JACQUES CCEUR ET CHARLES VII
Europe cinq négociants dignes de lui être comparés. Avec sa seule industrie, sa seule volonté, sa seule prévoyance, Jacques Cœur avait fondé le commerce maritime. II chargeait les mers du Levant de vaisseaux français, étonnait TAngleterre et Venise, et portait au loin la gloire du maître qui devait reconnaître tant de services par le déshonneur et l'exil. Grâce à lui, il n'y avait pas « dans toutes les mers de TOrient — dit « Georges Chastelain en ses chroniques — mât de « vaisseau revêtu, sinon des fleurs de lys de France. » II réalisait enfin au pied de la lettre la fîère devise d'un blason nouvellement conquis : « A cœurs vaillants rien d'impossible! » Ce fut lui qui, devenu l'argentier du roi, dit cette simple parole que l'Histoire a gardée : « Syre, tout ce que j'ay est vostre », et qui la fît suivre du fait, en versant une part de son immense fortune dans les finances de son pays. Diplomate, ambassadeur auprès d'Eugène IV, il eut la gloire d'aider à l'apaisement de ce grand Schisme contre lequel furent tenus les conciles de Bàle et de Constance, a en ce « temps de si étrange et si horrible confusion — dit « Mathieu — qu'on ne pouvait plus dire que Rome fût « où était le Pape, comme on disait que là où était « l'Empereur, là était Rome ; car il y avait un Pape en a Espagne, un en France^ et quelquefois deux en Italie». Mêlé aux grandes affaires et les dominant, comme homme d'État et financier, Jacques Cœur rappelle deux autres destinées de notre histoire, celles d*En-
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guerrand de Marigny et de Fouquet, mais il les fait pâlir toutes deux par le génie et par Tinnoceace. Aussi doit-on le reconnaître, entre tous les historiens qui ont eu à parler de cet homme illustre, entre tous ceuxlà qui touchent d'une main pieuse aux saintes poussières du passé, je n'en sache guères qu'un seu^ n ait refusésa sympathie à une si grande cond* "^ et à une si grande infortune. Tous les autres, et ^ lent en cite un grand nombre dans la préface de ^oa ouvrage, sont unanimes de respect. Qui ne devine pas que celui-là qui fait Texception est un moderne ? Il faut bien le nommer : c'est Michelet. Michelet, cet esprit ardent et faible, et à qui l'Histoire a souvent donné le vertige, parle de Jacques Cœur dans son histoire de France avec un mépris superficiel. On ignore pourquoi, il est vrai. Mais rien peut-il étonner de l'écrivain qui, plus tard, n'a pas craint d'insulter Marie- Antoinette, l'archange majestueux de la royauté et del'échafaud?...
Du reste, les crimes imputés à Jacques Cœur, effacés maintenant par l'histoire, cessèrent, après sa condamnation, d'être articulés sérieusement par ses ennemis. Ces accusations, jugées absurdes aujourd'hui, donnèrent lieu à un procès qui dura des années ; car la passion a cela de particulier qu'elle se retire de sa bêtise sur son intensité, et que son ineptie ne l'empêche pas de réussir. On avait accusé Jacques Cœur d'avoir empoisonné Agnès Sorel, d'avoir exporté de la