‹ D'où venons-nous?Chapitre 14 sur 85 · LES PREMIERS ETRES · texte numérisé non relu

LES PREMIERS ETRES

Depuis notre premier voyage sur les mers primordiales la température s'est relativement abaissée, bien que la chaleur soit encore peu supportable pour des organismes comme les nôtres.

Dans l'atmosphère humide, chargée d'acide carbonique, des vapeurs s'élèvent encore, comme une buée chaude et opaque, des îlots émergés, des continents qui se plissent, des chaînes de montagnes qui naissent et s'effondrent.

Des centaines de milliers d'années ont passé et la chaleur intense fuse encore à travers la croûte terrestre; c'est elle qui entretient à la surface du globe une température constante de serre chaude depuis les pôles jusqu'à l'équateur. Les saisons ne sont pas nées, et la transition brusque du jour et de la nuit, du froid et du chaud, n'existe pas encore.

C'est dans ce milieu admirablement apte à la recevoir que tout à coup la vie se manifeste. Quand et comment est-elle née? Grave question que nous étudierons plus tard et dont nous demanderons la solution à la Science.

En attendant nous ne pouvons que constater le fait avec les géologues.

A en croire l'école moniste, qui obtient tant de succès chez nos primaires, la vie est née par hasard au sein des eaux. Cellule

informe tout d'abord, l'être vivant a subi peu à peu des perfectionnements qui l'ont élevé dans la chaîne du monde végétal ou animal.

De preuves à cette assertion, les monistes n'en fournissent pas. Ils font ce qu'ils reprochent à de vulgaires métaphysiciens : ils délaissent la science expérimentale pour s'appuyer uniquement sur les vues de leur esprit.

Pour mieux comprendre la description des animaux qui vont peupler la Terre, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler ici la classification adoptée par les zoologistes. Une visite à un Musée d'histoire naturelle vous serait évidemment plus profitable, mais à l'impossible nul n'est tenu.

Les espèces d'animaux actuellement existantes se chiffrent par centaines de milliers. Les insectes à eux seuls dépassent 3ooooo, et si l'on ajoute aux richesses zoologiques actuelles les populations des anciens âges, populations qui ont laissé leurs dépouilles dans des limons convertis en assises de pierres, on arrive à un total d'espèces vivantes ou éteintes défiant tous les calculs.

L'étude individuelle de ces formes accablerait l'esprit le mieux doué.

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Toutes les espèces doivent donc être rangées par séries suivant des caractères communs; tel est le but de la classification. ,

Deux grands groupes se partagent l'ensemble des espèces :

Les animaux à charpente osseuse intérieure représentés surtout par les os de la colonne vertébrale : les vertèbres.

Ce sont les VERTÉBRÉS qui comprennent :

Les mammifères allaitant leurs petits, comme le Chat, le Lapin, la Chauve- Souris, etc. ;

Les oiseaux, couverts de plumes;

Les reptiles, respirant dans l'air, comme le Serpent ou la Tortue;

Les poissons, qui respirent dans l'eau ; et enfin les batraciens, Grenouilles, Crapauds, etc., qui respirent soit dans l'eau, soit dans l'air, suivant l'âge.

Tous les autres animaux dépourvus dos, et par conséquent de vertèbres, prennent le nom d'INVERTÉBRÉS.

Pour point d'appui de leurs mouvements ils ont parfois la peau durcie et composée de pièces articulées, comme dans 1 Écrevisse, par exemple.

Ce sont d'abord : Les articulés, reconnaissables à leur corps divisé transversalement par une série d'articles comme chez

les Insectes (Hannetons), les Arachnides I Araignées), les Myriapodes (N\[\\c-\ydiK^ , qui respirent dans l'air.

S'ils respirent dans l'eau, ils prennent le nom de Crustacés (Lcrevisses, Langoustes).

Les Vers aux multiples anneaux complètent cette classe importante.

Puis viennent les mollusques, qui tirent leur nom de leur peau molle et visqueuse. Tantôt la tête est couronnée de bras, d'où le nom de Céphalopodes, comme la Poulpe ou la Seiche.

Tantôt, ils sont protégés par une coquille enroulée en spirale, ce sont les Gastéropodes, comme le Limaçon.

Tantôt enfin, ils sont enfermés dans deux valves, comme l'Huître et la Moule : on les appelle Acéphales, c'est-à-dire dépourvus de tête.

Les rayonnes, si curieux par la disposition rayonnante des organes autour d'un axe ou d'un point central, se divisent en Echinodermes, comme l'Oursin, ou en Polypes, comme la Méduse et le Corail.

Enfin, les protozoaires paraissent être le dernier terme de cette longue série animale. Ils sont composés d'une seule cellule et ne sont visibles qu'au microscope. Voici le résumé de cette classification :

Mammifères (Chat, chien)

Oiseaux (Poule, hirondelle)

l Reptiles (Serpent, lézard, tortue)

Poissons (Carpe, anguille)

Batraciens (Grenouille)

/ insectes (hannetons) V A rachnides (araignée)

Articulés ) Myriapodes (mille-pattes)

/ Crustacés (écrevisse) Vers (vers de terre)

I Céphalopodes (poulpe) Gastéropodes (limaçon i Acéphales (moule)

[ Echinodermes (oursins)

Rayonnes n . . .r . - -,

/ Polypes (corail, hydre)

Protozoaires ( Infusoires)

Et maintenant que nous avons une idée plus précise des différentes espèces d'animaux et que nous avons pu les classer par séries, examinons le tableau offert par la vie au commencement de 1 Ère primaire.

Ce sont d'abord les Polypes qui ont laissé leurs fines empreintes sur la pierre et qui ont travaillé, sans doute comme les espèces actuelles, à rassembler les sels calcaires dissous dans les premiers océans — on leur a donné le nom de Graptolithes.

Mais dans ces eaux tièdes nagent des animaux mieux organisés. Connaissez-vous les Limules ou Crabes des Moluques, si abondants sur les côtes de l'Amérique du Nord ? Ce sont des crustacés de deux pieds de long. L'animal que nous voyons dans les mers siluriennes leur ressemble. C'est bien, lui aussi, un crustacé dont la carapace formée d'anneaux permet à certaines espèces de replier leur corps commeles Cloportes.

En avant du corps, l'animal est formé d'un grand bouclies semi-circulaire dont

lse côtés portent de gros yeux à facettes où se comptent, ajustées l'une contre l'autre, 400 lentilles optiques. Quelle organisation merveilleuse pour un animal des temps primitifs! On a beau dire que ces premiers organismes ont péri victimes d'une chaleur excessive, carbonisés dans les roches soumises parfois à des températures vulcaniennes; si ces crustacés ont eu desancétres, que sont-ils devenus ? Et c'est par millions de milliards que ces organismes étaient répandus, puisqu'en certains endroits la roche en est pétrie. Les Trilobites, ainsi les nomm2-t-on, à cause des trois lobes transversaux qu'ils présentent, sont les types caractéristiques du Silurien. C'est là qu'ils ont leur apogée; d'un seul coup, ils apparaissent dans toute la perfection de

Terres émergées pendant la période dévonienne.

leur type et, leur race va s'éteindre peu à peu, si bien qu'à la fin du Primaire, cet animal aura complètement disparu.

Approchons-nous du rivage : là reposent d'autres crustacés de deux mètres de long : les Pte'rygotus, sembables à nos Homards, quoique plus allongés; et puis des mollusques en telle abondance que nous sommes très embarrassés pour leur donner une classification. Il y a là près de 2000 types différents, tous disparus à l'heure actuelle, à l'exception d'un seul : le genre Nautile, que nous retrouvons dans la mer des Indes.

Puis, voici des Brachiopodes, animaux bivalves ressemblant aux huîtres par leur aspect extérieur et qu'on avait rangés autrefois dans la classe des Mollusques : le Spirifer est le type caractéristique de l'époque dévonienne.

Djs centaines de milliers d'années ont encore passé sur la Terre. Les végétaux qui avaient sûrement précédé les animaux ont envahi le continent; quittons la mer pour faire une excursion en terre ferme.

Quel paysage! Les végétaux à fleurs ne sont pas nés, mais les Cryptogames peuplent tous les terrains.

Nos yeux n'ont jamais rien vu de semblable, et l'imagination la plus fertile livrée à ses propres ressources ne saurait nous en donner une idée. C'est une nature grandiose et bizarre tout à la fois, où abondent surtout les lignes verticales.

Des herbes ressemblant à nos fougères arborescentes aux troncsdénudés s'élancent droites comme d'énormes sapins et portent dans les airs leurs bouquets de larges feuilles, à l'instar de nos plus hauts palmiers. Les Lépidodendrons, Lycopodes gigantesques, étalent à trente mètres de

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