‹ D'où venons-nous? (volume 2)Chapitre 14 sur 21 · LES ETRES GEANTS DE L KPOQUE SECONDAIRE · texte numérisé non relu

LES ETRES GEANTS DE L KPOQUE SECONDAIRE

entretient à sa surface une chaleur humide comme celle de nos régions tropicales. Il ne pleut pas et cependant nos vêtements sont moites et imprégnés d'eau. L'air que nous respirons est étonnamment vivifiant; nous nous sentons renaître au milieu de cette atmosphère où l'oxygène est versé à profusion.

Tel est le secret qui explique les étranges phénomènes de cette jeunesse

du monde : dans cet air trop riche, la cellule vivante se développe et se nourrit avec une effrayante intensité.

Maintenant le Soleil est complètement levé. Il éclaire la Terre de sa large surface lumineuse, et voilà que nous avons devant nous un paysage grandiose et bizarre tout à la fois. A côté des gigantesques fougères de la période précédente se balancent de superbes conifères. Il n'y

Le Diplodocus, saurien qui atteignait 26 m. de longueur- et qui pesait plus de 20 000 kilogrammes.

(D'après un bas-relief de M"* G. Homert.)

a pas encore d'arbres à saisons, car les saisons elles-mêmes n'existent guère.

Dans l'épais fouillis de verdure, les lignes verticales dominent toujours.

Comment pénétrer au milieu de cette luxuriante végétation, dans cette forêt vierge de cauchemar? Rassurons-nous, ces troncs géants n'ont encore aucune consistance : ce sont de hautes herbes et rien de plus...

Mais, là-bas, dans cette clairière où les flaques d'eau renvoient la lumière du soleil levant, les jeunes fougères ont

tremblé, les joncs s'écartent, les nymphéas s'agitent.

Quelle population habite ces fangeux marécages ? Approchons-nous doucement et observons. Du milieu des roseaux émerge un cou flexible, long de cinq ou six mètres ; la gueule, largement ouverte, s'apprête à cueillir cette sorte de nénuphar aux feuilles gigantesques. On dirait un énorme boa rampant dans la vase...

Mais non, le cou est attaché à un corps énorme; de fortes saillies marquent la colonne vertébrale. Le monstre est main-

Squelette du Brontosaure.

tenant hors de l'eau; c'est à peine s'il peut remuer son corps puissant, long de 26 mètres ; ses larges pattes couvrent un espace d'un mètre carré.

Oh! l'énorme et la difforme bête! Imaginez une masse de plus de vingt tonnes, à l'allure lourde et pesante, « emmanchée d'un long cou », terminée par une queue d'égales dimensions, une sorte de serpent fabuleux attaché à un corps d'éléphant gigantesque.

C'est un Diplodocus!

Autour du monstre s'ébattent quantité d'êtres de la même espèce, sortes de reptiles que les savants ont qualifiés de Dinosauriens, c'est-à-dire lézards terribles, tous remarquables par leur grandeur et leurs formes irréelles.

C'est ÏAtlanlosaure, avec sa taille de 35 mètres; le Brontosaure, analogue au Diplodocus, mais aux formes plus trapues; l'Iguanodon, le Diclonius et le Thespesius, dont l'allure bipède rappelle celle de l'oiseau. Leurs membres antérieurs sont peu développés, et leur tête, vue de profil, rappelle celle d'une oie gigantesque avec son bec allongé.

Terrifiants, ces animaux fantastiques le sont en effet par leurs colossales dimensions et leur laideur, mais ils ne sont d'ailleurs ni féroces ni dangereux.

Examinez plutôt cet énorme Diplodocus et ce Brontosaure vivant côte à côte

A chaque instant leur cou s'allonge et plonge au fond des ^ eaux ou dans les grandes herbes, à la recherche des plantes

charnues et tendres.

Car il faut nourrir ce corps puissant, et leurs mâchoires trop petites les obligent à manger sans trêve.

Ce sont de gigantesques herbivores broutant sans cesse.

Huit cent livres d'herbe fraîche suffiront à peine pour les empêcher chaque jour de périr d'inanition. Pour eux, com me pour le Juif de la légende, le repos n'existe pas ; il faut toujours mâcher et avaler sous peine de mourir. Et leurs troupeaux sont poussés en avant par d'autres troupeaux venus pareillement pour apaiser une faim en rapport avec leurs proportions gigantesques.

Ce sont d'abord des Triceralops. Leur corps, pour être moins volumineux que celui des Brontosaures, atteint encore une douzaine de mètres. On dirait un animal paré pour la bataille; sa tête semble recouverte d'un casque comme les guerriers d'autrefois; sur son crâne viennent s'implanter trois cornes, une sur le front et deux en arrière ; une sorte décrète osseuse protège l'encolure; tout le corps est cuirassé par des épines ou de fortes plaques cornées.

Mais quel est ce monstre bipède qui avance lentement, à la façon d'un ours faisant le

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Squelette reconstitué de l'Iguanodon.

Le Brontosaure, animal qui pesait plus de 3o ooo kilogrammes

et dont le corps atteignait 20 mètres de longueur.

(D'après un bas-relief de MHe G. Homert.

Le Triceratops, saurien mesurant une douzaine de mètres de longueur (Tout son corps était revêtu d'une puissante armure.)

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Le Stégosaure, animal mesurant iu mètres de longueur.

beau? Voyez cette tète au museau pointu, ce corps recouvert d'une cotte de mailles aux reflets d'acier; sur le dos, court une double rangée de solides écailles, larges comme des ailes, tranchantes comme une faux. Ces appendices hauts de trois pieds donnent à l'animal un aspect fantastique. Edgar Poë, avec son imagination en délire, n'a rien trouvé de semblable ni de plus horrible, et nous n'avons pas tout vu . Sa queue, cachée dans les hautes herbes et qui sert de contrepoids à un corps trop lourd, est hérissée d'épines pointues, grosses comme »n bras. Tout cet ensemble, qui fait penser à un animal moitié lézard moitié scorpion, appartient au Stégosaure. Tous ces troupeaux vivent en bonne intelligence et n'ont qu'un désir, manger cette végétation luxuriante, dépouiller la planète de cette parure de verdure qui menace de tout envahir. Jour et nuit ils dévorent, rasant tout sur leur passage, abattant les troncs des frêles Calamités, des Prêles géantes, des grandes Sigillaires, s'ouvrant une véritable route au milieu des immenses forêts, puis cher-

chant avec avidité les grands lacs, les marécages boueux où leur corps, soutenu par l'élément liquide, s'allonge paresseusement, tandis que leurs mâchoires travaillent sans cesse, mangent toujours sans trêve ni repos.

Mais, au moment où tout est calme, où des centaines d'animaux sont là étendus sous ce chaud soleil des tropiques, la forêt s'est agitée de nouveau, les hautes fougères ont secoué leurs bouquets de palmes, les tiges droites des Sigillaires se sont inclinées : nouvelle invasion d'affreuses bêtes apocalyptiques, hôtes des grands bois. Mais ceux-là apportent avec eux la guerre et le carnage.

Voyez plutôt cette horde pressée de Cératosaures et de Lœlaps : ce sont des carnivores en quête de chair fraîche.

Ceux-là justifient bien cette fois leur titre de lézards terribles. Du lézard, ils n'ont d'ailleurs que la tête et le milieu du corps. Ils s'avancent en courant, droits sur leurs pattes de derrière que terminent des griffes pointues et acérées. Leur gueule entr'ouverte et fortement musclée est

armée de dents formidables, un éperon osseux termine leur museau. "

Déjà ils se sont élancés sur le paisible troupeau des Brontosaures et des Diplodocus sans défense. D'un seul mouvement de leur mâchoire puissante, ils ont écrasé le crâne étroit de leurs adversaires. La curée va commencer. De leurs griffes d'aigles et de leur corne tranchante, ils ouvrent les entrailles de leur proie et s'apprêtent pour ce lugubre festin.

Mais Triceratops et Stégosaures, un moment surpris et hébétés, se sont précipités sur les féroces carnassiers, et, cette fois, Loelaps et Cératosaures auront affaire à gibier moins patient. La lutte recommence avec les Stégosaures, et c'est un spectacle merveilleux en vérité que de

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