‹ D l'histoireChapitre 19 sur 40 · JACQUES GGEUR ET CHARLES VII · texte numérisé non relu

JACQUES GGEUR ET CHARLES VII

monnaie de France en Orient et d'avoir vendu des armes aux infidèles, — c'est-à-dire, en d'autres termes, d'avoir fait son commerce même, pour lequel il avait une licence du pape. On ajoutait enfin qu'il avait embarqué de force des marins à bord de ses vaisseaux et cor ^-iB des exactions dans ses charges du Languedoc. Quant i^'^L'jnpoisonnement d'Agnès, la déposition de Jeanâb '4 Vendôme, dame de Mortagne, fut reconnue calomm«u?^% ; mais les autres accusations plus vagues motivèrent une condamnation tardive^ qui impliqua pour Jacques Cœur la confiscation d'une partie de ses biens par ses juges et l'exil. Ainsi frappé, qu'allait-il devenir ? Où allait-il porter l'activité puissante de son esprit et de son âme ? Nicolas V, qui préparait alors une nouvelle croisade, lui donna le commandement de l'expédition. Jacques Cœur, en eflfet, avait souvent manié l'épée dans cette guerre perpétuelle de France, et combattu, avec Lahire et Xaintrailles, à Vomhre des flèches des archers anglais. Homme à destinée complète, peut-être aurait-il attaché, s'il avait v^cu, un éclat de plus, la gloire militaire, à son nom ; mais il mourut à Chio, et, à ce qu'il parait, des suites d'une blessure reçue dans un combat de mer resté obscur. Après lui, ses enfants, et, entre tous, Jacques Cœur, l'archevêque de Bourges, dévoués à cette mémoire qui avait illustré leur race et qui allait fonder une maison de plus parmi les grandes maisons de France, demandèrent à plusieurs reprises la revision de son

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procès. L'occasion était bonne, à ce qu'il semblait. En 1461, Louis XI, ce mauvais fils d'un mauvais père, montait sur le trône de Charles VII, « et avec lui — « dit Mathieu — y montait la vengeance I II ne l'avait a pas foulée aux pieds. Mais il la portait dans sa tète, et a elle était dans son esprit comme ces étoiles qui sont « fixes autour du pôle. » Le comte de Dammartin, Tennemi de Jacques Cœur, qui avait tant contribué à sa condamnation, était des sept auxquels, en face de l'hostie de son sacre, Louis XI déclara qu'il ne voulait pas pardonner. Cependant, malgré cette circonstance, malgré un procès engagé par un des fils de Jacques Cœur contre le sire de Dammartin, malgré la faveur de Louis XI pour les persécutés ou les disgraciés de son père, la grande révision qui devait annuler la condamnation de l'argentier n'eut pas lieu. Mais qu'importe I qu'importe qu'il manque quelque chose aux petites procédures des hommes, quand la Gloire a prononcé son arrêt !

C'est à l'avènement de Louis XI à la couronne que se termine le livre de Clément. N'était ce dernier coup d'œil jeté sur l'eflbrt perdu des enfants de Jacques Cœur pour réhabiliter, comme on dit aujourd'hui, sa mémoire. Clément, fidèle au titre de son livre, n'aurait point dépassé la limite de sa double biographie. Nous avons dit ce que cette double biographie nous paraît être comme œuvre d'histoire et comme œuvre littéraire, c'est-à-dire, en somme, un livre excellent, in-

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téressant^ tout à la fois pensé et sensé . Qui le croirait ? il a deux volumes^ et il n*a pas un paradoxe I Dans Tétat actuel de la tète humaine^ n'est-ce pas là quelque chose d'original ?... Selon nous, la Critique ne saurait trop encourager les œuvres pareilles, au nom même de tous les intérêts de THistoire. Qu'on le croie bien I Thistoire générale^ qui est le majorât des hommes de génie, — et un majorât qu'aucune législation ne garde contre l'ambition des esprits inférieurs,

— l'histoire générale gagnerait beaucoup à ce que chacun se renfermât dans ses quelques pieds carrés de sol historique, et les défrichât, et les retournât pour leur faire donner toute la moisson de renseignements et de vérités qu'ils contiennent. Il faut bien ravouer, malgré la séduction des plus grands noms et la majesté de quelques grandes œuvres, l'histoire générale atteste surtout la force de l'esprit qui l'aborde avec supériorité. Elle est, avec toutes ses beautés et ses prétentions, beaucoup plus une marque éclatante

— et quelquefois un monument I — du génie individuel d'un homme qu'elle n'est autre chose. Elle fait plus penser qu'elle n'apprend les faits. Elle remue bien plus qu'elle n'enseigne. Qu'est-ce à dire, sinon que l'homme y est souvent de trop et y empiète ? Ainsi^ quand Bossuet nous fait, à coups si rapides, son Discours sur Vhistoire universelle^ c'est sa marque surtout à lui, c'est le trou de boulet fait par sa puissante tète qu'il laisse dans l'histoire, beaucoup plus

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qu'une histoire dans la rigueur et les responsabilités du mot qu'il écrit. Ainsi encore, lorsque Montesquieu décrit la Grandeur et la décadence des Romains , c'est son ongle aigu, c'est sa griflfe d'aigle qu'il empreint dans le bronze de la louve de Romulus, beaucoup plus qu'un exemplaire qu'il nous donne de l'histoire romaine avec les faits qui la constituent dans son terre à terre et dans sa simple réalité. Ainsi enfin, lorsque Gibbon lui-même, Gibbon, plus près des faits déjà, plus soucieux de ce qu'ils peuvent être, moins élevé, moins général que Bossuetet que Montesquieu, roule, comme une espèce de Meschacebé historique aux larges ondes, ce magnifique récit du déclin et de la chute de l'empire romain débordant sous les écroulements de la civilisation antique et sous les alluvions du Christianisme et de la barbarie, Gibbon laisse beaucoup trop aussi la personnalité de sa pensée philosophique jouer sur les faits qu'il brasse et pousse avec tant de vigueur. Ces interprétations de grands esprits qui nous font penser dans le sens de leur propre pensée, ces espèces de torsions imprimées à la réalité toute droite sous la main artiste qui sait la ployer et la reployer à son gré autour d'une idée, étouffent toujours un peu l'histoire et la meurtrissent. L'histoire est si impersonnelle, qu'au strict point de vue de la connaissance historique elle redoute beaucoup plus les grandes personnalités qu'elle ne les appelle. Dans tous les temps, les hommes qui l'ont

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