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CHAPITRE PREMIER

LA CHUTE DES MONDES

La contemplation du ciel étoile n'a cessé de poser à l'esprit humain les plus insondables problèmes.

Jour par jour, cependant, les solutions se précisent : le mécanicien analyse les mouvements célestes en apparence désordonnés, et en fait surgir les lois qui ont immortalisé les Kepler et les Newton; le chimiste, à l'aide d'instruments inconnus de nos pères, nous révèle les substances brûlant au sein de ces foyers formidables que sont les étoiles : Poussières de mondes répandues dans l'espace, myriades d'univers où s'agitent peut-être des créatures qui vivent et qui pensent; fournaises de Titan éclairant les planètes avec leurs satellites.

Du minuscule grain de sable où l'homme est retenu prisonnier, voilà ce que nous apercevons pendant les rares loisirs que nous laissent nos mesquines querelles, voilà ce qu'ont aperçu nos ancêtres, et, de cet ensemble majestueux, il s'est dégagé peu à peu cette idée presque dogmatique de l'immutabilité des cieux.

Nos constellations ressemblent à celles qu'avaient notées les pasteurs dans les plaines de la Chaldée et les prêtres de Babylone du haut des terrasses de leurs villes, aujourd'hui enfouies sous la poussière des siècles.

Homère n'a-t-il pas chanté les Pléiades,

Orion, l'Œil du Taureau, aussi bien que Virgile ou nos poètes modernes?

Cependant que les civilisations disparaissaient, le ciel semblait assister impassible aux lentes révolutions de la Terre.

Telle est la pensée qu'on pourrait se croire en droit de dégager des études relatives à l'histoire de l'astronomie.

Et voilà que toutes ces constatations tombent devant la réalité des faits enregistrés par la science moderne.

Non, le repos n'existe pas au sein de l'Univers. Tous ces mondes, tous ces soleils, toutes ces planètes sont emportés par un souffle puissant, comme les molécules de sable que chasse le simoun dans les grands steppes du désert brûlé.

« Toutes les étoiles fixes, disait déjà Fontenelle dans ses Entretiens, sont autant de soleils, centres comme notre Soleil,

chacun dans son tourbillon , et qui

peuvent se mouvoir de cette façon. » Les anciens soupçonnaient donc déjà cette agitation universelle, mais que diraient maintenant Cassini, Bradley, Tobias Mayer et tant d'autres en présence des résultats dûment constatés?

Chaqueannée, nous entassons les clichés d'étoiles, et nos collections successives ne se ressemblent pas. Sans doute, d'un seul coup d'œil, notre rétine ne soupçonne aucune variation; mais dès que le micros-

OU ALLONS-NOUS

cope intervient, les aspects sont changés.

Les plages brillantes sont méconnaissables, les points d'or se sont déplacés, et comme notre Soleil fait partie intégrante de la Voie lactée, nous sommes amenés à nous demander si nous aussi, rivés à son attraction, nous ne jouons pas un rôle dans cette procession immense de soleils lancés dans l'espace.

Etudier les déplacements des étoiles, mesurer leur vitesse, reconnaître la direction où les emportent leurs mouvements divers, tels sont les sujets qu'ont abordés

ciles à déterminer : ils exigent des observations extrêmement délicates et de grandes précautions pour comparer dans des conditions similaires des mesures faites à des dates éloignées.

Souvent aussi on peut imputer les différences à des erreurs faibles d'observation ou de calcul; dès lors, deux constatations faites à des dates éloignées ne suffisent plus ; il faut, pour être certain du mouvement réel, une troisième observation intermédiaire concordant avec les deux autres en grandeur et en direction.

La voie lactée boréale.

(D'après C. Easton.i

avec succès les études modernes de l'astronomie.

A la solution de ces délicats problèmes se rattache la question de notre destinée stellaire.

Les positions comparées des étoiles à des intervalles de temps considérables dénotent le plus souvent des changements faibles, il est vrai, mais évidents, et en apparence absolument capricieux. Ce sont les mouvements propres; ils se uistin^uent des mouvements apparents dus à la lente variation des points de repère qui servent à fixer les positions de tous les corps célestes projetés sur la surface intérieure d'une sphère imaginaire concave.

Ces mouvements propres sont très diffi-

A priori, nos idées modernes sur la Mécanique nous permettent d'affirmer que pas une étoile de la voûte céleste ne saurait demeurer au repos; mais, en réalité, nous n'avons vérifié le fait que sur un petit nombre d'entre elles, 10 à 12000 au maximum.

Ce sont, pour la plupart, les étoiles de l'hémisphère Nord visibles à l'oeil nu, et que Bradley observait entre 1750 et 1762. Dans l'hémisphère austral, nous ne possédons comme observations anciennes que celles de l'abbé Lacaille, se rapportant à une soixantaine d'objets rigoureusement repérés.

De ce chef, nous avons donc des observations exactes et nombreuses datant de

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plus d'un siècle et demi; d'autre part, les catalogues de Piazzi, de Lalande et de Groombridge sont venus les compléter, et si nous ajoutons à cet ensemble les données fournies par la photographie en ces dernières années, nous voyons que nous laissons à la postérité une masse de matériaux suffisants pour résoudre le problème capital des mouvements stellaires.

Ce problème est d'ailleurs relativement récent.

A l'œil nu, il est impossible de découvrir une différence quelconque entre nos constellations actuelles et celles que connaissaient les anciens.

Les alignements d'étoiles que nous proposons aux débutants en astronomie pour se reconnaître dans le ciel seront encore vrais dans deux mille ans.

Sans doute, chacune des étoiles indiquées se sera avancée dans l'espace de millions et de millions de lieues, mais la distance est si considérable, que le chemin parcouru reste insignifiant.

Des étoiles mettant un siècle pour franchir 3o secondes d'arc, soit à peu près un soixantième du diamètre lunaire, sont regardées comme de rapides voyageuses; on n'en compte guère qu'une centaine qui réussissent en un siècle à parcourir cent secondes et plus. Celles-ci alors, en les supposant toutes assez brillantes pour être visibles à l'œil nu, se déplaceraient d'une façon très sensible en deux milliers d'années, même pour un observateur peu attentif. Mais, parmi ces voyageuses extrarapides, très peu sont visibles sans le secours d'instruments, et dix seulement atteignent la quatrième grandeur; leurs déplacements ne peuvent donc pas modifier d'une façon sensible la face des cieux.

Evidemment, les étoiles qui ont leur mouvement apparent très rapide sont parmi les plus proches de la Terre. En fait, le voisinage et la vitesse angulaire varient dans la même proportion, et quand un certain nombre d'étoiles possèdent des mouvements égaux, on peut conclure

Atelier de construction de la ynaison Prin, de Paris, d'où sont sortis d'importants instruments qui serpent à nos Observatoires modernes.

OU ALLONS-NOUS

qu'elles sont à peu près à la même distance de notre oeil.

Toutefois, ceci n'est vrai que très approximativement, et souvent des calculs de ce genre, basés sur des raisons théoriques probables, se sont montrés, dans la pratique, tout à fait contraires à la vérité. Nous connaissons des étoiles à grands mouvements propres qui sont cependant à d'énormes distances; et si l'on ne connaît pas encore d'étoiles à grandes parallaxes douées d'un mouvement propre très faible ou nul, c'est peut-être parce qu'on ne les a pas recherchées.

Il y aurait là, évidemment, une étude intéressante, et dont nous possédons tous les matériaux dans la collection de clichés photographiques pris depuis vingt ans.

Éclat relatif des étoiles visibles à l'œil nu, de la première grandeur à la sixième.

Quoi qu'il en soit, il est évident à première vue que, dans l'ensemble, la somme de mouvement visible pour un nombre donné d'étoiles doit diminuer à mesure que leurs distances augmentent; et puisque l'éclat diminue aussi pour la même raison, et même beaucoup plus rapidement, on ne peut éviter la conclusion, que d'une façon très générale le mouvement et la grandeur doivent varier suivant un rapport déterminé.

Les étoiles de sixième grandeur photométrique, par exemple, ne nous envoient que la centième partie de la lumière que nous recevons des étoiles de première grandeur; elles doivent donc être, en moyenne, dix fois plus éloignées. Autrement, nous serions amenés à admettre qu'il existe une différence systématique d'éclat réel entre les étoiles grandes et

petites en apparence, ce qui est invraisemblable. Mais si la distance moyenne des étoiles de sixième grandeur est dix fois celle des étoiles de première grandeur, leur mouvement moyen ne sera que le dixième.

En fait, cependant, il est loin d'en être ainsi. Les mouvements propres des classes d'étoiles diminuent sans doute avec leur éclat, mais non dans la proportion indiquée par le calcul. Jusqu'à la sixième grandeur, les mouvements observés sont plus faibles que les mouvements calculés; pour les étoiles au-dessous de la sixième grandeur, les documents sont trop rares pour qu'on puisse tirer une conclusion certaine. Cette anomalie peut s'expliquer sans doute en partie par le fait que les étoiles de sixième et septième grandeur sont, en réalité, des corps plus petits ou d'un éclat intrinsèque moindre que les étoiles des première et deuxième grandeurs, et sont, par conséquent, moins éloignées que pourrait le faire supposer leur éclat, et en partie parce qu'il peut exister une classe spéciale d'étoiles douées d'un faible pouvoir lumineux, mais voyageant avec une vitesse exceptionnelle; grâce à cette influence, les plus faibles étoiles seraient en même temps les plus rapides.

Le professeur Kapteyn a établi d'une façon générale que le mouvement propre varie avec la distance, mais que la grandeur n'est pas une preuve certaine de la distance. Ainsi les étoiles des types Sirians et hélium sont, dans l'ensemble, au moins deux fois et demie plus éloignées que les étoiles solaires de même grandeur photométrique. Les premières brillent donc avec une intensité sept fois plus grande que les dernières. Par conséquent, des variations dans la distribution des genres spectraux peuvent troubler beaucoup la progression méthodique des mouvements propres observés. Il y a là une source évidente d'anomalies, et un nombre relativement grand d'étoiles « blanches » comprises dans les 5o ou 60 plus beaux astres du firmament doivent être particulièrement signalées.

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Campbell, en classant les vitesses radiales de 280 étoiles, a trouvé que les mouvements sont plus rapides pour les petites étoiles, mais ceci peut provenir de ce que les étoiles examinées appartenaient surtout à une classe spéciale. On sait, par exemple, que les étoiles du type hélium (Voir Où sommes-nous ?) voyagent plus lentement que les autres étoiles; si elles sont en plus grand nombre parmi les brillantes étoiles de Campbell, on a l'explication de son observation. Les étoiles Siriennes vont encore plus vite, mais ce sont les étoiles solaires qui l'emportent. Ceci peut tenir à ce fait que les étoiles solaires, en raison d'un moindre éclat intrinsèque, sont plus voisines de nous pour une grandeur donnée.

Toutefois, si l'on examine un tableau des mouvements propres steilaires, on constate aussitôt que les mouvements les plus rapides appartiennent à des astres faibles ; ainsi, sur les 3o plus rapides étoiles que nous connaissions, plus de la moitié sont invisibles à l'oeil nu, et les quatre premières ont une grandeur moyenne de 7,3; onze sont au-dessous de la huitième grandeur, tandis qu'il n'y a que deux étoiles de la première grandeur, aucune de la deuxième, et une seule de la troisième grandeur.

C'est à Halleyque nous devons la découverte du mouvement propre de quelques étoiles. Dès 1 7 1 5, il trouvait que les brillantes étoiles Sirius, Arcturus et Aldébaran avaient sensiblement changé de position depuis l'époque des plus anciennes observations. Cet intéressant résultat fut confirmé par Jacques Cassini en 1738; cet astronome reconnut qu' Arcturus s'était déplacé de 5 minutes d'arc en i52 ans; c'était un mouvement annuel de deux secondes par an, concordant très bien avec la détermination moderne de 2"3.

Les observations récentes ont pleinement confirmé la découverte des mouvements steilaires, et actuellement, comme nous le disions plus haut, on a reconnu des mouvements perceptibles dans un

nombre considérable d'étoiles. On a même la certitude qu'aucune étoile ne peut être immobile.

Le plus grand mouvement propre qu'on ait encore découvert appartient à une étoile de grandeur 8,5 située dans la constellation australe : le Chevalet du peintre. Il fut déterminé en 1897 par l'astronome hollandais Kapteyn, de Grœningen, qui travaillait avec Gill et Innés à la confection du Catalogue photographique du Cap. En comparant les divers clichés pris à cet Observatoire, Kapteyn fut surpris de noter l'impression d'une étoile de huitième grandeur qui, à première vue, n'existait pas dans les catalogues. Cependant, l'examen de différentes listes d'étoiles et de plusieurs photographies lui montra bientôt d'une façon évidente que l'étoile avait déjà été aperçue et photographiée, mais toujours dans des positions différentes. L'étude des positions observées à diverses époques prouva que l'étoile avait le mouvement le plus rapide connu jusqu'alors. Toutefois, si grand que fût' son mouvement, il faudrait environ i5oooo ans à cette étoile pour faire un tour complet du ciel, en supposant qu'elle fût animée d'un mouvement de révolution autour du Soleil comme centre. Au bout de 221 ans, elle ne se déplace sur la voûte céleste que d'une valeur égale au diamètre solaire.

Jusque-là, le premier rang avait été occupé par 1 83o Groombridge, petite étoile de grandeur 6,2 située dans la Grande- Ourse, et signalée par Argelander en 1842 pour sa vitesse de progression, capable de lui faire parcourir en i85ooo ans la sphère céleste tout entière. Son mouvement apparent sur la sphère est de 7"o4, tandis que celui de l'étoile Z C 5 h. 243 Cordova, découverte par Kapteyn, est de 8"70. Pour franchir l'espace correspondant à un diamètre solaire, il lui faut 255 ans.

Dans la même région du ciel que i83o Groombridge, nous trouvons encore deux autres étoiles à mouvements propres rapides : c'est d'abord 21 i85 Lalande, de grandeur 8,5. et qui se déplace annuelle-

OU ALLONS-NOUS

ment de 4 '8, ce qui lui ferait franchir j un espace égal au diamètre solaire en un peu plus de 400 ans, et l'étoile 21 258 Lalande, de huitième grandeur et demie, dont la vitesse de 4"4 la transporterait à la même distance en 437 ans environ.

Quelques autres étoiles dans le ciel sont cependant plus rapides : ainsi 9352 Lacaille, dans le Poisson austral, a une vitesse apparente exactement égale à celle de 1 83o Groombridge; 32416 Cordova, de grandeur 8,2, dans l'Atelier du Sculpteur, possède un mouvement propre de 6"2. La fameuse étoile 61 Cygne, l'une de nos plus proches voisines de sixième grandeur environ, se meut à raison de 5"2 par an, et franchirait le diamètre solaire en 370 ans.

Toutes ces étoiles sont relativement faibles; deux au plus seraient visibles à l'oeil nu.

Parmi les astres brillants qui peuplent la voûte céleste pendant les belles nuits sans Lune, a de la constellation du Centaure, notre plus proche voisine, occupe la première place au point de vue des mouvements propres apparents; il ne lui faudrait pas moins de 520 ans pour franchir un espace égal au diamètre solaire. Arcturus la suit de loin avec un mouvement apparent de 2/,3, ce qui suppose plus de 835 ans pour un déplacement analogue à celui qui nous a jusqu'ici servi de terme de comparaison. Et cependant, nous allons voir combien, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, les apparences sont trompeuses. Nous serions tentés de croire, en effet, que le mouvement réel de la belle étoile du Bouvier est relativement lent, bien inférieur en tout cas à celui des autres étoiles dont nous venons de dresser une liste incomplète d'ailleurs. Un peu d'attention va nous permettre de rectifier notre erreur.

Quand, appuyé sur la balustrade de votre terrasse, vous contemplez le paysage se déroulant au loin, n'avez-vous jamais remarqué comme l'express qui passe làbas, au fond de la plaine, à 10 ou 1 5 kilomètres peut-être, semble se déplacer len-

tement au milieu des objets qui l'entourent? Le panache de fumée qui a tout d'abord attiré votre attention s'allonge insensiblement sur le fond plus sombre des coteaux qui bornent l'horizon. A voir ainsi avancer lentement ce train, que vous savez parcourir en réalité plus d'un kilomètre et demi par minute, vous êtes tenté d'accuser le mécanicien de lenteur. N'apercevez-vous pas plus près- de vous, en effet, des cyclistes, des voitures, des piétons même, paraissant se déplacer d'une façon incomparablement plus rapide et disparaître beaucoup plus vite derrière les arbres tout proches?

Examinez encore; les mouvements qui s'effectuent dans votre champ d'observation vous réserveront d'autres surprises.

Voici un escargot déambulant lentement sur l'appui de la terrasse; mettez sa marche en parallèle avec le train. Etrange constatation! l'animal traînant sa maison paraît devancer le monstre d'acier qui continue là-bas sa marche, en apparence désespérément lente.

Comment expliquer ce paradoxe? D'une façon très simple. Il suffît de tenir compte des distances.

Si vous projetez sur l'horizon les deux extrémités de la route franchie en un temps déterminé par le limaçon d'une part et par la locomotive de l'autre, la victoire est du côté du limaçon; l'arc de cercle qu'il a parcouru est plus grand et de beaucoup, mais ici vous ne tenez compte que du mouvement apparent.

Evidemment, s'il s'agissait de déterminer les vitesses réelles, vous n'hésiteriez pas. Si la locomotive semble ne pas avancer, il faut en accuser la distance; plus près de vous le mouvement paraîtrait plus rapide. Dans la circonstance, comme il vous est possible d'évaluer les distances relatives de chaque objet, vous pouvez juger sainement.

Pour les étoiles, le problème est autrement difficile. A première vue, il est impossible de se faire une idée de leurs distances relatives, et, par conséquent, de leurs vitesses réelles dans l'espace. En réalité,

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Arcturus, avec son mouvement propre apparent de a"3 seulement, peut aller

du déplacement d'une étoile dans le ciel, il faut encore tenir compte de sa distance

beaucoup plus vite que 243 Cordova Z (5 h.); il suffit pour cela que, dans leurs positions relativement à nous, Arcturus occupe la place de la locomotive, et l'autre étoile celle du limaçon.

Ce n'est donc pas assez d'avoir la valeur

réelle, et c'est ce que font tous les jours les astronomes.

C'est ainsi qu'ils ont trouvé précisément qu' Arcturus, avec son énorme vitesse de 4i3 kilomètres par seconde, voyage beaucoup plus rapidement que 243 Cordova.

OU ALLONS-NOUS

Cette dernière, comparée au brillant express du Bouvier, n'est qu'un train de marchandises.

Toutefois, ne nous faisons encore aucune illusion; les vitesses que nous obtenons ne sont que des minima, et vous allez en saisir la raison très facilement au moyen de l'exemple suivant.

Supposez une automobile venant vers vous en pleine nuit; son phare paraîtra ne pas se déplacer. Il grossira, direz-vous, et vous serez averti de son rapprochement.

Très bien 1 mais vous ne pourrez appliquer la même règle aux étoiles. Elles sont beaucoup trop éloignées.

Un astre se mouvant sur la ligne de

progrès. Depuis lors, on a découvert, grâce à cette méthode, de nombreux systèmes binaires spectroscopiques, et l'on a pu déterminer les mouvements de beaucoup d'étoiles sur la ligne de vision.

Pour Arcturus, nous n'avons pas à tenir compte de sa vitesse radiale dans l'évaluation de son mouvement; sa direction, en effet, est presque exactement perpendiculaire à notre rayon visuel ; la vitesse radiale étant de — 4 kilomètres seulement, ce qui indique que l'étoile se rapproche légèrement du système solaire.

En réalité, Arcturus est l'étoile la plus rapide que nous connaissions, et il est fort probable que très peu d'astres dans l'Uni-

Le second type stellaire comprend des étoiles du genre de notre Soleil: les raies spectrales sont fines et très multipliées.

vision ne se déplace donc pas en apparence. Il est animé, disent les astronomes, d'une vitesse radiale.

Il peut aussi se mouvoir perpendiculairement au rayon visuel; il est alors animé d'une vitesse tangent ielle, et celle-là, nous avons vu qu'elle est facile à apprécier. Enfin, il peut se déplacer suivant une oblique à ces deux mouvements. Dans ce dernier cas, il peut accomplir un chemin très grand malgré les apparences contraires.

Il faudrait pouvoir combiner le mouvement radial et le mouvement tangentiel pour avoir la vraie valeur du déplacement.

Eh bienl ce que la lunette ne peut nous donner, le spectroscope nous le fournit d'une façon merveilleuse.

C'est Vogel qui, en 1888, à Potsdam, fit faire à l'astronomie stellaire cet important

vers voyagent avec une vitesse aussi considérable.

L'étoile i5 290 Lalande occupe le second rang; elle est inférieure à la huitième grandeur et vogue dans l'espace au taux de 332 kilomètres par seconde; elle est située à peu près à la même distance de nous qu'Arcturus. A cette vitesse, Arcturus franchit 35726400 kilomètres par jour; en quatre jours il irait de la Terre au Soleil, et en moins de 332 ans il nous conduirait à Alpha Centaure.

Le troisième rang est occupé actuellement par 1 83o Groombridge, que sa parallaxe de o"i4 place à 32 ou 33 annéeslumière. Sa vitesse tangentielle est de 241 kilomètres: mais, comme sa vitesse radiale est deg5 kilomètres par seconde, la vitesse totale de l'étoile dans l'espace atteint 255 kilomètres.

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Nous trouvons ensuite Mu Cassiopée avec [66 kilomètres, et A Oe 11(77 avec 142 kilomètres. Puis vient la fameuse étoile 243 Cordova, celle qui, en apparence, est la plus rapide; en réalité, elle arrive seulement au sixième rang. 61 Cygne occupe le dix-neuvième rang, avec une vitesse de 82 kilomètres par seconde. Citons

ment l'imagination. On ne peut les expliquer par la simple attraction de l'Univers sidéral. Les calculs du professeur Newcomb ont montré que la vitesse maximum que p:ut atteindre un corps tombant de l'infini à travers un système composé de cent millions d'astres, ayant chacun cinq fois la masse de notre Soleil, et distribués

La belle nébuleuse spirale des Chiens de chasse. (D'après une photographie directe.)

encore a Grue, dont la vitesse est de 64 kilomètres et demi, et qui donne près de 600 fois plus de lumière que notre Soleil.

De tous les astres qui se dirigent exactement suivant notre rayon visuel, les astronomes n'en ont pas trouvé jusqu'ici qui eussent des vitesses aussi formidables qu'Arcturus, ou même que 15290 Lalande et 1 83o Groombridge.

Ces vitesses extrêmes défient véritable-

à l'intérieur d'une sphère de 3o 000 annéeslumière d'étendue, serait de 40 kilomètres par seconde. Or, nous venons de voir que la vitesse d'Arcturus est plus de 10 fois supérieure, et l'on connaît actuellement plusieurs dizaines d'étoiles ayant des vitesses dépassant cette rapidité maxima théorique. Or, comme la vitesse varie suivant la racine carrée de la masse attirante, il faut supposer, pour expliquer le vol d'Arcturus,

OU ALLONS-NOUS

un monde d'étoiles 106 fois plus considérable que le nôtre, du moins tel que nous l'imaginons.

D'autre part, la vitesse que peut produire un système d'attraction est la limite de la vitesse qu'il peut arrêter; autrement dit, au delà de cette vitesse critique, le corps ne suit plus une courbe fermée.

Dès lors, il est certain que si le Système stellaire ne possède pas des énergies gravitationnelles occultes, l'étoile Arcturus, aussi bien que plusieurs autres, n'appartiennent pas à notre Système d'une façon permanente. Elles voyagent en ligne droite et sortiront un jour de notre Univers pour continuer leur route dans l'espace insondable.

Lord Kelvin a recherché la quantité de matière gravitationnelle nécessaire pour la production des vitesses que l'on observe généralement parmi les étoiles, et il a trouvé qu'il ne faut pas moins d'un milliard de Soleils comme le nôtre, distribués au hasard dans une sphère de 3 262 annéeslumière de rayon.

Etant donné le grand nombre relatif de ces étoiles projectiles, puisque un tiers au moins des vitesses qu'on a pu convertir en kilomètres sont supérieures à la vitesse maxima théorique de 40 kilomètres trouvée par Newcomb, il est difficile de les regarder comme de simples vagabondes rencontrant par hasard notre Système stellaire. Qu'elles lui aient toujours appartenu, peu importe; en tout cas, il est certain qu'elles sont maintenant une quantité non négli-

geable, et qu'il faut en tenir compte si nous voulons étudier à fond le mécanisme du monde sidéral.

De la masse des documents réunis jusqu'ici, on a constaté que la vitesse moyenne des étoiles est de 34 à 35 kilomètres à la seconde. Celle du Soleil n'étant que de 20 kilomètres, nous serions donc nés, suivant l'expression pittoresque de Newcomb, « dans un véritable train limaçon ».

Enfin, les vitesses réelles nousconduisent aux mêmes conclusions que les mouvements propres apparents : Arcturus est une étoile du type solaire, montrant une forte absorption du titanium, et en apparence très avancée vers le stage antarien. Sa masse est certainement énorme, puisque son pouvoir lumineux doit être équivalent à douze ou treize cents Soleils 1 1 83o Groombridge et Mu Cassiopée, d'autre part, sont des astres relativement petits; tous les deux ont un spectre semblable à celui du Soleil. En fait, le type solaire semble plus que tout autre associé aux grandes vitesses. Les étoiles à spectres, à bandes ou gazeux, et les variables de toutes classes ne montrent, pour la plupart, que de faibles signes de déplacement; nous aurions donc là un motif de supposer que ces astres sont à des distances énormes de la Terre.

Les tableaux que nous donnons vont résumer d'une façon très claire les conclusions de ce chapitre sur les mouvements propres des étoiles.

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TABLEAU DES MOUVEMENTS PROPRES SÉCULAIRES MOYENS de toutes les étoiles de Bradley différant d'au moins huit dixièmes de grandeur.

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