LES ETRES GEANTS DE L EPOQUE SECONDAIRE
C'est un jour de la période secondaire, il y a des milliers et des milliers d'années! D'immenses continents ont surgi dans toutes les régions de la Terre; l'écorce, sous les actions combinées du refroidissement et du feu central, s'est plissée et a donné naissance à de hautes chaînes de montagnes : ce sont les premières assises de la terre ferme, c'est l'ossature dont les grandes lignes persisteront à travers les âges.
Des pluies diluviennes se sont précipitées sur les grandes cimes; des cataractes sans fin sont descendues en torrents le long des pentes, abattant les forêts, entraînant les herbes géantes, roulant pêle-mêle vers les grands lacs, vers les océans, les troncs énormes des prêles monstrueuses : Sigillaires, Calamités, Lepidodendrons. s'entassent dans les vallées pour former plus tard les gisements de houille qui alimenteront nos puissantes machines.
Sur ces ruines amoncelées, les limons se sont déposés, de nouvelles forêts ont surgi, moins hautes, moins denses que les précédentes, mais plus diversifiées.
La Terre marche vers une nouvelle phase de vie.
Et parmi tous les animaux qui vont se disputer les lagunes, les îlots émergés, les forêts et les marécages, des reptiles gigantesques deviendront les rois de cette nature nouvelle.
Profitons d'une accalmie des éléments pour visiter notre planète et pour contem-
pler des spectacles sur lesquels aucun regard humain ne s'est jamais promené.
Une lueur crépusculaire enveloppe encore la Terre. De gros nuages noirs, échevelés, s'enlèvent sur un ciel laiteux, mais, làbas, à l'horizon, l'atmosphère paraît plus dégagée. Est-ce l'approche de la nuit?
Non!
Une large tache lumineuse a surgi, qui grandit à vue d'œil. Comment reconnaître le Soleil dans cet astre bizarre, d'un rouge de sang? Ses extrémités allongées rappellent encore l'aspect de fuseau que nous lui connaissions, le fuseau qui compte le Temps et que dévident les Parques depuis la naissance du monde.
De ses rayons, il enveloppe la Terre et entretient à sa surface une chaleur humide comme celle de nos régions tropicales. Il ne pleut pas et cependant nos vêtements
Terres émergées à la fin de l'époque Triasique. \Epoque secondaire.)
sont moites et imprégnés d'eau. L'air que nous respirons est étonnamment vivifiant; nous nous sentons renaître au milieu de cette atmosphère où l'oxygène est versé à profusion.
Tel est le secret qui explique les étranges phénomènes de cette jeunesse du monde : dans cet air trop riche, la cellule vivante se développe et se nourrit avec une effrayante intensité.
Maintenant, le soleil est complètement
troncs géants n ont encore aucune consistance : ce sont de hautes gerbes et rien de plus...
Mais, là-bas, dans cette clairière où les flaques d'eau renvoient la lumière du soleil levant, les jeunes fougères ont tremblé, les joncs s'écartent, les nymphéas s'agitent.
Quelle population habite ces fangeux marécages? Approchons-nous doucement et observons. Du milieu des roseaux émerge un cou flexible, long de cinq ou six mètres;
Le Diplodocus, saurien qui atteignait 26 m. de longueur et qui pesait plus de 20 000 kilogrammes.
^D'après un bas-relief de M1" G. Ho.mery.)
levé. Il éclaire la Terre de sa large surface lumineuse, etvoilà que nous avons devant nous un pajsage grandiose et bizarre, tout à la fois. A côté des gigantesques fougères de la période précédente se balancent de superbes conifères. Il n'y a pas encore d'arbres à saison , car les saisons ellesmêmes n'existent guère. Dans l'épais fouillis de verdure, les lignes verticales dominent toujours.
Comment pénétrer au milieu de cette luxuriante végétation, dans cette forêt vierge de cauchemar? Rassurons-nous, ces
la gueule, largement ouverte, s'apprête à cueillir celte sorte de nénuphar aux feuilles gigantesques. On dirait un énorme boa rampant dans la vase... Mais non, le cou est attaché à un corps énorme; de fortes saillies marquent la colonne vertébrale.
Le monstre est maintenant hors de l'eau; c'est à peine s'il peut remuer son corps puissant, long de 26 mètres; ses larges pattes couvrent un espace d'un mètre carré.
Oh! l'énorme et la difforme bête! Imaginez une masse de plus de vingt tonnes,
LES hTRES GEANTS DE L EPOQUE SECONDAIRE
Squelette de Hronlusaure.
à l'allure lourde et pesante, « emmanchée d'un long cou », terminée par une queue d'égales dimensions, une sorte de serpent fabuleux attaché à un corps d'éléphant gigantesque.
C'est un Diplodocus!
Autour du monstre s'ébattent quantité d'êtres de la même espèce, sorte de reptiles que les savants ont qualifiés de Dinosauriens, c'est-à-dire lézards terribles, tous remarquables par leur grandeur et leurs formes irréelles.
C'est YAtlantosaure, avec sa taille de 35 mètres; le Brontosaure, analogue au Diplodocus, mais aux formes plus trapues ; l'Iguanodon, le Diclonius et le Thespesius, dont l'allure bipède rappelle celle de l'oiseau. Leurs membres antérieurs sont peu développés, et leur tête vue de profil rappelle celle d'une oie gigantesque avec son bec allongé.
Terrifiants, ces animaux fantastiques le sont, en effit, par leurs colossales dimensions et leur laideur, mais ils ne sont d'ailleurs ni féroces ni dangereux.
Examinez plutôt cet énorme Diplodocus et ce Brontosaure vivant côte à côte.
A chaque instant leur cou s'allonge et plonge au fond des eaux ou dans les grandes herbes, à la recherche des plantes charnues et tendres. Car il faut nourrir ce corps puissant, et leurs mâchoires trop petites les obligent à manger sans trêve.
Ce sont de gigantesques herbivores ^^tc=trcca:j broutant sans cesse.
Huit cents livres d'herbe fraîche suffi-
rontàpeinepourles empêcher chaque jour de périr d'inanition. Pour eux, comme pour le Juif de la légende, le repos n'existe pas; il faut toujours mâcher et avaler sous peine de mourir. Et leurs troupeaux sont poussés en avant par d'autres troupeaux venus pareillement pour apaiser une faim en rapport avec leurs proportions gigantesques.
Ce sont d'abord des Triceratops. Leur corps, pour être moins volumineux que celui des Brontosaures. atteint encore une douzaine de mètres. On dirait un animal paré pour la bataille; sa tête semble recouverte d'un casque comme les guerriers d'autrefois; sur son crâne viennent s'implanter trois cornes, une sur le front et deux en arrière; une sorte de crête osseuse protège l'encolure; tout le corps est cuirassé par des épines ou de fortes plaques cornées. .Mais quel est ce monstre bipède qui avance lentement, à la façon d'un ours faisant le beau? Voyez cette tête au museau pointu, ce corps recouvert d'une cotte de mailles aux reflets d'acier; sur le dos court une double rangée de solides écailles, larges comme des ailes, tranchantes comme des faux.
Ces appendices hauis de trois pieds donnentàl'animal un as-
Squelette reconstitué de l'Iguanodon.
Le B> ontosaure, animal qui pesait plus de 3o ooo kilogrammes
et dont le corps atteignait 20 mètres de longueur.
(D'après un bas-relief de Mlle G. IIomery.)
Le Triceratops, saurien mesurant une douzaine de mètres de longueur. (Fout son corps était revêtu d'une puissante armure.)