‹ D'où venons-nous?Chapitre 11 sur 85 · PP · texte numérisé non relu

PP

LES POURQUOI

au plaisir de mettre sous les yeux du lecteur ce passage que ne désavouerait pas le catholique le plus orthodoxe:

« Heureux l'esprit qui, au milieu du tumulte des éléments et des désastres de la nature, sait se maintenir à une hauteur d'où il peut voir fumer sous ses pieds les ruines qu'amoncelle la caducité des choses du mondel Une félicité, que la raison n'oserait même pas désirer, la révélation nous enseigne à l'espérer avec une ferme confiance. Lorsque les chaînes qui nous retiennent attachés à la vanité des créatures seront tombées, à cet instant qui est assigné à la transformation de notre être, alors l'âme immortelle, délivréedela dépendance des choses finies, trouvera la jouissance de la vraie félicité dans son union avec l'Être infini. La vue de l'harmonie générale de la nature, dans laquelle se complaît le regard de Dieu, ne peut que remplir d'une joie éternellement durable la créature raisonnable qui se trouve réunie à la source de toute perfection. La nature, vue de ce centre, montrera de toutes parts une éclatante stabilité, une éclatante harmonie.

Ses métamorphoses incessantes ne peuvent troubler la tranquille félicité d'une âme qui s'est une fois élevée à ces hauteurs. Pendant qu'elle déguste par avance cet état dans la douce espérance d'y arriver un jour, elle peut exercer sa bouche à ce chant de louange, dont retentira un jour toute l'éternité :

« Quand la nature disparaîtra, quand le » jour et la nuit ne partageront plus l'œuvre » de tes mains, mon cœur toujours recon- » naissant adorera ta bonté.

» Dans toute l'éternité, j'élèverai vers toi » un chant joyeux ; car l'éternité, Seigneur, » est trop courte pour dire tes louanges. »

Newton, qui ne prononçait jamais le nom de Dieu sans se découvrir, avait dit avant Kant : « Cet admirable arrangement du Soleil, des planètes et des comètes ne saurait provenir que d'un Être tout-puissant. » Ce grand génie, qui avait découvert et trouvé la loi de la gravitation universelle, croyait que les perturbations séculaires dont

il avait ébauché la théorie finiraient à la longue par détruire le Système solaire.

Il avait donc pensé que Dieu serait obligé d'intervenir de temps en temps pour remédier au mil et remettre, 'en [quelque sorte, ce Système sur ses pieds.\Laplace fut plus heureux, et lorsqu'il eut publié son Exposition du système du monde, il put, grâce à une analyse profonde, montrer que ces perturbations étaient pour ainsi dire périodiques; et les lois connues de la Mécanique céleste suffisaient pour expliquer, sans l'intervention directe et répétée du Créateur, la marche du monde qu'il avait créé.

C'est même cette découverte qui adonné lieu à une interprétation faussed'une parole qu'on lui attribue. Lorsque Laplace vint présenter à Bonaparte la première édition de son ouvrage, le général faisant allusion aux interventions) répétées du Créateur imaginées par son devancier, "aurait fait cette remarque : « Newton a parlé souvent de Dieu dans son livre; j'ai parcouru le vôtre, mais je n'y ai pas trouvé ce nom une seule fois. » A quoi Laplace aurait répondu : « Citoyen Premier Consul, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse. »

On comprend que, faute d'être avertis de la circonstance très particulière dans laquelle fut prononcée cette parole, certains auteurs aient fait dire à Laplace qu'il traitait Dieu d'hypothèse. Telle n'était certainement pas la pensée du grand géomètre.

« Comme beaucoup d'écrivains de la fin du xvme siècle, dit M. Faye, Laplace se piquait de philosophie, mais il n'a jamais professé l'athéisme. Je tiens d'Arago que Laplace, averti peu avant sa mort que cette anecdote allait être publiée dans un recueil biographique, l'avait prié d'en demander la suppression à l'éditeur. Il fallait, en effet, l'expliquer ou la supprimer. Malheureusement, elle n'a été ni supprimée ni expliquée. »

M. Faye, que j'ai connu pendant quelques années, se plaisait, en racontant cette anecdote, à venger la mémoire de Laplace de la réputation d'athéisme que lui avait faite certains écrivains'peu scupuleux. C'est que, lui aussi, croyait fermement à l'existence

de Dieu, qu'il voyait partout dans ses œuvres.

Un coup d'oeil sur la vie du savant nous reposera des discussions philosophiques.

Hervé Faye était un Berrichon né à Saint-Benoît-du-Sault, dans l'Indre, le Ier octobre 1814. A dix-huit ans, il entrait à l'École polytechnique. A sa sortie, ce fut au cours d'un voyage en Hollande qu'il rencontra la digne compagne qui devait, pendant un demi-siècle, être la joie et la providence de son foyer.

En 1842, Faye était nommé astronome à l'Observatoire de Paris. Les prévisions d'Arago, qui l'avait lancé dans cette voie, ne furent pas trompées. Un an plus tard, Faye découvrait une comète périodique qui a inscrit dans le ciel un nom désormais illustre.

L'Académie des sciences lui décernait le prix Lalande pour cette mémorable découverte et, quatreannées après, lui ouvrait ses portes dans la section d'astronomie : il avait alors trentetrois ans. En 1862, il entrait au Bureau des Longitudes. Dans cet intervalle, il avait professé à l'École polytechnique et à la Faculté de Nancy.

Il savait exposer et faire comprendre les choses les plus difficiles ; aussi était-il adoré de ses élèves. On juge de l'enthousiasme qui accueillit sa nouvelle nomination à Polytechnique en 1873. De toutes les situations qu'il avait occupées, celle-là lui fut certainementlapluschère;au total ildevait consacrer à cette École vingt-deux années de sa vie.

Son oeuvre scientifique a embrassé les sujets les plus divers. Gomme astronome, il fut l'un des premiers à utiliser la photographie et l'électricité pour l'observation des astres. En même temps, il abordait les problèmes d'actualité les plus intéressants : nature des comètes et des étoiles filantes, constitution physique du Soleil, et enfin le problème cosmogonique, qui l'intéressait par-dessus tout.

Hervé Faye,

astronome français,

Catholique fervent, croyant et pratiquant, M. Faye a écrit dans son livre Sur l'origine du monde des pages admirables, qui montrent que la science ne saurait être l'ennemie de notre philosophie et de notre foi.

On nous permettra de citer en terminant l'un des plus beaux témoignages que la science contemporaine ait rendu à la thèse que nous avons esquissée dans ce chapitre. « Ainsi il y a autre chose que les objets terrestres, autre chose que ces astres splendides, autre chose que notre propre corps : il y a l'intelligence et la pensée. Et comme notre intelligence ne s'est pas faite ellemême, il doit exister dans le monde une intelligencesupérieuredontla nôtre dérive.

Dès lors, plus l'idée qu'on se fera de notre intelligence sera grande, plus elle approchera de la vérité. Nous ne risquons pas de nous tromper en la considérant comme l'auteur de toutes choses, en reportant à elle ces splendeurs des deux qui ont éveillé notre pensée, et finalement nous voilà tout préparés à comprendre et à accepter la formule traditionnelle : Dieu, Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la Terre.

» Quant à nier Dieu, c'est comme si, de ces hauteurs, on se laissait choir lourdement sur le sol. Ces astres, ces merveilles de la nature seraient l'effet du hasardl Notre intelligence, de la matière qui se serait mise elle-même à penser! L'homme redeviendrait un animal comme les autres, comme eux, il jouirait tant bien que mal de cette vie sans but et finirait comme eux, après avoir rempli ses fonctions de nutrition et de reproduction!

» Il est faux que la science ait jamais abouti d'elle-même à cette négation. Celleci se produit à certaines époques de luttes contre les institutions du passé. Ainsi l'on rencontre quelques philosophes athées à la chute de l'antique société gréco-romaine, à la fin du xvin* siècle, aujourd'hui encore peut-être parce qu'il est dans le génie de la

LES POURQUOI

lutte de chercher à briser une arme dans la main des adversaires. Que la lutte cesse, et bientôt les esprits reviennent aux vérités éternelles, tout étonnés, au tond, de les avoir combattuessi longtemps, l'n desplus admirables retours de ce genre, c'est le vote par lequel la Convention a déclaré, le 7 mai 1794, que la nation française reconnaît l'existence de l'Être suprême.

» Voilà ce que j'avais à dire de Dieu,

dont il appartient à la Science d'examiner les œuvres. » 1

« Ces sentiments élevés, a dit le P. Thirion, réjouiront tous ceux pour qui la Science devient doublement respectable, quand elle atteint pleinement son but en acheminant l'intelligence qu'elle éclaire vers Dieu, source de toute vérité. »

mi Fut, Sur l'origine du monde. Introduction,

La condensation actuelle du soleil.

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