‹ D'où venons-nous?Chapitre 29 sur 85 · I I NITK DE I ESPECE HUMAINE · texte numérisé non relu

I I NITK DE I ESPECE HUMAINE

Il y a certainement là U ne question d'atavisme, mais point n'est besoin d'y voir un mouvement de retour vers l'animalité : une vie grossière et dégradée, les habitudes, les passions, le genre de vie exercent une iniluenec considérable sur la constitution physique de l'homme et principalement sur la forme du crâne et du visage : en voici un exemple frappant rapporté par Prichard. « Il y a deux siècles, une politique barbare chassa un grand nombre d'Irlandais des comtés d'Antrim et de Down et les confina sur les côtes de la mer où ils ont vécu depuis lors dans un état misérable. Aujourd'hui, ils offrent dans leur visage certains traits repoussants; leurs mâchoires sont saillantes et laissent béante une bouche énorme; ils ont le nez écrasé et des pommettes élevées; leurs jambes sont arquées et leur taille extrêmement petite. C'est à ces caractères et à la gracilité anormale des membres que l'on reconnaît les peuples qui mènent une vie misérable et barbare. C'est ce qu'on observe surtout chez les Boschimen et chez les aborigènes de la Terre de Feu et de la Nouvelle- Hollande. »

Le prognathisme n'est pas exclusif à telle ou telle race, nous l'avons déjà fait observer, il se rencontre chez beaucoup d'Européensoùil atteint parfois les cas extrêmes observés chez les nègres, tandis que ces derniers ne sont pas toujours prognathes.

Il est bien permis cependant de se demander pourquoi certains peuples présentent de?

caractères spéciaux ; pour quelle raison, par exemple, les nègres sont noirs, les Chinois jaunes, les Européens blancs et les Amé- • ricains cuivrés; et ces différences ne sont pasaccidentelles, puisque les Egyptiens, qui nous ont laissé des descriptions et des peintures remontant à quatre et cinq mille ans, nous offrent

des caractères semblables parmi les peuples qu'ils connaissaient. Ces caractères son-, donc stables.

Mais, alors, à quoi les attribuer? N'eston pas obligé d'admettre que chacune de ces grandes familles, Européens, Nègres, Peaux-Rouges, Asiatiques, descend d'ancêtres dillérents, en un mot qu'il n'y a pa3 unité déspèce humaine ?

Commençonsd'abord par délinir l'Espèce.

Pour les uns, l'espèce est l'ensemble de> individus plus ou moins semblables entre eux et qui sont descendus, par une succession ininterrompue, d'un couple primitit.

Adopter une telle définition conduirait évidemment à prouver l'unité de l'espèce par son unité originelle.

Pour les transformistes, les espèces ne sont pas des groupes stables et isolés, ce sont des variétés éloignées de la souche primitive, mais provenant néanmoins d'un tronc commun.

Peaux-Rouges ou Indiens de l'Amérique.

Fx Triple de la race américaine

ib

QL'I SOMMES-NOIS."

Dans ce cas, il suffit de s'occuper de la question d'origine et de remonter de proche en proche la filiation des êtres. Nous tournons donc dans un cercle vicieux, puisque la définition présuppose ce qu'il faudrait démontrer et s'appuie sur une simple hypothèse.

Laissons là cette querelle qui nous mènerait trop loin, et contentons-nous précisément de rechercher la communauté d'origine.

La question nouvelle pourrait se poser ainsi : Y a-t-il entre un nègre et un blanc une différence telle que nous ne puissions les ramener à la même origine?

Nous avons vu qu'il était impossible de créer une classification rigoureuse des différentes races humaines. Si un caractère appartient en propre à l'une d'elles, d'autres traits caractéristiques aussi essentiels se trouvent appartenir à un grand nombre d'individus pris chez d'autres races.

Une race considérée comme telle n'existe pour ainsi dire pas; il y a des individusdifférents, et c'est notre esprit qui généralise.

Prenons un exemple :

Rassemb'ez, je suppose, un million d'hommes recueillis au hasard par toute laTerre ; essayez de les disposer suivant leur couleur, vous passerez par des nuances insensibles de la teinte la plus claire d'un Parisien de nos boulevards à la peau la plus noire du meilleur nègre d'Afrique.

Réalisez de nouveau l'expérience en vous basant sur d'autres caractères, même sur l'angle facial dont on a tant parlé, ou sur la forme de la tête, vous verrez que chaque race contient les types les plus disparates. Les têtes brachycéphales ou dolichocéphales se rencontrent un peu partout; peut-être ont-elles été plus prédominantes

à telle ou telle époque, mais une visite chez votre chapelier serait pour vous bien instructive, et vous verriez, relevées à l'aide de son conjormateur, les têtes les plus invraisemblables d'hommes civilisés.

En un mot, quel que soit le trait choisi dans les races humaines, toujours vous constaterez que la longue ligne suivant laquelle on peut ranger les hommes ne présente jamais de sauts brusques.

Or, il n'en serait pas de même si les hommes étaient d'espèces différentes ou ne descendaient pas d'une même souche. Les parents primitifs auraient en effet légué à leurs descendants des caractères aisément reconnaissables. C'est d'ailleurs ce que l'on constate dans les espèces animales :

une certaine confusion règne entre les races, mais toutes les races d'une espèce ont en commun un trait qui les sépare clairement des autres espèces.

Cette différence de couleur entre les races humaines doit probablement sa cause à l'influence du milieu dans lequel l'homme passe son existence. Il n'est pas douteux que le climat très chaud ou très froid,

T\-pe de la race asiatique.

le genre de nourriture et

même le sol ne soient les principaux facteurs de la coloration de la peau. Ne voyons-nous pas les Américains issusde familles européennes prendre, depuis cinq cents ans qu'ils habitent le pays, tous les caractères des Peaux-Rouges ? La science n'a pu encore donner son dernier mot sur une question aussi complexe, mais elle nous montre des exemples analogues chez beaucoup de races animales.

La peau du chien est habituellement noirâtre; n'empêche qu'elle est blanche chez le caniche blanc.

Nos races de poules présentent les trois couleurs extrêmes signalées dans l'homme.

Les résultats du conformateur appliqué à la Tête humaine.

On pourrait croire que ces crânes proviennent de races fort différentes; il n'en est rien. Toutes ces formes,

même les plus bizarres, sont fournies par la clientèle de la maison Musset (rue Saint-Sulpice, Paris). Elles ne

donnent pas d'ailleurs la reproduction exacte de la tète des sujets. Pour obtenir les formes réelles, il faut agrandir

chaque figure par un contour parallèle tracé à une distance déterminée. L'auteur a intercalé son crâne dans la série

QUI SOMMES-NOUS? 2

QUI SOMMES-NOUS

La peau, blanche chez la poule gauloise, est presque jaune chez la cochinchinoise; elle est tout à fait noire chez la poule nègre.

Il existe aussi des chevaux à peau noire, des chats dont l'épiderme est foncé, et on pourrait multiplier les exemples.

Qui oserait soutenir que ce sont là autant d'espèces distinctes? Alors, de quel droit, je vous le demande, are plus exigeant pour l'homme?

Cette qualité de la couleur, depuis les travaux récents, ne suffit pas pour différencier des races.

Avez-vous remarqué que nous avons tous plus ou moins sur la peau de petites taches brunes que le langage populaire désigne sous l'appellation générale de grains de son ? Lorsqu'elles sont nombreuses dans le visage des jeunes filles, ces taches de rousseur sont le cauchemar des mamans; la réclame le sait et en abuse. Le meilleur remède consisterait à s'enfermer dans une cave ou une chambre obscure. Car c'est un fait bien connu que la lumière agit sur ces taches, à peine visibles pendant l'hiver et que l'arrivée des beaux jours développe énormément. Le hâle propre aux personnes fréquentant la campagne en plein été tient à la même cause. La peau humaine comme celle de beaucoup d'animaux et même de plantes est parsemée de granules albuminés sensibles à lalumière, c'est ce que les biologistes désignent sous le nom de pigments.

Le pigment existe dans tous les organismes, mais la lumière le fait apparaître. Les poissons plats n'ont qu'une seule face colorée, celle qui est exposée au jour. Les animaux vivant dans l'obscurité, comme les végétaux d'ailleurs, n'offrent en général aucune couleur; transportez-les en pleine lumière, leur pigment se développe et prend une teinte plus ou moins foncée. On est d'accord pour admettre que la production du pigment constitue un acte de déjense de l'organisme contre les variations chimiques du milieu extérieur; cette production dépend donc, non de la nature de l'individu, mais du milieu ambiant.

Ceci est tellement vrai, qu'au moment

de leur naissance les petits négrillons ne sont pas noirs, et je gagerais que vous étiez loin de vous en douter.

La peau d'un nouveau-né de race noire ressemble beaucoup à celle d'un bébé d'Europe, à part une légère teinte bistre peu apparente. Darougeâtre elle passe peu à peu au gris ardoise et met assez longtemps à atteindre la coloration de noir ébène offerte par la peau des parents.

Au Soudan, la coloration pigmentaire s'achève ordinairement au bout d'une année, mais en Egypte la métamorphose est plus longue et dure trois ans au moins.

Nous pouvons faire des remarques analogues sur la « toison ».

Chez l'homme, elle offre beaucoup moins de variations que chez nombre d'animaux cla ssés, avec raison, dans une même espèce. Ainsi, en Afrique, la laine de nos moutons est remplacée par un poil raide et court.

Il en est de même en Amérique pour les moutons de la Madeleine, dès qu'on cesse de les tondre; en revanche, dans les hauts plateaux des Andes, les sangliers acquièrent une sorte de laine grossière.

D'ailleurs, quelles que soient les différences observées dans la forme, la couleur et les caractères des cheveux, il est certain qu'ils restent toujours cheveux : ils offrent la structure du poil et non celle de la laine.

Les différences dans la structure du squelette se retrouvent tout aussi bien, et souvent même elles sont plus accentuées, dans une même espèce animale.

Il y a certainement plus de ressemblance entre la tête d'un nègre et celle d'un blanc, qu'entre la tête d'un bouledogue et celle d'un lévrier espagnol, ou d'un King's- Charles, ou encore entre les aspects divers présentés par les crânes de i5o races de pigeons.

Au surplus, voici une histoire qui va nous montrer quel cas nous devons faire des classifications.

Le bœuf gnato de la Plata qui vit en Amérique présente des caractères extrêmement curieux.

Bœuf-gnalo veut dire bœuf-canard; on aurait tout aussi bien pu l'appeler bœuf-

i. UNITÉ DE LBSPI CE HIMAINE

Me, tant les ressemblances sont frappantes avec ce chien : tète et museau raccourcis, lèvre inférieure dépassant celle du dessus et laissant voir les dents. Au point de vue du squelette, on peut dire que pas un os de la tête ne ressemble à ceux du bœuf ordinaire.

En présence d'un bœuf-gnato, un naturaliste non averti ferait immédiatement de cette race, non seulement une espèce,

Qu'on n'invoque pas davantage la supériorité de certaines races au point de vue moral et intellectuel. Ne voit-on pas d'une part dans une même race de profondes différences, sous le rapport des mœurs, de l'industrie, des connaissances et même de la délicatesse des sentiments? On répèle à chaque instant que certains peuples sauvages sont inaccessibles à la civilisation ; tous les missionnaires, qui font, eux aussi,

Naturels du Congo.

Exemple de la race africaine.

mais un genre à part. Qui pourrait se douter que tous les bœufs américains sont venus primitivement d'Europe et qu'ils descendent tous de neuf sujets amenés à l'Assomption en 1 558 par les frères Goes? Quatre cent cinquante ans ont suffi pour changer la race, mais l'espèce reste la même. ♦

Nous pourrions donner des exemples semblables en ce qui concerne la taille, les variations de la colonne vertébrale, la constitution des membres, la capacité de la boite crânienne, l'angle facial, etc.

de la science expérimentale, sont d'un avis différent : au milieu des races les plus dégradées, ils trouvent des âmes aux sentiments les plus élevés, et des esprits ouverts à tous les progrès de notre civilisation moderne.

La diversité des langues, dernier argument de ceux qui professent la pluralité des espèces humaines, ne résiste pas mieux à un examen attentif.

On oublie trop souvent que le langage articulé est essentiellement conventionnel, qu'il est soumis à des lois dans son évolu-

QUI SOMMES-NOUS r

tion, suivant les latitudes, les relations de peuple à peuple, la prospérité matérielle, la façon dont il est transmis.

A l'origine, l'écriture était inconnue, et rien d'étonnant à ce que des familles humaines séparées peu à peu de la souche primitive aient créé des langues aussi irréductibles que les racines de nos langues modernes.

Jusqu'à ce moment nous avons insisté sur les différences des races; leurs caractères propres, en bien des cas, sont moins tranchés que dans beaucoup d'espèces animales; il est temps de faire ressortir les ressemblances qui rapprochent les hommes et en constituent une véritable espèce à part.

Nous laisserons de côté le point de vue anatomique; tout le monde est d'accord sur la question des races actuelles.

Si les races de l'homme préhistorique présentent quelques différences, elles ne sont jamais essentielles; d'ailleurs, nous les étudierons particulièrement lorsqu'elles se présenteront.

Quant à la tête, courte ou allongée, grosse ou petite, orthognathe ou prognathe, elle reste toujours humaine, avec des caractéristiques telles que jamais un ostéo'.ogue ne peut s'y tromper.

Depuis Quatrefages, personne n'a infirmé l'opinion de ce savant naturaliste: « Plus on étudie et plus on s'assure que (dans l'homme quaternaire) chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui; dans sa forme et dans ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître. »

On a affirmé que, chez certaines peuplades sauvages, le pied étaitrestéoudevenu une sorte de main, un organe de préhension. Toujours la théorie de l'hommesinge! Mais c'est là un grossier mensonge. Jamais, dans aucune race d'homme, le gros orteil n'a été opposable aux autres doigts, comme cela existe pDur le pouce dans notre main.

Les ouvriers hindous, si habiles à se servir de leurs pieds dans différents ouvrages, ont des mouvements du gros orteil parfois

déconcertants; ils le lèvent, l'abaissent,, l'écartent des autres doigts, s'en servent comme d'une pince qui peut serrer un objet, mais jamais on n'a remarqué traces de mouvements d'opposition comme il en existe chez le singe.

Il ne faut donc pas confondre un piedpréhensile avec un pied-main: l'homme est créé pour la station debout; il n'est pas grimpeur, mais essentiellement marcheur, et c'est ce qui ressort de l'étude anatomique de son pied.

Enfin, si c'est le besoin qui crée l'organe et qui le développe, il y aura nécessairement une grosse différence entre certains organes du sauvage et ceux correspondants chez l'homme civilisé.

Ce dernier ayant été amené dans la lutte pour l'existence à faire usage de tel ou tel organe, on comprend que si le principe de l'évolution est exact, le corps de l'homme se perfectionne peu à peu, et que certaines parties augmentent continuellement aux dépens des autres.

Prenons le cerveau pour expérimenter cette théorie. S'il faut un gros cerveau pour bien penser, si le cerveau est en rapport avec nos besoins d'hommes intellectuels, je conçois que peu à pau, avec la civilisation, les cerveaux se développent et prennent une ampleur en rapport avec le travail que nous en exigeons.

Mais, je vous le demande, que ferait le sauvage d'un énorme cerveau, lui dont la vie se rapproche de celle des animaux, lui qui n'a que des appétits matériels? Sa capacité crânienne devrait être infime.

Ceci, c'est la logique du transformisme. Hélas! ces vues sont courtes; il suffit d'une simple constatation pour démolir cet échafaudage élevé à grands frais.

Le cerveau du sauvage a le même volume que celui de l'homme civilisé; souvent on constate des cas où le sauvage a une plus grande capacité crânienne, et nous ferons la même remarque pour l'homme préhistorique.

Relisez l'argument, il est déconcertant pour l'évolution, et je mets au défi un transformiste de me dire pourquoi le sauvage

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