Urquart. La Transfiguration de Rapbaél, copiée
dans le ton de PorîginaL 54. A. Geddis. L'Été. Plein de finesse.
Cette collection conquise, pour la plus grande (larlie, sur la noblesse italienne, se compose de soixante-iiuit tableaux.
Une autre collection léguée par Str James Brskine of
Torry , servit de fondation aux galeries de rinstitution royale. Elle a été mise à la disposition du public, qui ne
sait s'il doit plus admirer le mérite de l'art qae la patricH tique générosité du noble baronnet. Les tableaux, au nombre de quarante-six, sont presque tous flamands ou hollandais d'une iiuthenlicilé rarement douteuse. Ainsi , un paysage moyennement traité, mais original j de Rembrandt ; un autre paysage d'Hobbema ; un fragment de la bataille de Constantin et de Maxenco , par Jules Romain, d'une touche vigoureuse et sentie; un Pynaker , un Guyp et un Ruysdaël ( n« 48 du livret } dans leur suprême valeur; un deè meilleurs Salvator Rosa que je connaisse (les bords snuvages d'un lac sur lesquels se montrent des bandits armés);le chef-d'œuvre de David Téniers ( Paysans jouant aux quilles, skittles ), sont les meilleurs échantillons de Tancienne galerie de Sir James, f.o n» 31, intitulé Sm-piece (marine) est tout bonnement une production de JBackhuisen. Sir James avait encore légué des marbres et des bronzes qui ne sont pas dépourvus de mérite.
Parmi les tableaux de la petite galerie du fond qui n'étaient pas encore numérotés et sur les indications desquels on peut se fier, remarquez un magnifique portrait de femme d'un pied et demi , par N. Maas , qui avait poussé jusqu'à la perfection 1 étude du portrait, surtout dans la dimension précitée^ un Everdingen qui a le défaut d'être un peu foncé. Enfin , avant de sortir de l'Institution royale, passez parla salle des bustes antiques, où se fait un cours public sur la statuaire. Cet enseignement non encore pratiqué publiquement sur le continent, me paraît être très-favorable , et je saisis l'occasion d'exprimer un désir, celui de voir bientôt figurer à Paris le cours de statuaire, parmi les cours publics déjà si nombreux.
Sur ces entreHaites , notre ami le docteur avait résolu une expédition en compagnie de ses élèves, pour herbo*
riscr à travers les sombres et étroits passages des C^rampians, de Biair-Alhole à Gaaile-Braemar, au pied du Ben-Mao*Dba toujours blaDchi par les neiges. La société du docteur nous était précieuse à plus (Vnn titre, et peu de jours avant son départ, nous parcou* rftmes ensemble les plates-bandes et les serres cbaudes dn jardin botanique, dont il voudrait vainement détourner les 1 iguours de l'hiver. Ce fut encore avec lui que nous assistâmes à la consécration des jeuues docteurs du collège. La cérémonie était présidée par un personnage qui portait le costume des évéques anglicans, assisté de Tacadémie des professeurs en robe noire ; et il me souvient de cette particularité, que la gravité de ces messieurs contrastait singulièrement avec les plaisanteries qu'adressaient les jeunes gens à leurs condisciples, quand ils s'approchaient du bureau pour ôtro coiffés du bonnet carré de velours noir. L'un d'entr'eux plus grand et plus gros que les autres , sorte de bon enfant, arriéré dans ses études ou doué par la nature d une physionomie toute paternelle qui le rendait mûr avant l'âge, excita une véritable explosion.
Enfin , nous dîmes adieu au cber docteur pour explorer les environs d'Edimbourg , qui ne manquent pas de charmes, sauf une certaine pauvreté de végétation propre en Ecosse à tous les terrains à mesure qu'ils s'élèvent.
Les cbftteaux Melville et Dalkeith sont des habitations
princières dont j aime surtout la grandeur des parcs avec leurs arbres séculaires; au dedans je ne trouvai que des portraits de famille par Van Dyck, le plus souvent, une statue de Wellington , et des meubles recouverts de housses et de gazes. Les nobles seigneurs ( vicomte Melville , duc de Buccleuch ) ne résidaient pas. Les plages de Leith, Granton, Newbaven, Porto-bellOi
Musselburgh, avec leurs populations vigoureuses (^r</y race) de pôcheurs de harengs , les bains de mer , les cavalcades et le tir aux goélands, paraissent avoir inspiré les compositions de Van de Velde , et quaad aux siècles passés les vaisseaux anglais et écossais s'abordaient dans le Forth, la ressemblance avec les plages de la Hollande, dcvL'iiait encore plus frappaalo.
£u terminant ces noies sur Edimbourg, j'avoue que jo n'ai jamais éprouvé une impression plus douce et plus durable que celle de mon séjour dans cette royale étape
de l'Ecosse orientale. A quel rôle de supériorité peut aspirer une ville moderne, si ce n'est à celui de briller par raspect à la lois gracieux et imposant de ses édifia ces , par le charme inefflhble d'une société d'hommes et de femmes qui joignent presque toujours les traits piquants de l'esprit, la solidité du jugement, l'austère et religieuse chasteté des mœurs à un extérieur décent , à des manières qui captivent, à une beauté de lignes et à
une fi-aîclionr de teint, qui à défaut d'autres niérilcs donnent le talent do plaire. Edimbourg est comme un phare lumineux vers lequel doivent se tourner les hommes intelligents qui craignent les écueîls; Edimbourg
est comme une étoile de civilisation qui rayonne sur l'ancien et le nouveau monde et il y a toute sagesse à la prendre pour guide dans l'obscurité oU nous marchons le plus souvent, sans circonspection.
Pour aller à Perth , le plus court chemin serait de passer le i orth à Queensferry, dans sa moindre largeur, et de suivre la grande route de Kinross; mais la ligne droite pour être géométriquement la plus courte manque de toutes les séductions de la courbe. Je donnai la préférence à cette dernière et me rendis à Linlithgow , lieu de naissance de Marie Stuart, cette reine de France et d'ficosae qui nous apparaît aujourd'hui à travers ses
Oigitized
infortunes comme la beauté touchante d'un roman commencé avec les fleurs ei fini parle glaive du bourreau.
Pour me rendre digne du pèlerinage à ce petit hameau dont le nom bien prononcé est d'une douceur toute féminine , j'avais ceint mon corps d'un tartan ou plaid , et ainsi costumé j'errais long-temps à travers les galeries dévastées du château , qui , plus heureux que son hôtesse, ne périra que par les ravages du temps. Un petit lac baigne les pieds du chftteau de Uthffow ^ dans ses eaux dormantes les ruines se reflètent, des groupes de cygnes volent au-dessus et sur les bords croissent des milliers de campanules violettes , petite s iieurs dont je dotai mes amis de France en souvenir d'un lieu si aimable. Pourquoi rinconstance me forçait-elle à quitter ces lieux ? L'homme passe , en effet, repasse et ne vient plus.
Je m'éloignai après le coup de l'étHer , fortifié par un verre de cette aie exquise , qui dans ces parages a tous
les agréments du chamiiagne. Une espèce de drowsky russe nous conduisit pour 5 sh. de Tauberge Star and Garter^ en traversant le mur romam de l'empereur Sévère, au hameau de Borrowstoness qu'on dit aussi B6ness; et là des pieds do bm donjon noir comme une nuit sombre nous montions à bord du steamer iPrinca of Wa- Us^ et remontant le cours des eaux, nous atteignions les basses avenues de Stirling.
On ne i^^agae Stirling que pour son chûteau si fameux dans les fastes révolutionnaires do TÉcosse, et pour le eoup-d'œil si étendu dont on jouit des hauteurs de la ville qui suit la pente d'un monticule fort escarpé.
La proiaiorc station sur la route de Stirling à Perth est AUan's bridge, délicieux hameau bien habité à cause de ses eaux et orné de cottages que fréquentent de gracieuses ladies. J'en jugeai du moins par celles que la
le
curiosité et des vitres iadi^crètes nous laissèrcut voir i notre passage.
Avions-nous pris avec le plaid une tournure écossaise,
avion&-nous gagné des cœurs au pas de course? Jellgnore encore a cette heure.
Ce chemin sur lequel roule le stage-coacb a toutes les apparences d'une allée de jardin; la campagne qu'il traverse est riche en végétation forestière, et cultivée avec cette intelligence à laquelle John Sinclair, le Doml)asle de l'Ecosse , applaudirait de toutes ses forces. Voici sur la gauche Drummond Gastle , résidence féodale de rillustreladyWillougby d'Eresby, et sur la droite Tullibardine Castle ; puis après avuir relayé à Crieft' on découvre une série d'habitations qui sont, je l'imagine , pour les possesseurs un sujet d'amour^ropre aristocralique et la cause des plus douces félicités que procure la vie des champs. Tantôt le château d'Abcrcairney, tantdtleparc de Methven attirent Tattentiou; enfin , d'une hauteur on découvre la riche plaine du Perthsbire, et la lias dans le fund serpente la Tay , ({iii forme comme un ruban de couleur métallique déroulé à travers les champs que couvrai^t nagnères de jaunes moissons.
Perth on Saint Johnstoun , ainsi nommé de sa vieille
église de SaiiiL-Juliii . fut long-temps la métropole du
royaume avant qu Edimbourg n'obtint cette distinctiou.
Perth quoiqu'aux portes du pays montagneux , occupe
le centre d'une contrée de plaines, et peut à bon droit
passer pour la capitale des Lowlands (basses-terres)
du Sud de l'Ecosse , alors qu'Aberdeen serait celle des
Lowlands du Nord. La ville s'étend sur les bords de la
Tay qui la borne au levant, et se trouve enclavée entre
deux vastes prairies naturelles de gazon {y rounds) qu'on
appelle, sans que j'en connaisse précisément la cause ,
les Pouces ( north et south Ineh). Le mot inch se trouve
Oigitized
fi'équcmmenl placé devant des noms écossais, des noms de iiauXi comme lochaffray, Inchgarvic, iachcolm, surtout dans les environs du lac Lomond. Dans ce cas , il exprime j^énéralement Tidée de mesure, de localité, de possession et c'est probablement dans ce sens qu'il est employé enËcosse. Ne disons-nous pas en français : un pouce de terrain^ pour une parcelle de terre?
Les prairies de Perth servent de promenades de santé aux bons habitants qui ne manquent pas , eux et leurs enfants, de venir s'y esbattre et s'égayei; quand le temps le permet. La ville est bien percée , les rues quoique droites n'y sont pas toujours larges , et les maisons d'une teinte grisâtre par la couleur de leurs pierres, produisent un effet particulier de tristesse que (end à accroître le silence d'une localité peu industrieuse, peuplée de propriétaires rentiers et d'agriculteurs. Le County-llall, le pont sur la Tay, la cathédrale à moiLic romane, la modeste statuede Walter Scott en compagnie de son chien et tenant à la main son roman de la Jolie /IWc, sont à peu près toutes les curiosités apparentes. Le Musée des antiques et la Bibliothèque sont renfermés dans rédiûce élevé en l'honneur du prmmt Marshall. Quelques personnes ont affirmé que le vieux temple de Saint-John, fut le premier à subir les démolitions d'architecture sacrée après la Reforme, un jour que Kuox avait prêché contre Tidolàtrie. Cependant , le docteur Lingard, historien qui ne saurait être suspect dliérésîe, insère une note de Wilkins, justifiant pleinement la sagesse ou la modération du réformateur , car la note porte : « Il n'est pas vrai que l'incendie des églises, etc., ait été commencé par Knox , à Perth. Ces excès sont mentionnés trois fois dans les actes du conseil tenu à Edinburgh, et tenu avant 1 arrivée de Knox eu £cosse.»
Perth est pour les voyageurs un point de passage trè^
important, et pour les amateurs de chasse ou de pèche^ et d'excursions pittoresques comme un centre commun
d'où ils se répandent dans les environs pour les explorer. Pour nous qui n'avions aucune disposition à massacrer le plus petit animal, la bonne ville nous servit de point de ralliement et dans notre soif inextinguible de tout voir, nous nous un échappions seulcmcntpour exécuter des marches et des contre-marches à travers le pays. Il entrait dans notre destinée de s^ourner long-temps dans cette ville et cette fôtalité nous vint un peu de notre propre gré et beaucoup à cause de certaines contrariétés inséparables d'un long voyage.
Un nouveau pèlerinage fut arrêté en conseil et le coche de Kinross nous conduisit rapidement sur les bords du lac Leven, si renommé des gourmands pour ses truites , mais bien plus illustre pour les poètes avides de nourriture spirituelle par la captivité de Marie Stuart. Queen Mary aura long-temps le privilège d'attirer les chevaliers errants de l'Écosse vers tous les lieux témoins de ses souffrances. Quoi de plus intéressant que la beauté jointe au malheur ?
Bientôt PcrLli sur la droite et les collines de Rinnoul qui la bornent à gauche, ont disparu derrière nous. Ici la Tay fait un coude saillant , arrive devant Dundee , comineri^ante cité dont elle supporte les vaisseaux , et confond plus loin ses eaux avecTOcéan.
Dundee est, sur cette côte, le vrai pendant d'Aberdeen, moins le granit bleu avec lequel est construit cette dernière ville. Autrement, mêmes rapports de situation, de commerce et d industrie. Dundoc a une belle rue, ornée de maisons à balustres, une vieille cathédrale en réparation, et, mieux que cela, une grande industrie linîère. — La culture du lin est très-développée sur toute la côte de l'Aberdeenshire , des comtés de Rincardine et de Forfar.
Là Kinfauns Casile. —Bridge of EarOi joli hameau; il tire son nom de la proximité sur le pont de FEam, de
cette rivière ({ui, après avoir roulé ses eaux à trnvers des lacs et des vallées, vient se perdre mollement dans la Tay. Dans ce cas, Bridge signifie autre chose et plus qu'un pont, il signifie une agglomération près d'un pont , et cela arrive surtout quand colui-ci est jeté sur des eaux courantes d'une v. rtu hygiénique quelconque {watering place). Ainsi Bridge of Âllan, Bridge of Earn.
Un peu plus loin, sur la gauche, est Abernethy , l ancienne capitale des Pietés.
Glen Farg, étroit défilé dont les roches escarpées et les bois touffus retiendraient des brigands , s'il pouvait en exister dans l'Ecosse, la patrie des bonnes crens. Les mots glen^ ben, loch, moor ou muir, qui sont si multipliés sur la carte d'Ëcosse, signifient passage ou gorges, élévation y sommet d'une montagne ou montagne même, lac, landes ou bruyères, et se lisent suivis d'un nom d'indication, comme Glen Ogle, BenNevis, Loch Katrine, Moor of Drummond, Tippermuir. Les Hîghlauders se servent mieux de strath pour désigner les âpres vallées, ainsi Strath Spey, Strath Nairn ; ils emploient aussi le mot carm pour nommer les terres grasses et productives, au milieu de leur pays stérile et sauvage, ainsi les carses de Stii liug, de Gowrie.
Enfm le lac Leven nous montre ses eaux tranquilles , dorées par le soleil le plus chaud de l'année, un soleil estival.
Par erreur, nous laissons le coche à Mllnathort, que nous avions pris pour Kinross. — De Miluathort à Kinross,une bonne lieue lestement franchie à pied. M. Marshall Gampbell , fishermany a le monopole des embarcations sur le lac, et , moyeminant le prix fixe de 5 sbell-*
lûgs , il nu us oetroye un bateau {boat) pour aborder daos i'tie où Marie demeiira captive et doqs débarquer sar la rive opposée. Le Château n'est plus qu'une ruine dépourvue d'architecture; il est si dolabi c ({u il peut servir, tout au plus, de souvenir. Les indications des guides exi- ^nt une certaine bonne volonté, et il faut croire, sur parole , voir, avec la foi aveugle d'un croyant, l'appartement de la reine, le cachot, sa chambre et la fenêtre par laquelle elle s'est évadée, la chambre du jeune Douglas qui Dacilita l'évasion et , auHlessus , celle du gonververneur. Au milieu de tous ces décombres, mes yeux ne rencontrent que la cigiie qui souille cette demeure empoisonnée. Je n'emporte, de ces maudites ruines, qu'un clou arraché à une Imétre, un brin d'aubépine et quelques feuilles de l'érable gigantesque et séculaire, que, selon la chronique , la reine avait planté.
Le reste de la joui^née est consacré à des explorations sur les bords du lac ou plutôt à des courses très-fôtigantes, dont le but est d'arriver à la demeure d'un ami auquel nous avons été recommandés; et comme les paysans de ce territoire s'expriment dans un dialecte peu intelligible et que les habitations y sont clairsemées , ce n'est qu'après avoir erré, comme des âmes, sur les rives du Styx, que nous atteignons Alary-Hoiiso , la modeste retraite de M. Am., d'un aimable savant, professeur de sciences à Glasgow. La fortune doit nous être contraire, puisque, sur notre présentation, on nous répond paria triste formule : « M. Am. is riot at home, he Iwesnowin Glasgow. » Il est absent. 0 douleur l que devenir l Le seul parti honnête est de regagner un gtte ponr la nuit. Le ciel, tout seul, en ce jour d'infortune, s'était montré clément, et la journée avait été si brillante et si chaude que la température, jointe à l'aspect méridional du paysage , m'avait laissé croire que j 'étais dan»
le midi de la Fronce. En nous dirigeant vers la grande roule, nous passons devant la vieille tour carrée de Burleigh , puis devant Rinross-Uouse , à Sir Grabam Montgoméry ; et comme à Hilnatbort, le courrier de Perth n'a pas une place disponible , nous nous apprêtons énergiquement à faire jouer les jambes, et ce n'est qu'à une heure assez avancée de la nuit que nous entrons à Perth, heureux de retrouver nos lits à l'hôtel du Salut [Salutation hôtel] ^ si justement nommé, quand on a parcouru dix-sept milles le bâton à la main et un maigre repas dans le corps.
Le lendemain de cette course au clocher est utilisé pour de simples promoundes aristocratiques, ^ous louons des chevaux et galoppons vers Dupplin-Castle et Scone-Palace. Le château de Dupplin , demeure du comte de Kinnoul, est msyestueux, imposant; mais il aurait, à mes yeux, un défaut commun à plusieurs nobles résidences , celui d'une ressemblance quelquefois monotone. Sans nui doute, les grands édifices elles gros arbres sont partout à peu près les mômes; cependant, il scrail à désirer qu'après rordonDuiicc générale qui consiste à isoler le château du bois, à le dégager de manière à Texposer au coup-d'œil des hommes et mieux encore à la lumière du soleil , le style particulier pikt différer constamment et présenter les formes les plus originales possibles. Par exemple, j'aime iniimment cette allée dans le parc du palais de Scoune, traversée par un pont ou porte basse , qui laisse voir, comme à travers une optique, la silhouette du cbfiteau. C'est là un heureux raffinement de goût. Un intérêt puissant s'attache à cette dernière demeure, elle est la propriété du comte de Hansfield et a été Tancien palais des rois d'Écosse. Le btyle du chAlcau, tel qu'il est aujourd'hui, en grande partie de construction moderne, appartient à
celte mode anglaise y inspirée de la Kenaissance , qui forme, en quelque sorte , le style national {cattêllaM style)] ses créneaux ) s'ils pouvaient parler, diraient * Je
garde un seiprneiip et ne le défends pas. Toujours au dehors, des arbres séculaires, de moelleux gazons et des troupeaux de daims. Au dedans, un grand salon {drawing-room) avec un superbe plafond blanc, ce qui n'est pos dans les usacres lirilanniques , et un niobilier royal; puis la chambre où couchait la reine Victoriâ, à son passage en 4842, celle qu'avait occupée Marie Stuart , trois siècles auparavant, et un lit de réserve de Jacques Y; quelques tableaux, dont un Guide et un portrait de Charles I", par Yan Dyck. Il est bon de visiter le jardin firuitier, où les groseillers sont cultivés le long des murs et préservés, par des filets, contre la déprédation des oiseaux, le pavillon sur la Tay, les fragments do 1 abbaye , où l'on conservait la fameuse pierre sur laquelle étaient sacrés les rois d'Écosse, avant qu'elle n'eût été portée à Westminster pour servir au couronnement des
monarques du Royaume-Uni.
Lne dernière expédition fut encore résolue , en conseil, avant de gagner l'extrême nord de l'Écosse , et nous parttmes pour Dunkeld, le château de Taymouth ,
Kenmore et Killin, toujours nviik s de nouveau Lés pittoresques, toujours infatigables. Lecheminque Ton prend, longe, presque toujours, la Tay, depuis Perth jusqu'à sa sortie du' lac du même nom, et si Ton abandonne parfois les fraîches vallées ou serpente le fleuve, ce n'est que pour gravir des éminences dont la physionomie abrupte et sauvage n'est pas moins intéressante. Après avoir perdu de vue leNortb Inchde Perth et rapidement franchi la plaine, on est en plein accident de terrain; à la nature grasse et molle des pâturages, succèdent les montagnes avec leur sol rocailleux, tourmenté, assonw
bries par les masses noires de sapins, et couvertes , ift od les arbres ne croissent pas , par la petite bruyère rouge ou le jaune sénesson, d'où s'édiappent, à l'appro*
che do 1 homme, des grives eflrayées.
Voyez sur la droite Murlhly Castle, comme il est percbé sur la colline , à la façon d'un nid d'aigles ; il défiait les assaillants au temps des batailles. A Dunkeld , le coche ne s'arrcle pas , c'est au retour de l'expédilioii de Kenmore seulement que nous aurons 1 occasion de ajourner dans le bourg d'Ossian et de Macbeth. Plus l'on avance , plus le site est pittoresque et original; les montagnes s'élèvent , se couvrent de bois, et les bois semblent se baigner jusque dans les ondes noires de la Tay. C'est une série de valléesenchantereasesponrlecoup d'œil. Là, rÉcosse est anîméed'une couleur toute loeale.
Quoi de plus écossais que ces noms de villages qui n'ont de barbare que le nom? Dalmarnock , liallalachan, Kinnaird, fialuaquard, Logierait , Grandtully, illustré dans le roman de Waverley ; puis Âberfeldîe oii se montrenl partout les armes et la devise Follow me (suivez-moi) du marquis de Breadalbane, l'heureux possesseur de ces domaines infinis , l'un des derniers types du seigneur féodal f dans ce siècle où Ton ne compte plus les vassaux par milliers et les domaines par cantons ou par lieues carrées.
Je ne sais pas au juste combien d hectares de terrain possède le noble marquis, mais ce doit être une étendue considérable, puisqu'il vient, dans l'ordre des grands
propriétaires fonciers, après le duc de Sutheriand dont les domaines couvrent plus de 300,000 hectares. — A la vérité, dans ces parties abruptes et septentrionales de rficosse, rbectare ne vaut en moyenne que 50 francs.
Kenmore est un haiiicau avec une hôtellerie, Walkers Im and hôtel ^ tenue par un ancien serviteur de table de
Charles X, pendant l'exil du roi à Holyrood. Dans la belle saison 9 l'auberge est aouvent pleioe et i'ou y trouve difficilemeat un souper el un lit; il se pourrait que j'eusse passé la nuit sur une chaise. La grille du château de Taymouth donne sur la place même du hameau , et du milieu de la place et mieux encore du milieu du pont jeté à la jonction de la rivière et du lac, l'œil se repose agréablement sur tout ce qu'il découvre. La petite chapelle, la grille du chûieau avec ses {j^ardiens highlanders, en costume du clan Campbell, noir, vert et blanc, le mouvement des coches qui vont et viennent, puis les bords de la rivière et ceux du lac , enfin les hautes montagnes qui resserrent le paysage et mêlent à la fumée des maisonnettes du hameau leurs brumes blanches, ce brouillard d'Écosse si vaporeux, contribuent à répandre une grâce charmante sur ce petit coin du monde.
Taymouth Castle se présente comme une des plus majestueuses résidences nobiliaires de l'Ëcosse. Gomme le ebâteau est situé dans la vallée , il élève fièrement sa téte pour la montrer de loin à tous les passants, vassaux ou étrangers , qui s aventurent en ces lieux. L'édifice est construit dans le style ordinaire des châteaux , et son ensemble conçu dans des proportions énormes est cependanl harmonieux; il s'approche du donjon pour la tournure et ressemble un peu plus à un manoir que la plupart des châteaux dont j'ai fait mention jusqu'à présent. Jignore précisément la date du monument actuel, mais avec un style antique sa pierre ne manque pas de fraîcheur et indique qu'il est l'objet de tous les soins du noble marquis, son maître. Extérieurement, ses façades à quatre étages sont flanquées de tours, avec un pavillon central. Quant aux appartements , ils m'ont paru en général d une splendeur princière, et j'avoue avec grand regret qu'ils ne m'ont pas été tous montrés , attendu
qu'Us étaient alors occupés. Je me suis seulement aventuré dans l'escalier ( statrease ) ^ qui est vaste, aéré et
très-orné en sculptures, dans la chambre occupée par la reine Victoria y à l'époque de sa tournée triomphale à travers les Uighlands, la salie d'armes et la salle de billard , où j'ai lié connaissance avec le buste en marbre du marijuis de Breadalbaiic et sa collection de vieux chapeaux, originalité assez banale, si elle n'était compensée par une autre collection de tableaux, superbe galerie où , pour mon malheur, je n*ai pas mis les pieds. Je demandn par avance au noble marquis la permission d étre admis dans ce sanctuaire des arts, si jamais je revois sa lointaine demeure. Alors Je lui pardonnerai volontiers ses bustes de Wellington et de Blûcher , ces vieux adversaires de la France, [ilacés sur les piliers du perron de l'escalier, et tous ces animaux empaillés, cerfs> daims, chevreuils, renards, couronnés de bruyères , qui garnissent l'entrée de Taymouth Gastle et rorneiit médiocrement. Ma visite s'est étendue à loiit ce qu'il était possible de voir dans le château et ses alentours , depuis la laiterie, qui est un monument d'ordre et de propreté , jusqu'au sapin planté par la reine Victoria , au milieu d'autres arbres qui, au dire des eonnaisseurs, n'ont de rivaux que ceux des domaines d'AtholL Non seulement les arbres sous lesquels on promène sont les plus beaux de la Grande-Bretagne, et l'on sait < jue ce pays est la patrie des arbres aux proportions gigantesques et harmonieuses , mais encore le gazon sur lequel se posent les pieds est d'une souplesse toute sensuelle qui rivalise avec celle de nos tapis de laine.
Quelques personnes de goùl nous ayant engagés à une tournée sur les bords du lac Tay , de Kenmore à Killin , nous cédons de nouveau à cette partie dont les agréments paient amplement la ilatigue. Je dirai seulement
qu'à force d^admirer oa déoiame un peu et Ton exagère beaucoup. Les Anglais font un tel abus du beauHfull
scenery qu'ils l'ap[)li»iuoiU iudislinctement à tout. Ainsi, je ne comprends pas encore le cas que Ton fait des cascades d'Âcbam , Acham's falls^ alors que la plus misérable cascade Suisse dépasse en grandeur beaucoup de chutes d'eau des Uighlands. Celles doMoness méritent cependant une bonne mention. Kiilin et Auchmore forment un des points les plus suaves de TÉcosse pittoresque et la nature a été certainement prodigue en y confondant le grâcieux et le sublime dans le paysage; maïs écoutez le docteur Macculloch , il vous dira que c'est la plus extraordinaire collection de sites extraordinaires dans rËcosse , ihe most ewtraardinar^ collection of esc^
traordinary scenery in Scotland.
A propos des mérites pittoresques de rËcosse ^ il a souvent été discuté et TÉcosse en général comparée à la Suisse a pu tenir un rang honorable dans le rapprochement qu'on a fait des beautés de ces deux pays. En somme , les merveilles de la Suisse ont été louées pour leur grandeur et leur msyesté j alors que celles de TËcosse primaient spécialement par leur délicatesse et leurs traits grâcieux. Cependant à tout prendre , villes et campagne , pays pour pays , il est permis de trouver dans runetdans Tautre d'amples compensationsX'Océan avec SCS avantacres commerciaux et ses sublimes horreurs, les magnifiques cités monumentales, les châteaux, les grands arbres, beaucoup de suavité dans la nature manquent à la Suisse en général. En revanche, elle a de très-hautes montagnes où les nei^^es sonL éternelles, des lacs dont l'eau est d'une limpidité sans rivale, et quelquefois d'un bleu turquoise qui semble le reflet du ciel de ritalie ou de la Grèce. Mais si TOberland , les glaciers, la chute du iihin , Zurich et Genève manquent
àPÉcosse, la Suisse iie peut ^'enorgueillir de viilea comparables à Edimbourg, .Glasgow et mémo à Aber-* deoD , elle n'a ni Océan , ni grotte de Fingal.
La mauvaise saison commençail uialhijun'iisi'mt'nt à exercer ses rigueurs et il tomba une telle quauiité d eau à notre retour à Dunkeld, qu'il nous fallut comparaître devant un feu de broche et nous rôtir à la flsiçon des poulets que nous devions absorber. luis sont les charmes de l'outside , qu'on y mourrait plutôt que de céder au mauvais ton. La pluie persévéra tellement dans sa violence, que nous désertâmes la place sans avoir vu toutes leb merveilles ussiauesques dont M. Fisher, l'hôtelier de notre excellent hôtel Royal , nous entretenait. Je dois dire que la physionomie de Dunkeld a le grand mérite d'être originale , malgré tout ce qu'on peut avoir vu depuis rentrée eu Ecosse. Cette physionoiiiic coucorde parfaitement avec les tableaux que rêve notre imagination du pays des montagnards écossais. Partout de rudes collines couvertes des bois les plus sombres, partout des ruisseaux qui se précipitent en torrents avec un fracas étourdissant. La ville plus calme et plus sage que la nature semble pressée par le paysage et montre timidement sa tôte gothique, la tour de sa cathédrale dont le sommet atteint a peine le pied des hauteurs qui dominent tout. Quelques hommes, et c'est, hélas l le plus petit nombre, portent ce ravissant costume écossais que toute PEurope connaît , et qui ne flgnrera bimtôt plus que sur les tapisscnes de nos salons, ou dans les bals déguisés. C'est bien dommage que la civilisation exige de telles rigueurs,^ n'aurait-on pas le droit de se fîu^her contre elle , alors qu'elle ravit à Thomme ce qui le coribolo il une exisLunce trop positive, d'une vie si animale et si fragile , le sentiment varié des beaux-arts avec leurs sympathiques inspirations?
iNVERIIESS, ÂBERBEER, eUSfiOW.
« l» nuit MmlMW «wm ub orage ; — Le teiit mogit
plus fori, les ombres des héros privés do sépulture errent parmi la plaine... O mes amis, recevex-moi, sauvex-m(^ de eeUe maH I > (OsaïAil. ScéM 4'iMt mm tf'ocie^e tfttiw le nertf «e VÉca$*e,)
• Druromossie nnir, champs de Drummosslc, quel triste jour ce fut pour m-i, nù je perdis mon père chéri, mon pauvre père et trois frères ! Aii ! malheur à toit nidiiiit Due , • ( Brnrs. ïïtOailU êt Cutlodm, )
Encore à Perlh, dans cette nouvelle Capoue du Nord, nous prenions da repos » pwdions un temps précieux pour réaliser Texpédition des Highlands, et nous
vrîons à ce vice parisien si bcurcuijciiicnt nommé la llauerie. Georges street est la rue-promenade par excellence , celle où U vie se passe, celle qui réunit dans son voisinage rbôtel , la Poste , la Banque et le bureau de tabac, auxiliaires obligés du voyageur. Ei^lia, le dé|)rirL est résolu après avoir, selon notre habitude, acheté quelques productions du pays pour les rapporter conun^ souvenirs dans la belle France, après avoir fait emplette de couteaux écossais , de tabatières écossaises qui consistent en une corne de moutou perforée et fermée avec un couvercle à charnière d'argent surmonté d'une to** paze ou tout autre quaru transparent, puis une foule de petits objets en cuiualiiie , a^alhe el auUes lias caii-
loux {pebbUê) irèa-variéft de couleur, depuis le ootr jusqu'au blanc, en passant par le rouge et le jaune.
Cependant, il est un fait intéressant que je ne puis passer sous silence, c'est que, parmi les délassements de la nouvelle Gapoue, j'ai vainement tenté de prendre un bain pour assouplir mes membres fatigués , et comme rétablissement principal de la ville était en réparation , on m'adressa à rétablissement secondaire de Pariiame/ît eloie^ ruelle y impasse dansHigli Street, dont je n'ose parler sous peine de dégoûter le lecteur. Plus tard, à Dublin , conduit dans rétablissement modèle de la capitale de l'Irlande, je n éprouvai pas une plus grande attraction et cédant à un besoin hygiénique j'eus pourtant le courage de m'étendre cinq minutes dans cette large caisse de bois que traverse une bande de flanelle pour supporter les bras du patient. Je conclus mentalement que les bains de marbre de l'Italie étaient de beaucoup plus séduisants que les caisses à lessive des Trois Royaumes, que la porosité de l'épiderme britannique était presque nulle, le tissu cellulaire trèsdense, la transpiration naturelle à peu près inconnue, ei qu'il n'entrait pas dans le traitement hygiénique des peu* pies northmans de patienter une heure dans l'eau tiède, traitement compensé d'une autre façon par des boissons et des liqueurs fortes au dedans et par une exposition firéquente à l'humide ou à la pluie, au dehors. Peut* être à Londres où se rencontrent toutes les exigences de la vie, trouve-t-on des bains proprement établis. D'ailleurs le bain russe ou bain de vapeur devrait être préféré par les habitants de ces latitudes septentrionales.
Mais les chevaux de royal mail piaflfènt d'impatience, coachman et garde sont à leurs postes, VAll right est prononcé , et nous allons à Inverness. — De Perth à Duhkeld, route d^jà décrite et de nouveau parcourue.
En sortant de Duokeld, le olel devient orsgenx, et iNHir mieux résister à la tempête , à la trombe d*eau qui va
nous assaillir, nous nous couvrons de manteaux, plaids et redingotes cirées dont nous sommes pourvus et nous excitons l'estomac par un verre de whisky et de miel , sorte de breuvage mélangé à Tusage des montagnards. A peine nous entrons dans les sombres gorges fpass] de Kiliicrankie que les cataractes du ciel fondent sur nous impitoyablement) et ponr comble de malheur, au miliea de cette lugubre et sauvage nature, mon ami, mon fidèle
Acathe iomLio malade, troublé a la fois par l'irritation de la liqueur forte et par rhumidité à laquelle n'est point habitué son tempérament français. Je fus encore heureux de trouver dans le personnel du coche une société aimable et dévouée, el le garde surtout mit un empressement d'autant plus louaJïle à servir mon malade qu'il savait la fatale pénurie dans, laquelle Je me trouvais , puisque je n'avais pas complètement soldé ma place à Perth et cjue j'ambilioiiiiais de gagner Inverness pour toucher les fonds nécessaires à raccompiissement de cette odyssée. Au hameau de Blair-Atholl, au milieu de cette forôt noire de sapins etde mélèzes qui descend des Monts Grampiaiis, je Lémoignai ma recannaiàsanco au garde en lui payant un modeste verre d eau-de-vie (brandy) et il me parut comme tous ses compatriotes fort approuver cette liquide et brûlante attention. Non loin de ce hameau que l'on croirait très-imporlant, d'après son nom aristocratique , s'élôve la demeure seigneuriale des ducs d'Atholl,AthoU-House ouCastleBlair remarquable surtout par le caractère pittoresque de sa nature alpestre, la finesse des gazons et la majesté des arbres qui composent ces épaisses forêts où vivent des milliers d'animaux « des cerfs surtout, destinés à rem«» bellissement et aux plaisirs des propriétaires de cee