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LA GEOGRAPHIE DU CIEL

Nous retrouvons le vocable de V Ourse aussi bien chez les Asiatiques que chez les Phéniciens d'autrefois, chez les Grecs comme chez les Arabes, les Latins et même les Iroquois, ces anciens Peaux- Rouges de l'Amérique du Nord.

Les Hvades places sur la tête du Taureau et connues sous ce nom chez les peuples orientaux ont été appelées Mâchoires de Bœuf par les indigènes d'Amérique.

Nos /'Iciades, chantées par Homère et Virgile, appelées chez nous Poussinière, étaient connues des Indiens sous le nom de Petits de la Poule.

Ces coïncidences sont trop étranges et trop souvent répétées pour être dues au hasard; elles ne peuvent s'expliquer que par un ensemble de traditions conservées et qui dénotent une même origine.

Nest-ce pas qu'il est bien curieuxde voir l'Astronomie confirmer à sa manière la dispersion des peuples enseignée par la Bible et la communauté d'origine des différentes races humaines?

La nuit est maintenant complète.

A côté des étoiles que l'œil groupe instinctivement dans une figure qui s'impose en quelque sorte, remarquez ces astres plus petits dont la lumière paraît osciller comme l'éclat d'un phare perdu dans la brume. Voez le groupe des Pléiades: combien comptez-vous d'étoiles?

Tantôt six, tantôt sept, huit ou neuf; les unes sont comme des feux discontinus, d'autres se laissent soupçonner à longs intervalles.

Tous les astres n'ayant pas la même intensité lumineuse, il parut donc naturel de les ranger, de les classer d'après leurs apparences.

Les étoiles les plus brillantes sont celles de première grandeur, sans qu'une appellation de ce genre puisse nous faire préjuger de leur grosseur réelle.

Lorsque Mars est près de nous, ne paraîtil pas toujours plus brillant que Saturne, alors que cependant nous nous sommes

OU SOMMES- NOUS

assurés que la rouge planète n'est qu'un pygmée en comparaison de sa grande sœur portant ceinture dorée.

Vues de la nacelle d'un ballon, les soldats d'une armée sont comparables à des fourmis; c'est que pour apprécier la grosseur d'un objet, nous le savons déjà, il faut tenir compte de sa distance. Les étoiles sont plus ou moins éloignées dans l'espace insondable, mais une illusion involontaire nous les fait projeter sur un même fond : celui de la voûte céleste.

Cette voûte elle-même n'existe pas réellement; ce n'est qu'une apparence créée de toutes pièces par notre imagination.

En réalité, les étoiles sont des corps ronds comme notre Soleil, répandant comme lui une lumière propre, flambeaux

Eclat relatif des étoiles visibles à l'œil nu, de la première grandeur à la sixième.

qui peuvent même éclairer comme lui des planètes analogues à la Terre, à Mars ou à Saturne.

Et maintenant, essayez de compter une à une ces étoiles dont les rayons illuminent les plages lointaines de l'océan des cieux?

En face de ce spectacle sublime devant lequel personne ne saurait rester indifférent, en présence de cette mystérieuse prodigalité, les hommes de tous les âges se sont depuis longtemps posé le même problème.

N'est-ce point cette pensée que développe l'écrivain sacré nous rapportant les paroles du Tout-Puissant à Abraham : « Examine le ciel et, si tu le peux, compte les étoiles... » et plus loin : « Je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel... »

Ce problème du nombre des étoiles simplement visibles à l'œil nu n'est pas

OU SOMMES-NOUS r

aussi difficile qu'on serait tenté de le croire.

Par une nuit claire, d'un horizon à l'autre, une bonne vue ne distingue que 3 ooo étoiles environ. Mais, à chaque moment, nous n'apercevons qu'une moitié de la voûte céleste, l'autre moitié nous demeurant cachée par la Terre ; nous devons donc doubler le chiffre précédent et nous arriverons à un ensemble de 6ooo étoiles.

Tel est le nombre approximatif des points brillants que notre vue simple peut distinguer dans le ciel entier.

Certaines personnes toutefois en comptent un peu plus, l'acuité visuelle n'étant pas la même pour tous.

A l'œil nu, on peut atteindre jusqu'à la 6e grandeur, soit un total de 7 647 étoiles

avoir épuisé la liste des lettres des alphabets grec et latin.

Ainsi l'étoile la plus brillante portera le nom de alpha (a) (1), la suivante s'appellera bêta ($), et ainsi de suite: gamma (y), delta (0), epsilone (e), zêta (Ç); puis viennent nos lettres a, b, c, d, etc., et enfin des numéros d'ordre auxquels on ajoute souvent les initiales d'un catalogue.

Quelques étoiles seulement, au nombre de 80 environ, ont reçu un nom de baptême comme Altair, de la constellation de l'Aigle; Deneb, de la constellation du Cygne; Aldébaran, du Taureau; Alcor, étoile de cinquième grandeur dans le Chariot.

Mais ces movens seraient bien insuffi-

La surface de ces carrés représente le nombre des

étoiles visibles a l'œil nu, depuis la première

grandeur (21) jusqu'à la sixième {5iji).

ainsi réparties d'après les plus récentes évaluations :

21 étoiles de première grandeur

52 étoiles de deuxième grandeur

157 étoiles de troisième grandeur

5o6 étoiles de quatrième grandeur

1 740 étoiles de cinquième grandeur

5 171 étoiles de sixième grandeur

Soit un total de 7647 étoiles des six premières grandeurs.

Maintenant, autre problème : lorsque nous parlerons d'une étoile déterminée, comment la reconnaîtrons-nous?

Nos constellations divisent le ciel en véritables départements; nous pourrions donc nous contenter d'assigner à chaque étoile un numéro d'ordre dans sa constellation. Mais on a préféré garder les anciens usages et n'employer ces numéros qu'après

sants pour fixer la position d'une étoile déterminée. Aussi les astronomes ont-ils eu recours, depuis longtemps, à des données plus précises.

Pour repérer la position exacte d'une ville sur la Terre, nous savons que les géographes emploient deux distances : la longitude ou distance du lieu au premier méridien, la latitude ou distance du lieu à l'équateur.

Mais la sphère céleste est en tout point comparable à la sphère terrestre. Nous pouvons y remarquer deux points fixes : deux pôles autour desquels paraissent tourner

(1) Ces noms sont ceux par lesquels on désigne les lettres grecques : b, qui se prononce bé en français, s'épelle bêta en grec; e, epsilone, etc.

Notre mot alphabet tire son origine de la première lettre grecque a, qui s'appelle alpha.

LA GÉOGRAPHIE DU CIEL Il KM IM'IILKI, x\lll i: OKI. AI

Les constellations de l'hémisphère boréal. (D'après l'atlas de Flamsteed.)

toutes les étoiles en un jour, en raison de la rotation de la Terre sur son axe. On peut donc imaginer des cercles analogues à nos méridiens et qui passent par les pôles célestes. On peut aussi couper ces sortes de méridiens (i) par la moitié au moyen d'un véritable équateur, comme sur nos mappemondes.

S'agit-il maintenant de fixer la position d'une étoile, nous prendrons sa distance à un premier cercle passant par

(1) Ces cercles en astronomie sont appelés cercles horaires.

les pôles; nous aurons Y Ascension droite de l'étoile analogue à notre Longitude; puis la distance à l'équateur, ce qui nous fournira la Déclinaison, analogue à notre Latitude.

Grâce à ce procédé très simple, aucune étoile ne pourra être confondue avec sa voisine, puisque sa place dépend de deux nombres, deux distances, qui varient pour chaque point de la voûte céleste.

Il n'y a qu'une seule différence entre les deux méthodes : Pour la sphère terrestre, les mesures sont faites sur le globe, tandis que s'il s'agit du ciel les mesures

OU SOMMES-NOUS

Planisphère poorJc.Aiignna.pn. ^<^^

Pour apprendre à se reconnaître dans le ciel, on se sert d'alignements d'étoiles. (Gravure tirée de l'atlas de Flamsteed.)

sont rapportées à la voûte céleste, c'està-dire à une sphère vue en dessous et de l'intérieur.

A la fin du xvne siècle , les catalogues ne comprenaient que la position de i 553 étoiles! C'était bien peu.

Mais à partir de 1610, date de l'invention

Sur la sphère terrestre, la distance d'un lieu à ïéquateur s'appelle latitude. Sur la sphère céleste la distance d'une étoile à l'équateur s'appelle déclinaison.

La distance d'une ville a un premier méridien s'appelle longitude sur la Terre, celle d'une étoile à un premier cercle horaire prend le nom ^'ascension droite sur la sphère ce lente.

des lunettes, la tâche est reprise avec ardeur.

En 1725, Flamsteed donne un catalogue de 3 3io étoiles. Plus tard, pendant que l'orage de 1789 gronde dans Paris et fait tomber les têtes, l'astronome J. Lalande s'enferme dans l'Observatoire de TÉcole militaire et dirige ses lunettes vers le ciel où il étudie le cours silencieux des astres ainsi que leurs révolutions moins sanguinaires.

En i83o, Lalande fournit un catalogue de 47 390 étoiles repérées. Pour qui sait les difficultés que rencontre l'astronome dans les observations de ce genre, la multiplicité de ces observations, la correction et les longs calculs à effectuer pour arriver à déterminer la position précise d'une seule étoile, l'œuvre de Lalande nous apparaît prodigieuse et presque fantastique.

Et tout cela n'est rien en comparaison du

catalogue d'Arge-

LA GKOGRAI'HIK l'U CIEL

lander; en 1862, cet astronome a porté le nombre des étoiles repérées à 324 19S!

"* Dès qu'on approche de la Voie lactée, qui apparaît sous les grossissements télesco-

Le Rér. John Flamsteed,

célèbre astronome anglais

(164.6-1-iQ).

A partir de i865, dix observatoires anglais et allemands travaillent à compléter l'œuvre d'Argelander et y ajoutent en une vingtaine d'années 1 3o 000 étoiles, soit au total pi us de 450000 étoiles.

On avait déjà dépassé la neuvième grandeur.

Mais les difficultés s'amoncellent à mesure qu'on avance et que les instruments pénètrent plus profondément dans les espaces célestes. Le travail paraît sans fin, et à travers les puissants télescopes, l'horizon de l'univers recule indéfiniment. C'est en vain qu'au milieu du aux8 siècle on a tenté de dresser des cartes comprenant cinq degrés carrés. En une trentaine d'années, 80 cartes seulement sont terminées, alors que pour représenter de la même manière le ciel entier, il en faudrait 1 5oo! soit un travail total de plus de cinq siècles!

nu KoyV.- éei Sc-.cuacs tir-Pai-.* dr-rti* "iii- .'rtHbir,^. d-:- fleriiini, ?trcilbpur«£ &.<"

Argelander, astronome allemand, auquel nous

devons un magnifique catalogue d'étoiles

piques comme un véritable semis d'étoiles, la tâche devient absolument impossible.

Les astres sont si serrés, si nombreux, que les astronomes ne peuvent plus les reconnaître. Sur certaines cartes de cinq degrés carrés, il faudrait repérer 18000 étoiles.

Entre temps, la photographie céleste avait fait de grands progrès. Il y avait alors à l'Observatoirede Paris deux astronomes, MM. Paul et Prosper Henry, qui, travailleurs infatigables, se décidèrent à mettre la photographie au service de la géographie du ciel.

« Et d'ailleurs, écrivait en 1887 l'amiral Mouchez, nul mieux qu'eux, n'était prépare pour résoudre ces difficultés, car suivant les traditions trop abandonnées aujourd'hui des grands astronomes des siècles passés qui s'occupaient eux-mêmes de la construction de leurs

j^nm -

J. de Lalande ou Lalande (r 766-1 83g), astronome français, qui a fourni en i83o un catalogue de 4j 3go étoiles repérées.

OU SOMMES-NOUS

Spécimen d'une carte céleste d'Argelander ; toutes les étoiles ont été repérées à la lunette.

instruments, ils consacraient depuis longtemps dans leur modeste atelier de Montxouge tous les moments de liberté que leur

laissait leur service très actif à l'Observatoire de Paris à l'étude de la taille et du polissage des grands verres d'optique. »

Un coin de la constellation des Gémeaux.

Il leur fut donc facile de construire, à titre d'essai, un premier objectif de 1 6 centimètres d'ouverture destiné à prendre des clichés du ciel.

C'est la reproduction d'un de ces clichés que vous avez sous les yeux; merveille de netteté que m'ont offerte les frères Henry eux-mêmes.

Cette photographie représente un coin de la constellation des Gémeaux. Des milliers d'étoiles, pendant la longue pose, sont venues automatiquement peindre leur image sur la gélatine imprégnée de bromure d'argent. Si l'on a soin de la comparer avec le dessin de la même

région obtenu au télescope, après des nuits de labeur, cela peut se passer de tous les commentaires.

Après ces brillants succès, la supériorité de la nouvelle méthode était démontrée une fois pour toutes.

La plaque sensible agrandissait l'Univers en nous révélant des astres que l'œil humain, même aidé de plus puissants instruments, ne pourra jamais contempler.

Ce fut alors que l'amiral Mouchez, directeur de l'Observatoire de Paris, conçut l'idée grandiose d'une œuvre internationale destinée à nous donner en quelques années la figure exacte des régions célestes.

Dix-huit Observatoires du monde entier répendirent successivement à son appel, et, en 1887, l'exécution de la carte photographique du ciel fut décidée. Les frères Henry taillèrent dix-huit objectifs identiques de 33 centimètres d'ouverture, et l'habile artiste qu'était M. Paul Gauthier se chargea de la construction des équatoriaux destinés à recevoir les lentilles.

M. P. Gautier,

constructeur français,

mort en igoi.

Peu à peu, les observatoires s'organisèrent, et différents Congrès purent fixer les conditions dans lesquelles les photographies seraient obtenues.

Une résolution importante concerna l'utilisation des clichés 16 X 16. Il fut décidé qu'une pose donnerait d'abord le catalogue d'étoiles repérées; leur nombre atteindrait deux millions. LIne seconde pose aurait pour but la confection d'une carte du ciel. A première vue, celle-ci pourrait comprendre trente millions d'étoiles, mais il est probable que ce chiffre est déjà dépassé; si les clichés enregistrent les étoiles de 18e grandeur, il sera supérieur à cent millions.

Afin de ne pouvoir confondre sur les plaques photographiques les plus faibles images des étoiles avec les grains de poussière et les défauts de la plaque, on imagina de prendre certains clichés avec trois poses successives en donnant un léger déplacement à la lunette. De cette façon, chaque étoile fournirait trois images, trois petits points disposés en triangle.

Le nombre moyen des clichés pour chaque observatoire devait atteindre 1 200.

L'amiral Mouchez avait estimé que la carte complète couvrirait une surface de 170 mètres carrés, mais comme les photographies ont été prises plusieurs fois et que, pour les vérifications des mesures (voir pages 24 et 3o), chaque angle d'un cliché vient coïncider avec le centre du cliché suivant, la superficie couverte sera au moins égale à plus de 5oo mètres carrés.

Comment utiliser de pareils documents?

Comment arriver à compter un aussi grand nombre d'étoiles, à en dresser un catalogue exact? Ce travail a été réservé en grande partie à un personnel de jeunes filles travaillant dans un bureau spécial de l'Observatoire de Paris.

Pour faciliter la tâche, un réseau quadrillé a été imprimé sur les plaques qui sont ainsi divisées en tout petits carrés. Dès lors, la question du nombre d'étoiles contenues dans chaque cliché ne devient qu'affaire de temps et ouvrage de patience.

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