CHAPITRE IX
LA STRUCTURE DE L UNIVERS
Nous avons vu au chapitre V que notre Soleil est situé à l'intérieur d'un amas composé de plusieurs centaines d'étoiles : ce sont les plus proches et généralement les plus brillantes.
Cet amas lui-même est sans aucun doute entouré par ce que nous pouvons appeler l'anneau galactique; mais quelle est la structure et la véritable forme' de cette ceinture apparente? C'est précisément ce qu'il nous reste à déterminer.
Et d'abord, comment l'observation, à défaut des distances exactes des étoiles, pourra-t-elle nous renseigner sur le plan de l'Univers?
Il est bien évident que si toutes les étoiles autres que celles de notre amas
étaient uniformément distribuées dans une sphère énorme et que le Soleil fût placé près du centre, notre rayon visuel rencontrerait un nombre presque égal d'étoiles dans tous les sens.
Une première hypothèse consiste à supposer notre Soleil plongé dans une sphère énorme peuplée d'étoiles.
Or, les travaux dont nous avons parlé montrent que tel n'est pas le cas.
Il reste donc deux hypothèses pour expliquer l'accroissement des étoiles à mesure qu'on approche de la Voie lactée.
Ou bien l'anneau galactique entoure une petite sphère remplie d'étoiles, ou bien nous sommes plongés au milieu d'une sorte de boule aplatie dont l'équateur est peuplé d'un nombre considérable d'astres brillants. C'est l'observation seule qui peut nous fixer sur la valeur de l'une ou l'autre hypothèse.
Un simple coup d'oeil sur la voûte céleste, par une belle nuit d'hiver, nous montre à l'évidence que lesétoilesdeviennent de plus en plus nombreuses en approchant de la Voie lactée, mais ceci ne saurait nous renseigner complètement. Il nous faut des données plus précises. Or, c'est ici que commence la difficulté.
Ah! si la carte photographique du ciel
OU SOMMES-NOUS
était terminée; si nous avions repéré et catalogué toutes les étoiles enregistrées, le travail ne serait plus qu'oeuvre de statistique! Malheureusement, nous sommes encore loin du but rêvé.
Nous serons donc obligés de nous con-
On peut encore supposer le Soleil au milieu d'un amas entouré d'un anneau d'étoiles.
tenter des catalogues d'étoiles mis à notre disposition par de patients chercheurs.
Com mençons par les étoiles visibles à l'œil nu, ce sera une première approximation très utile. Répartissons-les sur un globe céleste à leur place exacte et traçons les limites de la Voie lactée. Que voyon-snous?
Sur 5 356 étoiles, i 200 d'entre elles tombent à l'extrémité de la zone galactique dont lesbords eux-mêmes réunissentla plupart des étoiles brillantes.
En supposant même que les formes nuageuses de la Voie lactée nous soient inconnues, la distribution des étoiles visibles à l'œil nu nous permettrait de tracer assez correctement le dessin général de cette immense formation.
Il y a donc là une indication tout à fait sérieuse. Il est évident, en effet, que si la répartition des étoiles était à peu près uniforme dans le ciel, la Voie lactée, qui n'occupe qu'une faible portion de la surface céleste, ne contiendrait pas le cinquième des étoiles visibles à l'œil nu! Puisqu'elle
les contient, nous pouvons déjà conclure que ces étoiles ont une tendance à se grouper autour d'elle, à faire partie intégrante de ce nuage lumineux. Les étoiles de notre amas font seules exception.
C'est ce que Proctor n'ignorait pas lorsqu'en 1872 il entreprit de faire la répartition, non plus des étoiles visibles à l'œil nu, mais de toutes celles que contient le catalogue d'Argelander, c'est-à-dire de 324 198 étoiles.
Cette fois, la conclusion fut plus intéressante; non seulement les étoiles comprises entre la première et la neuvième grandeur 1/2 indiquaient nettement la forme générale de la Voie lactée, mais leur distribution en montrait toutes les particularités; c'est à tel point que, si la densité stellaire varie sur la carte, l'augmentation ou la diminution des étoiles coïncide avec une recrudescence de luminosité de la Voie lactée; ses fentes et ses déchirures y sont même nettement indiquées. Schiaparelli est arrivé aux mêmes conclusions.
A l'aide de nouvelles cartes et de matériaux plus nombreux, le professeur Seeliger a repris, en le perfectionnant, le procédé des jauges d'Herschel.
Autour de la Voie lactée, il a tracé des zones au moyen de parallèles distants de
'Enfin, reste l'hypothèse d'une boule aplatie renfermant des étoiles qui entourent notre Soleil.
20 en 20 degrés et il a compté le nombre des étoiles dans chaque zone.
Eh bien! la densité stellaire s'accroît dans ces zones |à mesure qu'on approche de la Voie lactée.
Ceci nous prouve que des deux dernières hypothèses soumises à notre choix, c'est
LA STRUCTURE DE L UNIVERS
Si
la seconde seule qui s'accorde le mieux avec la réalité.
La Voie lactée n'est donc pas un phénomène purement local, elle est intimement liée à la constitution intime de notre Univers stellaire; ce n'est pas tout à fait le
R. Proctor, astt onome anglais (i837-i<
disque aplati d'Herschel ou de Struve, mais quelque chose d'approchant.
Les travaux de Seeliger indiqueraient, en effet, que notre Univers n'est pas contenu dans une enveloppe sphérique, mais que sa forme rappelle plutôt celle d'une boule fortement aplatie, un ellipsoïde, diraient les géomètres.
Notre Soleil étant une étoile située presque au centre, les apparences s'expliquent assez bien.
Lorsque nous dirigeons nos regards vers les régions de la Voie lactée, dans le plan équatorial de l'Univers, pour ainsi dire, les étoiles paraissent, grâce à un effet de perspective, s'accumuler vers ce plan. En réalité, deux mondes voisins dans cet Univers colossal peuvent être aussi distants l'un de l'autre que l'est de notre Soleil Alpha du Centaure, notre voisine, dont la lumière met plus de trois années pour parvenir à la Terre.
Portons-nous les regards vers les pôles de la Voie lactée, c'est le contraire qui se présente; notre rayon traversant l'Univers
OU SOMMES-NOUS
dans sa partie la moins épaisse, nous apercevons très peu d'étoiles.
En tenant compte des jauges remarquables d'Herschel, on arrive à des conclusions identiques; mais comme les télescopes géants de l'astronome hanovrien montraient des astres que Seeliger n'a pas utilisés, on trouve encore un plus grand nombre d'étoiles dans le plan galactique.
Somme toute, au lieu d'être uniformément répandues dans la sphère aplatie dont nous avons parlé, les étoiles de la Voie lactée seraient plutôt groupées dans un anneau immense ressemblant à ce que nous voyons dans la nébuleuse annulaire de la Lyre.
Ainsi, de déductions en déductions, la science moderne approche peu à peu de la solution de ce grand problème : la structure réelle de l'Univers.
La théorie de l'anneau n'explique pas tout cependant ; elle ne rend pas compte en particulier de la division en deux branches de la Voie lactée sur le tiers environ de sa
Seeliger, astronome allemand, célèbre par ses travaux d'astronomie stellaire.
longueur. Et puis, que signifient ces amas brillants, ces taches lumineuses, ces alignements manifestes, à la façon de certaines formes nuageuses dans notre atmosphère? On dirait qu'un souffle puissant a dispersé, comme une véritable poussière, les étoiles accumulées dans les espaces
OU SOMMES-NOUS
célestes; comment rendre compte des déchirures qui sont réelles? Pourquoi ces interruptions?
En réfléchissant à toutes ces particularités, Proctor a tenté un nouvel essai de reconstitution.
Il supposait que la Voie lactée n'est qu'une vaste traînée d'étoiles; mais cette traînée, loin de représenter un anneau, ressemblerait à un immense serpent étendu en ovale avec les deux extrémités ramenées
D'après Proctor, la Voie lactée ressemblerait à un replié sur lui-même.
Dans la couronne extérieure, la Voie lactée telle qu'elle nous
vers le centre. C'est à cet endroit qu'une sorte de vide se manifesterait. D'autre part, la branche principale émettrait de nombreuses ramifications se repliant parfois sur elles-mêmes. Enfin, en supposant que la traînée principale se déroule, non plus dans un seul plan, mais au-dessus et audessous suivant une surface gauche, on aurait l'explication du dédoublement de la Yole lactée sur une grande portion de son parcours. Pour rendre compte de cette dernière particularité, Celoria avait déjà émis l'hypothèse de deux anneaux inclinés de 20 degrés l'un sur l'autre.
Quoique peu vraisemblables, ces diverses théories étaient un acheminement vers l'explication d'un fait très remarquable et dont les anciens n'avaient pas tenu assez compte : la différence de luminosité entre certaines parties de la ceinture galactique. Par une belle nuit claire du mois d'août, l'observateur le moins attentif peut remarquer la grande supériorité d'éclat de la Voie lactée près de l'Aigle, par rapport à la région opposée, la Licorne. Si nous divisons l'anneau galactique en deux parties par un diamètre joignant la Croix du Sud à Cassiopée, le nombre des étoiles est plus faible dans la moitié comprenant les Gémeaux, la Licorne et le grand Chien, que dans la moitié renfermant les belles régions du Cygne et du Sagittaire.
Dans cette dernière constellation, les taches sont si brillantes qu'à moins de supposer l'existence d'accumulations stellaires gigantesques, nous sommes forcés d'admettre que cette partie de la Voie lactée est bien plus rapprochée de nous que la moyenne.
Toutes les autres particularités ont été assez bien étudiées par Easton qui a imaginé l'hypothèse suivante : nous savons aujourd'hui que la plupart des nébuleuses ont une structure en spirale. (Voir/) 'où venons-nous ?) La grande nébuleuse originelle, celle qui a donné naissance à tous les mondes, à tous les soleils de l'Univers, n'aurait pas une autre forme. Cette spirale immense émettrait dans toutes les directions d'immenses tentacules, qui auraient formé, en se condensant, des nébuleuses plus petites et finalement des amas d'étoiles au sein de la grande masse primitive.
Notre amas aurait ce privilège, si c'en est un, d'occuper une partie voisine du centre de Tamas principal, situé dans la direction du Cygne. En outre, ces spirales galactiques ne seraient pas toutes dans le même plan.
serpent apparaît.
LA STRUCTURE DE L'UNIVERS
J'ai donné autrefois dans la revue le Cosmos mes idées personnelles sur cette formation gigantesque. Sans vouloir épui-