POUVONS-NOUS RENCONTRER UNE COMETE
Ainsi, bien loin d'être éternelle, notre Terre est menacée de toutes parts dans son existence; que dis-je! l'humanité qui la peuple, et avec elle tous les êtres vivant à sa surface, sont destinés à périr dans un temps relativement restreint.
Leur sort est lié à la période de vitalité du Soleil, et ce dernier, nous l'avons vu à maintes reprises, pour vivre quelques millions d'années, n'en est pas moins condamné à la mort.
Dans sa course échevelée à travers l'espace, au milieu de ces steppes glacés où les froids de 268 degrés au-dessous de zéro sont la température normale, notre Soleil passe comme un bolide enflammé, faisant vibrer l'éther de ses ondulations calorifiques. Mais nul être créé n'est éternel; cette dissipation constante d'énergie, depuis sa création, l'épuisé lentement, et un arrêt impitoyable de mort a été signé pour lui le jour où sa condensation a pris naissance.
Le Soleil, en se refroidissant lentement, atteindra bientôt ce stage final de son existence stellaire où toute incandescence cessera à sa surface. Nul rayon ne parviendra plus à la Terre; les glaces envahiront peu à peu nos régions équatoriales; une nuit éternelle enveloppera de son suaire obscur les dernières manifestations atténuées de la vie, et tout être animé périra irrémédiablement.
Cette mort par le froid sera probablement précédée de la mort par asphyxie, et les derniers rayons du Soleil mourant éclaireront peut-être pendant des milliers d'années un globe terrestre figé comme la Lune dans la pose plastique où la mort l'aura surpris.
Cette Terre que nous habitons, siège de toures les vertus, de tous les dévouements, comme aussi de toutes les cruautés, de toutes les passions et de toutes les turpitudes, durera-t-elle même jusque-là?
Il est permis d'en douter, lorsqu'on songe aux mille accidents qui la guettent sur sa route.
N'est-ce point cette intuition d'un tel événement possible qui plongea à plusieurs reprises les peuples épouvantés dans les angoisses de l'attente de la fin du monde?
Relisez l'Histoire, et vous verrez quelles terreurs, par exemple, ont inspirées les comètes, ces astres mystérieux qui traînent au milieu des constellations leur merveilleux panache.
Ces épouvantes, que renouvelle périodiquement l'approche de ces étranges visiteuses célestes, sont-elles légitimes? Qu'avons-nous à craindre de leur rencontre?
La Science peut-elle nous rassurer sur l'issue d'une collision possible de la Terre avec un de ces effrayants mé:éores?
Serait-ce la fin du monde, et ainsi l'opinion du moyen âge, époque des augustes
Gravure satirique représentant l'apparition d'une comète à Paris.
Figure schématique de la constitution d'une comète.
POUVONS-NOUS RENCONTRER UNE COMkTE f
légendes, qui voyait dans l'apparition d'une comète l'annonce des pires événements, se trouverait-elle justifiée?
Voilà autant de questions nouvelles que la curiosité ne cesse de poser à l'humanité anxieuse de ses destinées, et auxquelles il nous faut maintenant répondre.
Qu'est-ce donc qu'une comète? De quoi est-elle composée? Quelles substances les comètes traînent-elles avec elles?
Engénéral, on distinguedans unecomète un novau assez lumineux entouré d'une sorte d'auréole appelée chevelure. Le noyau et la chevelure forment la tête de la comète.
Après avoir fait toutes les suppositions imaginablessur la constitution descomètes, les astronomes se sont mis à peu près d'accord.
D'après les recherches les plus récentes, un noyau cométaire serait composé d'une agglomération de pierres plus ou moins grosses. Imaginez des pommes de pin voguant dans l'espace à une centaine de mètres les unes des autres, et vous aurez une idée du noyau cométaire. Ceci n'est évidemment, vous le comprenez, qu'une comparaison entre la grosseur des parties et leur distance.
Un noyau renferme des particules de toutes les grandeurs, depuis la poussière de votre écritoire jusqu'aux blocs de rochers pesant 1 5 et 20 ton nés ou même davantage. Ce sont, en somme, des réunions de petites planètes parcourant la même orbite autour du Soleil.
Cette fois, la comparaison est extrêmement juste, puisque chaque partie est entourée d'une véritable atmosphère gazeuse, d'autant plus légère qu'elle est moins attirée par le corps qu'elle enveloppe; d'autant plus faible, par conséquent, que ce corps est plus petit.
Bancs de sable ou de rochers agglomérés, telles nous apparaissent les comètes voyageant dans les espaces interplanétaires; tous ces matériaux sont noyés dans une sorte d'atmosphère si ténue et si légère, que les astronomes peuvent suivre à travers le noyau d'une comète les plus petites étoiles.
Tout ceci est fort bien, mais n'explique pas encore la queue des comètes.
Disons d'abord que toutes les comètes n'ont pas nécessairement ce long appendice qui les rend si étranges aux yeux du vulgaire; on peut même dire que, dans l'espace, aucune comète ne traîne cette longue queue derrière elle. C'est seulement en approchant du Soleil que cet admirable panache prend naissance; il se développe à mesure que la comète court vers l'astre central. Au moment où la belle vagabonde contourne le Soleil, le panache offre alors
La comète de Halley en 684.
(Extrait de la Chronique de Nuremberg.)
ses plus grandes dimensions. Que s'est-il donc passé?
Un fait assez simple mais que les physiciens ont mis bien longtemps à trouver.
Savez-vous qu'une lumière intense dirigée vers une fine poussière exerce une véritable répulsion sur les particules qui la composent?
Dans des expériences récentes, et qui resteront célèbres, MM. Nichols et Lebedew ont mis ce fait en évidence; ils ont dirigé la lumière d'une puissante lampe à arc sur un jet de poussière extrêmement fine, et ont reproduit expérimentalement des queues de comètes.
Ohl l'expérience n'a pas été sans difficultés. Après avoir essayé toutes les poussières connues, ces physiciens désespéraient de réaliser le phénomène entrevu mathématiquement, lorsqu'il leur vint l'idée d'employer la poussière, sorte de fumée impalpable, contenue dans le vulgaire champignon appelé vesce de loup. Les particules étaient encore trop grossières, et il fallut rôtir et pulvériser cette première poussière pour réussir l'expérience.
OU ALLONS-NOUS
On put ainsi mettre en évidence cette propriété bizarre, inconnue autrefois des physiciens, et que nous appelons pression de la lumière.
Revenons maintenant aux comètes. Au
Formes des orbites cométaires.
moment où celles-ci approchent du Soleil, la chaleur de l'astre central favorise le développement de leur atmosphère.
Tous les gaz se dilatent, et leurs plus fines particules, recevant la pression de la lumière, sont projetées au loin derrière la tête de la comète, par rapport à la direction du Soleil. Tous ces phénomènes sont accompagnés d'un dégagement d'électricité, et c'est là peut-être qu'il faut chercher l'explication de la lumière propre émise en partie par les noyaux cométaires.
Cette pression de la lumière, projetant au loin des particules gazeuses, acquiert dans l'espace, vide de substance — ou à peu près, — une intensité formidable.
La queue de la comète de Donati (i858) s'étendait sur un espace de 88 millions de kilomètres.
La belle comète de 181 1 avait une queue plus longue que la distance qui nous sépare du Soleil, et qui dépasse 14g millions de kilomètres, puisqu'elle en mesurait 176 millions.
La queue de la comète de 1847 s'étendait surunespacede 212 millions de kilomètres.
Les queues des comètes de 1680 et de 1843 atteignaient les dimensions respectives de 240 millions et de 320 millions de kilomètres.
Quelques-unes, il est vrai, sont plus restreintes; la queue de la comète de 1744 n'avait que 28 millions de kilomètres de longueur. Au commencement de 1810, une comète fut découverte à l'Observatoire de Johannesburg, au Transvaal, par MM. Worssell et Innés.
Cette « belle inattendue » a été visible dans toute l'Europe après le coucher du Soleil.
Dans certains Observatoires, la queue fut mesurée; elle s'étendait sur le tiers de la distance du zénith à l'horizon, soit 3o degrés environ. Etant donné son éloignement, la queue mesurait 1 10 millions de kilomètres.
Quant aux noyaux, leurs dimensions ne sont jamais en rapport avec la longueur des queues. En d'autres termes, une comète à gros noyau peut donner naissance à une traînée restreinte, et inversement. Il en est de même de la chevelure, qui n'est jamais proportionnée à la grosseur du noyau.
La comète de i8o5 avait un tout petit
La comète de Halley en 1066.
(D'après la tapisserie de Bayeux.)
noyau de 48 kilomètres de diamètre seulement. Le noyau de la comète de 181 1, si célèbre dans les annales astronomiques, mesurait 4360 kilomètres. Celui de la
POUVONS-NOUS RENCONTRER UNE COMÈTEf
La comète de Giacobini en igo5.
comète de 176g avait un diamètre quatre fois supérieur au moins à celui de la Terre, soit jl5ooo kilomètres.
Vous imaginez-vous l'effroyable amas de pierres contenu dans un pareil volume ? On frémit en pensant que la Terre puisse trouver sur sa route un pareil obstacle.
Si maintenant nous considérons la tête entière de certaines comètes, noyau et chevelure, nous arrivons à des dimensions fantastiques.
La comète de 181 1 occupait dans le ciel le volume d'une sphère dont le diamètre aurait mesuré 1 800000 kilomètres.
OU ALLONS-NOUS
La tête de la comète de Halley présentait, en 1 835, un diamètre de 570 000 kilomètres.
Reste à savoir maintenant les substances
droite jusqu'à celle du cimeterre recourbé, contiennent des gaz délétères, irrespirables par conséquent, et très propres à asphyxier la pauvre humanité?
qui entrent dans la composition des queues cométaires.
Est-il vrai que ces longs panaches affectant toutes les formes, depuis celle de l'épée
Pour résoudre semblable problème, nous n'avons à notre disposition qu'un moyen bien précaire : l'analyse spectrale.
Nous savons, en effet, que les substances