I. HOMME DESCEND-II
le Bathybius, dont la découverte a si mal tourné.
Le monisme n'est pas, en elle t, très heureux dans ses trouvailles. Ce que le laboratoire du chimiste n'avait pas donné fut recherché dans le grand laboratoire de la nature. C'est là qu'on devait trouver la fameuse monère, substratum de la cellule, protoplasma primitif d'où sont descendus tous les êtres vivants.
En 1868, le professeur Huxley signala une sorte de mucus gélatineux, sorte de boue visqueuse retirée du fond de la mer. Kvidemment, c'était dans son sein que se préparait la première genèse des êtres vivants. Cet élément mystérieux, il le bap-
Pied droit d'un enfant de neuf ans.
tisa du nom de Bathybius, c'est-à-dire organisme des profondeurs, et il le dédia à son ami Hœckel.
La vie de cette monère primitive ne fut pas, hélas! de longue durée.
Voici comment le professeur Milne-
irds s'exprime à son sujet — il parle
des recherches faites à bord du Travailleur
Pied droit d'orang-outang.
où l'on s'était promis de ne rien négliger pour trouver et étudier le Bathybius. — « Le Bathybius, dit-il, n'est qu'un amas de mucosités que les éponges et certains zoophytes laissent échapper quand leurs tissus sont froissés par le contact des engins de pêche. »
Plus tard, les recherches du chimiste Buchanan ont prouvé que le corps qui paraissait, dans ce plasma, être de l'albumine, n'était en réalité que des flocons de plâtre précipités par l'alcool.
Telle fut la fin de cette pauvre monère, entrevue déjà par Oken et qui devait commencer l'arbregénéalogique, dont l'homme
QUI SOMMES-NOUS r
était le dernier échelon et le singe l'avantdernier.
Cet ancêtre de l'homme, on crut à un moment l'avoir découvert dans le Dryopithèque. mais, en 1890, l'illustre naturaliste Gaudry s'exprimait ainsi à son sujet :
« En résumé, le Dryopithèque, s'il faut en juger par ce que nous possédons, non seulement e^t éloigné de l'homme, mais il est inférieurà plusieurssingesactuels. Comme c'est le plus élevé des grands singes fossiles, nous devons reconnaître que jusqu'à présent la Paléontologie n'a pu fourn r d'intermédiaire entre l'homme et les animaux. »
Le Pithecantropus ereclus de M. Dubois, découvert à Java en 1891 et 1892, ne comble pas davantage la lacune. « Je ne puis admettre, disait Rudolphe Virchow, que dans le Pithecantropus ereclus on ait trouvé le trait d'union entre le singe et l'homme. Sans doute, cette trouvaille est une
des plus surprenantes qu'on ait faites depuis longtemps; mais, à la considérer sans parti pris, elle ne résout pas l'énigme de la descendance de l'homme. »
D'ailleurs, de quel droit faire descendre l'homme, animal marcheur, du primate grimpeur qu'on lui donne comme ancêtre?
«L'homme et le singe, dit M. deQuatrefages, présentent, au point de vue du type, un contraste très accusé. Les organes qui les constituent se répondent presque rigoureusement terme à terme, mais ces organes sont disposés d'après un plan fort différent. Chez l'homme, ils sont coordonnés, dételle sorte qu'il est nécessairement marcheur; chez les singes, d'une façon telle qu'ils sont non moins nécessairement grimpeurs.
Singes du Congo au Jardin des Plantes
C'est là une distinction anatomique et mécanique admise par tous les anatomistes, même en ce qui regarde les singes anthropomorphes, et Huxley lui-même, un des pères de l'évolution, a figuré les uns à côté des autres un squelette humain et les squelettes des singes les plus élevés pour se convaincre qu'il en est bien ainsi.
» La conséquence de ces faits, au point de vue de l'application logique de la loi de caractérisation permanente, c'est que l'homme ne peut pas descendre d'un ancêtre qui est déjà caractérisé comme singe, pasplusd'un catarrhinien sans queue que d'un catarrhinien à queue. Un animal marcheur ne peut pas descendre d'un animal grimpeur. C'est ce qu'a très bien compris Cari Vogt. Tout en plaçant l'homme au nombre des primates, il n'hésite pas à déclarer que les singes les plus inférieurs ont dépassé le jalon (ancêtre commun) d'où sont sortis en divergeant les différents types de cette famille. »I1 faut donc rejeter l'origine de l'homme au delà du dernier singe si l'on veut conserver une des lois les plus impérieusement nécessairesdePédifkedarwiniste. On arrive ainsi aux prosimiens de Haeckel, les loris, les indris, etc. Mais ces animaux sont aussi des grimpeurs; il faut donc aller chercher plus loin notre premier ancêtre direct. Or, au delà, la généalogie tracée par Haeckel nous présente les marsupiaux, tels que le kangourou et la sarigue. On en conviendra, de l'homme au kangourou, la distance est grande. Or, ni la nature vivante ni les restesfossiles desanimaux éteints neprésentent les types intermédiaires qui devraient au moins la jalonner. »
l. HOMME DESCRND-II. DU SINGE?
Après d'aussi importantes déclarations, il est inutile d'insister.
Tous les faits recueillis par les paléontologistes modernes prouvent :
r Que l'espèce humaine est vraiment une; que nous dérivons des mêmes parents par une filiation directe. Même en restant sur le terrain évolutionniste, on serait mal inspiré à l'heure actuelle de prétendre qu'une évolution dont l'homme serait le dernier échelon aurait amené en divers points du globe terrestre l'éclosion du genre humain sous formj d'espèces différentes.
2° Qje la vieille hypothèse qui faisait
dériver l'homme du singe doit être définitivement enterrée.
Les squelettes de I Homme fossile découverts en ces dernières années, quoi qu'on en ait dit, n'ont pas comblé la lacune constatée déjà en 1890 par M. Gaudry, à propos du Dryopithèque.
là de même que l'Kvolutionnismc a été impuissant à nous montrer le passage d'une espèce à une autre dans la longue série des périodes géologiques, de même ses partisans les plus convaincus ne peuvent nous fournir l'intermédiaire entre l'animal et l'Homme.
LA DUREE DES TEMPS GEOLOGIQUES
La question de l'origine de l'homme nous amènerait tout naturellement à rechercher la date de son apparition. C'est là un problème que nous ne pouvons aborder sans avoir essayé au préalable d'en résoudre un autre, d'ordre plus général : nous voulons parler de la durée des temps géologiques.
Après avoir vu la Terre uniforme et nue, nous avons assisté à l'éclosion de la vie à sa surface, au début de l'ère primaire (i). Sommes-nous en possession des premiers êtres, ou bien ceux qui ont peuplé la période précambrienne ont-ils été précédés par des animaux dont les squelettes ont été détruits par une chaleur intense? Nous ne savons.
Dans la suite, la Terre a été peu à peu envahie par des flores et des faunes diverses, dont nous avons esquissé rapidement les principaux types, mais nous n'avons pas cherché encore à nous rendre compte de la durée absolue de ces périodes.
Ce problème est cependant l'un de ceux que l'on aborde le plus légèrement du monde, et c'est un des plus ardus que puisse avoir à résoudre la Géologie.
On pourrait croire, en effet, que les géologues ont partagé la vie totale du globe en un certain nombre de périodes toutes égales entre elles, et que dans ces conditions il suffise de déterminer la durée de chacune pour en déduire l'âge de la Terre.
(i) Voir D'où venons-nous ?
En réalité, rien n'est plus faux. Pour diviser la succession des temps géologiques, les savants se sont basés, en général, sur l'existence de certains êtres qui se rencontrent dans des couches de terrain quelquefois fort différentes et qu'on ne retrouve plus ni au-dessus ni au-dessous. Or, il est évident qu'une telle façon d'agir ne pouvait conduire à des longueurs de temps égales. Ainsi les trilobites de l'époque primaire ont probablement subsisté un temps beaucoup plus long que les ammonites fossiles caractéristiques de l'ère secondaire, à en juger par l'épaisseur des terrains déposés au cours de ces deux périodes successives.
Il semble à première vue que l'étude de la hauteur des sédiments accumulés doive conduire à de meilleurs résultats.
Eh bien, la précision de ce nouveau procédé n'est pas beaucoup plus grande.
Lorqu'on cherche à traduire cette épaisseur en chiffres, en se fondant sur le temps qu'exige aujourd'hui la formation d'un dépôt sédimentaire, on se heurte à cette objection, quelesforces naturelles, toujours identiques dans leur essence, ont certainement dû varier dans leur mode d'action.
D'autre part, l'activité des agents d'érosion n'est pas égale au même moment par toute la Terre; en tel endroit, il se déposera une. couche relativement épaisse, pendant qu'ailleurs les dépôts seront presque insignifiants ou même nuls.
LA DURÉE DES TEMPS GÉOLOGIQUES
Sur quoi se baser pour tenter une évaluation sérieuse? On le voit, la prudencela plus scrupuleuse doit donc être de règle sur ce point, et il ne faut admettre qu'avec une très grande réserve les résultats numériques auxquels divers auteurs ont prétendu arriver.
Il est hors de doute qu'il faut évaluer cette durée par millions d'années, mais encore peut-on fixer approximativement un chiffre convenable?
Les géologues, toujours insatiables, ont t'ait aux théories de Laplace et de Faye une grave objection à ce sujet. De fait, si nous demandons à la thermodynamique de nous prêter main forte en la circonstance, 3o millions d'années ne sauraient suffire pour expliquer et le refroidissement du globe terrestre et l'état auquel il est actuellement parvenu ; une théorie cosmogonique qui se respecte exige au moins 100 millions d'années, mais tout cela est bien vague. Il y a donc lieu d'interroger plus spécialement la Géologie et de rechercher les preuves qu'on prétend fournir pour fixer l'âge de notre habitat.
Remontons au commencement du siècle dernier, à l'origine même de la science géologique; notre enquête n'en sera que plus complète et plus sérieuse.
A cette époqueoù naissait unescience nouvelle paraissant ouvrir aux chercheurs des horizons inconnus, on se flatta de résoudre le problème avec une approximation très grande. On dut bientôt renoncer à ces prétentions, car les savants ne purent tomber d'accord, et la première discussion scientifique se fit attendre jusqu'en i83o. Le grand géologue Lyell a démontré, à cette époque, que la Terre n'avait été à aucun moment bouleversée par de grands cataclysmes, mais que son évolution se faisait chaque jour sous
nos yeux, lentement et sûrement. La loi était générale; il en avait été toujours ainsi. Ce principe admis, il fallait trouver un instrument de mesure du temps. Lyell crut découvrir un «chronomètre » dans la vitesse de modification des espèces de mollusques depuis l'apparition de la vie sur la Terre.
On sait, en eifet, que les roches sédimentaires sont formées de substances déposées lentement par les eaux. Or, ces rochers, nous l'avons vu, contiennent des fossiles différents, suivant les couches et les étages géologiques. On entrevoit là tout un système de comput pour arriver à évaluer la durée.
A première vue, l'idée de Lyell paraît géniale ; en y regardant de plus près, on en découvre facilement les points faibles. Il faut, pour que tous les calculs soient justes, admettre que l'intensité des phénomènes géologiques n'a jamais varié. Or, actuellement, tout nous autorise à croire le contraire. A mesure que la Terre vieillit, on peut constater une sorte de « dégradation d'activité », pour employer un mot cher aux physiciens et qui traduit admirablement ma pensée.
Cette seule considération rend superflu
Confluent de glaciers.
QUI SOMMES-NOUS
ce que nous pourrions ajouter au sujet des théories de M. Lyell; les 40 millions d'années qu'il assigne aux périodes géologiques pendant lesquelles la vie s'est manifestée ne reposent sur aucun argument sérieux.
Darwin ne pouvait manquer d'aborder le problème dans son Origine d.js Espèces, et là, comme sur beaucoup de points, il l'a fait en philosophe plus qu'en vrai savant naturaliste.
Le i théories darwinisies sur la transformation des espèces sont universellement abandonnées; les idées de la même école
Le front d'un glacier.
sur l'âge de la Terre n'ont guère plus de succès.
Danvln, d'ailleurs, serattacha àla théorie de sir William Thomson, qui pensait que le monde, au début, était soumis, dans ses conditions physiques, à des changements plus rapides et plus violents que ceux que nous observons.
Le Rév. Samuel Houghton, qu'on cite souvent comme une autorité en cette matière, assigne au temps pendant lequel la vie a existé une durée presque illimitée. D'après lui, il se serait écoulé plus d'un milliard d'années entre l'époque où la vie aurait pu apparaître sur le globe et le mo-
ment où, en fait, elle s'y est manifestée. Depuis que la Terre a commencé à se former, il faudrait compter, toujours d'après le même auteur, au moins deux milliards d'années.
Les calculs de M. Houghton sont en partie basés, comme ceux de ses prédécesseurs, sur le temps nécessaire àlaformation des roches, et ce principe, nous l'avons vu, manque absolument de précision.
Le docteur James Croll a pris un autre point de départ, ce qu'il appelle l'étude de la dénudation. Il admet tout d'abord qu'il ne s'est pas écoulé moins de 10 millions d'années depuis l'apparition des premières traces visibles de la vie végétale sur la Terre.
Il estime, en outre, qu'une périodede 24 millions d'années a été nécessaire pour le dépôt des roches sédimentaires connues.
En admettant qu'en moyenne ces roches ont passé au moins deux fois par un cycle de destruction, ce qui est encore une pure hypothèse, il faudrait, d'après M. Croll, 72 millions d'an nées pour le temps qui s'est écoulé depuis le commencement du dépôt des roches.
D'ailleurs, et ce n'est pas la partie la moins intéressante du travail du savant géologue, l'auteur ajoute : « Il est impossible de fixer d'après les données géologiques l'âge réel des roches stratifiées. » Voilà qui ne laisse aucun doute sur la valeur de la méthode, et m'est avis que M. Croll aurait pu commencer par sa conclusion.
On peut multiplier les citations et donner les chiffres trouvés par différents auteurs : l'incertitude paraît toujours la même.
Sir Russel Wallace demande 28 millions d'années. M. M. Read admet comme vitesse moyenne des formations sédimentaires 1 mètre en dix mille ans. « Dans ces
LA DURÉE DES TEMPS GÉOLOGIQUES
conditions, dit-il, il s'est écoulé depuis le sédimentaircs formant la partie extérieure •commencement du cambrien g5 millions de la croûte terrestre, on comprend que
les chiffres obtenus peuvent varier dans d'énormes limites.
Depuis, d'éminents géologues ont abordé le problème autrement.
Us se sont basés sur l'action des agents atmosphériques : vents, pluies, cours d'eau, etc., qui tendent à niveler la surface terrestre.
La géologie nous fournit des exemples frappants de la puissance de l'érosion; ainsi les savants sont d'accord pour admettre qu'il existait autrefois dans l'Ardenne une région montagneuse, plissée comme, nos Alpes actuelles et probablement aussi élevée que cette chaîne.
Depuis lors, les eaux courantes
Zjf:
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d'années en chiffres ronds. » Dana en voudrait 48 seulement, tandis que M. Grée en exige plus de 2 400 millions. M. Charles Walcott pense qu'il faut au moins 25 millions d'années et 70 millions au plus.
Geikie, en 1892, a fait ressortir l'incertitude de toutes ces évaluations, et a montré qu'en se basant sur unecouchede roches de3o kilomètres d'épaisseur suivant le mode de calcul adopté, on arrive, ou à une durée de 73 millions d'années, ou à une période de 680 millions.
La vitesse de dépôt des nouvelles formations sédimentaires sur le fond de la mer peut en effet varier de 1 pied d'épaisseur en 730 ans à 1 pied en 6800 ans. Si l'on adopte ces résultats et qu'on les applique comme mesure à la longueur de temps exigée pour le dépôt des diverses masses
QUI SOMMES-NOt'S ?
rd*
Gorges dans les Pyrénées.
Exemple d'érosion par les eaux fluviales.
ont livré un tel combat à ces montagnes qu'elles ont réussi, au cours des périodes
QUI SOMMES-NOUS r
géologiques postérieures, à niveler presque exactement ce massif; à tel point que non seulementles montagnes ont disparu, mais qu'il est aujourd'hui très difficile de débrouiller la stratigraphie du pays.
Peut-on vraiment, à l'aide de ce phénomène d'érosion, faire une évaluation approchée de la durée de la vie de notre globe? M. de Lapparent l'a pensé, et voici comment il a tenté de résoudre le problème :
Les matériaux enlevés aux montagnes et à toutes les hautes régions de la terre ferme sont entraînés par les eaux courantes vers les océans où ils se déposent et donnent naissance à des bancs rocheux atteignant parfois une très grande épaisseur. Il suffit donc de déterminer la vitesse de dénudation de la surface terrestre et l'épaisseur de ces couches de sédimentation pour obtenir le résultat désiré.
Actuellement on possède des documents assez précis surla quantité dedébris extradés par les grands fleuves dans les océans. Ainsi le Mississipi, pour un volume annuel de 55o kilomètres cubes d'eau, ne déverserait pas moins de 190 millions de mètres cubes
de matières solides dans l'Atlantique. En réunissant les données de ce genre relatives aux principaux fleuves de la Terre, sir John Murray, en Angleterre, a conclu que la proportion des matériaux ainsi entraînés est de 38 parties pour 100 000. Il suffit maintenant de connaître la quantité d'eau déversée annuellement dans la mer pour évaluer la masse solide entraînée.
A la suite de considérations qu'il serait trop long d'exposer ici, sir John Murray admet que tous les fleuves ensemble amènent chaque année à la mer un volume d'eau égal à 23 000 fois un milliard de mètres cubes. Un tel débit, pour le rapport établi de 38 parties sur 100000, donnerait un volume de matières solides égal à 10 kilomètres cubes et 43 centièmes. Or, ce chiffre est à celui qui exprime le volume total des continents comme 1 est à 9730000. Si la terre ferme était un plateau uniforme de 700 mètres d'altitude, elle perdrait de ce fait une tranche d'environ 7 centièmes de millimètre par an, soit 1 millimètre en 14 ans ou 7 millimètres par siècle.
Admettons, d'autre part, que l'intensité
La pointe du Ra%.
Exemple d'érosion marine.
LA DUREE DES TEMPS GEOL0GI
Un rapide.
Exemple d'érosion par les fleuves.
du phénomène reste à peu près constante, on trouve alors que l'érosion continentale, opérant seule, détruirait en moins de 10 millions d'années la masse entière des terres immergées.
Mais les agents atmosphériques ne sont pas seuls à agir; les continents sont encore attaqués par l'érosion marine, si bien que tout compte fait il ne faudrait pas beaucoup
plus de 8 millions d'années pour amener leur disparition.
Enfin, si à l'action mécanique des eaux courantes on joint le travail de dissolution accompli par ces mêmes eaux sur tout leur parcours, il faudra porter à 17 le nombre de kilomètres cubes enlevés annuellement à la terre ferme par les divers agents de destruction. Conclusion : les continents
Stalactites dans une grotte.
Calcaire formé par l'infiltration des eaux.
La grotte géante des Etats-Unis.
Exemple derosion souterraine.
La côte de Sa^ac.
Exemple d'érosion marine.
LA Dl'RHE (»ES TEMPS GEOLOGIQUES
disparaîtraient en moins de 6 millions d'années.
Mais l'apport de tous ces matériaux au sein des océans a pour résultat d'élever le ni veau général des eaux, et en tenant compte de l'envahissement de la terre ferme par la mer, on peut calculer que la masse continentale perdra annuellement 24 kilomètres cubes.
La seule action des forces actuellement à l'œuvre, si elle pouvait se prolonger sans obstacle, suffirait donc pourentraîner, dans un intervalle de temps peu différent de 4 millions d'années, la disparition totale de la terre ferme dont le volume est évalué à 100 millions de kilomètres en chiffres ronds.
A l'aide des documents ainsi obtenus, recherchons maintenant combien il a fallu de temps pour que la partie sédimentaire de la croûte terrestre ait pu se former.
il suffit pour cela de comparer l'épaisseur connue des terrains de sédimentation avec ce que l'expérience contemporaine nous enseigne relativement au mode de formation des dépôts détritiques.
Le géologue américain Dana est arrivé, pour l'ensemble des terrains stratifiés, depuis le terrain primitif jusqu'aux alluvions modernes, à une épaisseur totale de 45 000 mètres. Or, la masse continentaleactuellerépartiesous forme de terrain de sédimentation au fond des océans n'aurait pas une épaisseur de plus de 2 000 mètres. En supposant que dans le passé la masse continentale soit restée à peu près constante et que la vitesse de sédimentation ait été toujours la même, on pourrait admettre pour l'ensemble un peu plus de 22 périodes de 4 millions d'années, soit 88 à 90 millions pour toute l'histoire géologique. Et c'est là un maximum.
Telle est la conclusion des études géologiques récentes. Peut-on l'admettre telle
quelle et sans examen? Je n'hésite pas à répondre : « Non. »
Encore une fois, dans tous ces calculs, on suppose que l'intensité des phénomènes reste la même ou au moins à peu près constante, et ce serait précisément le point à élucider.
Les cascades de Dormillouse.
Exemple d'érosion naturelle,
Même en admettant le principe comme certain, il faudrait tenir compte de la contraction du globe, qui modifie sans cesse les masses continentales, qui bouleverse la topographie et fait naître les montagnes là où se trouvaient des vallées.
Les calculs basés sur l'érosion ne sont vrais qu'à lacondition expresse que la Terre ne subira plus de contraction et que l'action interne ne se fera plus sentir. Nous n'en sommes pas encore là.
QUI SOMMES-NOUS
Peut-être faudrait-il ajouter plus de confiance aux calculs basés sur la théorie mécanique de la chaleur, qui tient compte du volume et de la densité de notre globe.
Lord Kelvin était ainsi arrivé à cette
portion suivante entre les grandes périodes:
Ère primaire 12
Kre secondaire. . 3
Ère tertiaire 1
Dès lors, suivant que l'on admettra pour l'ensemble 20 millions d'années ou 100 millions, on aura pour les temps primaires 1 5 à y5 millions, pour les temps
conclusion qu'on ne saurait faire remonter au delà de 100 millions d'années le moment où notre planète, revêtue d'une écorce suffisamment froide, a pu recevoir les premiers germes de la via organique. Mais le même savant a depuis lors réduit cette évaluation et a montré que l'âge de la terre est compris entre 20 et 40 millions d'années.
Là encore les résultats obtenus sont basés sur une foule d'hypothèses accessoires, si bien que dans l'état actuel de la science le problème de la durée des âges géologiques n'est pas encore résolu.
La seule conclusion que l'on puisse admettre avec quelque probabilité, c'est que l'on peut renfermer entre 20 et 100 millions d'années le temps nécessaire au développement de la vie à la surface de notre globe.
Maintenant, quelle durée attribuer à chacune des grandes périodes géologiques : primaire, secondaire, tertiaire?
On admet généralement avec Dana la pro-
Pont naturel et cascade.
Exemple d érosion par les eaux.
secondaires 4319, pour les temps tertiaires 1, 2 à 6 millions d'années.
En résumé, il suffit de retenir que la durée des temps géologiques est extrêmement longue et doit se chiffrer par plusieurs dizaines de millions d'années.
L'ère tertiaire est de beaucoup la plus courte, comparée aux deux précédentes.
L'ère primaire est certainement trois fois