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vastes domaiûes. On estime à plusieurs milliers les cerfs habitent les forêts d'Atholl, quelques bois du Pertb*
shire , les Hébrides et nolamnient la forêt de Mar dans le comté d Abcrdeen ; ceux d*Atholi ont pourtant une répntation qui les place au dessus de tous les autres. On trouve également dans ces parages , une prodigieuse quantité do gibier, faisans, lièvres, chevreuils , des renards même, qui n'y sont pas comme en Angleterre, un mythe ridicule destiné à satisfaire Tamour-propre des riches landlords. On sait qu'en Angleterre où le /bav hunting est un plaisir de convention et de mode, il n'est pas rare de voir apporter le renard dans un sac de peau et la malheureuse béte en sort et y rentre selon le bon plaisir de l'ordonnateur de la féte, oh il s'agit bien plus de courir à cheval, de franchir fossés et barrières, de se rompre quelquefois brar. et jambes, que de donner la mort à ce rusé petit animal fauve, la terreur des bassescours. Quant aux loups , ils sont aussi bien inconnus en Écosse qu'en Angleterre, où le dernier des loups, selon la chronique, périt à la ûa du XYll* siècle.
Dès que Ton a franchi les passes des Monts Grampians, l'aspect de la contrée revêt une physionomie particulière, et au lieu du paysage boisé et verdoyant, qui décore les pentes méridionales des montagnes, Toeil ne rencontre plusque landes etbrnyères, une maigrevégétation de bouleaux qui semblent attester la rigueur des frimats du Nord. C'est là un phénomène de physiologie végétale assez intéressant pour l'observateur: tandis que dans l'Europe méridionale , la face des montagnes abritée des- rayons brûlants du soleil conserve seule de la fraîcheur et une luxuriante végétation de grands arbres, le contraire a lieu dans les contrées où le soleil ne se montre qu'à de rares intervalles, dépourvu de lu-> mière et de calorique.
A Kîngussie, nous faisons la halte ordinaire du milieu dô la course. Dans la Grande-Bretagne y les choses se reproduisent méthodiquement et sont de durée. Ainsi y la coutume est que le postillon (coachman) se renouvelle avec ses chevaux, a clinqiîe relais {changing-horses, stabUng ) et le conducteur {guard) n'est remplacé qu'une fois au milieu de la course ou de la journée, parce que les voyages un peu importants en coche ont lieu du matin jusqu'au soir. Alors seulement, le garde retire son sheiling d étreune, et ce shelling me parait mieux gagné que celui du coachman, auquel, d'ailleurs, les personnes peu aisées ou habituées aux mômes parcours ne donnent que six-pence, la moitié d'un shelling. Le temps accordé au dîner est d'une demi-heure environ, et ce jour-là , j*eus la douleur de dîner seul, séparé du moins de mon ami absent pour cause d'indispostion. Je trouvai en ce lie occasion des sympathies non équivoques de la part des voyageurs qui, malgré leur humeur ordinairement tacitnrne, s'empressaient d'avoir des nouvelles sur la santé de mon ami, et no tarissaient pas en conseils thérapeutiques qui se résumaient tous en the et eau-de-vie.
La route suit la Spey , cette rapide et fougueuse rivière, jusqu'au milieu de sa course , à travers un pays désolé par le froid et les torrents, où ne se montrent que des troupeaux de moutons les plus jolis du monde, et quelques familles de pâtres et de cultivateurs vivant dans des huttes de tourbes , pauvres êtres déguenillés , victimes de la laiiii et quehiuefois des inondations. Lo ton général du paysage est toujours donné par la bruyère rose qui croH sur la tourbe noire ; la monotonie est seule rompue par quelques pieds do bouleaux blancsclairsemés, par des vols de sinistres corneilles, oiseaux très-nombreux et très-respeclés dans la Grande-Bretagne, soit parce qu*ils détruiseni les hannetons et toua
insectes nuisibles aux récolles, soit parce qu'ils témoi-
^^nent dans leur indépendance de la grande propriété , ou par des vols de canards qui coupent Tliorizon sans bruit et avec la vitesse de réclair. Au total « c'est ua approchant des steppes de la Russie, dans les environs de rOural. Vient-on à passer près d'une maison d'habitation dont les maîlres absents sont dans les villes, près d'un bosquet ou d'une haie^ qu'il s'en échappe le bruantjaune, le seul petit oiseau qui s'accommode des contrées froides et tristes, qni se plaise avec lo brouillard et la gelée blanche, celui dont le plumage rappelle la végétation du Mord , la plus simple en couleur , le vertbrun mêlé au jaune, dont le chant si connu commence par la gaîté et finit en mineur par une plainte. Quant au rouge-gorge et à la grive , robin and thrush ou mavis , en latin iurdua mustcus^ au ramage si harmonieux, ils ne franchissent guères les basses-terres. Là, oll les bruyères sont le mieux fournies, alliées aux broussailles , à travers les moors^ se montrent des compagnies de grouses , gallinacé sauvage un peu plus gros que la perdrix ordinaire et dont les mœurs tiennent à la fois de celles du coq de bruyère et des poules d'eau. Les gourmets et les chasseurs suiU irès-friands du grouse, dont la saveur est en eUet très-appétissante et supérieure peut-être à celle du coq de bruyère. J'arrivai justement en Écosse au moment oîi la chasse dos grouses touchait à son terme, vers la St-Michel, et je jugeai, d'après les conversations, que cette chasse était en estime dans les Uighlands , qu'elle devait avoir beaucoup d'attrait pour le tireur au vol; aussi parlait-on de certains artistes en chasse, d'un major F. , entr'autres qui n'avait jamais été surpris maladroit en tirant un grouse, comme nous parlons de nos habiles tireurs de cailles à qui cependant nous donnons le droit do manquer quelquefois leur coup.
On me montre en passant Belville, la demeure de Miss Macpherson , la fille du traducteur ou môme de l'auteur d'Ossian. Quelle habileté d'écrlyain el quelle profonde philosophie ches eet homme qui , doutant de ses propres forces . a emprunté long-temps le nom du vieux barde gaél pour se faire lire, chanter et admirer du monde entier 1 Que de gens seraient forts comme Hercule, s'ils revêtaient la peau du lion !
Voici les bois de Roliiiemurchus sur la droite ; évidemment Rothiemurchus devait être le nom d'un général picte^ vainqueur d'une légion romaine et jouissant de sa retraite au milieu de ces solitudes. Ici, la route tourne à gauche, laisse la Spey, qui va se rendre dans la mer du Nord, après avoir servi de limites aux comtés de Banff et d'Elgin, passe devant le lac Moy, si célèbre dans la chronique et mène droit à Inverness. Très-avant dans la nuit , nous fesons notre entrée dans cette dernière ville, la plus importante de la Nortl^Great Britainj nous descendons au superbe hôtel de TUnion et après avoir pris un thé confortable , nous nous endormons , mon ami satisfait de revivre sur la terre étrangère et moi heureux d'un rétablissement qui me déchargeait d'une inquiétante sollicitude et d'une lourde responsabilité.
Inverness, par sa position septentrionale au fond du golte Murray et à l'une des extrémités du canal Calédonien, tient un rang en quelque sorte supérieur à l'importance de sa population, qui se monte au plus à 45,000 âmes ; son petit port , ses pêcheries , sa position , sou antique origine , sa qualité de royal burg et de vieille capitale , ses constructions jolies et même grandioses , Fintelligence et Paflrieibilité de ses habitants lui assignent uue piiu'o notable parmi les bonnes villes de l'Ecosse.
J'éprouve une secrète joie en rencontrant quelques Français , soit à 1 hétel, soit dans la société , et je ne
m'explique celle anomalie daris les mœurs de mes concitoyens, eux qui ne dépassent guères Londres, Liverpool ou Edimbourg , qu'après avoir été informé qu'ils appartenaient à la noblesse de Franee, et qu'en leur qualité de fidèles allies des Bourbons, ils avaient été naturellement attirés dans le centre de la chevaleresque équipée des Stuarts. Le prétendant Charles-Edouard el Gulioden , le théâtre de sa défaîte , conserveront longtemps un attrait irrésistible pour nos royalistes du droit divin , ci c est avec raison, dans ce culte honorable du passé y qu'ils trouveront les plus douces consolations aux amertumes du présent. Ainsi je liai connaissance avee deux ou trois comtes de l'Anjou et de la Bretagne, avec le jeune baron do C..., du Nivernais; ce dernier se rendait dans les domaines de lord Lovât , probablement jie descendant de Simon Lovât dont Hogarth avait buriné la li isle figure et qui fut impitoyablement exécuté.
La On de notre séjour à Inverness fui marquée par un épisode digne d'être raconté. C'était nn dimaildie et l'avais besoin de convertir de la monnaie fhmçaise en livres sterling ( pounds afin de pourvoir à la dépense d'une tournée à Âberdeen et de l'expédition des lies Orcadeset Shetlands-Lorsqne, sur le continent, il manqua un changeur de monnaies, il se présente ordmairement un juif officieux , propre a la besogne de la conversion ; mais là où il n'y a ni changeur ni juif, il faut recourir à robligeance privée, et encore l'opération financière n'estelle pas toujours courante et négociable. J'imagroai, en cette conjoncture , de m'adresser à un notable banquier de la ville, et j'allai frapper à la porte de M. Mack.., qui demeure de rentre côté de la Ness, dans une charmante villa. Notez tonjours que c'était dimani^e , et après bien des pourparlers avec le valet df^ chambre, nous fûmes introduits dans le salon. Alors vint à nous un
grand moosienr, dignement vôtu de noir et de blanCi
ayant la figure douce et intelligente, des cheveux blancs qui M indiquaient encore que l'approche de la vieillesse, et ce vénérable écossais nous tint à peu près ce langage : « En ce moment , je suis à table avec toute ma famille que j ai invitée solennellement ; comme mes bureaux sont fcriiius aujourd'hui, veuillez repasser demain matin et je vous rendrai ie service demandé* Si vous n'avez aucun engagement pour la soirée, Je vousprie d'accepter un thé chez moi , et j espère que vous trouverez dans la société de mes darnes^ qui parlent assez bien français et mieux que moi qui n'y entends rien, tous les agréments d'une réunion de famille. » A ce sujet , je ne ferai qu'une réflexion , c'est que je n'ai jamais bu un verre d'eau chez aucun des banquiers étrangers auxquels j'ai été , dans tous les pays, chaudement recommandé, et que M M. pour lequel nous n'étions que des inconnus , déployait une amabilité dont nous avions le droit de nous étonner et de nous applaudir tout à la fois. Mais, en Ecosse, il y a des honnêtes gens qui ont à cœur d'éterniser les bons proverbes, et Thospitalité se donne et ne s'y vend pas. Nos remercîmenls furentà la hauteur de cette noble générosité, et il ne nous fui pas possible d'aecepter le thé et les livres steriings. Il fallait se coucher de bonne heure , attendu que le coche d'Âberdeen partait le lendemain lundi à la pointe du jour et que nous avions un engagement et des avantages pour en profiter. Notre hôtelier qui avait moins de scrupules dominicaux, consentit à échanger son or contre notre argent. Seulementi en sa qualité de mauvais financier, il faillit perdre une vingtaine de shellings dans le compte qu'il avait rédigé, et comme nous lui redressâmes 1 erreur et que nous nous empressâmes de le réintégrer dans ses droits, il se prit d'un bel enthousiasme pour la probité des Français,, qu'il conserve peut-être encore.
L'équipage qui nous porte à Âberdeen se nomme Dtffiance ( traduisez défi et non soupçon , défiance ], et ce litre est bien mérité; je ne connais pas un service de voitures fait avec plus de dignité, de propreté, de rapidité que celui auquel nous allons confier notre existence remuante et passagère. Cocher, garde, voiture et chevaux, sont d'une tenue irréprochable, et c'est plutôt ie carrosse d'un roi, à la livrée rouge, qui nous emporte, que celui d'une administration publique. Jamais le formalisme et le respectable du coachman n'avait atteint un ton pius superbe : une cérémonie d'apparat hippique s ajoute au départ, i allright a été prononcé, quatre palefreniers retirent, vite et gravement, les tapis qui recouvrent le dos des coursiers, et notre petit monde s'ébranle et se précipite dans sa course.
On estime que le perfectionnement des voitures et des routes est dû au goût des riches. L'aristocratie du nom et de la fortune a donc son utilité.
Avis aux Français !
Nous laissons Culloden Muir, Gawdor-Gastle , dont Macbeth fut le thane,Nairn, Forres ofi nous déjeunons, et nous traversons Eigîn , lechef-Jieu du comté de ce nom. Je n'y ai vu, au milieu d'une place, qu'une reproduction de la lanterne de Diogène et quelques petits édifices stylés de grec, élevés probablement sous rinspîration du même lord Elgin qui a transplanté le Parthônon au Musée britannique de Londres. Sa cathédrale était, dit-ou, avant sa ruine, le modèle exact de celle de Licbfield , en Angleterre. A Fochabers, au mi-lieu d'une forêt de pins, le garde ordonne une halte et , embouchant la trompette, il fait retentir les échos d'alentour, qui sont, en effet, très-sonores et valent bien un sheiling de complaisance. Non loin de là, s'élève le château Gordon , somptueuse et moderne demeure , centre
de la richesse et de la puissance arislocralique des Gordon et des Aberdeen. Voici HunUy, et, dans le lointain, les derniers pics des monts Grampians; le sol ne porte plus ces interminables cultures de turneps , sorte de gros navets destinés aux bestiaux, et de céréales que nous avons précédemment admirées, mais il est la proie des tourbières si pénibles à défricher. Peu après Invérury, un lièvre efllrayé suit la route à toute vitesse, et , dans son oubli des convenances , va se fourrer dans les jambes d'une vieille qui passe. Qu'on se ligure les rérflexions et le rire homérique de noire petit monde qui ne rit jamais! Nous entrons dans Aberdeen et sommes assez heureux pour trouver place à Uoi/al hôtel ^ car, dans la bonne saison , les voyageurs sont souvent logés, en ville f comme des militaires en campagne. L'hôtel était, en effet, très-peuplé quand nous y arrivâmes, et dans la salle à manger c'était uo vacarme mêlé de fumée de tabac et d'essaims de mouches qui en rendaient le séjour abominable ; un portrait en pied d'un Gordon , par Lawrence, et des têtes de cerfs boisées y indiquent seulement l'Écosse du Nord , the North-Svotland,
Aberdeen se divise en vieille et nouvelle ville. La ville neuve, et surtout deux ou trois rues, toutes construites en granit et ornées d'édifices publics de toutes sortes, composent un ensemble si grave, si moiiumentalf qu'à part quelques fragments admirés à Londres, à Newcastle, à Edimbourg ou à Glasgow, il serait impossible de concevoir un effet plus majestueux. Aussi , dirai-je d'Aberdeen ce que j ai déjà dit de quelques villes de la Grande-Bretagne , elle n'a que le tort de ne pas se trouver sur cette ligne classique que parcourent les étrangers et qui décident ainsi d'un pn\ s qu'ils ne connaissent pas. Non , Aberdeen n'a pas la réputation qu'elle mériterait, et une rue conmae Union Street ^ boi"*
dée de palais , de eolonnades , est tout a fail digne dù raucienne Ruine d Auguste, de cet empire romain géant que les grands-bretons, dans l'ère moderne , semblent vouloir imiter. La terrasse du château qui sert aujourd'hui de caserne d'infanterie, domine les deux villes, du moins la partie basse et la partie élevée de l'ensemble de la cité. Le port , qui est formé par Tembouchure de la Dee , a une importance que la navigation à vapeur est venue accroître , et, outre ses grandes pèches du saumon et du hareng, il entretient des relations considérables avec Londres, HuU, Leith et autres ports de la côte orientale. C'est ainsi que cette population active et intelligente de négociants, d'agriculteurs et d'ouvriers, est parvenue à faire sortir de ses ruines une ville aussi capitale. Voyez les grands marchés, le bureau des Postes, le grand Cimetière avec sa colonnade ionienne , le collège Mariscbal, ces statues , ces églises, ces hôpitaux, ces établissements de bienfaisance si multipliés, ces ma^ nufactures bien ordonnées, et soyez convaincus que le travail et une religieuse générosité fondent seuls de si •riches et de si utiles créations.
Banner-Miil, par exemple, cette vaste manufacture de coton, est encore un modèle que ne désavouent pas les industriels de Manchester el de Birmingham. Là, des milliers de femmes trouvent à s occuper, à gagner leur vie, à soulager leurs familles par l'apport de leurs salaires à la masse commune. Que ces femmes ne soient pas absolument à Taliii dus iiieonvéïiiciiLs du travail industriel, ce n est pas liouteux; mais, en revanche, que de maux évités par cette excitation au gain et cette assiduité à poursuivre une tftche I Quel spectacle grandiose , que ce monde féminin rassemblé sur un petit espace de quelques mètres carrés, et transformant successivement la matière première en fils de toute dimension, depuis le
plus gros jusqu'aux imporceptibles , qui serviront à l usago de tous les peuples du globe I Tout cet artiûce, dù à la force motrice de la vapeur, contenu et dirigé selon les besoins de la fabrication ) Quoi d*étoiunnt que rÉcosse suit l:i jiatrie d Adam Smith et de James AVall !
Selon mon habitude Je posai force questions au guide, car j'étais, malgré moi, accompagné d*un guide. Ici comme en Angleterre j'avais donné le^elling d usage avant d'entrer, et le concierge n'eût pas consenti à m'introduire dans ce labyrintlio de travailleurs sans la rémunération préalable, fixée d'ailleurs par un règlement écrit et placardé au fonddesa loge. Dans cette inspection de deux heures, je notai que l'usage de laisser les ouvriers, hommes et femmes (les femmes sont en nombre bien supérieur), aller dîner chez eux, en ville, doit être salutaire et hygiénique, par Texercice de la marche, l'air pur et la vue de la famille qui apporte de la distraction à l'existence de la fabrique et du travail sur place; qu'un seul danger se présentait , celui d'être pris de fluxions de poitrines, refroidissements quelconques, par la brusque transition de Tair chaud intérieur à l'air vif du dehors, d autant que les ouvriers, hommes et femmes, se précautionnent peu de doubles vêtements de sortie; je notai que le prix de la main-d'œuvre n'est guère plus élevé qu'en France, et que l'ouvrier anglais est plus habile; de plus, et c'est chose majeure, je fus eflVayéde la longueur prescrite par les règlements à la durée du travail. Terrible question , selon qu'on l'envisage sous le rapport do la licence ou sous celui de la restrictioB du travail manufacturier 1 La bibliothèque, et ce no sont pas les livres qui font défaut dans les établissements publics (le la Grande-Bretagne, était naturellement fournie d'ouvrages de morale chrétienne et d'économie industrielle et commerciale. Et quand je ré-
fléchissais que la manufacture de coton était dans l'enfance, il y a près d'un siècle, le speclacle de Baûûer- Mill me semblait eacore plus grandiose.
Un seul accident avait marqué notre séjour à Aberdeen, c'était celui du dernier jour. Sur \e matin , accablés de fatigue et mal réveillés , nous manquions le coche, et, loin de perdre la valeur des places arrêtées dV vance, il n'en résultait que le désagrément d'être renvoyés au lendemain. Les administrations iraiigaiscs bunt plus rigides pour le voyageur non-arrivé à temps, mais, en compensation , elles prennent des arrhes sur la valeur de la place , au lieu de l'exiger en entier au moment de 1 inscription sur le livre du mouvement des voyageurs.
En Hollande , le gouvernement a , encore plus , favorisé le voyii^'eur, en ce sens que les admiaislrateurs des services sont tenus de lui fournir une voiture, dans le cas oii les places manqueraient; mais cette mesure, assez démocratique, ne saurait convenir aux Anglais, à qui le respectable d'un coche bien attelé et conduit par des hommes en livrée flivery-men)y est absolument nécessaire.
De nouveau à Inverness, nous prtmes le bftteau qui
touche à Wick et visite l'archiptl du Nord, l'Ultima ThuU de Virgile, une ou deux fois par semaine, dans la bonne saison.
Outre les divisions générales que nous avons d^à données de l'Écosse conformément aux coutumes adoptées par sespropres habitants, et consacrées par les historiens et les poètes , il en est une grande que nous trouvons applicable à la natui^e des lieux que nous allions explorer. Je veux dire que le canal Calédonien qui passe à travers les Uighlands n'en crée pas moins une division entre la partie de i'Ëeosse qui le domine au nord et celle
qui s'étend au midi. Cette division géograplmiue se comprend surtout à notre époque oii le canal est devenu un passage utile ^ très-fréquenté, entre le ^olfe Murray ou plutôt entre Inverness et Fort William, il e^L naluret que la coiilrce montagneuse qui borde le canal au midi participe de la physionomie et de Tessence de celle qui le borde au nord ; maïs, il n'en est pas moins vrai , au point de vue de la géographie, ({uc cette partie septentrionale au-delà du canal , over CaUdoniau canal^ forme un pays à part qui, en se joignant aux archipels environnants , compose un tout homogène pour les mœurs, lelangage des habitants et v^iirtout pour les types naturels tels que les terrains ^ les cultures, les bestiaux et l'ensemble géologique.
Cette homogénéité ne fait pas défaut à la moindre parcelle do cette partie septentrionale; là si lc])auvre habitant peut à force d'industrie et de labeur ravir un morceau de terrain à la rigueur des hivers ou à un sol partout montagneux et tourmenté , la vie est aussi pénible dans un comté que dans un autre et sans la péehe et la garde des troupeaux, sans un invincible courage et une certaine rudesse de tempérament, il ne serait pas donné à 1 homme de vivre sous des latitudes aussi ingrates. Les comtes de Koss et de Sutbcriand ressemblent, dit-on , aux provinces norwégiennes et cette opinion ^uî paraît acceptable en vue du rapprochement et de la conformité des t(^rrains, le devient encore plus, quand on sait que rÉcosse du nord a été long-temps le séjour de colonies danoises et norwégiennes, que Tesprit celtique et la langue erse sont restés du domaine des écossais northmans. Le clnn de Suthei laud porte la longue barbe comme les Scandinaves au temps fabuleux d'Odin, et le même cl;m ou celui de Gaitbness situé à l'extrême nord revêt la veste blanche saus carreau, pour marquer sa proximité
des LIaocs frimats et s iiurmomser avec la teinte uuicolore des neiges.
Maintenant les deserîptions snr les tles Orcades, Shetlands et Hébrides sont si nombreuses cl si [)arfaites qu'il serait superilu d'entamer un travail tout au plus intéressant paur les Écossais et les pilotes des navires qui fï*¥t ces parages d'un difficile accès. Ce n'est pas qu'au siècle dernier encore on pouvait écrire sur ces archipels des uotes originales comme on eût fait d'un groupe d'iiots sauvages derOeéanie; mais, en ce moment, ces îles sont fréquemment visitées par les steamers de Glasgow et d'Aberdoen, par des hommes d'affaires ou des curieux, et tout ce qu'il y avait de fabuleux et de mystique dans les somhres retraites de Thiver, finit par s'évanouir au grand jour de là civilisation. Toutefois Kirkwall ( tvall mur, kirk église, en écossais ) , le cheflieu des Oreades , quoique situé au milieu d'une contrée sans végétation , dépourvue d'arbres, capable seulement de nourrir des troupeaux et des poneys aussi ardents que petits, est digne de l'admiration de l'étranger par sa magnifique cathédrale de Saintr-Magnus , fondée au XII* siècle, et presque entièrement conservée» Lerwick, le cheMieu des Shetlands ou Zetlands (le duc qui représente ces comtés au Parlement s'appelle plus particulièrement Zetland, par une bizarrerie inexplicable, comme en renferment toutes les langues ),Lerwick avec sa petite population de 3,000 âmes , un peu inférieure i celle de Kirkwall, n'offi^e absolument aucune curiosité, et son seul mérite est de donner le jour à de braves marins qui affrontent tous les périls de l'Océan, depuis les perfides luttes contre les baleines jusqu'aux! tempêtes les plus horribles.
Non loin de là prospère le petit port de Scalloway , si renommé pour la pèche de la morue qui est de première
qiiaiilc sur la côte occidenlale de Tarchipel; les éiuves ou séchoirs pour la préparation des poissons y sont trèsingénieux.
Comme nne forte épidémie de rougeole avait récemment emporli' la moitié do la population des îles Fei'oc, possession danoise situue au nord, mais assez rapprochée des archipels anglais, nous jugeâmes prudent de revenir aux plus bas degrés de cette échelle dont Tascension avait été réalisme sans excès de malheur; et pareils aces oiseaux qui à 1 approche de la mauvaise saison émigrent vers des latitudes plus chaudes , nous dtmes un étemel adieu à cette république des glaces qui nous auraient^ au premier jour , barré le passage.
Une des tournées que le voyageur doit le plus rechercher en Ecosse, alors qu'il a fait son entrée dans cette aimable contrée par Edimbourg et qu'il est au moins parvenu à Inveroess, c'est-à-dire à l'apogée oriliiiMire de la course, consiste à descendre le canal Calédonieu, à visiter la c6te occidentale des Highlands, à tenter la «avigation de Ttle de Hull, des ruines d'Iona , le berceau du christîanisine dans rÉcosse occidentale , et des basaltes de Staffa ou grotte de Fingal , puis revenant sur la terre ferme, après avoir parcouru les lacs, à se reposer dans Glasgow , la seconde capitale du pays , le centre de l'activité coainii i ( iale et de la richesse.
— Et il fut fait comme il avait été dit.
Staffa, avec ses basaltes noirs prismatiques situés dans les couches inférieures à la terre végétale qu'ils support tent en laissant aux vagues de la mer la facilité de pénétrer à travers les galeries formées par cette combinaison géologique, est, de Taveu des savants comme des ignorants en science naturelle, une des merveilles que les révolutions du çrlobe ont enfantées et léguées ;i I admiration des gcueratians successives. Si les Pyramides
d'Egypte ei les Colosses de rOrient sont les gigantesques produits de la main des hommes , les galeries souterraines deStafta sont nécessairement l'œuvre de Bien; et , quand le nautonnier vous conduit dans son fragile batelet sous les sombres voûtes oh mugit la vague, il semble que ces colonnes , que ces prismes noirs opaques, pareils à des tuyaux d'orgue, vont entonner des cantiques à la louange du créateur.
Oban est le gracieux petit village oii l'on s'embarque pour les excursions aux îles dont nous venons de parler.
Quand on rentre à Glasgow , on prend la tête du lac Àwe si fécond en sites aimables, et l'on s'arrête un moment à Inverary sur le lac Fine, pour jouir de la vue du château du duc d'Argyle et des bords du lac bien digne de Tenthousiasme de Bums et de Wordsworth, en un mot de tous les poètes lakistes et pastoureaux. Inverary-Castle, sans différer précisément de rarchitecturc de la plupart des grands châteaux écossais, a le mérite spécial de commander la vue des eaux du lac, et considéré à distance avec ce miroir naturel par devant et ses toulTcs de vieux arbres par derrière, il est toi qu'une belle décoration féerique, comme il arrive quelquefois sur Tarrière-scène de nos tbéàtres*
Nous touchons enfin à la pointe du lac Lomond ; nous coiitoiirnons le Ben Lomond, haut de plus de 1 000 mètres, nous entrons dans le lac Katrine qui est, par rapport à son voisin, ce que la grâce est à la msgesté; et nous revenons par les Trosachs, ces escarpements boisés où la nature semble prise do violentes convulsions, et par le petit lac Ard , dans le msgestueux Lomond , surnomme rorgueil des lacs d'Écosse, pride ofscotHsh lakeg.
Il fallait une noble intelligence et un coonr ardent pour décrire les beautés pittoresques de cette partie do
PÉco88e,àmon avis^ la plus écossaise, celle qui approcher
le plua des tableaux vaporeux et romantiques que forge notre imagination. Ce génie pénétrant des secrets de la nature écossaise , chacun le connaît , c'est Timmortel Scott, et les vers que le barde moderne nous a laissés dans la Dame du Lac , sont d'un lyrisme qu'il est difficile de surpasser.
Naguères nous voguions sur ieRob-Roy, ainsi nommé de ce fameux chef de Gatterans ou intrépides pillards dont Waltcr-Scott nous a laissé la chronique, maintenant nous sommes à bord de la Sorcière des Eaux, Waier-'Wiichy nom bien appliqué au packet qui fend tes ondes du Lomond , aussi noires que devaient l*étre celles du StyxouderAchéron. La société du bateau est uniquement fonnée par des groupes de gentlemen qui vont à la chasse ou en reviennent. La conversation un peu animée de ces jeunes gens, que la saison de la chasse shooting season^ rend plus bavards que de coutume, les aboiements des meutes de chiens , les coups de fouet que leur délivrent les gardiens , qui sont, pour la plupart , de grands Irlandais, couverts de petits chapeaux plats et munis de guêtres de sept lieues, tout ce bour^ donnement forme un concert rustique assez plaisant.
A Textrémité méridionale du lac, à Ballocàlon, un vaste omnibus, dans lequel se précipitent hommes, femmes , enfants , chiens , etc. , nous conduit rapidement à Dumbarton, dont h citadelle joue un rôle si important dans l'histoire de Marie Stuar t. Là, un steamboat, le Dumbarton^Castle, remonte les- eaux- profondes de la Clyde jusqu'à Glasgow et nous nous rendons à l'hôtel Black-Bull, oîi nous séjournerons le plus possible, profitant des commodités d'une étape aussi avantageuse que Glasgow, afin de prendre le repos et le courage nécessaires pour mener à bonne fin la campagne pro*- ^etéc de 1 Irlande.
Glasgow, que l'on pronoaco en fronçai» Glascou et que Ton écrit Glascow, doit se prononcer correctement
Gldzegô ou simplement Gldsgô, comme il m'a paru d'après la conversation anglaise.
Quoi qu'il en soit du nom de la ville, il faut tout d'abord poser son importance comme cité dans la Grande- Bretagne et dans le monde entier. Beaucoup de gens icllrés se sont plus à imaginer des rapports entre Glasgow et Edimbourg sa voisine, et si jamais il a été permis d'écrire un parallèle, c'est bien à cause de ces deux belles et populeuses ag^^lomérations civilisées, qui sciiibluntleiiir les portes de l'Ëcosse. Seulement, ce rapport de similitude une fois présenté, cette aorte de pondération éUblie, les causes de différence se multiplient , et les jugements les plus abstraits dominent toute description de l'une et l'autre ville.
Glasgow, sans avoir cette position toute athénienne d'Ëdimbourg, est encore heureusement placée en amphithéâtre, sur uu coteau au pied duquel un fleuve puissant, la Ciyde, vient déposer le produit de ses eaux. La Glyde pour ne pas déroger au système géologique général de la Grande-Bretagne et môme de TEuroj^e occidentale, reçoit plusieurs aliluents qui enflent son lit et lui permettent de se confondre long-temps avec rOcéan et d'offrir plusieurs ports au commerce. Elle est lo fleuve d'or de Glasgow, comme la Tamise est le fleuve d'or de Londres, la Mersey celui de Livcrpool, la Meuse celui de Rotterdam, la Gironde celui de Bordeaux et comme TEscaut serait celui d'Anvers , le Tage celui de Lisbonne et de tout le Portugal. Â cette opulence commerciale est venue se joindre l'activité industrielle, et de cette somme de prospérité conquise par l'intelligence, le travail et quelques secours naturels, est né ce petit monde de trois cents mille âmes, vivant au milieu d'une
des plus magnifique» cités du globe. Celle popuialioD accrue d'une manière quasi fabuleuse', était en 4654 , à
l'époque du plus ancien recensement connu, de quatoiw mille âmes seulement, en 1789 de cinquante mille, eu 4SâO de deux cent mille, et en 4840 de deux cent cinquante mille âmes. La ville moderne (il ne reste plus guères de vestiges de l'ancienne) est lioii^seulenicat irès-monumeutale, mais surtout très-bien bâtie. 11 faut cependant excepter de ce splendide tableau , les quartiers consacrés spécialement à Tindustrie , tels qoe la rive gauche du fleuve , et ia partie avancée de la rive droite comprise entre le superbe pont de Broomielaw, le quai des Sleamboats, et les Buildings Yards. Quant aux vieux quartiers, il y subsiste bien encore des ruelles dont la propreté d'ailleurs plus difficile a entretenir , n'est pas aussi rigoureuse que dans ceux de l'aisancd et du bien-être. Maintenant, Glasgow est-elle la première ou la seconde ville d'Écosse? On ne peut répondre que par une distinction. Si par première ville uu capitale, on entend celle qui Ta toujours été officiellement, le vieux type de l'esprit public écossais, le champ spécial des fastes de rhistoire, de plus une ville capricieusement et artistiquement jetée , monuuioulale et habitée par une société paisible d'hommes moraux et lettrés, il faut décerner la palme de la primauté à Edimbourg ; Glasgow, au contraire, occupera le premier rang, si à son passé illustre (témoin sa cathédrale, son université, sa maison commune), on sgoute une prodigieuse quantité de monuments modernes, des quartiers miuestueux qui l'emportent quelquefois sur ceux de Paris et de Londres, un mou veulent commercial inouï , entretenu par une nombreuse population.
C'est d'ailleursjustice à rendre àia politesse des Écos* sais, qu'ils sont animés, même de nos jours, obrunion
avec l'A]ii:l( terre semblerait devoir semer des divisions et de la froideur, d'un patriotisme tel qu'ils se renvoleiit nutuellement le mérite de leurs capitales respectives. A
Edimbourg, Glasj^ow est la ville iiichIl Il', riche et vlvaiile, gaie et populeuse , et réciproquement à Glasgow , Edimbourg est la cité du calme, de llnstruction classique et religieuse, des beaux-arts et des bonnes manières. Pour ma part, forcé à l'impnrlialiLo par inoii esprit observateur et par la reconuaissance envers des bôtes également dignes d'estime, je crée dans mon imagination, une sorte de balance idéale , dont je place Taxe au sommet (Je Stirling , tenant en équilibre ses deux plateaux, Edimbourg et Glasgow , deux bonnes villes admirées et aimées.
. Pour continuer l'équilibre , une honnête , une douce ,
une gracieuse hospitalité nous attendait à Glasgow, pareille à celle que nous avions reçue à Edimbourg. Une lettre d'un ami de cette dernière ville, nous servit d'introduction dans une bonne maison de Vincent Street, où nous fi!imes accueillis par M. J aines Morr.. Esq. et tous les siens , comme si nous avions été des familiers de la maison et du pays, en un mot de vieilles connaissances. Cet intérieur de fàmille bourgeoise me parut un modèle du genre, propre à l'étude des mœurs des villes d'Ecosse. Partout de la simplicité, une exquise propreté, quelques raffinements d'élégance; et chez les personnes, une affabilité distinguée sans morgue et sans retenue , une conversation variée, tantôt profonde et un peu lente , tantôt rapide et spirituelle. M. James, qui est resté notre ami depuis que nous l'avons connu, emprunte beaucoup du caractère fïrançais par la vivacité de ses allures, sa tenue extérieure et son humour pleine do naturel et d'abandon; il est négociant en vins étrangers et ne me parait pas pour ses affaires négliger la culture de son
u.spiiL , qui est réellement orné et ressemble, sous ce rapport flatteur, à celui de la plupart de ses compatriotes, quelle que soit la profession à laquelle ils soient livrés. Sa sœur, â*un tempérament calme et égal, a le ton exeessivcment poli , le verbe bas et un ensemble qui n est pas éloigné de notre type français, dans ce qu'il a de généreux, de bienveillant et do sensé. La mère qui est en ce moment une vénérable femme, tranche un peu plus au milieu de cette société presque française; sa figure est un portrait d'étude : tout en elle, son maintien, sa mise, son langage sobre, rappelle le vieux puritanisme , l'éducation inspirée par le rigoureux et l austère Knox , cet usage fréquent de la méditation religieuse protestante qui laisse au corps un peu de raideur, au visage la symétrie des lignes « à la tête de l'élévation , au teint une fratcheur et une transparence, effet de la froideur d'un esprit rêveur et prévenu contre toutes passions. Au fond du tableau , brillent deux charmantes Jeunes filles, familièrement nommées les cousines, possédant tous les dons.de cette blanche et gracieuse nature d'Ecosse.
Ce fut un large dédommagement h nos tracasseries de voyage, que l'introduction dans une société aussi aimable; et si dans notre condition passagère, nous avions cru quelquefois goûter le suprême bonheur dans une hôtellerie confortable ou bien en présence des beautés infinies de la nature, ces jouissances intimes du foyer domestique, la causerie dq soir, la participation au môme festin avaient des charmes à nul autre pareils.
Extérieurement Glasgow est plus une ville de flânerie frivole qu'Edimbourg. Ici l'on accorde un peu moins de temps à la rêverie, à la poésie romanesque et méditative , et sur un terrain plus plat et plus prosaïquet, on donne plus au mouvement intéressé, au positivisme,
d^oh il résulte pour l'étranger une existence moins sen*
tiinenlale qu'à Edimbourg , mais aussi plus réelle, avec tous ies avantages que procurent le luxe et tous les plaisirs qu'il traîne à sa suite. Glasgow, à part la brume de l'hiver , la ftimée noire que vomissent ses gigantesques choiiiiiiées des manufai tui es de colon, de ses usines où se fabriquent lus plus robustes machines de terre ou de mer (celle des produits chimiques de Saint- RoUox, a 440 pieds de la base au sommet et se voit à trente milles à la ronde); Glasgow, à part ce rideau sombre, inséparable fatalité de son climat et de sou industrie, est encore la ville la plus animée , la plus riante de TÉcosse et dépasse en gatté bien des villes d l'Angleterre. Les heures s'écoulent aiséiiieat devant les boutiques luxuriantes d Argyle-street, cette large et populeuse artère qui, parallèle au fleuve, reçoit dans son lit comme un nouveau fleuve les allants et les venants des plus majestueux quartiers de la ville , des rues Buchanan, Ingram, Queen, Gordon, Vincent, dignes de rivaliser avec le Londres fashionable. Le Passage , la Bourse avec son portique et la statue équestre de Wellington, le Square Georges ou s élèvent la colonne de Walter Scott, les statues de J.Watt et du générai Moore, par Flaxman, ornent particulièrement ces quartiers. La ville plus nouvelle encore, bâtie sur l'érainence de Garnelt, est uniquement habitée par la paisible bourgeoiiiie et ne déroge en rien de l'eifet capital de tout ce qui précède. Si l'on remonte la Glyde, on peut voir le monument à Nelson, au milieu des vastes prairies de Iligh Green, terminées par King's Park , asile commun de la population ouvrière. Puis revenant sur ses pas on peut par courir la ville ancienne , la cité mère, dans Saltmarket, Trongate, où, devant la statue de Guillaume IH , on prend les voitures pour ies lacs et quelques envu'ons,
Gallow^'îite et principalement dans la rue Haute, Hîgk Hreet, De là on se rend à l llutel de Ville, précieux iémoignage du XYI«et du XVII* siècle ^ au collège de runtversité. — > GhemiQ faisant, nous inspectons toujours quelques manufactures : un jour on fabriquait sous nos yeux de la mousseline, ce fin tissu qui devrait s'incendier à la vue du feu, et qui ne peut se produire sans subir des brûlures autour d'un cylindre puissamment chauffé et toujours en mouvement do rotation ; un autre jour, nous assistions aux ateliers cyclopéens de la fonderie de Ch. Napier, la plus vaste, la plus ri-* cbe de la Grande-Bretagoe.Le quartier de la cathédrale, du vieux Saint-Mungo, est fécond en reliques historiques. Ici, au terme de liigti-street, cette maisonnette J}asse, couverte de chaume servait de cottageàDarnley, et la blonde reine Mary dut souvent fréquenter cette modeste demeure, où l'attendait celui qu elle avait aimé. La cathédrale est un vieux débris gothique, digue des soins et des réparations dont il est Tobjet en ce moment. Derrière la cathédrale et sur un coteau s'étend le grand cimetière , iV^cropoi/^ , aussi remaïquablo par son heureuse position que par la richesse de ses tombeaux; le monument funèbre élevé à J. Knox, attire surtout rattentioii, seulement la colonne est lourde et trop basse pour supporter la colossale statue <iii i nformateur. Nous employons encore le temps à parcourir le jardin zoologique ^ puis le jardin botanique, où , en Tabsence de M. Ifurray, le directeur, sa femme et sa fille nous offrirent à gofitcr, avec du Porto, du Sherry et des viandes froides. Le soir, nous profitions quelquefois de nos entrées libres au cercle Occidental, Western club , oii se réunît l'élite do la société glascovienne. Quelques soirées se passaient au Ihuritreet je remarquais à la représentation d'un drame militaire , les Victoires et
Conquêtes des Anglais dans t'Inde, qu'à la bataille , lea Anglais ne subissaient le feu qu'après les Irlandais et les Cipoyes on troupes indigènes.
Enfin, âpres une ch^umanle excursion en Lanarkshire, au château du duc d Hamilton , à la cascade de Stonebyres , et à Paisley, la ville des gazes, des tartans de soie et de coton , des crêpes de Chine et autres articles de ce genre recherchés à notre époque , nous prenions place sur la Sainte-Colombe qui se rendait à Londonderry, en Irlande » avec une forte cargaison de colis et de malheureux irlandais.
A neine nous efimes perdu de vue la colonnade de la Douane de Greenock, que des ratlaies de pluie et le vent de bout soulevèrent une houle formidable qui ralentit tonte la nuit la navigation de notre paquebot, sale, détraqué et mauvais marcheur; de plus mon système nerveux s'irrita tellement que je fus remis par le capitaine, dont j'aime à rappeler les bons services , sur un rocher de la côte de Ballycastle, comme un cadavre naufiragc, presque sans vie et dans une telle prostration que je demeurai quelque temps malade et épuisé.
— Ainsi.» nous avions en notre tempête.
— La vie humaine a des circonstances forcées ; quel voyageur n'a pas été le jouet de la fureur des flots? quel littérateur n'a pas commis une tragédie?
—Adieu donc terre hospitalière d'Écosse, adieu majestueuses cités qui conservez ensemble la naïveté gothique et la grandeur de Tantique Grèce , adieu riants coteaux où paissent des milliers de jolis petits moutons blancs à téte noire, adieu impétueux torrents, forêts de pins et de mélèzes embaumés, adieu lacs aux eaux noires et superbes châteaux qui témoignent d'un passé illustre et embellissent encore une contrée si attrayante par elle-même , adieu chansons inspirées par l'écho des
montagnes, adieu berrets et tartans, cornemuses et chalumeaux, adieu bon peuple d'Ecosse, doDt la pureté du coBur égale la transparence du teint, adieu mes amis
que je crains de ne plus voir !
Mous passerons dans la vie comme nous avons passé ensemble dans les sentiers des montagnes; puis la trace des sentiers se perdra et les montagnes seules reste-
IQUl.