L'UNITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE
Pour le philosophe, l'origine del'homme ne fait aucun doute ; dès lors que nous possédons une âme intelligente, notre moi ne peut dériver a'un animal quel qu'il soit.
.Mais devant ces conclusions spiritualistes, certains savants ne se sont pas tenus pour battus. Ils ont volontairement négligé de s'cccuper de l'âme humaine, laissant ce soin à de « vulgaires métaphysiciens », pour se retrancher derrière des arguments d'ordre purementscientifiqueen apparence.
Leur thèse peut se résumer ainsi: L'homme, au pointde vue corporel, en tant que mammifère, n'est que le dernier anneau d'une longue chaîne dont toutes les parties sont soudées par les liens d'une étroite parenté, voire même d'une filiation directe.
A leur suite, ainsi que nous l'avons déjà dit, sous prétexte de faire des concessions utiles ou obligées à la science, des philosophes spiritualistes n'ont pas craint de se laisser entraîner vers ces doctrines avancées; ils ont eu soin, d'ailleurs, de distinguer les deux principes du composé humain, et, tout en affirmant que notre âme vient de Dieu, ils se sont demandé si notre corps ne pourrait pas dériver directement de celui d'un animal.
Nous avons vu dans D'où venons-nous ?
la fragilité de l'hypothèse transformiste lorsqu'elle aborde l'explication de l'origine et de la variété des espèces. Ceux qui
professent ces théories auraient-ils donc été plus heureux lorsqu'il s'agit de fournir à l'Homme un arbre généalogique greffé sur un type d'animal bien défini?
Telle est la nouvelle question qu'il nous faut aborder.
A en croire certaine École, l'Homme serait descendu du Singe purement et simplement.
Cette idée simpliste fut tout d'abord acceptée sans discussion par les transformistes. Une certaine évolution expliquait tout, et la Science avait parlé. Mais la science, on l'a dit bien souvent, n'est d'aucun parti, et, depuis trente ans, quoique désireux de rester fidèles aux doctrines du maître, les disciples ont évolué, eux aussi.
Bref, cette hypothèse grandiose qui devait tout expliquer n'a pu tenir ses promesses, et pour la trouver exposée dans ces grandes lignesnoussommesobligésàl'heureactuelle de la lire dans des auteurs qui nous la donnent de seconde main, et encore faut-il choisir. Tous « les jeunes » n'en sont plus ; au courant des doctrines nouvelles, ilsdédaignent lesrengainesdel'évolutionnisme que « les vieux » exposent toujours dans des ouvrages où l'on affirme que les singes sont nos ex-parents et qu'on a trouvé la monère, germe de toute vie organique.
Ces auteurs, qui se réclament à chaque page dî la méthode expérimentale, ne
i. UNITÉ DE L ESPECE IH.'MVINE
comptent pour rien les expériences de Pasteur sur la génération spontanée, cl ils s'étonnent que nous, qui faisons de la science pure, sans parti pris, reléguions ces théories surannées dans le domaine de la fantaisie. Maisa-t-on jamais convaincu de leur folie ceux qui cherchent encore le mouvement perpétuel et la quadrature du cercle?
I >r, en dépit de ceux qui écrivent la science « à l'usage des gens du monde », la doctrine transformiste telle que l'ont conçue Darwin et Lamarck n'est plus de mise à notre épo ]ue. De l'édifice élevé par ces savants reste-t-il une seule pierre? J'en doute fort, et, à l'heure actuelle, quel paléontologiste oserait souscrire à l'antique hypothèse?
Les conclusions de notre science sont tout autres, et pour les bien comprendre nous allons étudier tout d'abord la question de l'espèce humaine.
On sait que toute la force de l'argument biblique repose sur ce fait que tous les hommes quels qu'ils soient descendentd' un seul couple primitif, Adam et Eve. Or, il s'est rencontré des savants qui ont cherché à prouver que ce fait, non seulement est une affirmation gratuite, mais qu'il est scientifiquement impossible à soutenir. En un mot, les hommes qui peuplent aujourd'hui la terre auraient des origines différentes. Autrement dit, il y aurait plusieurs espèces d'hommes.
C'est qu'en effet, si l'homme dérive d'un animal, on ne voit pas très bien pourquoi tous les hommes descendraient forcément d'un seul couple primitif. L'évolution qui aurait produit les diverses sortes de singes, par exemple, aurait été tout aussi apte à réaliser la transformation des espèces simiennes.
En d'autres termes, le type Homme aurait pu naître spontanément et simultanément dans des régions très éloignées les unes des autres; il y aurait donc plusieurs espèces humaines.
Ainsi s'expliqueraient les différences de races répandues sur la Terre.
Eh bien! les anthropologistes qui ont
voulu classer les divers individus du genre homo sont arrivés à des résultats différents, suivant qu'ils ont pris pour point de comparaison le pays habité, la couleur, la peau, la forme de la tète, la stature, la nature de la chevelure, etc.
Mais, hàtons-nous de le dire, toutes ces classifications sont artificielles; elles con-
Crdne d'Australien.
Kxcmple de prognathisme.
duisent aux résultats les plus discordants. Qu'on en juge plutôt.
Si nous adoptons une classification géographique, nous aurons le type européen, le type asiatique, le type américain et le type africain ; dans ce cas les hommes sont aussi classés par la couleur de la peau. Nous trouvons les blancs en Europe; la race jaune habite l'Asie, les Peaux-Rouges vivent en Amérique et les nègres en Afrique.
Tient-on compte de la chevelure? On peut adopter deux grandes séries, suivant que les cheveux seront lisses ou laineux.
Dans le premier cas, ils seront bouclés ou raides. Or, les cheveux raides se rencontrent un peu partout, en Australie, en Malaisie, en Amérique, dans les régions polaires, etc.
De même, les cheveux laineux sont distribués par touffes ou plantés en toisons. Mais les peuples qui composent chacune de ces nouvelles classes sont tellement différents les uns des autres que l'on a aussitôt l'impression que l'ordre ainsi obtenu est complètement artificiel et ne repose sur aucun fondement sérieux, ou du moins
QUI SOMMES-NOUS i
sur aucun caractère vraiment essentiel à l'homme.
D'après certaines particularités de la tête, on a encore partagé le genre humain en quatre groupes: les orthognathes, hommes
Exemple de crâne dolichocéphale.
(Allongé d'avant en arrière.)
à face plate et à visage ovale : c'est le type caucasique ; les prognathes, dont les maxillaires offrent un développement exagéré rappelant le museau des animaux comme chez les Hottentots; enfin, les eurygnathes, au visage large, aux pommettes saillantes : c'est le type mongolique.
Il est d'ailleurs fort inutile de courir le monde pour rencontrer ces différents visages. Examinez ceux de vos amis : vous y découvrirez une variété déconcertante; les uns vous rappelleront un profil de gibbon, d'autres celui d'un félin, et parfois vous pourrez, non sans raison, assimiler certaines têtes à celle du cheval. On sait tout le parti qu'ont tiré les caricaturistes de ces dispositions naturelles.
Veut-on comparer les hommes suivant leur angle facial, nous constatons qu'en général les Européens l'ont supérieur à 80 degrés et qu'ils partagent ce privilège avec une race^basanée, les Mongols, et une race cuivrée, les Américains.
La race brune des Malais, celle plus foncée des Ethiopiens, et la race noirâtre des Hottentots nous offrent des individus
dont l'angle facial est inférieur à 80 degrés et peut même descendre au-dessous de 70 degrés.
Là encore, la répartition des types obéit à une loi inconnue.
La forme du crâne et le volume du cerveau ont un rapport étroit avec l'angle facial. Haeckel en a fait la base de sa classification. D'après lui, on reconnaît deux types crâniens opposés : les têtes longues et les têtes courtes. Chez les hommes à tête longue {Dolichocéphales), dont les Nègres et les Australiens nous représentent les types les plus accusés, le crâne est allongé, étroit, comprimé latéralement. Chez les hommes à tête courte (Brachycéphales), au contraire, le crâne est large et court, comprimé d'avant en arrière comme on le voit du premier coup d'ceil chez le Mongol. Entre ces deux extrêmes se placent les têtes moyennes (Mésocephales); c'est surtout le type crânien des Américains. Dans chacun de ces trois groupes, il y a des prognathes et des orthognathes.
Bien plus, de l'aveu même de Hœckel, dans les limites d'une même race, par exemple chez les Méditerranéens, la forme
Exemple de crâne brachycéphale.
(Large et court.)
du crâne peut varier jusqu'à atteindre les formes extrêmes.
D'ailleurs, le nègre lui-même ne naît pas prognathe, il ne le devient qu'à l'âge nubile, et ce fait est constaté chez beaucoup d'autres peuples.