‹ D'un pays lointainChapitre 13 sur 40 · LA RÉVOLTE DE LA PLEBE JI · texte numérisé non relu

LA RÉVOLTE DE LA PLEBE JI

et roux qui, tout en criant de sa belle voix d'appel:

— La plus belle ! La plus belle! La plus belle! sortit de son éciin le glaive nu des sacrifices.

Sur le cou incliné le g-laive tomba.

Alors le bourreau jovial et roux prit par les cheveux la tète heureuse de la plus belle, et d'un geste large il la lança dans la mer.

Les cheveux d'or, lourde étoffe, laissèrent la tète heureuse tomber lentement dans le ciel bleu, comme un don divin; les cheveux d'or s'ouvrirent en éventail de bénédiction et le ciel bleu, pour un éclair, s'illumina d'un second soleil.

Le peuple criait, sur un mode d'amour et de pitié :

O tête la plus belle,

Que ton sang nous bénisse!

La tête doucement s'enfonça dans la

— Seigneur, dit Amalio, c'est le peuple qui se révolte.

ja D UN PAYS LOINTAIN

— Pourquoi?

— Seigneur, sait-on pourquoi le vent soufllc en tempête, qui, l'instant d'avant, passait odorant, doux et nonchalant?

— Va et interroge les meneurs. Qu'ils disent leur désir : je l'accomplirai, s'il est juste.

Seigneur, ils ne sauront pas me répondre.

— Interroge-les toujours.

— Seigneur, vos archers seuls se font comprendre.

— Tais-toi et va.

Quand son ministre fut sorti, Sansovino reprit sa marche impatiente de prince prisonnier de l'inquiétude. Fort, mais seul contre le délire des foules, il doutait d'une force qui n'avait pas su pacifier les ouragans et intérieurement il reniait la gloire du pouvoir.

Maître de lui, cependant, et de l'ironie plein les yeux, il cherchait la cause secrète, peut-être lointaine, de cette révolte déconcertante, et, s'arrètant çà et là, il semblait interroger les vieux confidents de sa souveraineté et ses gardiens, le double rang des héros de marbre, les énigmatiques armures, incorruptibles corps laissés là par des âmes insoucieuses : — et il adressait aussi des

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