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CHAPITRE VI

L AGONIE DE NOTRE PLANETE

Bien d'autres dangers cependant menacent plus prochainement notre pauvre humanité : le froid d'abord.

Nous avons vu que la Terre n'a rien à attendre désormais de la chaleur interne pour soutenir la vie à sa surface. Lord Kelvin n'a-t-il pas calculé que dix mille ans après la formation d'une première croûte solide, le flux de chaleur qui la traversait aurait été déjà sans influence sur la température extérieure? A plus forte raison doit-il en être ainsi dans l'avenir.

Or, nous savons que la chaleur du Soleil a depuis longtemps passé son maximum.

L'astre central va désormais en se refroidissant. Nous allons donc vers une mort imminente, la mort par le froid.

L'étude des premiers êtres apparus dans nos sédiments les plus anciens, comparés aux espèces similaires encore existantes, montre que, vraisemblablement, la température terrestre, dans les temps précambriens, n'était probablement pas beaucoup supérieure à ce qu'elle est aujourd'hui dans la zone tropicale. Suivant la remarque qui en a été faite, certains de ces êtres existent encore sans changements appréciables, et l'on n'a dès lors aucune raison d'admettre que leur milieu se soit modifié.

« Il n'y a dans ces premiers terrains, dit M. de Launay, ni salamandres ni pyro- ^oaires susceptibles de vivre dans un mi-

lieu embrasé. Le phénomène qui ressort de cette étude directe est bien moins un refroidissement continu de la température moyenne (sinon dans les limites de quelques degrés) qu'une localisation progressive des zones chaudes, d'abord uniformément réparties sur toute la Terre entre les Pôles et l'Equateur, indépendamment de la latitude, puis concentrées à peu près au voisinage de l'Equateur. C'est dans ce sens, et dans ce sens seul, que la paléontologie constate une évolution des climats. »

Alors que de nos jours, en effet, la Terre est divisée en zones climatologiques bien distinctes, nous sommes certains qu'aux temps primaires cette variété n'existait pas; faune et flore étaient identiques de l'Equateur aux Pôles.

L'une des meilleures preuves de cette assertion réside dans la considération des récifs coralliens au cours des périodes géologiques.

Ces formations intéressantes sont aujourd'hui localisées dans une zone tropicale qui ne s'étend pas à plus de 3o degrés en latitude des deux côtés de l'Equateur. Or, on sait que ces organismes ne peuvent vivre que dans une eau tiède et à une température d'au moins 20 degrés. Comme nous n'avons aucune raison de supposer que des êtres semblables se soient prêtes sans modifications à vivre dans des mi-

OU ALLONS-NOUS

lieux de plus en plus différents du milieu originel, nous sommes conduits à admettre que les organismes cellulaires coralliens ont toujours exigé des limites de température semblables. Leur présence dans un terrain nous renseigne donc très exactement sur les conditions climatologiques régnant au moment où celui-ci s'est déposé.

A la fin de l'ère primaire, pendant la

Le P. Bernard che^ les Esquimaux.

Les Européens eux-mêmes deviennent méconnaissables.

période carbonifère, au moment où la végétation prenait une si extraordinaire expansion, on observe encore une remarquable uniformité climatique; la végétation est partout la même de l'Equateur au Spitzberg, dans les Indes orientales, la Chine, l'Afrique australe, l'Amérique du Nord. On retrouve même des coraux carbonifères par 82° de latitude à la pointe Barrow, au nord-ouest de l'Amérique.

Sans doute, dès cette époque, on constate dans certaines régions la présence de glaciers importants. Mais ce n'étaient là

probablement que des phénomènes locaux dus à des plissements montagneux déterminant un abaissement local de la température.

Il nous faut presque arriver jusqu'à la moitié des temps secondaires pour voir commencer le rétrécissement progressif de la zone tropicale.

Cependant, à l'époque médio-jurassique, la flore des pays tempérés monte encore jusqu'au 71e degré de latitude, et il ne semble pas qu'il y ait eu de différence dans cette flore depuis le 5o* jusqu'au 71e degré entre l'Angleterre et la Sibérie. Toutefois, ce n'est plus le climat absolument uniforme des temps primaires.

Puis, pendant le crétacé, on voit apparaître les arbres à feuillage caduc, les plantes à fleurs. Ils ne tardent pas à prendre un développement considérable, et à refouler vers l'Equateur le monde végétal ancien à caractère plus primitif. Cependant, au milieu de l'ère tertiairer on trouve encore au Groenland une végétation semblable à celle qui, de nos jours, caractérise la Louisiane et la Californie, et les mêmes plantes floris. saient au Spitzberg ainsi que dans la presqu'île d'Alaska. Mais la présence au milieu des palmiers, des lauriers et des magnolias, des hêtres, des lierres, des châtaigniers, des platanes, des peupliers, indique que partout la lumière était vive et les saisons changeantes. On observe dans les diverses régions des alternatives de chaleur, de froid et d'humidité suivies par des oscillations des glaciers.

Actuellement, la surface de la Terre est divisée en zones bien tranchées, mais aux deux extrémités de l'axe terrestre le climat glaciaire règne en maître, et rien ne fait prévoir un adoucissement quelconque. Peu à peu, le froid envahissant notre planète, la zone glaciale gagnera du terrain aux dépens des zones tempérées et torrides.

L'homme verra ainsi se réduire lentement les régions soumises à son autorité, car — et c'est là un fait d'expérience — la zone glaciale n'est pas habitable absolument;

L AGONIE DE NOTRE PLANI.TE

seules, quelques misérables tribus d'Esquimaux, dont le nombre diminue rapidement, ont pu s'habituer à ces froids perpétuels et trouver dans la mer une nourriture précaire.

Mais le nombre des hommes qui peuvent vivre ainsi sera toujours très limité, et on peut dire que lorsque les glaces du Pôle auront envahi l'Equa teur, l'humanité disparaîtra sans retour.

A quoi devons-nous attribuer ces changements dans la température superficielle de notre planète? Bien des hypothèses ont été proposées, aucune n'est satisfaisante.

Remarquons d'abord, comme nous l'avons dit plus haut, que la chaleur n'était pas, à l'époque primaire, beaucoup plus considérable dans les régions équatoriales qu'à l'heure actuelle. Seules, les zones tempérées et polaires jouissaient d'une température beaucoup plus élevée, mais les régions tropicales avaient la même flore et la même faune. Par conséquent, le Soleil n'envoyait pas plus de chaleur qu'aujourd'hui. Autre-

Repos après une marche. Le P. Bernard et ses chiens che^ les Esquimaux.

Un Esquimau et sa femme.

ment dit, pendant la durée des temps géologiques, depuis qu'il existe des êtres vivants sur la Terre, la température du Soleil n'a pas dû varier d'une façon considérable. D'autre part, . il n'est pas vraisemblable quele diamètre solaire ait varié autant que le réclament certains savants. Les climats actuels proviennent surtout, et de l'inclinaison de l'axe terrestre et du parallélisme des rayons solaires. En admettant, disent-ils, qu'à l'origine le Soleil, au lieu d'être réduit à un diamètre très petit, avait un diamètre de plusieurs dizaines de degrés, lefaisceau des rayons solaires, au lieu d'être parallèle comme il l'est actuellement, et limité par

OU ALLONS-NOUS

un cylindre tangent au globe sur un grand cercle d'illumination, formerait un cône venant toucher la Terre le long d'un petit cercle qui, au moment du solstice, passerait par l'un des Pô'.es et par le parallèle de 43l sur l'hémisphère opposé. Pour aucun point de la Terre il n'y aurait de nuiis de vingt-quatre heures, et les incidences rasantes deviendraient l'exception. Sans doute, un soleil aussi dilaté serait plus ou moins nébuleux, et donnerait pourchaque unité de surface une chaleur et une lumière moins intenses; mais, par sa situation plus

Un attelage sur la Terre arctique.

rapprochée de la périphérie de cette nébuleuse, et se trouvant comme baignée dans son atmosphère, la Terre pourrait en profiter dans la même mesure qu'aujourd'hui ; et ainsi, pour une valeur convenable du diamètre apparent de l'astre principal, le globe aurait joui d'une complète uniformité de climats.

Cette théorie très séduisante n'est cependant, ne l'oublions pas, qu'une pure hypothèse. Le colonel du Ligondès prétend, en effet, que le Soleil qui a éclairé la Terre naissante n'avait qu'un petit diamètre apparent, et que l'astre imaginaire dont

les rayons, d'après M. Blandet, enveloppaient notre globe et maintenaient à sa surface l'uniformité de température, n'a jamais existé.

Le Soleil des temps primaires, d'après le même auteur, se réduisait à une étoile comparable comme grosseur à Jupiter. A la distance où il se trouvait de la Terre, son diamètre apparent était quatre ou cinq fois plus grand que celui de cette planète à son opposition. D'autre part, l'enveloppe atmosphérique de notre globe était, semblet-il, beaucoup plus considérable et plus dense qu'actuellement,parconséquent plus difficile à traverser par les rayons calorifiques d'un Soleil très petit, mais très lumineux.

Malgré les calculs de lord Kelvin et les affirmations de certains géologues, c'est à la chaleur interne de la Terre elle-même qu'il faudrait s'adresser pour trouver la cause de la haute température des temps primaires; or, cette chaleur va toujours en diminuant, et quelle que soit l'énorme provision qui subsiste encore à quelques dizaines de kilomètres de profondeur, elle n'a que peu d'influence sur la température moyenne du globe. Nous sommes donc sous la dépendance directe du Soleil ; sans doute, l'astre central fournit encore une masse de chaleur énorme qui atteint deux calories environ par centimètie carré par minute. Si on pouvait employer complètement ces rayons solaires à fondre de la glace exposée continuellement et perpendiculairement à ces rayons, ils suffiraient à fondre une couche de 1 3o mètres environ d'épaisseur en une année. Comme la^Terre a quatre fois la surface de sa section trans-

L AGONIE DE NOTRE PLANÈTE

versalc nous pouvons dire que les rayons du Soleil sont capables de fondre annuel-

Mais, après avoir passé par un maximum, comme nous l'avons vu précédem-

lement une enveloppe de glace couvrant la I ment, cette source de chaleur s'épuise len- Terre sur une épaisseur moyenne de 32"1. 5o.

Faisons maintenant un autre calcul.

Puisque les rayons solaires sont capables de fondre annuellement une couche de glace de i3o mètres d'épaisseur à la distance de la Terre, nous pouvons supposer une sphère de glace ayant pour rayon cette même distance et entourant le Soleil dans toutes les directions.

Son poids sera de 4 x io2> tonnes (4 suivi de 25 zéros) et sa fusion complète

Un paysage dans l'Antarctique.

Ce que sera la Terre dans quelques millions d'années.

(Cliché du Dr Charcot.)

es monuments des Terriens futurs ressembleront à ces cabanesd' Esquimaux.

chaque année représentera autant d'unités de chaleur que la combustion de 4 x io"23 tonnes de houille anthracite. Telle est donc la radiation calorifique annuelle du Soleil.

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tement, et un jpur viendra où les glaces envahiront notre globe et où toute vie disparaîtra. Peu à peu, la température terrestre se mettra en équilibre avec celle de l'espace et « notre monde ne sera plus, dès lors, qu'une masse inerte promenant dans les sombres profondeurs de l'espace sa face immuable à peine éclairée parla pâle lueur des étoiles. Le vent lui-même, enchaîné par le froid, ne fera plus entendre le moindremurmure».

Un autre danger, plus prochain peutêtre, menace encore l'humanité; c'est la mort par la soif.

Et cependant, pour quiconque a étudié un peu la répartition des eaux sur le globe, il semble que leur quantité soit telle que nous n'ayons rien à.'craindre de ce côté. En effet, la surface totale des Océans est d'environ 365 millions

OU ALLONS-NOUS

de kilomètres carrés sur les 5io millions de kilomètres carrés du globe entier.

Or, leur profondeur moyenne étant de 4000 mètres environ, on arrive donc, pour le volume des mers, à peu près à 1 5oo millions de kilomètres cubes. C'est là, évidemment, un chiffre respectable et bien propre à nous rassurer en ce qui concerne la mort par la soif.

Il ne faut pas oublier, cependant, que la masse totale du globe est énormément plus grande. Le rayon équatorial terrestre est très voisin de 63y8 kilomètres; les 4 kilomètres de profondeur de l'Océan sont donc peu de chose en comparaison,

Population volatile au pôle Sud (Cliché du Dr Charcot.)

et si l'on songé que l'eau est continuellement absorbée par la masse solide et incandescente du globe, on s'aperçoit que la provision aqueuse est relativement peu considérable, et qu'on a raison de craindre son épuisement pour un avenir relativement peu éloigné.

Dans la partie solide de la croûte terrestre, cette absorption se fait surtout grâce à la porosité plus ou moins grande des roches et à l'attraction capillaire qui retient l'eau dans leurs pores. Les carriers sont bien familiers avec ce phénomène; toutes les pierres, même les plus dures, renferment de cette eau à laquelle on a donné le nom d'eau de carrière. Les roches en sont

imbibées comme de véritables éponges. Il est donc bien évident que l'absorption ne peut qu'augmenter avec l'épaississement nécessaire de la croûte superficielle.

A côté de cet état, les chimistes en constatent un autre non moins important :

c'est l'eau de cristallisation, d'hydratation ou de combinaison.

Cette eau est évidemment inutilisable pour les êtres vivants, et ce phénomène chimique, commencé depuis le refroidissement du globe, s'accentuera chaque jour davantage, puisque la croûte terrestre, simple pellicule aujourd'hui d'une centaine de kilomètres de profondeur, gagnera demain une épaisseur de plusieurs milliers de kilomètres.

Actuellement, il est vrai, le noyau incandescent s'oppose à cette absorption; mais n'oublions pas que, par suite du rayonnement vers l'extérieur, les couches périphériques se solidifientsans cesse; attirée vers le centre parla pesanteur, l'eau s'empare donc continuellement de nouvelles roches qui l'absorbent.

Les grands phénomènes orogéniques, en bouleversant les matériaux superficiels, ne peuvent que hâter cette issue fatale.

Dès lors, une conclusion s'impose : toute l'eau des océans, dont la masse n'est rien, si nous la comparons au volume du globe, est destinée à disparaître à bref délai dans les entrailles du sol. Une fois engagée chimiquement ou physiquement, la chaleur seule pourrait la chasser, mais aucune source calorifique n'apparaît dans la suite des âges pour ranimer le globe refroidi.

Il viendra donc un temps où, l'eau se faisant de plus en plus rare, les humanités tutures devront en recueillir précieusement les derniers restes dans le fond des océans

L AGONIE DE NOTRE PLANÈTE

desséchés; c'est là que se concentrera la vie, une vie bien différente assurément de celle qui nous entoure, puisqu'elle aura dû, pour subsister, se transformer et s'adapter à ces conditions nouvelles.

Hypothèse séduisante! direz-vous. Que non pas. Ce spectacle, l'astronome lecontemple chaque soir, lorsque Mars est visible au-dessus de l'horizon.

Dans le champ de son télescope tourne unjglobe bien différent du nôtre.

Déjà la mort envahit les terres martiennes; çà et là, au milieu de vastes déserts, apparaissent encore des taches vertes de végétation rabougrie.Quelques chutes de neige, surtout visibles dans les régions polaires, nous avertissent seules que l'eau n'a pas entièrement disparu, mais elle devient de plus en plus rare, et si des êtres intelligents habitent ces régions désolées, leur premier soin est sans nul doute de capter dans d'innombrables canaux l'élément indispensable à la vie.

Demain ce sera notre tour de les imiter.

Bon gré mal gré, nous voilà menacés de toutes parts. Ou la mort lente par la vieillesse, ou la mort par le froid et la soif, sans compter la mort par l'asphyxie.

Pas plus que l'eau, en effet, l'atmo-

Photographie directe de la Lune

sphère n'est permanente sur une planète. Au début de la condensation, les gaz les plus légers, animés de vitesses moléculaires intenses, gagnent les hautes régions et quittent irrémédiablement leur ancienne demeure. D'après certains physiciens, ce

fait curieux tend encore à se produireaujourd'hui.

Amesurequeles combinaisons libèrent leurs produits moins denses, comme, par exemple, l'hydrogène, ceux-ci ont une tendance à l'ascension; mais les autres, engagés dans la masse, à l'état chimique plusstable, paraissent définitivement fixés.

Il y a mieux; la croûte terrestre absorbe sans cesse son atmosphère, dont les gaz forment, avec les éléments del'écorce, des combinaisons nouvelles. De là sont nés les calcaires, les carbonates de calcium, les sulfates, les oxydes métalliques, etc.

La Géologie ne nous enseigne-telle pas qu'autrefois notre atmosphère était beaucoup plus riche en acide carbonique et en oxygène?

Notre air, si nécessaire à la vie. s'appauvrit donc sans cesse. Sans vouloir définir davantage tous les stades de cette raréfaction atmosphérique, nous pouvons conclure que, de ce côté encore, la mort nous menace, mort terrible, irrémédiable, qui

OU ALLONS-NOUS

se produira à un moment bien défini, et dont le ciel nous offre des exemples non douteux.

C'est d'abord la planète Mars, où la pression atmosphérique est si réduite, qu'aucun organisme terrien un peu élevé dans l'échelle animale ne saurait s'y développer à l'heure actuelle.

C'est surtout le monde lunaire qui nous montre ce que sera notre planète lorsque les dernières traces delà couche atmosphérique auront disparu sans retour.

Et encore, n'aurons-nous pour nous réchauffer qu'un Soleil se mourant de vieillesse!

Ses rayons rougeâtres parviendront toujours à la Terre, mais ce sera, hélas 1 pour éclairer le plus lugubre tableau...

L'atmosphère terrestre n'existe plus; les roches, les minéraux, les sels calcaires l'ont absorbée peu à peu; les eaux des océans se sont infiltrées dans les couches sous-jacentes; le froid interplanétaire a congelé les dernières traces d'humidité.

Sur le sol désert, les moissons ne mûrissent

Les Apennins lunaires.

Platon et la fente des Alpes sur la Lune.

plus; la Terre est devenue stérile; prairies et forêts, tout a disparu.

Au début de ce refroidissement, lent mais continu, l'humanité s'est réfugiée en masse vers les zones équatoriales; une végétation rabougrie a succédé à la flore puissante des tropiques.

Encore quelques millions d'années, et la végétation polaire a pu seule résister à ce climat glacial.

Successivement, la plupart des espèces animales se sont éteintes; pour résister plus longtemps, les dernières familles humaines se sont terrées dans les puits et leurs galeries profondes, et c'est là, dans ces dernières catacombes, que gisent maintenant leurs ossements glacés.

Encore dix millions d'années, et un voyageur, parcourant ces mornes espaces silencieux, pourrait se croire autorisé à penser comme Nasmyth, le plus enthousiaste des sélénographes, lorsqu'il écrivait à propos de notre satellite : « Le paysage entier, aussi loin que l'œil peut atteindre, est la réalisation du rêve le plus épouvan-

L AGONIE DE NOTRE PLANI TE

table de désolation et de nature sans vie qu'on puisse imaginer. Ce n'est môme pas un rêve de mort, c'est la vision d'un monde où la vie n'a jamais existé. »

Toute trace organique aurait disparu, en effet. Partout où se porteraient les

aspect désolant et donner au paysage une apparence de vie.

Nos monuments, nos machines puissantes, tous les éléments de notre industrie et de notre civilisation réduits en poussière seraient retournés à la Terre, et

La Terre dans l'espace.

regards, sur les flancs des montagnes, ou à travers ces plaines sans fin, nivelées autrefois par les eaux, ce qui s'offrirait aux yeux attristés, ce serait avant tout le spectacle de la plus effrayante désolation; nuls vestiges de vie organique : ni mousses ni landes pour adoucir les arêtes et les bords aigus des abruptes surfaces; point de cryptogames ou de lichens pour atténuer cet

pas une molécule ne décèlerait l'existence de la vie antérieure de notre planète.

La Lune elle-même nous offrirait actuellement un spectacle moins triste. Sur notre satellite, en effet, où la moindre trace d'atmosphère n'existe plus, les radiations solaires ne rencontrent aucun écran avant d'atteindre le sol, et la note dominante du paysage est la couleur bleue du Soleil.

OU ALLONS-NOUS

La Terre vue de la Lune au premier quartier. (D'après un dessin de l'abbé Moreux.)

L'astre du jour, vu de notre satellite, ressemble donc à un arc électrique, lampe gigantesque d'un bleu resplendissant; flambeau dont la lumière brutale, aveuglante, augmente encore l'impression de froid produite par la vision de ce monde figé dans

la mort, irréel et cependant vrai, obscur et lumineux, bleu et noir tout à la fois.

Tout autre sera l'apparence d'un paysage terrestre dans quelques millions d'années.

Sur le linceul de glace recouvrant les ossements des dernières familles humaines

L AVENIR DE NOTRE PLANETE

s'étendra la lumière blafarde d'un Soleil agonisant, crépuscule livide où domineront les teintes du rouge sombre, jour affaibli semblable à la grande nuit polaire.

Par contre, dès que le disque rougeâtre du Soleil sera descendu sous l'horizon, le ciel brillera d'une incomparable splendeur.

L'œi] y découvrirait des milliers et des milliers d'étoiles, tandis que la Lune, aux teintes affaiblies, promènerait son croissant violacé dans cette féerie stellaire.

Mais aucun être humain ne sera présent à cette époque pour admirer ces nouveaux cieux.

P-hotographie de la Pleine Lune.

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