POUVONS-NOUS RENCONTRER UNE COMÈTE
connues donnent des spectres différents, suivant leur nature.
Si nous recevons sur une plaque photographique la lumière émise par un bec de gaz, et qui a préalablement traversé un prisme, nous obtiendrons sur notre cliché des raies dont la position indiquera les corps gazeux ou solides brûlant dans notre bec de gaz. (Voir Où sommes-nous ?)
Or, le gaz d'éclairage est formé surtout de carbone et d'hydrogène combinés. C'est, comme disent les chimistes, un carbure d'hydrogène. Or, qu'indiquel'analyse?
La présence du carbone et celle de l'hydrogène simplement.
Dans quel état réciproque sont ces deux corps, l'analyse ne nous le dit pas. De même lorsque l'astronome constate sur son cliché que les comètes donnent les raies de ces deux substances, il serait très téméraire de conclure que nous nous trouvons en présence d'un gaz d'éclairage tout formé.
Sans quoi, il y aurait matière à un beau roman. La rencontre de la Terre avec une queue de comète serait pour les usines à gaz une fort jolie aubaine! Vous voyez d'ici le directeur de l'usine de la Villette se précipiter pour capter la queue de la comète de Halley, assurant ainsi sa production pour quelque six mois?
De même, nous avons maintes fois constaté dans les spectres cométaires la présence des raies du cyanogène, poison extrêmement violent, sans que nous puissions inférer que ces astres bizarres contiennent les éléments du cyanogène à l'état de combinaison.
Ne forçons pas notre talent, Nous ne ferions rien avec grâce,
dit le fabuliste.
Ne dépassons jamais les limites de la science, et ne prenons pas pour des réalités les fantasmagories de notre imagination.
Et puis, voici une autre considération dont nous avons à tenir compte.
Si les comètes ne sont pas, suivant les vieilles doctrines, des riens-aériens : si les noyaux cométaires offrent une masse qui n'est pas négligeable, puisque certains
Courbure de la queue d'une comète, dont la direction générale est toujours à l'opposé du Soleil.
d'entre eux pèsent probablement des milliardsde tonnes, la Physique nous apprend, par contre, que les queues de comètes sont formées des gaz les plus légers, repoussés par la lumière du Soleil.
Pouvons-nous même décorer du nom de gaz ces fines particules dont la densité moyenne constitue un milieu si léger, que le vide de nos machines pneumatiques ne peut nous en donner l'idée?
Les queues de comètes présentent un état de raréfaction inimaginable; notre atmosphère, en comparaison, constituerait un milieu de plomb ou de platine.
So
OU ALLONS-NOUS
Parler d-ë choc, en la circonstance, serait dépasser les limites de la vraisemblance la plus élémentaire.
Sur ce point, nous n'avons pas seulement la théorie pour nous rassurer, mais aussi l'expérience. A diverses reprises nous avons sûrement traversé des queues de comètes.
Le i3 mai 1861, un astronome anglais, J. Tebbutt, découvrait de Windsor, près de Sydney, en Australie, une belle comète qui devint bientôt visible dans nos régions le 29 juin.
Dans la soirée du 3o juin, l'astronome Hind remarqua bien dans le ciel une phosphorescence singulière, mais, sur le moment, il attribua le phénomène à la présence d'une aurore boréale.
D'autres personnes, d'ailleurs, avaient fait la même observation, et le météorologiste Lowe confirma que, dans la soirée du 3o juin, le ciel avait un aspect tout à fait particulier; c'était comme une gloire dorée, semblable à une aurore, et à travers laquelle les rayons solaires perdaient leur éclat. Le soir, à 7 h. 45, la comète était facilement visible, malgré la présence du Soleil sur l'horizon. Bien qu'ignorant à ce moment que la queue de la comète enveloppait la Terre, il fut si frappé par la singularité de ce qu'il voyait, qu'il écrivait sur son livre d'observation : «. Lueur étrange, jaune, phosphorescente, que je prendrais pour une aurore boréale s'il ne faisait pas encore si jour. »
Eh bien! en réalité, nous avions traversé la queue de la comète à une distance du noyau d'environ les deux tiers de sa longueur.
Et personne ne s'en était douté, pas même les astronomes qui calculèrent le fait plusieurs jours après.
Mais pourquoi remonter si loin pour
Les émissions de la tête d'une comète décrivent les courbes les plus gracieuses.
chercher ces rencontres? Qui ne se souvient de la comète de Halley si longtemps attendue, et qui causa dans nos régions tant de désillusions parmi le grand public?
On espérait vraiment de la part* des astronomes une exhibition plus sensationnelle. En fait, cette comète, dont la révolution est de trois quarts de siècle environ, fut surtout bien vue, et avec tout son éclat, dans les régions tropicales et australes. Chez nous, elle se montra toujours assez près de l'horizon, de sorte que les brumes du soir diminuèrent beaucoup sa visibilité. Mais, dans les contrées voisines de l'Equateur, le spectacle fut, paraît-il, merveilleux et digne de la renommée de cet astre séculaire.
Or, après son passage au périhélie, qui eut lieu le 19 avril 1910, les astronomes calculèrent que la comète devait passer entre le Soleil et notre globe terrestre. Dans ces conditions, l'astre devait se projeter sur le disque solaire pendant que la Terre serait plongée dans l'énorme queue, balayant l'espace céleste sur des dizaines de millions de kilomètres.
Ce spectacle devait être donné aux terriens dans la matinée du 19 mai, vers 3 heures du matin. A ce moment, le noyau de la comète se trouvait à 23 millions de kilomètres de la Terre, et la queue était certainement plus grande que cette distance; nous avions ainsi toutes chances de courir vers une catastrophe.
Les journaux, d'ailleurs, avaient eu soin, les jours précédents, de prévenir le public à grand renfort d'interviews, d'hypothèses et d'explications, la plupart absolument fantaisistes.
Or, qu'est-il arrivé? Absolument rien!
La comète est-elle vraiment passée entre le Soleil et nous? Certainement, puisque