illustre légiste Blackstone, en simarre et en perruque à marteaux , par Bacon. Le réfectoire est orné de portraits et muni d'un tapis de Turquie. J'imagine que les quarante élevés de ce collège doivent trouver le travail attrayant. Je laisse la description de TUniversité et des autres

collèges qui m'ont paru moins importants, de Baliol, d'Oriel, de la Reine, de Merton, de New-coliedge où j'ai passé des heures de repos et de méditation, sur le moelleux gazon de son jardin; mais je ne puis passer sous silence la fameuse bibliotiièque Bodleyenne qui forme, à elle seule, un monument de grandeur et d'intérêt scientifique.

Quarrd je disais qu'Oxford méritait le voyage , je n'avançais pas une exagération, car les richesses de la bibliothèque Bodleyenne, sont, à elles seules, dignes de l'admiration d'un connaisseur intelligent. Pour ina part, j'ai seulement regretté de manquer un peu d'érudition; il n'est pas si (àcile d'être un vrai savant et, néanmoins, il faudrait Tôtre assez pour retirer des voyages tout le bien qu'ils procurent. On nous ad abord montré les marbres ditsd'ArundeL Ces marbres sont, en quelque sorte, la contre-partie de la collection d'Elgin , cette dépouille du divin Parlhénon, dont nous avons parlé à notre passage au Musée britannique de Londres. Au lieu d'éti*e

— SMS —

rimoge d68 hauts faits de Tantifue Gr6c6 , ils en sont Vhistoîre écrite et probablement fidèle. Ils sont connus sous la tléiiominalion de marUres d'Arundel, parce que Sir Howard, comte d'Aruadei en ordonna les fouilles el rextraction de I1ie de Paros , pour en doter le saaolii iiiu de la science britannique, la buiuic et studieuse ciié d'Oxford. Aujourd'hui , les pal^graphes et les ar^ ohaîstes de i'£urope se prélassent devant ces témoignages fidèles de plus de mille biècles, et, tout à leur aise, à bonne source, ils apprennent les biographies de Ce* crops et de IlinoSt les épisodes de la guerre de Troye , de la bataille de Marathon et les circonstances qui ont accompagné la vie de ces immortels que nous connais-* sons à peine par nos premières études : Hésiode , Homère, Eschyle , Sophocle , Euripide, Anaxagoras et Socrate.

La Bodleyan JJbrary renferme 400,000 volumes et se divise en deux parties, l'ancienne et la moderne. Outre cette masse de livres on voit en entrant, dans la moderne, deux portraits en pied de Guillaume IV et de la reine Adélaïde, par Wilkie, dont le talent est plus fa<* milier à la petite composition qu'au portrait de toute taille. Les deux Ilolbein qui sont au-dessous, quoique d'un ton bien brun, sont d'une authenticité probable^ tons les autres sont négligemment brossés et d'une oti^ ginalité douteuse. Les portraits de Charles I*' et de Henriette , par Van Dyck , sont assez médiocres. La statue en bronze du comte de Pemhrock est une heureuse pro^ ducUon du français Hubert le Seur , élève de Jean de lîologije. Le duc de Wellington est encore ici en peinture , puis en buste, par Chantrey , soon after the Water-' loo'a baitk^ tel qu'il était après la bataille de Waterloo. Le Strafford , de Van Dyck, est assez bon ; mais la pièce curieuse de celte galerie, est le portrait de 1 inlonuui^

— sereine Marie, par Federico Zucharo ou Zuccheri , car on dit Tuû et Tautre. Ce qui rend cette attributiOD exacte , est le voyage en Angleterre que fit ce peintre , qui , dit* on , avait grand stylo eL grande imagination. Le sein de la reine d'Écosse est couvert d'un voile transparent, et comme la touche est peu montée en couleur , une suavité pareille à celle de Raphaël règne sur tout l'ouvrage. Je cite pour mémoire les réductions des chefs-d'œuvre de l'art grec monumental , qui forment une collection précieufle et de bon effet dans cette bibliothèque ; ce qui m'étonne, c'est que tous ces objets ont été fabriqués à Paris , et qu'à Paris on ne les voit nulle part. La Cathédrale de Calcutta forme une délicate réduction en marbre blanc, faite à Fisc par M. Van Lint; le monument élève à la mémoire des évôques martyrs, qui se trouve en dehors de la porte septentrionale d'Oxford ^ a été habilement réduit en papier mâché, et placé au milieu de cette exhibition qui nous a coûté un sheliing chacun, malgré le prétendu droit de publicité dont jouit la Bodleyan lAhrary. Dans l'ancienne partie de la bibliothèque on admire les boiseries, les plafondb annoriés, les manuscrits orientaux et surtout persans, et les catalogues bien tenus , à la disposition du public, ce qui ne se pratique pas encore à Paris, dans la bibliothèque de la rue Richelieu. La discipline y est tellement sévère, que les lecteurs sont parqués dans des compartiments fermés tnto boœes^ dans des loges. Cet isolement conservateur est peut-être le fait de l'humeur indépendante des Ancrlais.

La bibliothèque Radcliffe, fondation du médecin de ce nom, est située dans un miyestueux bâtiment surmonté d'un dôme.

L antique église de Saint-Pierre a attiré notre attention. Ses parties lalérales seules appartiennent à la vieille et massive architecture romano^saxonne, quoique rele-

Tée par quelques agrémente, tels que cannelures, U«

serés.

Le Sénat qui sert aux délibératious des conseils de lUniversité, ressemble comme celui de Cambridge, à la Maison Carrée ou au Temple de Pœstum. Il paraît que le style grec est le pédagogique par excellence. Je ne sais pas si les Anglais font bien ou mal de prodiguer tous les styles à rornementalion de leurs cités, mais la quantité de monuments qui ornent quelques-unes de leurs villes, a toujours l'avantage de les arracher à l'effet monotone et mesquin, et de leur donner de suite une physionomie grandiose. *

Les Universités de Cambridge et d'Oxford se distinguent non-seulement par leur apparence monumentale, mais encore par l'esprit de leurs coutumes et Tinfluenco morale qu'elles exercent sur tout le pays.

S'il est vrai aiÛ<)urd'hui plus que jamais que l'éducation et l'enseignement fondent la politique d'un État ^ il n'est pas douteux que les universités anglaises ont leur légitime part dMnflucnce sur les affaires et les destinées de la Grande-Bretage. L'importance du sujet est tellement reconnue, que chaque jour nous apporte quelques nouvelles productions sur l'état psychologique de l'enseignement officiel et de l'cnsi ignijment libre des études faites aux universités traditionnelles d'Oxford et de Cambridge, et des études faites à l'université toute moderne de Londres, car il y a une Université à Londres. Cette dernière, qui date à peine de trente ans, rte me paraît avoir été fondée que pour faire opposition aux vieilles universités gothiques et tempérer dans une juste mesure leur exclusivisme religieux et philosophique, en admettant dans son sein toute espèce de doctrines et des élèves de toutes les communions; elle représenterait £6 qu'on est convenu de nommer plus particulièrement

rédueaiion nationale, qui conaiste à isoler la théologie de toute instruction. On sait peutrétre que les héros de

ce mouvement généralisateur, oui été le feu duc de Sussex et lord Brougliam qui a consacré une portion de son zèle pbUaathrc^ique à la diffusion des sciences et des connaissances utiles au milieu de toutes les classe^ de la société. Lord Brougham n'aurait-il usé son lemp^ et son repos qu'à la propagation de cette diffusion scientifique, qu'il aurait bien mérité de son pays, et quil se serait montré di(?ne de la haute position qu'il a conquise si rapidement. Deux autres hommes viennent d'encourager l'éducation nationale, lord John Russel pour l'Ângleterre et pour rÉcosse Thonnéte docteur Ghalmers, ce sage, dont Edimbourg porte encore le deuil.

Les Universités de Cambridge et d'Oxford sont exclu* sives, en ce sens qu'elles exigent de la part de leurs élèves un serment de fidélité à l'église ollicielle, à la communion anglicane. Ce serment, sorte de test universitaire , est ainsi conçu : « le jure que je suis de bonne foi ( b<md fide ) , membre de Téglise anglicane. » Les jureurs portent le titre de tme churchmen^ vériiahles fidèles; les non-jureurs sont dépourvus de certains privilèges ei considérés comme indignes d'entrer

dans la docte congrégation, indigni intrare in âocto corporc. Ces derniers, les intrus oui simplement la facilité d'assister aux leçons, en les payant.

Évidemment un pareil système hérissé de tant d'exceptions, si soumis aux privilèges, répugne à l'esprit moderne; u^ais, comme il faut juger chaque peuple par ses instincts nationaux , et TAngleterre spécialement par son esprit mixte, à !;t fois iibéral et routinier, il est bon de ne porter qu un jugement circonspect. Si les Universités anglicaiies dataient d'hier, il n'y aurait qu'une voix pour condamner leur intolérance, leurs iu-

justifies, leurs eérémooîes formsiisl6S,toiirdévouèaieDl absolu aux vieilles Goutnines, dont la gêne et quelque^

fois le ridicule sonl avoués de ceux qui les pratiquent encore; au contraire, ces universités sont fort ancien» nés, et tout en donnant Tessor à Tesprit humain qu'elles éclairent par la science, la morale, le respect des lois divines, elles ont pour raison d'ôtre le principe de la tradition, de cette même Uadition qu'elles représentent avec intégrité et qu'elles se garderaient bien d'anéantir puisqu'elles commettraient un suicide. Je n'bésite pas à penser qu'une révolution radicale de renseignement universitaire serait fatale à l'Angleterre, mais il lui serait proiitâbie en debors du système qui a présidé à la création d'une nouvelld université où tout est moderne, même l'esprit qui y règne, de faire porter la réforme sur une foule de points qui ne compromettraient pas le eni ricière religieux et respectable de Cambridge ou d'Oxford. Il y a toujours avantage , opportunité, besoin même à relier dans un gouvernement intelligent les sages et lentes traditions du passé à la tendance progressive de l'avenir. Ce principe politique est d'autant plus applicable à l'Angleterre qu'elle semble en avoir fait un axiome, dont les (àits et les résultats démontrait cbaque jour l'efficacité. Ainsi je me permettrai d'accuser l'inconséquence de la noblesse, qui laisse ses enfants se confondre à l'école avec toutes les classes de la société, qui établit des catégories au collège, et enfin , se sépare complètement à l'Université de ses inférieurs en hiérarchie sociale. Cette ligne de démarcatiun arrive à de tels excès qu elle dégénère en absurdité; alors qu'en France et en Allemagne on exige de tous les candidats le môme degré d'instruction scientifique, en Angleterre, les i>aronnets, les fils de comles et de ducs sont dispensés d'une partie des études dont on fait une obligation

sa

'^ux jeunes gens des classes bourgeoises, comme si ies létes ndl>les avaient la science Infuse. Ces! là une bi»

zarrerie qui n'aurait sa raison d'être qu'autant que les jeunes gens nobles seraient complètement séparés des roturiers, étudieraient dans des collèges spéciaux à leur qiialiLé et l'égis [)ar des renflements différents. Je n'admets pas aussi facilement la critique qui porte sur les distinctions dans le costume des étudiants. Une fois admis le principe de la noblesse, de Tinégalité des conditions, et ce principe ne peut-être méconnu eh Angleterre ob la noblesse est une force réelle , d'ailleurs intelligente et utile à son pays, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'un jeune fils de pair porte quehjucs rubans ou quelques broderies de plus à sa robe doctorale. Ou il feut condamner au premier chef Taristocratie des Trois Royaumes, ou bien, et c'est plus rationnel, Il faut compter avec elle, en lui donnant l'importance dont elle jouit pleinement.

Ouant aux vices résultant du dogme sur lequel s'ap*

puyent les deux grandes Universités , on ne saurait les combattre sans ruiner de fond en comble ces mômes Universités, à moins de supposer que les chefs de la doc* Irine consentissent à l'amender. L'anglicanisme qui préside a toutes les inspirations théologiques, n'est pas dépourvu des défauts propres à tous systèmes , à toute secte. Il n*y a donc pas lien de s'étonner qu'on ait poussé en avant ou en arrière le principe de l'autorité protestante la plus étendue, c'est-à-dire de l'anglicanisme. Outre les dissidents et non conformistes , qui déplaisent aux Universités, parce qu'ils montrent trop d'indépendance individuelle, il faut compter tousceux qui se sont rapprochés du catholicisme en exagérant le principe de l'autorité protestante épiscopale, et qui ont fini par aller, en transfuges, dans un autre camp , en apparence

bien proche ei au fond si éloigné, qu'il en diffère tota* ment ; à mon avis, le tort a été double. Il a été commis

parles professeurs théologiens d'Oxford et de Cambridge, qui sont proteslants jusqu'à lexclusivisme le plus entier, et qui se donnent des allures romanistes, se livrant ainsi à un jeu trompeur, comme des enfants jouent avec le feu dont ils ignorent les propriétés incandescentes; il a été commis par les tranfuges eux-mêmes qui, s'ils avaient été des hommes convaincus, des protestants sérieux et résolus, auraient dû savoir qu'il n'appartient pas plus à un anglais, môme schisma tique, de se convertir au romanisme, parce qu'il semble en être rapproché en hiérarchie théoiogique et chrétienne, qu'à on luthérien, un unitaire on un morave qui paratt aux antipodes du catholicisme romain.

Mais Ton était sur la pente et l'on y a glissé.

Le schisme ^d'Oxford s'est étendu depuis quelques années, il a eu du retentissement en Europe et une certaine influence sur le mouvement néo-catbolique qui a uiiibrassé non-seuiement les Iles-britanniques, mais le continent lui-même. Faut-il croire que ce mouvement chassera devant lui le protestantisme, soit libre, soit officiel, comme le simoun ou vent du désert pulvérise les caravanes des infidèles ? Il ne m'appartient pas de décider ; mais il est irrécusable que le mouvement a grandi depuis la croisade d'O'connell jusqu'à l'agression papale dirigée par le cardinal Wiseman.

Pour revenir au schisme anglo«cath6lique, nous nous permettrons de citer les noms de ses principaux auteurs, d0S révérends docteurs Newman et Pusey. Le premier, l'auteur de VEssai mur U déoelojpfeitMni de la doctrine ehrétienne^ le docteur Newman, si long-temps traité de jésuite, lui qui a mis en activité le puseysme, la doctrine inspirée par son confrère , vient d'entrer dans

giron de Téglise catholique, apostolique et romaine. On pense que le docteur Pusey, qui est le chef du muuvement anglo-catholique, ahjurera comme son collègue ei ami Newman. En attendant, il réclame, pour l'église anglicane, le droit de retenir les péchés, il va même jusqu'à parler d absolution.

Quelques personnes sensées, parmi les protestants, m*ont assuré que la cause première du schisme reposait uniquement dans la tyrannie que le test fesait peser sur les consciences, et qu'avec un peu plus de liberté on remédierait au mal.

Je suis assez disposé à croire que la liberté procurera plus de hienfaits qu'elle n'engendrera de maux , et je fais des vœux , bien que je ne sois pas intéressé dans cette question comme les anglais et les anglicans, pour que le test soit aboli.

M. Ward, ce nouvel et important puséyste n'aurait , dit-on, embrassé le schisme que pour échapper à l'intolérance du test. Je le comprends, mais je ne le félicite pas de sa doctrine de l'interprétation non naturelle qui me semble bien louche et d'une pauvre dialectique. Exemple . quand je dis blanc^ je veux dire noir ou gris. Voilà des subterfuges de conscience blâmables.

Qu'il me soit permis d'émettre mon opinion sur la réforme possible du test. Je conseillerais tout simplement de s'accorder avec le docteur llampden , le protégé de lord John, que l'on a accusé d'anti-trinitaire et qui n'en est pas moins évéque d'Hereford. Le révérend docteur Il;ini|)(lcri propose d'abolir tous les tests , excepté ceux que le parlement a imposés, que le parlement seul peut abroger.Gette proposition est applicable à l'une et à l'autre des deux grandes universités; car les différences dans les conditions et les manières d'être sont peu sensibles , si ce n'est que Cambridge voit ses chefs de

maisons soumis à un test pins sévère par l'acte d'Unie

formité, mais qu elle n'impose elle-même aucun test , qu'elle exige seulement des aspirants à uu degré, une déclaration qu'ils sont de bonne foi membres de relise anglicane.

Ainsi amendé, le système universitaire serait dégagé des entraves qui pèsent sur la conscience, et cette réforme aurait le double avantage d'être profitable et pos*

siblo. Non-seulement, l'état recoiiquen ail une furcc qui tend à lui échapper, mais la liberté de conscience et la religion elle-même qui sont toujours pour Tétat de si fermes auxiliaires, y puiseraient une nouvelle sève et imprimeraient à la jeunesse des deux grandes écoles, un sentiment complet d'indépendance qui leur a toijyonrs manqué. Les schismes qui sont des embarras pour l'unité d'une église sérieuse, seraient bien atiaiblis par Taflfranebissemcnt que nous avons demandé. Non-seulement le schisme anglo-catholique perdrait presque toutes ses forces et mùme il ne serait plus question d'un autre nouveau scliisme qui ne s'est fondé qu'en haine du pouvoir spirituel et quasi-papal inhérent à la personne du sou-* verain anglais.Nous avons déjà dit ce que nous pensions de cette grande anomalie, qui ne devrait plus se continuer de nos jours et nous n'avons pas craint , sans être personnellement mêléà la question, d'exprimer toute notre répugnance à l'endroit du vieux système d'Elisabeth. Nous comprenons la scission qui s'opère chaque jour en vue de revenir au concordat primitif d'Henri YIII , qui renie le pouvoir spirituel de l'évêquede Rome et se garde bien de le transporter sur la tête du souverain breton. Ce dernier schisme, dit d'Henri VIII , est comme l'on sait, patroné aujourd'hui par des hommes du plus haut mérite et de la première probité, des hommes comme M. Gladstone, par exemple, qui n'est nullement disposé

k devenir calholique romain bien qu'il conteste le spiritualisme chrétien de la reine d'Angleterre. La liberté donc, est et sera toujours la panacée de ces vieux maux que Ton croyait incurables, et qu'il sera peut-être donné à notre siècle de guérir.

Telles sont, en suiiime, ces fameuses Universités, ces forteresses sans fortifications du peuple anglais, ce bou* levard de la pensée anglicane. Si , dévotement, la tête et le cœur de la jeunesse bri Lan nique y sont vouts au protestantisme des évéques conformistes, philosophiquement, ils reçoivent leurs impressions par Tétude de Locke et de Hackîntosh. Il est possible que cette influence soit jugée pernicieuse sous quelques rapports, cependant, à ne consulter que les résultats et à les comparer avec ceux que nous signalons dans notre pays de

France, depuis Deicartes et KuU5i>euu , il me semble que l'avantage ne nous est pas resté, àmoins que nous ne décernions des palmes et des couronnes à l'agitation stérile de nos récentes révolutions , à l'absence de l'esprit public , à rindifférence religieuse, chez les uns, au scepticisme, chez les autres, et à Tintolérance, chez un grand nombre.

Maintenant nous allons dire adieu à la ville des palais, au séjour des savants , pétris de grec et de latin, aux pieux théologiens, aux doctes prédicateurs, pour visiter l'atelier, Tusine ou la manufacture , le travail manuel dans toute sa soumission mécanique , combiné avec le capital rémunérateur.

BUUUmHAM, UVEBPOOL, MANCHESTER. SHEFFIEUL

f L'industrie, venant de l'Orienl âvec U civilisaUoBr a marqué sa route par det «tapM brilNmlet, dont cl»* CBM a no nom dans l'histoire : Tyr d'abord, Venis* ensuite, p!us tnn! I s P^ys-Ba» et la France de Colbert, La Grande-Breugue a reçu ce dépôi grossi par laa cootfilNiUoiM de tous les sSèclat et d« tout Im peuples ; mais 11 s'esl accru entre ses mains avpf une rapidité qui tient du prodige, et Jusqu'à balancer par relibrl héroïque de deux 00 troh générttfMM, lai progrès aoeoni|»lia deiMis deux mille ans. Eh l>ien I Ce quo TAngtetcrre a fait pour l'Europe civilisée» les Laocastriens l'ont fait pour l'Angleterre. »

(Étude* sur l'Angleterre, Lio» Faiicu»;*

Autant l'air était chaud hier, auUnt il e»t humide aujourd'hui.

Nous nou« rendons, avec armeset bagages, au bureau du coche pour Birmingham.

Le coche est peint en gris , comme s'il roulait au milieu d'un pays poudreux : c'est là une exccplion, car la couleur lie de vin est affectée aux voitures publiques des grandes routes (mail et stage coaoh)] son intérieur (inside) est doublé d'un utrecht jaune. Les quatre chevaux, de taille et de grosseur moyenne , la queue courte et d'une coupe qui dénote de vieux services dans une bonne maison, sont attelés, elle cocher (coaehman), avec son pardessus blanc traditionnel, sa cravatle étofféeet quelque peu rouge, tient les guides en main. Il faut prendre place là haut (ouuide) , aussi près que possible de celte

80rLe de postillon iniatuc de sa quaiilé dirigeante, et dè:^ que , sur le siège de derrière , le conducteur a prouoncé le mot sacramentel ail right ( tout est prêt , allons ) , notre petit monde aiiibulaiil bciiieut et vole dans l'espace.

Ce mode de déplacement, par les voitures publiques, a un charme inexprimable et il est regretté par beaucoup de personnes qui ne se servent des raihvays qu'en raison de leur vitesse et de leur commodité , mais qui conservent toujours un bon souvenir pour cette manière pittoresque de voyager, d'assister paisiblement au spectacle de la nature des champs, au maniement et aux allures des chevaux, et surtout aux accidents de terrain. Â la vérité, sur Voutside^ il faut se résigner à subir et à braver toutes les intempéries des saisons. La pluie , par exemple, nous atteignit au premier relais (changing horses)^ il fallut déployer les parapluies, et comme un parapluie déployé occupe une plus large place que Tindividu qu il abrite, il en résulte un abordage, un choc continu, qui établit, le plus souvent, une gouttière sûr les épaules des voisins. Dans cette lutte incessante, ohacoD redouble de finesse, et Ton s'efforce de nuMer le plus de politesse à cet égoîsme qui consiste à repousser! irrigation du voisin pour lui en renvoyer une autre. Malgré les ruses et les stratagèmes tolérés, on arrive imprégné d'eau ou transi de froid. Aussi, dans la Grande-Bretagne ^ comme dans les Ëspagnes, le proverbe est justifié : Ce qui pare du froid, pare du chaud ; ce qui garantît du vent, garantit de la pluie. En prévision de la fatale rigole, ayez soin de vous munir du great coat , qu'il soit manteau ou simple pardessus. Les peuples des contrées méridionales, qtn ont le soin do voyager dans Tintérieur de voitures liermeliquemenl fermées, ne comprennent pas cette passion excentrique pour le toit des voitures, et; comme ils en ignorent la raison, ils la quali-

fient d'extravagance* L'errear profonde vient du défaut de coonaisaance de la nature et de l'esprit des localités. Outre que les roules anglaises sont tenues comme les ailées d'un parc , et que le paysage est d'ane suavité attrayante, le ciel se trouve souvent dans ces conditions moyennes de température cL de lumière qui donnent aux voyages en pieiu air un agrément impossible ailleurs. L'habitude , la passion des chevaux, le voisinage du eoachman , personnage important qui vous confiera les rênes à certains moioents, Tamour de l'indépendance, si conforme au grand air, tous ces motifs font, en un mot , sacrifier un peu au repos et à l'abri de Tinté-

rieur.

A la mauvaise chance du temps succéda l'ennui d'une mésaventure»

Quel voyageur n'a pas eu ses jours néfastes? Qui ne sait qu'il faut accorder une large part à la mauvaise fortune et se résigner parfois, dans la vie errante, à ronger un 08 on il digérer des couleuvres?

Mon ignorance des usaj^es faillit me rendre victime d'une vigoureuse boxe. Au premier relais, le eoachman vint solliciter le sbelling d'étrenne que les gentlemen lui donnent ordinairement. J'opposai une injuste résistance, croyant fermement m'ôtre acquitté envers chacQtt après avoir soldé ma place au bureau. Mon entêtement, en cette circonstance, ne servit qu'à donner de moi une mauvaise opinion aux autres voyageurs, et je jurai , plus tard , de me conformer à cette exigence. Cette loi du shelling, très-vexatoire d'ailleurs, est peu en harmonie avec l'humeur libre des citoyens du Royaume- Uni, et ne sert qu'à mieux prouver cette assertion, qu'il ne suffit pas d'une éducation indépendante pour user de l'indépendance , et que si les riches font naître, par leur orgueil , des usages d'une libéralié qui leur

est facile, les pauvres s'habituent à mécomuiiLiL; tuul sentiment de Qetié et se font mencUants pour une bagatelle.

Pour revenir à notre course en plein air, J'admirais ^

iiial^rc la pluie qui battait furieubement contre mon visage , cette belle campagne dont l'aspect verdoyant et les riches cultures invitent au bonheur des champs* Les haies vives , qui clôturent chaque domaine , indiquent suffisamment le prix que Ton attache à la propriété rurale; les vaches (durham)^ les moutons de pure race (dishîey ou south-down)^ le soin que l'on met à l'élève des bestiaux : tout ici, dans ces comtés agricoles du centre, respire Tordre, Fesprit d'entreprise et le succès qui vient couronner tant d'efforts, tant d'expérii uccs ingrates et laborieuses. Nous passons rapidement devant Blenheim , la princière demeure des Marlborough. Ce fût en commémoration de la bataille d'Hœhstett ou Blenheim, où, de concert avec le prince Eu^^onc , il défit les Français sur les bords du Danube, le 13 août 4705, que la terre de Woodstock, dépendante du château, fut donnée au beau et vaillant Màlbrau. J'obtins, de la part du conducteur, des renseignements nombreux sur ce château, et tous mes compagnons de route, jusque-là impassibles, dont je n'avais oui murmurer que ces demi-^mots, verytoarm^ verff cotô, very wet^ banalités au service de toutes les conversations tronquées, se décidèrent à participer aux explications : il s'agissait d'une seigneurie et des possessions d'un formidable ennemi de la France. Il est cependant plus probable que les instincts féodaux l'emportaient, en cette occurence, sur les vieux sentimeiits d'hostilité, et que mes compagnons de route, absorbés par le prestige du s^our du grand capitaine , oubliaient nos vieilles guerres, ignorées, selon tovte apparence , par quelques-uns d'en-

Ir'eux. Le château 4e Blenhein, autrefois Woodsiock ,

est conçu dans le style pallddien , le style en vo(rue sous la reine Anne. Les proporiions do rédiiicc sont monumentales, et les arts se sont plu à orner cette demeure quasi-royale; quelques peintures de Rubeus, que le célèbre due alïéctîonnaît partfeuflèreineiit, attiraient Tattention. Aujourd'hui on remarque les pc infures murales de Thornhill, qui a tous les défauts de Tart anglais , la mollesse et Tignoranee de l'anatomie, sans en avoir les qualités , les effets de clair-obscur, le transparent des chairs. Le parc et les jardins (pleasure groundj^ ont autant de grâce que de majesté.

Nous poursuivons notre route, et bientôt nous entrons dans Stratford-on-Avon, la patrie de rimmortel Sfaalies* peare. Rien aujourd'hui ne rappelle, dans cette petite ville, le séjour de la poésie; on ne voit partout que travaux d'industrie et d'agriculture; l'air est légèrement chargé de fàmée, les maisons noircissent au contact de la houille , cet agent viviflcateur de la puissance britan-' nique. Pourtant, la maison de Til lustre poète, du Cygne de Straiford, existe encore, et, comme celle de Corneille à Rouen, elle ne diffère des autres que par un modeste buste placé au-dessus de la porte d'entrée. De StraUonl il convient de se déranger un pou de son itinéraire , et , appuyant insensiblement sur la droite, d'aller visiter le vieux manoir de Warwiclt.

A mesure qu'on en^e dans le Warwîskshire, on s'aperçoit que le sol change, et qiïu unn terre grasse et foncée , succède un terroir graveleux et d'une argile rouge. On a cependant des d^lés assez agréables jusqu'à Erf^e^iitll, où l'infortuné Charles I« reçut le premier échec et la première défaveur de la fortune. A l'approche de Warwiek , le pays devient beaucoup plus plat, et l'on a long-temps en vue le château et les prin-

cîpaux édifloes de œCte ville, qui, diUoo , du temps des

Romains , était beaucoup plus considérable qu*elle n'est aujourd'hui. Elle est assise sur un rocher qui est sur les rives de TAvon ; elle parait peuplée, les rues en sont larges et alignées, la place est belle. La cathédrale est d'un gothique majestueux, et restaurée dans une grande partie, par un artiste habile , qui a suivi les anciens plans, et leur a donné de la grâce en conservant leur projection.

Non loin de là est une chapelle gothique et bien proportionnée. Les jours qu'on y a ménaj^és, la coupe qu'on a donnée à la nef, répondent parfaitement à la desti-^ nation de cet édifice, élevé pour servir de sépulture aux comtes de Warwick, qui ont donné à TAngleterre plusieurs hommes illustres. Le trop célèbre John Dudley, comte de Warwick , qui remplit d'une façon si extracwdinaire les fastes de la Grande-Bretagne de ses hants faits , de sa gloire et de ses malheurs, a, dans cette chapelle, un monument aussi distingué de ceux qui l'environnent que celui, à la mémoire duquel il est élevé , surpasse en réputation les différents seigneurs qui portèrent le nom de Warwick. U commença à se faire connaître sous le règne d'Henri VIII , fut tout puissant et créé duc de Northumberland sous Edouard M, et porta sa tête sur i'échafaud sous le règne de Marie.

La maison de ville , celle oh se tiennent les sessions , sont encore deux édifices qui contribuent à l'embellissement de Warwick ; mais ce qui distingue cette ville de celles qui l'environnent, c'est le château. Rien do plus pittoresque que sa situation, ses approches et les différentes perspectives dont on jouit , quand on passe de la terrasse sur le bord de TAvon en baigne les murs , ou qu ou s'avance vers une colline qui est sur la gauche du parc.

L'enlrëe de oe château est parAiitenent roma&Uque ; on a d'abord le eoup-d'œil de hautes murailles que

couvre une épaisse tapisserie de lierre, f'nsuilc c'est an porche antique, puis un pont qui s'élève sur un large fossé; puis une courtine et deux tourelles , dont Tune Inerte, je ne sais pourquoi , le nom de César. On entre^ alors c'est une cour spacieuse et un bâtiment à la moder< ne , qui joint l'élégance à la simplicité. Le manoir est grandf commode et heureusement distribué, les apparie^ ments tiennent un peu trop du luxe delà viUe.Les offices, les cuisines et un très-joli salon, sont taillés dans le vif du roc. Ce salon, surtout, me plut infiniment. Il est si frais, si ingénieusement décoré, que le repos qu'on y prend, on croit le prendre ddns une grotte enchantée^ J*ai vu dans les appartements d'excellents morceaux de Rubens et de Van Dyck, sur lesquels je ne m'appesantirai point; dans le parc, une Ile qui me plut autant que le. salon ; elle est délicieuse par ses bosquets et l'ancien manoir des comtes qui a été conservé comme un temple antique et paraît en être un.

Ce canton, ses environs sont riches eu bois de construction et je n'ai vu nulle part de plus beaux arbres ; les mattres de ce lieu ont su mettre à profit cette pro» priété (lu sol, et oui fait planter des cèdres qui peuvent le disputer avec ceux du Liban.

Maintenant nous revenons sur nos pas , pour prendre le stage-eoaeh à son passage à Stratford et gagner Birr mingam. On arriverait également dans cette dernière ville, en passant par Coventry.

Nous voici aux pieds de Birmingham , qui occupe le sommet d^ine colline et en suit les pentes douées. L'amphithéâtre que mesurent nos yeux , est d'une teinte sombre, lugubre, enfumée e( imme une usine, une fabrique, et ces milliers do tuyaux, vomitoire.s des épais^

ses couches de fumée qui planent sur Birmingham ,

nous apprennent qu'une ville manufacturière est moins une ville , qu'un assemblage monotone d ateliers, de machines à vapeur, de patrons et d'ouvriers , de matières premières et d'objets transformés. L'aspect des vil* les industrielles est maussade et sinistre ; si ce n'était l'intérêt qui s'attache fatalement aux vicissitudes du commerce et de l'industrie civilisée, j'engagerais l'étranger à se détourner des comtés industrieux du centre de I'Angletei*re, dont le spectacle est à la fois grandiose et misérable, pnr une de ces bizarreries dont nos petits neveux sauront peut-être le secret. Birmingham, Li^ verpool, Manchester , Leeds et tant d'autres villes ne devraient se décrire, car elles sont exactement façonnées sur le môme modèle. On ne saurait signaler une particularité, tandis que les traits généraux abondent. Après cela, si, faisant bon marché de Texistence mécanique et délétère de l'ouvrier, on ne considère que les résuUatî de la richesse publique, le pitoyable tableau db l'atelier vu de près se transformera en grand et magnifique panorama. Quoi de plus surprenant que ces agglomératîonsoh s'élabore tout ce qui est nécessaire à notre luxe et à nos besoins; oii cinq millions d'hommes secoudes par de puissantes machines, convertissent tout ce qu'ils touchent en objets utiles, et dont le résultat définitif est une production annuelle de quatre milliards et demi de francs !

Cependant on nous débarque à Swan hôtel, et là devant le landlord et quelques personnes de sa suite, le conducteur me rappelle, avec cette ténacité que l'épervier met à poursuivre sa proie, que je dois un shelling d'étrenne à un de ses collègues, et qu'il faut sur-le-champ acquitter cette dette, sous peine de laisser en gage tous mes effets. Evidemment une telle cupidité et de tels moyens

étaient peu propres à la conciliation. Le maître d'h6fcel 86 liguait, comme c'est l'usage en tout pays, contre son hôte, et tout mon bagage allait disparaître , lorsque la force et la grossièreté capitulèrent devant nri négative persistance. Je ue demeurai qu'un jour à Swan hôtel , et il est probable que le bill présenté en An de compte comprenait le shelling en question, passé à rarticle lits, thé, dîners ou service.

Birmingham, que les vieux nomment eii( i o Bermin* gham, de son ancien nom Eermigham, s'est approprié le fer du StaiTordshire pour en produire des milliers d'objets. Le fer, le cuivre et l'acier joucut lu principal rôle dans cette fabrication de Birmingham. Ses produits ordinaires sont les clous, les aiguilles, les boutons, les armes à feu, puis la quincaillerie fine, puis la sellerie , les fouets, les tabatières, les jouets d'enfants, la bijouterie, le plaqué, la tôle, l'émail, les garnitures de * cheminée, enfin , les sièges à étui , les parasols de poche, des marcbe-pieds à ressort , des yeux de poupée , et pardessous tout, des plumes en acier. Depuis quelques années les imilaLions de laque do la Chine et les meuLlcs et ustensiles de papier mAché ont pris une grande extension. J'ai eu roccasion de vérifier le fait, chez Ihomason , oîi Ton me montra un encrier destiné au duc de Dcvonshire , d'une coupe simple , commode et élûganLo , brillant comme de Tébène noire polie. Chez le même Thomason, comme chez plusieurs manufacturiers, se trouve uu salon ou magasin de détail, dans lequel l'é^ Iranger est admis à acheter certains objets d'utilité domestique. Comme j avais fait emplette d'une provision de ciseaux, boutons et autres articles, on me pria de visiter les ateliers et probablement le guide fut à mon égard d'une circonspection qui approchait de la défiance ou du mauvais vouloir, car tout le spectacle se réduisit

i deux ott troîB salles; puis un ouvrier suivant les ordres du même guide s*empressa de laminer sous mes yeux ua morceau d'étain, do le découper circulairement et rayant placé sous le lourd balancier qu'il agita deux ou trois fois, il me remit, comYne flche de consolation, une médaille qui présentait d'un côté reffigie do Napoléon, de l'autre un millésime quelconque. Cette galanterie è l'endroit du vainqueur de TEurope, remua bien un peu ma fibre française et me laissa un instant convaincu de la haute importance de mon pays. Peut-être n'était-ce qu'une illusion.

Quand on a fait quelques tours dans High-Street , qu'on a paradé devant la statue de Nelson , que ce peuple de marchands a élevée au héros de Trafalgar , moins pour honorer le génie militaire que pour témoigner sa reconnaissance d'une victoire qui amenait un ordre de choses paisible, favorable au commerce; quand on a étudié les mœurs des rues habitées par les ouvriers et que Ton a contemplé avec douleur combien la race dégénère dans la fabrique , alors qu'elle s ennoblit au milieu des champs, il convient de quitter Birmingham.

Quelques heures de chemin de fer, et Ton entre dans une immense et populeuse cité, —

Liverpool, dont la devise héraldique, deus nobis hœc aHa fedt^ rappelle seule le siècle oh ses habitants adressant, en 1561, leur requête à Elisabeth, la qualifiait de pauvre ville déchue ( poor decayed town ) , qui ne se relèvera jamais, si sa Mijesté ne daigne jeter sur elle un regard de pitié.

Malgré le prestige qu'exerce Liverpuol sur ceux qui ia connaissent et sur tous ceux qui en entendent parler, il y a deux manières d'envisager cette importante cité, au point de vue du négociant et au point de vue du touriste, et il n'y en a qu'une pour l'admirer, celle d'avoir

affaire ayec elle , de pénétrer dans ses comptoirs, (Té-

ludier son commerce et la fabuleuse richesse de ses transactions. On doit se tenir satisfait cfôs qu'on a appris qae le douzième de la marine de la Grande-Bretagne

appartient à Lîverpool, qu'il lail un quart du commerce à l'étranger, un sixième du commerce en général et moitié autant que la cité de Londres. Ce commerce s'exerce avec les doux hémisphères et surtout avec ce nouveau monde si remuant et si spéculateur des États- Unis. Il consiste à expédier les nombreuses productions de rindustrie des comtés qui Tavoisinent, et chacun sait comment s'exerce celte industrie gigantesque qui est en grande partie basée sur le commerce des cotons.

L'Amérique envoie à Lirerpool ces mille gros vaisseaux chargés de coton brut. La matière première est remise aux villes manufacturières avec lesquelles il communique par des railways et des canaux ; puis cette matière transformée par le génie des mécaniciens et la patience des ouvriers , retourne au port et prend toutes les directions où l'appellent les besoins de la consommation. C'est en pratiquant un tel mécanisme, un tel rouage dans les alTaires que la puissance commerciale de Livorpool s'est accrue d'une façon exorbitante et a conquis en quelque sorte un monopole dan^ le mouvement de la richesse publique.

Une des propriétés les plu& favorables du tempérament britannique est, sans contredit, cette force indtistrielle et commerciale. Chaque jour la presse nous apporte des révélations précieuses sur la marche ascendante de cette prospérité dans le travail et dans le capital , et j'y renvoie tous ceux qui aiment à connaître spécialement ce sujet d'études sérieuses et de réflexions. Parmi ces investigations dans le domaine des affaires , ce qui nous importe, c'est de constater les efforts côns-

2tt*

iant8 des Français à s'initier au progrès commercial des Anglais , à épier la marche des idées , la luile des sys^ lèmes anciens et nouveaux , les perfectionnements industriels, les rapports si intéressants de la maclnne avec la chose ouvrée, de la position de l'ouvrier avec celle du patron , du travailleur avec le capitaliste, enfin les modes de productions économiques, l'extension des déboudiés et de&i piacements à Tétranger , le fort et le faible des droits de douane à l'importation et à l'exportation , les théories modernes sur la liberté des échanges , les conflits auxquels elles donnent lieu , la mesure de leur valeur et de leurs défauts^ et les partis qu'elles ont constitués au sein de la nation et du parlement.

Livcrpool, ce petit hameau dépendant de la paraisse de Walton , au temps de Guillaume III , est devenu cette ville de deux cent cinquante mille âmes, et son accroissement rapide a prouvé tout ce que peut le caprice de la fortune. Celte population n'est nullement homogène, composée de gens de la ville et des environs; elle contient un nombre prodigieux d'Irlandais qui désertent la rive morte et pauvre du canal Saïut-Georges, pour prendre pied sur la rive riche et vivante ; la popu-' lation flottante et surtout américaine s'accroît de jour en jour.

A peine est-on entré dans le tunnel par lequel on arrive à la gare Y sans vapeur, à l'aide d'un gros câble, qu'on s'aperçoit du besoin d'action qui tourmente le citoyen de Liverpool.Les abords de la ville accusent cette activité fébrile, cette agitation, qui semblent chez lui des facultés naturelles. Les terrains sont partout soulevés, perforés. On eiUend gémir, siffler les loconioLives, on se croirait au pays des Gyclopes. — Notre moteur siffle à son tour, lâche une partie de sa vapeur et semble saluer ses collègues qui vont partir. C'est un va et

vient perpétuel. On se eent dans un monde où l'on

n*existe que pour le million. Malheur à qui n'est pas sur la voie du million^ ear celui-là est le plus misérable des êtres et presque toujours un irlandais, un pauvre émigrant que l'on reconnaît à ses haillons, dans les boutiques oîi Tun débite le whiskey, le bœuf américain et les crevettes pourries.

Liverpool compte plusieurs monuments de premier ordre , tels que FHÔtel de Ville , les Revenue Buildinga^ qui comprennent à la fois la Douane, le Timbre et la Poste , la Bourse avec ses portiques et ses galeries au centre desquels figure le groupe élevé à la mémoire de Nelson, les Marchés et Saint-Oeorge's-^all , oii se donneront des concerts et des bals de charité à quinze mille personnes; chacune des six portes en bronze de ce Parthénon consacré à Saint-Georges coûte 10,000 francs^ et le buffet de Torgue à trois soufflet», mûs par une machine à vapeur, coûte 75,000 Ar.

Ces édifices en imposent par leur masse et cependant ils ont un certain air emprunté ; à côté du sentiment artistique qui a présidé à leur érection, le sentiment utilitaire se manifeste trop bien pour faire oublier le premier; puis, ils ne se relient point entr'eux, sont jetés sans méthode au milieu d une ville oUrart aura toujours une tournure forcée.

Les monuments de Liverpool s'élèvent par réflexion et jamais par enthousiasme. Ils n'exîstent qu'en vertu de cette idée qu'un peuple trop positif a hygiéniquoment besoin de tout ce qui exalte l'âme comme le corps d'un traitement moral.

Je persiste plus que jamais à préférer une viUe monumentale à une ville parsemée de monuments modernes, reproduction iuiidèie de l'antique.

. Les rues sont maussades > d'une physionomie déplai-

saute ; à part quelques-unes bien alignées , Bold Street ^ par exemple, et le quartier neuf, le reste ne peut être cité avec avantage. La merveille , la vraie merveille de Liverpool est le long quai sur la Mersey, avec ses douze ou treize docks sans compter les nombreux bassins (basinsj qui rendent à peu près les mêmes services, le dis treize, parce que dernièrement le prince Albert a posé la premièrtj pierre d'un treizième. Ces docks, Canning, Saithouse, George, King, Queen, Clarence, etc., sont combles de navires d'un fort tonnage , qui ont livré leurs marchandises à des magasins alignés sur le quai de manière à économiser le temps et la main-d'œuvre , et ont chargé celles qu'ils vont porter à destina-* tion. Cet aspect commercial, ce mouvement maritime, cette forùt de mAts de navires expliquent soudain à l'étranger r importance de Liverpool. Nous visitâmes aussi avec intérêt les hangars aux balles de coton, les han*gars de fonte oh sont étalées tant de richesses. Un tel spectacle ne se prudidt plus dans le monde, et c'est à peine si Tensemble du tableau, réduit à de moindres proportions sous le rapport de la navigation , me rappelait le port de Rolterdam, assis sur les larcres bords de la Meuse qui est à la Mersey ce que Rotterdam est à Liverpool.

Notre séjour dans cette métropole du commerce fut presque uniquement consacré à étudier ce qui a rapport aux affaires, et quand cette revue intéressante des choses utiles et profitables fût terminée, nous fîmes quelques courses dans les environs , comme à Monk's Ferry , un jour de dimanche , où nous manquâmes mourir de Oaim , parce que toutes les ressources nécessaires à la vie manquent on An^ilcLerre le jour du sabbat chrétien.

Nous logions à Gt 'cpcian hotel^ hôtel du Grec , antre*-

ment appelé Cheap dining's, Vhùtei des dtners à bou marché. J'eus l'occasion d'y si^aler deux particula** rités : Tune notre chambre était peu aérée (pour se préserver du froid on supprime l'air), l'autre me dépcignail le côté grossier el quelque peu brutal de Thomme anglais et du liyerpoolien qui est le maître du genre , car tous les hommes , chez les peuples le plus policés y ont toujours quelque penchant à l'animalité ; elle consîstaît , lorsqu'on voulait prendre un repas, surtout les petits repas ou déjeuners ^ à se déplacer, et muni d'une assiette et armé d' une fourchette, à s'approvisionner dans un coin de la salle, tantôt de jambon, tantôt de roastbccf ou de poulet , selon les exigences de l'appétit. Ce déplacement perpétuel du mangeur &erait~il la cause du dîner à bon marché? £n tont cas cette mesure est peu délicate et quelque peu sauvage.

Le Liverpoolien passe d'ailleurs pour le Y nikee de l'Angleterre. Il cache , sous une physionomie pâle , allongée, imberbe, aflhdie par l'humidité d'une atmosphère peu généreuse , oh la vie manque de sève et de durée , une énergie do volonté excessive , un génie pratique, industriel, audacieux et métaphysique, entreprenant et calculateur an suprême degré.

La promenade nous conduisit un jour du côté di» marche de Liverpool ; ce marché me parut plus ^n\indiose que celui de Birmingham. Le samedi soir , chacun achetait ses provisions et se promenait , un moment , selon l'usage, sous les vastes galeries du marché. Noos^ entrâmes au théâtre où Ton donnait Maritana ou Don César de Bazan , et du théâtre nous nous rendîmes encore à une exhibition d'objets en cire, pour étudier les mœurs du penple et surtout des marins , qui fourmillent dans certains quartiers et liantent principalement ces maisons de plaisir à bon marché. Notre curîo-

site fut récompensée par la vue d un veaa à deux têtes, 4ui puaii fort, et par le spécimen en cire d'un matelot mort de froid et de faim au Groênland, cadavre desséché

cl ti allai, dont limitation habile émouvait profondément les spectateurs familiarisés avec les rudes chances du métier de la mer. Le lendemain dimanche , malgré les sévères prescriptions de la religion , nous partîmes pour Maiichester , laissant à l'hôtel un bon Français, bonnetier de sa profession, demeurant à Paris près la Bastille, lequel, dans son langage pittoresque, se plaignant de la cherté de la vie anglaise , prétendait , en huit jours, avoir fait sauter un billet de mille lianes. — C'était caractéristique 1

l'eus un instant la pensée d'inspecter le Lancashire, j'y étais attiré par les fileurs et les tisserands et puis par le fameux établissement des Jésuites, à Stonyhurst , qui eût piqué ma curiosité. La citadelle des restrictions mentales me souriait assez comme étude de Tesprit humain , je n'y allai pas. Bien que les révérends pères soient les mêmes partout, j'aurais dû me rendre compte fie reffet surnaturel qu'ils produisent au sein de la rebelle Albion.

Le dimanche donc, jour si peu favorable au touriste , nous partîmes pour Manchester par le train de quatre heures, le seul train toléré d'iisa^^e pour les exi^'ences des aliaires privées. Je languissais d'arriver dans une ^ ville dont le nom est connu du monde entier; et après un long temps, qui me laissa supposer qu'il y a plus loin onlrc Liverpool et Manchester que les cartes routières ne semblent l'indiquer (36 milles) , nous descendîmes à Tembarcadère somptueux de Manchester.

Pour ne point déroger au caractère général des comtés iiianuracturiers du centre j Manchcsler laisse une impression mélancolique et sombre.

Outre ce dédale de rues, bordées uniformément de grandes boîtes carrées, d'un aspect de brique enfumée , percées de trous rectangulaires que l'on nomme avec complaisance des feoétres; outre cette couche épaisse de Aimée qui s*échappe de mille tuyaux de cheminée senn blables de luin à un jou de quilles destiné à ces gros hommes de Laputa dont parle Gulliver ; outre ce hruit assourdissant des machines à vapeur, de leurs roues ot engrenages qui, dans leur course essoufflée, ne se repoboiit ni le jour, ni la nuit, il y a snns doute quelques merveiiles qui récréent l'œil et parlent à l'âme; cependant, il faut convenir que le joli et le beau cèdent promptement le pas aux ressorts peu poétiques du gain et de rintérOt. J'ai vu Manchester, fortifié par la lecture des études des êcunomisles anglais et français; cela auffît pour être fixé sur la valeur de ses œuvres d'art et sur le sort des classes ouvrières.

Comme tout ici procède des formes mathématiques de la spéculation et laisse peu à rnppréciation mobile et variée du jugement , je reproduis presque littéralement les notices qui m'ont été fournies sur le compte de cette importante cité.

Manchester ( Lancashire ) , est une immense ville de manufactures et do commerce, ornée de bâtiments publics élégants et entourée de villas riches et nombreuses. Elle était déjà célèbre , il y a deux cents ans , par ses draps, auxquels elle ajouta successivement les fulaines, ' les étolTes mixtes, les chapeaux , le fer travaillé , les rubans de fil, les dentelles, la toile, la soie et le coton, qui, introduit le dernier, a absorbé tout le reste et a fait de Manchester le eentre du commerce du colon, et l'entrepôt oii affluent les produits de toutes les Vides voisines, qui de là sont dirigés sur Londres, Liverpool, Hull et autres places, pour la consommation, tant

rintérieor que de rétfanger. Son oommèree a pour appuis le chemin du fer de l/iverpool à Manchester, les rivières d'Irwell et de Mersey,les canaux de Bridgewater^ de Manchester et Ashton-Uader-^Line) de Bolton et Bury et de Rochdale ; ai bien que , par oea diiléreiitea voies et par celles qui s'y lient, il n'est peut-être pas en Angleterre un seul point qui ue communique par eau avec Manchester.

La cathédrale est un deaplaa nobles déturis des ftges gothiques. Sa sombre physionomie , la grâce de ses ornements, son caractère de vétusté surtout est pour la ville qui semble née d'hier , non par sa couleur mais par la forme de ses édifioea et leur destination tout indus* trielle, comme un témoignage d'un long pasaé et d'une

honorable tradition.

r^ûus laissons enfin la cité princière derécouoniie politique , oix les tribunes des clubs ont si souvent retenti de la voix généreuse de Cobden, et nous allons à Sheffield.

Sheffîeld, la ville par excellence de la coutellerie, est encore plus enfumée que les villes que nous venons de visiter. Nous descendons à Cummereialimj dansHay* market , qui est tenu peu proprement, assiégé vers la (In de l'été par des essaims de muuches, qui vous inspirent du dégoût et de la terreur, et vous enlèvent l'appétit. 11 y a plus de mouches à cette époque , surtout dans les hôtels de second ordre, que dans un albergo d'Italie ou une posada d'Espagne. C'est une calamité, à laquelle il est difficile d'échapper, et ce petit animal me cause naturellement une répulsion , . une horreur que je n'éprouverais pent^tre pas en fleioii^d'une bête féroce. Puis , si le lit était bon , la nourriture était peu délicate, et j'éprouvai le regret de n'avoir pas opté pour Tontine kôt0l et Angel^ où le voyageur doit étr^ plua eonvnnablemenl hébergé.

— aaa —

Noire visite à la cmMam ( cmiUry ) de M. Jh. Ro* gert, a été fort iiitérassaats. Aprèa avoir tu eonmienl

d'un fer grossier et iuionnc on tire un rasoir du plus \mxk poii ai da tranchant le plua aigu , nous avons fait éê nonkran tehala daaa le magasin àe détail , comme il s'en trouve toujours un dans les principales fabriques de i Augieterre.Là, comme français, nous avons éie i objet d'une aHenlioa particulière ei Je m'empresse de signaler le contmia chargé de donner dea explications aux élrai^ gers, comme un jeune hoiiiuie charmant, avec lequel Je ma suis entretenu longuement sur Tindustrie locale , et îe n'iai en qn'à me louer de ses firanohes explications et do ses procédés d'une politesse exquise ; lorsque les Anglais sontpoUâ liâ Jouant leur rôle avec un tact diifi^ elle à aurpasser. Quant aux divers objets qie J'achetai , ils me semblèrent , comme je l'avais déjà remarqué è Birmiiigham et aillours, d'un prix aussi élevé que dans les boutiques de la rue. Quoi qu'il en soit, leur qualité ei tsnr faooQ mil reçu en France l'approbation des person*

nés les plus compélcntes cl la eriti(]ue a ctc impuissante contre la conrection dea boites d'épingles (medies)^ les ranoirs snpérisurs (mêperfina^ first quoHty > et les canifs whamcliffe^ aussi commodes qne simples et élégants.

à Sheiïield, ne manquez pas l'école de grammaire , le cimetière Westayeo , ei le Jardin botanique , propriété partieulière de H. Wllson. Ne nmnquez pas afMrès tout, de prendre un gig ou cabriolet de campagne pour vous rendre à Ghatswortby tout cela pour la bagatelle de quatorze sbelbngs.

Outre que la royale demeure du duc do Devonshire est une des merveilles du ganre*cbâtaau,je suis surtout touché par le sentiment du eontraste qu'elle présente avec les sombres et bruyantes viUee msnnfiMturières <pie nous avons traversées. Mou sentiment s accorde si bieu

avec celui de M. Léonce de L. notre éléganl critique^ 8i profondément initié aux choses de TAngleterre , que je

tiens à produire son opinion parfaitement exprimée :

« Je n'ai, dit-il, jamais si bien senti cette différence qu'un jour où je quittai €hatsworth-Palace pour me rendre à ShcfTickl. Chaisworth est la plus belle de ces fastueuses résidences oiiles chefs de l'aristocratie déploient un luxe de roi. Un parc immense, de plusieurs lieues de tour, tout peuplé de cerfs , de daims, de moutons et de vaches qui paissent pélc-méle , entoure de ses pelouses et de ses ombrages un palais magnifique. Des eaux jaillissantes, des cascades artificielles, des bassins ornés de statues , qui rivalisent avec les décorations célèbres de Versailles et de Saint^Gloud ; une serre immense en fer et en verre , qui a servi de modèle pour le palais de l'expositioa universelle, et oîi les arbres des tropiques forment une haute forêt; un village entier, construit par le maître pour loger ses ouvriers , et composé d'élégants cottages pittoresquement^groupés; une véritable rivière, la Derwent, traversant le parc avec des contours gracieux qu'on dirait dessinés par l'art, et autour de ce tableau déjà si grand, les montagnes du Derbyshire, formant comme à souhniL une ceinture de merveilleux horizons : — Tout dans ce lieu respire le loisir opulent et la puissance satisfaite. Vous franchissez le faîte aride qui vous sépare du comté d'York, et vous arrivez à la ville voisine \ tout change : ce ne sont que fourneaux allumés, marteaux frappant sur l'enclume, cheminées vomissant des flots épais; un peuple de forgerons noirs et ruisselants s'agitent comme des spectres au milieu de ces flammes; on dirait l'enlér à la porte du Paradis. »

' Ce tableau est frappant d'exactitude.

VOIK, NEWOASTLE. CARLI8LE.

« Cf' qi.io jo di'^sirsis Riirtoiil voir, c'était ]r- fnmout' pont ( high levtl bridge J récemment jeté en traver*d« 1c Tftltée de U Tyne, entre Ilewc««Ue an nord et Qate^ead au sud, de manière à permettre ani trtlnft montant et descendant ()»• franchir la rlrière sans s'arrêter. Je fus frappé, cuuame tous les étrangers, de l'effet de cette magnlfl^ue «omlraolion , «lui • aaoa contredit, esf, rnmmr o ivrnrrf d'art, ce qn'iï y a de plvs remarquable dans le nord de l'Angleterre, et qui eonlratle trèi-tTinlageiiMiiient trec !• vtem pont da pierre qui subsbte encore à quelques mitret eft ntald* lâ rivière. * ( Çkumber'ê âournal ).

Au nom de York ( Sboraewn ), la vénérable patrie du

savaiil Alcuin , Luas les anciens souvenirs do la noblesse territoriale du old Engîand se réveillent. Cependant la bonne et dévote ville du moyen-âge , le rempart septentrional de la nationalité anglaise n^a pu gagner complètement mon cœur.

iNous y avons passé deux jours dans des transes mortelies , entre la vie et la mort, en proie à une existence misérable, condamnés à la mendicité, à ta mendicité cbez. les Anglais qui ont la réputation d'être les égoïstes les plus endurcis du globe, avec la perspective d'une famine qui avec le temps devait atteindre nos voies digestives et nous laisser inanimés sur la terre étrangère. Un tet désastre suffit pour refroidir les plus chaudes passions^ vis-à-vis d'une ville qu'on serait disposé a chérir. Deux.

jeunes français , loin de leur patrie, sans pain et sans habits, sans un lit, sans un ami ! Grâce à la Providence qui est toujours juste, qui protège et récompense les bons, j'aime à croire que nous étions de ce nombre , le terrible épisode s'est réduit aux proportions d'une impression de voyage, mais d'une impression sérieuse, comme pouvait en avoir éprouvé le capitaine Cook ou Tamirai Durville.

Or, le pays qui s'étend de Siieflieid à York est sillonné par un vrai réseau de lignes de fer« Gomme il se fait plusieurs changements de trains aux stations , à cause des directions diverses que prennent les voyageurs dans un pays où les genres d'affaires sont aussi multipliés que les routes, il s'en suit que l'étranger ignorant doit veil* 1er sans cesse, et sur la direction qu'il prend , et sur celle que l'on peut donner à son bagage. Il existe bien un usage qui tolère, pour le voyageur, la faculté d'emporter dans son waggon, sous les pieds, s'il lui plaît, sa malle, ses paquets , pourvu qu'ils n'excèdent pas un poids et une dimenslonraisonnable; mais, hélas! contrairement aux habitudes, j'avais placé des bank-notes dans un petit compartunent de la malle, j'avais abandonné le bagage à l'avant de notre train ei ne l'avais phis surveillé aux noiihfeax diangements de voie fehanging, jmeiùms) du grand réseau du Mi<Uand Couniy Bailway.k York,grande émotion , profond desespoir de ne plus retrouver nos vô^ tements, et surtoni notre fortune. Ahl «î, eomme Gésar^ j'avais porté sur moi toutes mes richesses ! Loin de là, je tenais quelques pièces qui pouvaient an plus nous permettre de vivoter deux jours. On expédia des ordres, surle-champ, aux diverses localités oh le bagage (ktgffogtf pouvait être parvenu,et on nous assigna un modestelogis, Palctm hétel^ oii nous paierions nos repas et nos lits immédiatement après en avoir profité, à moins que notre

nùie, ioyile et franche, n'inspirât assez de confiance aux eréanciers pour faire crédit à des débileurs provisoirefilent ruinée. Le vieux mattre d'hôtel (innkeeper, kmhrdjf m peu défiant le premier jour, finit par croire la malencontreuse anecdote et renonça à exij^cr nos siiciiings après chaque consommation faite en son hôtel*

Dans le principe, notre position était tellement oriti* que que nous étions nargués même par la fille de chambre [chambermaid] , qui n'obéissait jamais à nos ordres et semblait nous tout accorder en répondant constamment: c vertf toelly sir^ très-bien, monsieur, » sur un ton dolent qui aigrissait notre malheur et piquait notre fierté.

D'un antre côté, nous avions gagné les ssFmpathies

de l'hôtelier par notre vie modeste et paisible, car nous passions des heures entières, sur la porte de l'hôiel , à causer avec cet homme qui n'était ni spirituel, ni profond; nous avions , en outre , rencontré de la politesse ohes le chef de gare qui nous otïrait en indemnité, sur la foi de notre parole , la valeur de dhi livres, si ladite malle était déclarée perdue.

La compensation la plus Inri^e à notre infortune nous vint de l'imprévu, tant notre destinée était favorable. Un jeune gentleman, à qui nous avions demandé des ren^ scignements sur les moyens les plus prompts de parer à notre misère, s'était lié avec nous. Dans la familiarité de la conversation, il nous avait appris qu'il était directeur do Muséum et du lardln botanique de la ville , et dès qu'il sut notre goClt pour les sciences naturelles, il redoubla de civilités, et mit à notre di^sition tout ce qu'il avait de moyens de salut.

M. Edwards Charleswûilh, dont le nom ne s'effacera jamais de notre mémoire, détruisit complètement les préventions que nouspouvioiisâvoir apportées de France,

|)ur ia rudesse des mœurs anglaises el sur leur égoïsme anii-hospitalier. Sa maison devint^ en quelque sorte, la

nôtre , et je suis heureux d'avoir, en ce moment , Toecaiiion de le remercier publiquement de ses bons et généreux services. 11 me permettra seulement , dans ce recueil, destiné aussi à peindre la vie intime, deux indiscrétions qui ne sauraient entacher en rien le dévouement ut i aiiection que je lui garde éternellement.

Gomme l'imparlialité de l'écrivain exige qu'il reproduise le sens précis de ses notes , je dirai d'abord que mon ami B. etlL Edvirards sont réellement deux hommes profonds dans les sciences naturelles, qu'en se cummuniquant leur érudition mutuelle, ils avaient resserré les liens de cette amitié qui produisit d'heureux résultats, mais qu'ils accrurent leur liaison, surtout parce qu'ils possédaient quelques mots d'espagnol, et qu'ils s'étaient tous les deux volontiers persuadés qu'ils savaient une langue qui, à mon avis, devait avoir plus d'étendue que les mots constamment répétés de leur entretien. En second lieu, M. Edwards nous invitant à goûter, pour nous présenter à sa femme, nous fit servir un thé escorté d'un . gigot de mouton , ce qui nous plut inliniment , et nous prouva que, sous les firoides latitudes du Yorksbire , on ne goûte pasconune en France, avec un.fruitet un mor^ ceau de pain.

La malice de mou observation s'arrête là,, et n'est point trop méchante, comme l'on voit.

Nous visitâmes, avec H. Edwards , divers établisse**

ments publics, entr'autres le Jainiin Ijolaniquc, si joliment situé aux bords del'Ouse, véritable jardin de plaisance, avec ses gazons, ses plates4>andes fleuries et ses ruines de Sainte-Mari^Chwr^ , empreint de ce goût particulier aux Anglais, qui ont la juste {uctculiuu d'avoir créé un art de plus sur la terre,, l'art des jardins. Ua

jour, M. Edwards partit pour Bristol , je crois, et nous seatîmes vivement la perte d'un si galant homme.

Sur ces entrefaites, tout notre équipement était rentré à la gare de York , après avoir fait une promenade à Leeds et autres villes des environs.

Ici se place une explication nécessaire.

Tout le monde trouvera que Tadministration du rail* way doit être responsable des ol ji ( s qu'on lui confie, et que son devoir est de faire tenir les objets a la destination que le voyageur a indiquée au moment de son départ. Sans doute, cette loi est de raison, et elle est de tous les pays sur le continent, où les voyageurs ont leurs bagages étiquetés et payés, spécialement, un dehors des frais du personnel. Mais comme TAngleterre a la prétention d'agir plus progressivement qu'aucune nation du globe, et que, pour la facilité des déplacements , et pour l'encouragement des locomotions , elle n'exige aucune rétribution du voyageur qui porte avec lui une malle de poste ou toui auire paquet de cette dimension, il s'en suit qu'elle laisse au voyageur le soin de veiller sur la chose qui lui est propre.

Quant à la \ille d'Yoïk, elle offre bien des curiosités, mais elle offre surtout le spectacle d une ciié peu animée où la vie comme épuisée et vieillie semble dater d'un long passé; le présent l'effleure à peine, et Pavenir lui offre peu de chances-. Que devenir avec une réputation de catirédrale et de jambon 1 Que peut-on espérer avec une société de riches fermiers, dé moyens bour*^ geois et de»quelques pauvres, ce dont il y a partout t York a un loiil-maire et un archevêché.

A ce titre , elle est le bras gauche de TégUse dont Ganterbury eet le bras droit. Sa cathédrale (Min»ter}esi autant que je puis me le rappeler, comme sa sœur de Canlerijui yj isolée au milieu d'une place, nommée corn-

Page 1