L AVENIR DU SOLEIL
Le Soleil est la source de la chaleur et de la lumière qui vivifient notre globe; il est le principe de tous les mouvements qui se produisent autour de nous et en nous; c'est le réservoir où nous puisons toutes les forces que l'homme a pu assouplir, diriger et mettre à son service. Or, quelle est l'origine de sa puissance calorifique? Où prend-il encore cette chaleur qu'il distribue à profusion sans se refroidir ? Quelle est la raison de la merveilleuse constance de sa radiation? Mais surtout, et c'est là un point capital pour l'humanité, combien cette source vivifiante et unique durerat-elle de temps encore et entretiendra-t-elle sur la Terre la vie sous ses manifestations variées?
A la grande distance qui nous sépare de l'astre central, 149000000 de kilomètres en chiffres ronds, la radiation moyenne est d'environ deux calories par centimètre carré et par minute. L'émission totale du Soleil est donc d'environ
2 X 4 Xy X (14900000000000)
2 calories par minute!
Les feux ordinaires du charbon sont dus à la combinaison de carbone avec l'oxygène. Or, sauf dans les taches, il ne se produit pas de combinaisons dans le Soleil. La température est si élevée que la plupart des composés sont aussitôt dissociés en leurs divers éléments. Cependant, le Soleil
émet une telle radiation, que si rien ne venait lui restituer la chaleur envoyée dans l'espace, il ne tarderait pas à se refroidir. Même depuis les temps historiques, nous devrions constater une diminution marquée de la température superficielle de la Terre.
Or, la Géologie nous apprend que, pendant plus de 5o milliards d'années, la température de notre globe n'a pas dû varier de plus de quelques dizaines de degrés. Sans doute, aux temps primaires, il régnait sur toute la Terre, depuis les Pôles jusqu'à l'Equateur, une température élevée et uniforme permettant aux organismes coralliaires, par exemple, de se développer jusque dans les mers polaires. Mais leur existence simultanée près de l'Equateur est la preuve que ces régions jouissaient d'une température analogueà celle qu'on y trouve actuellement. Par conséquent, le climat torride des zones polaires était dû non pas au Soleil, mais à quelque autre cause, peutêtre à la chaleur interne du globe traversant la croûte encore très mince sur laquelle la vie commençait à se manifester.
Il y a donc lieu de se demander comment le Soleil a pu pendant si longtemps fournir une température aussi constante. Tel fut le problème que les savants d'autrefois regardèrent comme insoluble.
Mayer fut le premier qui, en 1848, donna de la chaleur solaire une origine ration-
OU ALLONS-NOUS
nelle. « L'espace interplanétaire, disait-il, est sillonné dans tous les sens, non seulement par des comètes, mais par des corps analogues aux aérolithes, soumis à l'attrac-
Grande tache solaire de 16 ooo kilomètres. (Dessin de l'abbé Th. Moreux.)
tion du Soleil, qui se précipiteraient sur lui s'ils n'étaient déviés en chemin par quelque action perturbatrice. Mais, de même qu'un pendule écarté de sa position d'équilibre n'y revient pas tout d'un coup, et n'y
arrive qu'au bout d'un certain temps, quand sa vitesse est diminuée par les frottements, de même la chute directe sur le Soleil est un cas exceptionnel. Les astéroïdes décrivent donc généralement des orbites fermées autour du foyer d'attraction ; puis, la résistance du milieu répandu autour de ce foyer, ralentissant leur vitesse, resserre leurs oscillations et finit par les amener, encore animés d'une vitesse formidable, sur la masse centrale, où leur force vive s'anéantit brusquement et se transformera en chaleur. »
Ainsi la chaleur solaire ne serait qu'un effet de gravitation; on est donc conduit à admettre que le Soleil s'est formé, à l'origine des temps, par la chute successive de matériaux disséminés dans un espace immense, vers un centre quelconque d'attraction, d'abord très faible, puis croissant peu à peu jusqu'à ce que son état actuel d'incandescence ait été atteint.
Le Système solaire s'étend aujourd'hui jusqu'à Neptune, 3o fois plus loin que la Terre, à une distance du centre du Soleil égale à 21 5 x 3o ou 6450 rayons de cet astre. Pour fixer les idées, supposons que la masse du Soleil ait été disséminée, à l'origine, dans une sphère de rayon décuple. Sa densité, aujourd'hui de 1,4, en prenant celle de l'eau pour unité, deviendrait 64 5oo3 ou 428000000000000 fois plus petite; dans ces conditions, elle serait 148000 fois moins dense que le vide au millionième de Crookes. Au fait, ce vide de Crookes n'est pas tellement dépourvu de matière, qu'il n'en contienne encore